UNE ŒUVRE FRANÇAISE EN SYRIE
De la Faculté actuelle, je ne dirai rien, puisque ses jours sont comptés et qu’elle doit être bientôt transformée en un internat pour les étudiants. Telle qu’elle est, elle est aussi bien aménagée que possible pour un petit nombre d’étudiants ; mais le nombre actuel de ceux-ci ne permet plus de rester dans cet ancien cadre; l’édifice craque de toutes parts. 11 est urgent de construire une Faculté nouvelle et un hôpital; mais cela demande beaucoup d’argent et l’argent se fait rare : les générosités vont en s’atténuant; il devient difficile de recueillir des fonds pour des œuvres de bienfaisance ou d’instruction ; la vie est chaque jour plus chère et en France même, depuis la séparation de l’Eglise et de l’Etat, on est maintenant sollicité en faveur du denier du culte. De ces causes multiples résulte un notable ralentissement dans les dons.
Nous sommes débordés : est-ce à dire que nous devions rester débordés ? Si nous ne construisons pas l’hôpital et la Faculté désormais indispensables, il est certain que les élèves qui ne pourront trouver place chez nous s’en iront chez nos concurrents : ce sera le point de départ d’un désastre sans précédent dans notre histoire. La Société de Jésus l’a parfaitement compris; aussi, avec une générosité des plus louables, a-t-elle voulu, sur sa propre cassette, faire la dépense de la Faculté nouvelle. Ce n’est pas un minime denier, puisqu’il s’agit d’une somme de 500.000 francs. Le 21 novembre 1911 a eu lieu la pose de la première pierre de la Faculté nouvelle, sous la présidence de notre consul général, M. Couget, délégué à cet effet par le gouvernement français. Une bonne partie de la Faculté nouvelle est déjà sortie de terre à l’heure actuelle; la construction progresse et il y a lieu de penser que les travaux seront terminés dans deux ans.
La Faculté de Beyrouth entretient avec la France des liens étroits qui doivent être connus. Dès sa fondation, elle a été patronnée par notre gouvernement : c’était à l’époque déjà lointaine où Barthélemy Saint-Hilaire était ministre des Affaires étrangères. Ses successeurs, Gambetta, Duclerc et Jules Ferry, ont tour à tour encouragé ses efforts ; ils lui ont donné une subvention d’abord modeste, mais qui finalement, ces dernières années, s’élevait à 100.000 francs par an. Cette somme est absorbée presque entièrement par le traitement du personnel enseignant; elle est maintenant tout à fait insuffisante. Le nombre des chaires va être augmenté; la construction de laboratoires nouveaux va entraîner une organisation très dispendieuse; le nombre plus grand des étudiants va nécessiter des travaux pratiques plus coûteux ; il faudra des produits chi-
miques, des animaux pour les expériences, des instruments d’optique, une meilleure et plus complète installation pour la chimie et la physique, toutes choses qui coûtent beaucoup. Aussi le Parlement a-t-il voté cette année une somme supplémentaire de 30.000 francs, ce qui porte à 130.000 francs paran la subvention donnée par le gouvernement français à la Faculté française de Beyrouth.
Cette Faculté porte donc à très juste titre la nom de française, puisqu’elle résulte des efforts communs du gouvernement français et des religieux qui ont eu l’idée de la fonder. Notre gouvernement a compris, dès la première heure, qu’il s’agissait là d’une œuvre de la plus haute portée pour le développement de notre influence morale en Orient; il fait pour elle, comme nous l’avons vu, de très importants sacrifices, qui ne suffisent pourtant pas. Il serait déraisonnable d’exiger de lui davantage, en l’état du budget. Il faut donc que la partie éclairée et généreuse de la population française comprenne qu’elle a, elle aussi, une grande œuvre à accomplir. C’est à vous, Français, qu’il appartient de donner à l’Ecole médicale qui fait là-bas tant d’honneur à notre pays, un hôpital qui lui permette de donner son plein développement à l’enseignement clinique.
Ce qu’on attend de vous, c’est donc que chacun apporte son obole, et aussi lourde qu’il pourra le faire, pour la création de l’hôpital. Le devis s’élève à 430.000 francs environ; c’est une grosse somme, une somme difficile à recueillir, mais aussi ne vous en demande-t-on pas la totalité. La commission de répartition des fonds provenant du pari mutuel est sollicitée de donner une part importante : on lui demande 330.000 francs; il est très vraisemblable qu’elle entrera dans ces vues, mais il est peu probable qu’elle donne une somme aussi considérable. Même si la somme susdite était accordée tout entière, elle serait encore très loin d’être suffisante 1 : il s’agirait de trouver encore autant ou à peu près, et cet argent doit sortir de nos poches.
Voilà quelques mois, le Syndicat de la presse, sur l’initiative du Temps , a ouvert une souscription publique qui a été très bien accueillie et a donné en peu de temps une somme d’environ 180.000 francs. Mais bientôt après sont survenus des catastrophes, des deuils nationaux, puis de très graves complications diplomatiques, qui absorbèrent l’attention du pays et firent perdre de vue la souscription pour Beyrouth. Main-
1 La commission du pari mutuel vient de voter une somme de 100.000 francs. Il y a tout lieu d’espérer qu’elle votera une pareille somme l’année prochaine.