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CHAPITRE X LES NEUTRES

Les Scandinaves.

Les pays Scandinaves ont été très travaillés par la propagande allemande — soit par la diplomatie de la Wilhelmstrasse, soit par son habituel auxiliaire, le socialisme de Karl Marx.

Au Danemark, le parti socialiste est essentiellement germanophile. Certes il est pour la neutralité du Danemark dans la guerre. Sous prétexte d'aider à cette neutralité, il vote en 1915, contrairement aux rites des Congrès internationaux, non seulement le budget, mais des crédits militaires extraordinaires. Mais si neutres soientils, ces social-démocrates danois, qui ont totalement oublié le sort du Sleswig-Holstein, ne dissimulent point leurs sympathies pour la cause allemande.

Même souci pacifiste, même affirmation neutraliste chez les socialistes nor\'égiens. Le Parti ouvrier socialdémocrate de Norvège compte au Folketing (Chambre des députés) deux représentants : Knûdsen et Gjôstein. Interrogé sur ce que décideraient les socialistes norvégiens s'ils avaient à choisir entre l'attitude du Luxembourg et celle de la Belgique, Bjôstein répondit qu'il opterait pour ceUe du grand-duché. Ce marxiste a complètement perdu le sens des situations. La neutralité luxembourgeoise était une neutralité désannée ; celle de la Belgique était une neutralité armée et obligée de se défendre, et la Belgique a défendu sa neutralité brave-

ment, héroïquement. Mais Bjostein est à ce point infecté de geiTTianisme qu'il considère comme superflu le respect des engagements, que, lui aussi, il considère les traités comme des chiffons de papier. Il convient cependant de noter chez quelques socialistes norvégiens, comme chez Jacob \^idnes, conseiller municipal de Christiania, une appréciation plus juste des événements (i).

En Suède, les Allemands ont fait un gros effort. Sans doute, l'un des leaders du socialisme suédois, Branting, semble fort jaloux de son indépendance d'esprit. Il a nettement condamné la violation de la Belgique et jugé sévèrement l'attitude des social-démocrates allemands. Lors du bombardement de Karlsnihe, il fit remarquer avec bon sens à quel point les Allemands étaient dépour- \nis d'autorité pour nous reprocher un procédé dont ils avaient, eux-mêmes, usé si copieusement.

Mais son influence, qui a été considérable, est, depuis quelque temps, vivement attaquée par une fraction importante du parti qui lui reproche sa tactique trop modérée et ses relations trop cordiales avec la couronne. Et un politicien socialiste qui possède une certaine action, professeur de l'Université, marié à une Allemande, Steffen, mène la campagne la plus violente pour l'Allemagne et contre les Alliés. Prétendu socialiste, Ste^en communie avec le docteur Sven Hedin, piétiste et ultraconservateur, dans la gemianophilie la plus outrancière et a publié en 1914, sous le titre la Giterre et la Kultttr, un livre dont le ton est particulièrement outrageant à l'égard des défenseurs du droit et de la liberté.

Le voyage effectué en Allemagne et en Belgique — ■ et dans les conditions que l'on va voir — par un certain nombre de militants syndicalistes et social-démocrates des pays Scandinaves est tout à fait révélateur de leur état d'esprit. Les voyageurs avaient été invités par la social-démocratie allemande, laquelle, '• suivant une suggestion bien probable de la Leipziger Volkszeitung, a dû servùr d'intermédiaire au Gouvernement. Ils ont été conduits par des fonctionnaires, plus Wilhelra Jansson, le même qui, au commencement de la guerre, avait été

(i) En ce sens, voir une interview de J. Vidnes dans le Malin du 18 janvier 19 16,

chargé par le parti allemand de faire comprendre aux trois pays Scandinaves combien il était juste et nécessaire, pour l'Allemagne, de commencer la guerre et de violer la Belgique (i) ».

A ce voyage participaient les députés A.-C. Lindblad, Nils Persson, Harald Halle, de Suède ; le député Sigwald Olsen, C. F. Madsen, président de la commission centrale des syndicats danois, et J. A. Hansen, président du sjmdicat danois des ouvriers constructeurs de machines.

