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CHAPITRE IX LA SOCIAL-DÉMOCRATIE AUTRICHIENNE

La social-démocratie autrichienne est tout infestée, pourrie de pangermanisme.

Son chef, Victor Adler— - un petit homme à lunettes et à physionomie simiesque, qui, depuis 1889, s'agite, frétille, pérore, intrigue dans tous les Congrès internationaux — est Prussien jusqu'aux moelles. Et chez lui le pangermanisme n'est pas une maladie récente. Déjà, en 1882, signataire du fameux programme de Linz, il voulait inscrire dans les constitutions mêmes des deux empires, comme une institution permanente, l'intime alliance austro-allemande.

Dans tous les Congrès, social-démocrates allemands et social-démocrates austro-hongrois ne font qu'un bloc, émettent les mêmes votes, baragouinant le même charabia marxiste. Par suite, l'attitude des social-démocrates d'Autriche vis-à-vis de la guerre ne se distingue point de celle des social-démocrates d'Allemagne.

Responsabilités du socialisme autrichien.

Les social-démocrates autrichiens n'ont pas, comme leurs « kamarades » de Berlin, attendu le 4 août ; ils n'ont pas attendu les déclarations mensongères de M. de Bethmann-Hollweg pour fouler aux pieds les dogmes et les décisions de l'Internationale. Ils étaient renseignés. Depuis le drame de Serajevo, ils suivaient, pas à pas.

le cours précipité des événements et ils se rendaient parfaitement compte de la responsabilité encourue, dans la crise, par le Gou\-ernement austro-hongrois.

C'est ainsi que, le 24 juillet, lorsqu'est livrée au public la note de l'Autriche au Gouvernement serbe, cette note scélérate et provocatrice dont M. Jaurès déclare qu'elle est « calculée pour humilier à fond le peuple serbe ou pour l'écraser » (i), YArbeiter Zeitung ne peut pas ne pas y voir une menace de guerre, une provocation à la guerre et il met directement en jeu la responsabilité du comte Berchtold :

Nous voudrions, écrit-il, demander ati comte Berchtold et à tous les hommes responsables de cette note, si, vraiment, ils croient que la Serbie pmsse faire droit à ces demandes. Car s'ils ne le croient pas, ils n'ont pas formulé ces demandes pour que la Serbie les accepte, mais les ont faites telles, les ont rédigées avec cette dureté sans exemple pour que la Serbie ne les accepte pas. A chaque paragraphe de cette note de Berchtold, on croit apercevoir du sang... Ses auteurs ne pourront pas se soustraire à leurs responsabilités. H

Eh quoi ! 'si déjà la responsabilité des gouvernants autrichiens est à ce point évidente, si la social-démocratie autrichienne a devant elle des hommes d'Etat, des diplomates, des ministres, dans les mains desquels l'on entrevoit déjà des reflets de sang, elle va se dresser, s'insurger contre ces hommes de sang ; elle va leur signifier qu'elle se refuse à les suivre dans leurs desseins monstrueux de proie et de carnage !... Car la considération d'ordre national, le prétexte pour supporter passivement la préparation à la guerre et ensuite y adhérer ouvertement sous prétexte de défense nationale, ce prétexte n'existe point pour les social-démocrates d'Autriche-Hongrie, Celle-ci est un Etat, une agglomération chaotique de peuples, de nationalités, de races ; elle n'est point une nation dont tous les membres sont Ués entre eux par la communauté de la langue, des traditions, des aspirations, des coutumes et des mœurs. Il en résulte pour les socialdémocrates une liberté de conduite et d'attitude, qu'ils peuvent mettre à profit contre la tyrannie de la monarchie féodale des Habsbourg. Mais non !

(i) L'Humanité, 26 jxiillet 1914.

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Le lendemain 25, VArbciter Zeitung publie une sorte de manifeste qui porte cette signature : les députés socialistes allewands en Autriche. Et le ton change. Sous le prétexte que le peuple autrichien n'est pas admis à discuter de la guerre ou de la paix, les auteurs du manifeste se lavent les mains du sang qui sera versé. Et alors que la veille ils n'hésitaient pas à reconnaître les responsabilités du comte Berchtold, les voici maintenant qui dénoncent la culpabilité de la Serbie :

Nous, les social-démocrates, les représentants du peuple laborieux, nous ne fermons pas les yeux aux graves torts des gouvernants serbes à l'égard de l'Autriche. Par nos conceptions philosophiques qui s'opposent à d'iniques violences, nous condamnons l'assassinat de Serajevo et aussi tous ceux qui en ont été les complices. Nous reconnaissons qtie l' Autriche- Hongrie est dans son droit, quatid elle exige du Gouvernement serbe qu'il poursuive les complices de l'attentat devant les tribunaux ; nous comprenons que l' Autriche-Hongrie demande à la Serbie des garanties, qu'on mette fin à l'agitation souterraine contre la sécurité et la tranquillité des Etats qui composent l'empire d'Autriche, que le mouvement de séparation cesse d'être toléré et favorisé par le Gouvernement serbe.

