BESANÇON, IHPORTÀNGE DE CETTE VILLE
s'^efforçait de répandre le goût des fortes et saines études.
Le barreau avait ressenti l'heureuse influence de ce mouvement des esprits. Le parlement venait de lui enlever Talbert, élevé en 1689 à un siège de conseiller ; mais son souvenir et ses traditions étaient encore vivants dans Tenceinte du prétoire. Dunod le regarde comme Tavocat le plus solide et le plus éloquent, et l'écrivain le plus correct de son temps, et son ouvrage de manu mortuâ lui parait le meilleur qui ait paru sur cette matière si épineuse (0. Camusat et Pierre Tisserand avaient conquis par leur science un rang distingué à la barre. Le premier avait pour fils Denis-François Camusat, bibliothécaire du maréchal d'Estrées, auquel ses démêlés avec l'abbé Desfontaines devaient donner un certain renom. L'université allait bientôt réclamer le second pour en faire un lecteur de droit français. La nouvelle faculté n'interdisait pas la plaidoirie à ses professeurs ; la pratique et la théorie s'éclairaient mutuellement et formaient une féconde alliance, dans laquelle Tune et l'autre, associant leurs travaux, trouvaient plus de ressort, de puissance et d'autorité.
Les lettres patentes avaient enjoint aux magistrats
(1) DimoD, Pre$eHpHan$f Avertissement.
18 CHAPITRE PKEMIÉR.
de Besançon de recevoir immédiatement et d'installer l'université, de lui fournir sans délai les salles et assemblées du coUége, delà pourvoir des chaires, bancè et bureaux nécessaires.
L'hôtel des Carmes fut affecté à cette destination. Tout donne à croire que les séances avaient lieu dans une des salles du rez-de-chaussée, à gauche en entrant dans l'hôtel ; il fallait franchir quelques degrés pour y accéder. La salle occupait presque la totalité de ce corps de bâtiment, et était ainsi fort spacieuse. Toutefois, l'université se montra peu satisfaite de sa nouvelle demeure ; elle ne critiquait pas le local destiné aux leçons, elle en trouvait les dimensions suffisantes, mais elle se plaignait de Texiguité des appartements contigus, et elle ne cessa de réclamer un autre local , dont elle demandait la construction derrière le palais de ju^ice, entre les rues Saint-Vincent, de l'Arbalète et de la Prison, sur l'emplacement occupé par l'ancien arsenal. On trouve aux archives du département une délibération du 15 janvier 1781, dans laquelle elle exposait ses doléances (^).
(i) Cette délibération était ainsi conçue : Assemblée du lundi 15 janvier 1781, M. Ordinaire, recteur. M. le recteur a dit qu'il avait eu l'honneur de voir M. le premier président au sujet du logement de l'université ; que ce magistrat approuvait la demande et avait promis de l'appuyer de tout son crédit, d'autant plus qu'il regardait le projet de réunir les bâtiments du parlement et de l'ani-
COMPOSITION DU COLLÈGE DE L'UNITEBSITi. 19
La translation de roniversilé ne lai fit ri^ perdre de son importance ; le nombre des élèves n'avait pas diminué. Si la réunion de la Franche-Comté â la France éloigna la jeunesse des Flandres ou d'Allemagne que l'enseignement universitaire attirait à Dole, elle gagna à Besançon de nouveaux venus du Maçonnais, de la Bresse et d'autres contrées limitrophes; la plupart des anciens élèves avaient d'ailleurs suivi leurs maîtres à Besançon.
La compagnie conserva ses privilèges, ses attributions et même son organisation, dont il n'est pas sans intérêt de rappeler les bases essentielles. A sa tête était le recteur, chef suprême élu pour un an, avec une autorité souveraine. Toutefois il n'exerçait le plus souvent cette autorité que conjointement avec tout le corps enseignant, et ne statuait que sur des objets d'intérêt commun. Son élection avait Mexiavant les fériés de Pâques j habituellement au mois de mars. Il prêtait serment de maintenir l'honneur et les prérogatives du corps qu'il était chargé de représenter. A ses côtés se trouvaient les distributeurs, au nombre
Yersité comme très convenable pour i'ita et l'autre corps et pour I*utilité publique. Après avoir remercié M. le recteur de son sèle, tous ces Messieurs ont prié MM. BuUet et Gourvoisier d'aller en députation chez M. l'intendant, pour le prier d'employer ses bons offices dans la circonstance où le changement de l'arsenal laisserait un emplacement pour Tuniversité.
SO GHAPITRE PBEMŒB.
de trois, personnages inconnus ailleurs que dans le comté de Bourgogne et pourvus de nombreuses attributions. Ils maintenaient Tordre, veillaient à la dis* cipline, à l'observation des ordonnances et règlements, à l'exactitude des professeurs, à leur remplacement en cas d'absence, de maladie ou toute autre cause légitime, par des commissaires aux lectures. Ce sont les distributeurs qui mandataient les traitements et les réduisaient pour manque d'assiduité; ils avaient ainsi autorité sur les professeurs; ce sont eux qui, de concert avec le premier président et le doyen de la faculté, déterminaient l'époque des concours, le jour de leur ouverture et l'ordre des exercices. A eux revenait ladministration des biens et revenus de l'université ; les comptes se rendaient par le trésorier chez le recteur, en présence de trois distributeurs et de deux autres membres de la compagnie. On leur avait d'abord conféré le droit de nommer ou d'instituer de leur seule autorité les professeurs , mais plus tard ils durent présenter trois candidats à chaque vacance, et le choix fut réservé au souverain.
Un autre privilège, non sans importance pour ces hauts fonctionnaires , était l'exemption des impôts. L'intendant de la province notifiait cette exemption à ceux qui devaient les acquitter à leur place : c'est ainsi que l'intendant Ghauvelin prescrivait aux habi-