Les touristes Scandinaves ont visité longuement les installations de la société coopérative berlinoise à Lichtenberg et les diverses institutions ouvrières de la capitale. Ils se sont ensuite rendus au siège du Comité directeur de la social-démocratie, où un examen de la situation internationale a eu lieu deux heures durant. A la suite de cette conversation, « le camarade » social-démocrate danois — un « vétéran du Parti >>, nous dit l'Humanité (2) — déclara que ses co-voyageurs avaient « une compréhension absolue de la situation difficile du Parti allemand et que, dans une situation pareille, ils n'auraient pas pu agir autrement (3) ».

Ce qui est plus grave, c'est que ces social-démocrates Scandinaves n'ont eu aucune répugnance à se laisser conduire en Alsace-Lorraine et en Belgique. A Strasbourg, à un banquet officiel en leur honneur, le maire a proclamé que l'Alsace était bien allemande, qu'elle le resterait, et ils ont répondu par des paroles pleines d'amabilité, allant jusqu'à dire que « la Belgique n'est pas du tout un pays dévasté par la guerre {sic) et que l'Allemagne a prouvé par sa conduite de la guerre qu'elle marche à la tête des peuples civilisés (4) ».

(i) P.-G. La Chesnais, Le voyage des hommes politiques Scandinaves (L'Humanité, 25 août 1916).

(2) VHumanité, 26 juillet 1916.

(3) Ibid. Au sujet de cette conversation avecle Parteivostand, Braating écrit dans une lettre à M. Renaudel :

« J'apprends maintenant que le Comité directeur du parti socialdémocrate allemand a tenu à expliquer devant les voyageurs ses vues sur la situation du parti et défendre la politique majoritaire. C'était son droit incontestable, il me semble. J'ai eu mo'-même, en retournant l'éié 1915 en Suède, l'occasion d'une délibération avec le Comité directeur allemand sur ces mêmes matières. » (Lettre à VHmnanité, 17 août 1916.)

(4) P.-G. La Chesnais, loc. cit.

Sur le séjour à Strasbourg, une dépêche adressée au Temps donne les suggestifs détails suivants :

Bâle, 3 août.

Les députés socialistes Scandinaves arrivés dimcfncjie à Strasbourg y sont reçus avec de grands honneurs par les autorités allemandes. Accompagnés du maire et de plusieurs conseillers municipaux et hauts fonctionnaires, ils ont visité hindi les diverses institutions et édifices publics de la ville. L'aprèsmidi on les a conduits au lazaret installé au palais impérial où le statthalter et le secrétaire d'Etat baron de Tchammer sont venus les saluer (i).

En Belgique, le voyage des social-démocrates n'a pas eu un caractère moins officiel. Ils ont été reçus par le gouverneur général von Bissing. « Ils ont entendu un officier, le capitaine Volkmann, leur vanter les bienfaits de l'administration allemande. Sera-t-il permis de leur demander s'ils ont entendu aussi les plaintes de la population belge, s'ils ont pu s'entretenir librement avec nos camarades du Parti ouvrier, s'ils sont entrés en contact avec les 700 000 chômeurs qui, depuis deux ans, acceptent de vivre d'une indemnité de 3 francs par semaine, plutôt que de travailler pour l'ennemi? L'administration allemande leur a montré ce qu'elle a voulu. Ont-ils pu voir autre chose? Ont-ils pu se rendre compte de l'atroce misère d'un peuple qui n'a commis d'autre crime que d'user de son droit de légitime défense et de rester fidèle, jusqu'à la mort, à ses engagements internationaux? » (2).

En Hollande.

Entre la Hollande et l'Allemagne les liens sont nombreux : il y a parenté de langues et de races, il y a de continuelles rela-tions commerciales. L'AUemagne est le meilleur client de la Hollande : en 1914, à l'importation, I 051 100 000 florins et à l'exportation i 555 000 000. Parmi les colonies d'étrangers résidant aux Pays-Bas, l'élément allemand est de beaucoup le plus important

(i) Le Temps, 4 août 1916 (4"^ p., dernière heure, 6« col.). (2) Lettre de \'andervelde (L'Humanité, 23 août 1916).

et, à lui seul, dépasse le total de tous les autres éléments réunis. Dans l'ordre intellectuel, les rapports ne sont pas moins fréquents : nombre de jeunes Hollandais suivent, durant deux ou trois semestres, les cours des Uni\'ersités d'outre-Rhin ; quelques chaires hollandaises sont occupées par des professeurs allemands, et réciproquement des Hollandais enseignent dans les Universités de l'empire. Dans le domaine religieux, les catholiques néerlandais sont en relations suivies avec les catholiques allemands : ces relations datent du Kulturkampf. Il n'est donc point surprenant que le socialisme germanique de Karl Marx — qui, depuis 1870, s'est imposé à la plupart des partis socialistes européens — ait exercé une influence considérable sur le parti socialiste néerlandais.