Et plus loin :

Le peuple n'est pas admis à décider de la guerre ou de la paix. Le Parlement par lequel il agit et par lequel il parle est muet. On a mis des chaînes à la liberté politique dans les réunions et dans la presse... Nous déclinons toute responsabilité dans cette guerre; solennellement nous en rejetons le poids sur ceux qui, de ce côté-ci et de l'autre, l'ont provoquée et ont voulu la déchaîner...

Trois jours plus tard, lors de la réunion du Bureau socialiste international, à Bruxelles, le 2.9 juillet 1914, alors que les dangers de guerre crèvent les yeux et que se manifestent les intentions violemment belliqueuses de l'Autriche, Victor Adler n'hésite pas à proclamer que l'idée de la guerre contre la Serbie est très populaire en Autric| que le peuple autrichien voit dans cette guerre le mo^ de renforcer la cohésion de l'empire dualiste et qulï sera impossible à la secial-démocratie autrichienne de remonter le courant chauvdn et guerrier. Il conclut en demandant qu'en raison des circonstances le Bureau

accorde un vote de confiance aux camarades autrichiens et s'efforce d'obtenir, de la part des pays directement intéressés dans le conflit, une pression sur leurs Gouvernements respectifs pour éviter des complications internationales. Enfin, Adler déclare que l'on doit renoncer à la tenue du Congrès socialiste international annoncé à Vienne.

Nemec, délégué tchèque à Bruxelles, confirme la thèse d' Adler (i).

C'est ce que M. Jean Longuet, présent à Bruxelles et rendant compte aux socialistes parisiens de la réunion dn Bureau international, traduit en ces termes : <- Adler a montré que les socialistes autrichiens avaient fait tout ce qui leur était himiainement possible dans ce sens (le maintien de la paix) sous un régime d'autocratie dont les premières mesures militaires étaient dirigées contre les socialistes autant que contre les Serbes» (sic) (2).

Plus les événements se précipitent, plus le courant se déchaîne, plus les socialistes austro-hongrois font chorus avec les éléments les plus beUiqueux et portent de l'eau au moulin du nationalisme et de l'impérialisme.

Quelles son,t les raisons de cette attitude? Et d'où vient cette impuissance avouée à Bruxelles par Victor Adler sans la moindre hésitation?

Comment ! Adler et ses amis n'ont cessé de proclamer l'accroissement continu, la force chaque jour grandissante de la social-démocratie autrichienne ! Celle-ci s'enorgueillit de ses 90 députés au Reichsrath, de son million et demi d'électeurs, de ses organisations syndicales dociles au mot d'ordre^ socialiste. Et c'est ce parti qui se reconnaît lui-même incapable d'exercer sur le Gouvernement et sur les destinées de son pays la moindre action efficace !

C'est, à vrai dire, que la social-démocratie autrichienne constitue surtout une façade magnifique, mais non un organisme vigoureux, agissant, capable à l'occasion d'une initiative hardie. Pas plus que le socialisme allemand, le

(i) Ces renseignements sur l'attitude d' Adler ont été fournis par le délégué espagnol, M. Fabra Ribas, à ^l. La Chesnais qui les a publiés avec son autorisation dans son étude sur Le groupe socialiste du Reichstag et la déclaration de guerre, p. 23.

(2) Discours de M. Jean Longuet à la réunion de la Fédération socialiste unifiée de la Seine, le 2 août 1914, salle Wagram {V Humanité, 3 août 1914}.

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socialisme autrichien n'a le ressort d'une tradition révolutionnaire. Quant à son action parlementaire, eUe est restreinte, figée, enlisée dans le maquis d'une bureaucratie compliquée.

Dans une brochure publiée en 1915, un socialiste tchèque, résidant à Paris, E. Belsky, a très justement mis en relief ce point de vue :

Ce fut peuUêtre pour la première fois que le socialisme autrichien eut conscience de son impuissance complète. Jusque-là, il s'était plu à contempler ses propres rangs, à calculer le chiffre ^de ses députés, de ses électeurs, de ses organisations, à vanter sa puissance organisatrice et feindre de prendre au sérieux ses menaces au Gouvernement et à s' employer rnême, au besoin, pour lin coup de force, si l'on voulait déchaîner la guerre. Mais, en vérité, sa force était toujours des plus minimes.

Par la force des choses, le socialisme, en tant qu' expression la plus parfaite du démocratisme, ne peut avoir que très peu d'influence là où régnent l'absolutisme caché, la bureaucratie stupide et bornée, la violation continuelle des droits des nationalités. A vrai dire, les socialistes autrichiens devenaient pas à pas gouvernementaux , puisqu'ils voulaient à tout prix forcer V évolution du parlementarisme autrichien, pour donner une ■nouvelle base à un Etat qui, par son fondement, était impuissant à vivre ; ils étaient trop attachés au Parlement qui était un '• jouet dans les mains des bureaucrates; ils s'acharnaient à sauver l'Autriche, en s' efforçant de maintenir l'organisation constitutionnelle actuelle et en cherchant à y apporter quelques reynaniements, afin d'apaiser un peu les luttes nationales. Ils avaient du succès dans les masses. Pour le maintenir, ils avaient besoin de la tribune parlementaire. Le Parlement ne travaillait pas. On y faisait des scènes, du bruit, du tapage ; on '' )' discutait bien quelques projets, mais on ne réalisait rien. Pour maintenir la confiance des masses socialistes, il fallait bien au moins leur présenter quelques discours, un succès quelconque apparent, fût-il le plus superficiel.

C'est ainsi que les hauts bureaucrates de Vienne tenaient en mains tous les députés socialistes. Puisque les socialistes avaient besoin du Parlement pour maintenir la confiance de . leurs niasses, ils devaient donc rester 'dociles aux ordres du Gouvernement. Ils s'y pliaient, ils étaient sans influence ; ils y jouissaient de peu de respect, et après huit années de travaux parlementaires, on n'a pu s' apercevoir d'un seul signe de leur véritable influence dans la structure intérieure de l'Etat (i).

(i) E. Belsky, Le socialisme autrichien et la guerre (brochure publiée par le groupe socialiste tchèque Egalité de Paris), p. 8.

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L'impuissance d^ la social-démocratie autrichienne visà-vis de la guerre tient donc à son impuissance générale, organique pourrait-on dire. Au lieu de se dresser contre la monarchie des Habsbourg à l'état de fière et ardente opposition, elle en est prisonnière. Elle demeure inerte et veule.

Et puis, son attitude a encore une autre raison. Du haut de sa culture germanique, de son marxisme orthodoxe et intégral, elle n'a que mépris pour les Slaves, ses inférieurs ; elle a horreur de ces Serbes qui se piquent d'avoir de vieilles traditions historiques et se permettent d'avoir des aspirations nationales.

Ils (les social-démocrates autrichiens) n'aimaient pas les Serbes, dit encore l'auteur socialiste que nous venons de citer, parce que les Serbes étaient vraiment « insupportables » avec leur impétuosité dans l'exécution de leurs plans politiques contre l'Autriche et leur foi inébranlable dans l"" unification du peuple serbe tout entier, ce qui aurait évidemment menacé l'intégrité de la monarchie. A ce point de vue, les socialistes autrichiens étaient toujours conservateurs acharnés... (i)

Cela éclaire la suite des événements.

Les articles de 1' >< Arbeiter Zeitung » .

Bien que la Serbie ait désavoué et blâmé l'attentat de Serajevo dans lequel le Gouvernement serbe n'était pour rien, bien que la Serbie, en réponse à l'ultimatum autrichien, ait, sur les conseUs de l'Angleterre, de la Russie et de la France, consenti aux concessions les plus étendues et aux sacrifices d'amour-propre les plus douloureux, c'est elle qui est coupable. Et bien que la Russie, d'accord avec le Gouvernement britannique et le Gouvernement français, soit intervenue en faveur de la paix, bien que le tsar ait personnellement proposé de soumettre le conflit austro-serbe localisé à l'arbitrage de la cour de La Haye, c'est la Russie, aussi, qui est coupable ; c'est elle qui veut la guerre. Telle est la thèse soutenue par le socialisme autrichien.

(i) Ibid., p. lo.

lyo LA FAILLITE DE L INTERNATIONALE.

Il suffit, pour s'en rendre compte, de parcourir la collection de son organe officiel, VArbeiter Zeitung, pendant les premiers jours d'août 1914.

Le i^'' août, ce sont les intentions de la Russie que l'organe austro-hongrois commence à suspecter et à dénoncer :

Serait-ce plus qu'un jeu coupable avec la tranquillité de l'Europe qui pousse la Russie ? Le tsarisme voudyaii-il commettre l'inexpiable crime de mettre le feu A toute l'Europe? Et pourquoi ? Pour les Serbes des Balkans et leurs prétentions misérables, la lutte sanglante, par la volonté de la Russie, commencera dans toute l'Europe ! Si la Russie ouvre cette voie sanglante à travers le champ de l'Europe, c'est là un crime pour lequel il n'est pas de pardon.

Le 2 août, sous le titre la Guerre mondiale du Tsar, c'est à la France, à la France de la Révolution, que s'en prend, dans sa colère, VArbeiter Zeitung, etlui qui accepte, qui trouve parfaite la Triple-Alliance, s'indigne à l'idée de l'alliance franco-russe :

... C'est une pensée tristement ridicule que la France de la démocratie et de la liberté civique, qui n'a jamais été si pacifique qu'en ces dernières années, qui a manifesté, en ces jours de crise, son horreur de la guerre avec une netteté égale à celle du peuple allemand, que cette France aille immoler des hécatombes d'hommes iiniquemevt pour que le tsar se réjouisse tranquillement de son protectorat sur la Serbie.

Pendant quarante -quatre ans, elle a réprimé sa douleur d'avoir perdu l'Alsace et la Lorraine, l'idée de revanche pâlissait de plus en plus, et voilà que la guerre d'extermination , serait déchaînée entre les peuples civilisés les plus nobles pour la Serbie ini-barbare. C'est 11 ne folie qui dépasse toutes les folies... L'alliance de la République avec l'absolutisme russe a été une alliance contre nature ; elle devient un crime contre l'humanité et efface tous les mérites que le peuple français s'est acquis à la civilisation...

Enfin, au lendemain de la séance du Reichstag où les social-démocrates allemands ont voté les crédits et se sont mis délibérément à la remorque^ et au service du kaiser et de M. de Bethmann-Hollweg, 'VArbeiter Zeitung ne contient plus sa joie ; son pangermanisme exulte, s'épanouit ; sous ce titre : la Journée de la nation allemande, voici en quels termes délirants il s'exprime :

Nous devons ne lamais oublier ce 4 août. De quelque façon que tournent les dés du destin — et avec les vœux les plus ardents de notre cœur nous espérons la victoire pour la cause sainte du peuple allemand. — l'image du Reichsiag allemand se dressera dans l'histoire comme une journée de la plus fière et la plus puissants élévation de l'esprit allemand... Le peuple allemand est uni dans sa résolution de fer inébranlable de ne pas se laisser subjuguer et ni mort, ni diable, réussiront à vaincre ce grand peuple intelligent, notre périple allemand...

Les socialistes allemands, sans en excepter un, ont voté le projet. Certes, ce n'est pas leur faute si l'empire allemand et le "inonde européen tout entier vont éprouver les horreurs de la guerre. Mais puisque la patrie allemande est en danger, la social-démocratie est là pour défendre le pays... Elle ne marchande pas ; jamais parti n'a eu conduite plus grande et plus sublime que cette social-démocratie allemande, qui s'est montrée digne de cette heure si extraordinairement grave (i).

Une dernière citation.

Dans le Maerz (juin 1915), revue de l'Allemagne du Sud qui se publie à Munich, Engelbert Pemerstorfer, un des chefs de la social-démocratie autrichienne, député au Reichsrath, fait l'éloge de la « sincérité >>, de la « io3'auté », de la « noblesse » de M. de Bethmann-Hollweg :

En pleine séance du Reichstag, écrit-il, le chancelier a déclaré que l'Allemagne fttt forcée de violer la neutralité belge. Les ennemis de l'Allemagne se sont jetés sur cette déclaration avec une véritable joie. Même en Allemagne on a, dans certains milieux, blâmé le chancelier pour sa sincérité. Mais le peuple allemamd ne lui a point fait de reproches. Le peuple allemand a compris que dans cette guerre où se joue son existence et qui lui a été imposée, la violation de la netitralité belge ne joue aucun rôle. M. de Bethmann-Hollweg est devenu pour les ennemis de V Allemagne une sorte de témoin à charge. Mais nos adversaires, aussi bien que les neutres, n'ont pas senti tout ce que cette déclaration représentait de grandeur simple.

On n'a pas compris qu'un homme d'Etat, à une pareille heure, ait été assez impolitique pour faire un tel aveu. Et cependant, quand le chancelier prononça ces paroles, il crut à la vérité de ce qu'il disait. Dans un magnifique sentiment de loyauté, il rendit hommage à la vérité, si nuisible fût-elle. On n'a pas assez dit combien M. de Bethmann-Hollweg, en

(i) Ces extraits de VArbeiter Zeitung ont été traduits et publiés par ^L P.-G. La Chesnais [Mercure de France, \^^ juin 1915). »¥

faisant ces déclarations, mit dans une éclatante lumière sa loyauté et celle du peuple allemand. Depuis qu'il existe une politique, jamais homme d'Etat n'a montré autant de noblesse dans une heure tragique.

Une telle attitude des social-démocrates austrohongrois ne pouvait, au demeurant, surprendre que ceux qui ignoraient leurs tenants et aboutissants d'avant la guerre.

Marxiste et pangermaniste, nationaliste et impérialiste, la social-démocratie autrichienne n'est qu'une annexe de la social-démocratie allemande — - comme celle-ci n'est elle-même qu'une annexe de la Wilhelmstrasse.

Le geste de Fritz Adler.

Est-il utile de signaler l'existence, au sein de la socialdémocratie autrichienne, d'une minorité représentant une tendance internationale?

Cette minorité est si faible, si infime, que l'on pourrait presque s'en dispenser. Elle se recrute dans la jeunesse et a eu quelque temps pour organe la revue fondée par Otto Bauer, Der Kampf {La Bataille), qui, après l'arrestation de Fritz Adler, lui a été enlevée par la majorité. Les divergences entre minorité et majorité se sont dessinées au cours du Congrès social-démocrate qui s'est tenu à Vienne du 25 au 28 mars 1916. Les partisans de la tendance nouvelle avaient proposé à la réunion une résolution dont voici le principal passage :

La conférence salue toutes les tendances représentées par les minorités des différents partis socialistes, qui veulent exprimer aussi pendant la guerre la solidarité internationale. Aucun parti socialiste ne doit s'abstenir de V accomplissement de ce devoir, quoique l'instrument le plus efficace de cette politique, l'Internationale socialiste, soit détruit. Nous ne nous faisons aucune illusion en ce qui concerne le fait que ce déchirement et cette scission du mouvement ouvrier sont la conséquence nécessaire de l'attitude prise jusqu'ici par les majorités des partis socialistes en face de la guerre. Une action internationale de prolétaires qui veulent se vaincre réciproquement n'est pas jjQSsible.

Cette motion n'a, sur 246 délégués, réuni que 15 voix, qui, du reste, ne semblent pas avoir voté contre la motion impérialiste du Comité directeur, puisque VArheitcf Zeitung déclare que cette dernière fut adoptée à l'unanimité des délégués.

C'est à cette minorité qu'appartient Fritz Adler. alors directeur de Dey Kampf, fils de Victor Adler, qui, le 20 octobre 1916, abat à coups de revolver le comte Karl Sturgkh, président du Conseil.

En frappant ainsi le chef du Gouvernement, Fritz Adler a sans doute pensé donner le signal d'une série d'actes révolutionnaires — individuels ou collectifs — qui secoueraient la passivité du prolétariat autrichien, hâteraient le paix et favoriseraient le développement du socialisme. Mais, loin de déterminer une agitation quelconque, l'acte de Fritz Adler encourt la désapprobation générale ; VArheiter Zeitung le condamne en ces termes :

Un acte que nous aurions toujours condamné sans réserve, à propos duquel nous n'aurions jamais pu éprouver que de l'épouvante, nous bouleverse encore plus profondément en ces temps où la mort est si fréquente. Toute vie humaine nous est sacrée. Ici toute considération fondée sur la politique s'arrête et une compassion sincère suit dans le tombeau ce mort qui a toujours pris sa tâàiie au sérieux et a toujours été un trayailleur simple et zélé. Nous plaignons aussi le malheureux qui a commis le meurtre et s'est sacrifié lui-même avec sa victime. C'est un social-démocrate qui a commis ce crime étranger à toutes les idées sociales, incompréhensible aux socialistes, il n'y avait rien dans la nature de Frédéric Adler qui pût l'amener à cet acte effrayant. Sans doute, sa nature impulsive, l'esprit fanatique qu'il devait à ses convictions, pouvaient nous faire croire qu'il était toujours capable de sacrifier sa vie à la cause dont il était possédé, à l'idée qu'il avait épousée sans réserve ; mais qu'il pût verser le sang d'autrui, toucher à la vie d'un autre homme, nous ne l'aurions jamais cru.

Quel que soit le mobile de Fritz Adler, son geste est sans portée. Il n'a d'autre valeur que celle d'un faitdivers retentissant.

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