La première pro\dnce où celui-ci enfonça ses racines est la Frise où, grâce à la propagande de pasteurs et d'instituteurs imbus d'idées révolutionnaires, le pasteur Domela-Niemvenhuis réussit, en 1887, à se faire élire député du district de Schoterland. Au Congrès intemarional de Bruxelles (1891), Domela préconisa la grève générale militaire en cas de guerre et s'éleva — non sans véhémence — contre le chauvinisme des social-démocrates allemands. L'année suivante, Domela et l'association social-démocratique qu'il dirigeait décidèreirt de ne plus participer aux élections.

Il se forma alors, vers 1894, avec le programme pur et la tactique de la social-démocratie allemande, un parti ouvrier social-démocrate de Hollande, qui eut pom: chefs Troëlstra, Van Kol et ^'■liegen et pour organe Het Volk {le Peuple), quotidien. Ce parti remporta, aux élections de 1913, un important succès : le nombre de ses éliis passa de 7 à 18 ; le nombre de leurs électeurs du premier tour, de 83 000 (en 1909) à 145 000.

Quand la guerre éclate, le parti socialiste néerlandais préconise l'absolue neutralité, à peu près dans les mêmes conditions et dans les mêmes termes que les partis socialistes des pays Scandinaves. En fait, son leader, M. Troëlstra, fait nettement figure d'agent allemand. Il est en relations continuelles avec les socialistes du kaiser et, sous le fallacieux prétexte de sociaHsme international, il se rend à Berlin, où il arrive muni d'une lettre de recommandation du ministre d'Allemagne à La Haye. Et à

Berlin ce n'est pas seulement avec les « camarades » de la social-démocratie que s'entretient le politicien socialdémocrate néerlandais, mais aussi et surtout avec M. Zimmermann. C'est lui qui recueille de la bouche de M. Zimmermann, alors sous-secrétaire d'Etat au ministère des Affaires étrangères, les déclarations du Gouvernement allemand relatives à la Hollande. Elles ont été publiées dans H et Volk du 28 octobre 19 14 :

Le Gouvernement allemand — a déclaré M. Ziînmermann — • est tmanime à reconnaître qu'il fatit respecter absolument l'indépendance et l'intégrité des Pays-Bas.

Je puis vous assftrer cela, à titre ofEciel, en ce qui concerne l'indépendance politique de la Hollande, ce qui doit nous intéresser en premier lieu.

Quant aux relations économiques après la guerre, on ne peut rien affirmer maintenant à leur sujet. Je crois qu'une conséquence de la guerre sera un rapprochement économique entre divers Etats dont la Hollande verra qu'il est de son intérêt de bénéficier.

Si l'on se souvient que Treitschke estimait l'entrée d^es Pays-Bas . dans le Zollverein aussi indispensable à l'Allemagne que « son pain quotidien •>, on pressent quelle est la qualité de rapprochement économique qu'envisage pour les Pa3^s-Bas la bienveillance avisée du Gouvernement impérial allemand.

Et c'est M. Troëlstra qui se fait auprès de ses compatriotes l'interprète de la pensée et des plans de Berlin! On s'explique que dans un long article de la Gazette de Francfort, où l'auteur retrace un voyage aux Pays-Bas et ne dissimule pas son irritation contre cette nation, il ait glissé, en passant, un éloge de « l'esprit clair et vraiment humain du chef socialiste Troëlstra (i) ».

En Suisse.

Les socialistes de Lausanne et de Genève, comme Jean Sigg, sont plutôt favorables à la cause de la France démocratique ; ceux de Bâle et de Zurich — • grands

(i) Ulrich R.\U3cher, Dus neutrale TMnd {Le pays neittre) [Frankfurter Zeitimg, 25 décembre 1914).

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centres d'espionnage allemand — sont complètement inféodés à l'Allemagne impériale et à sa social-démocratie impérialiste ; ceux de Berne se prêtent, avec un empressement non dissimulé, à des intrigues équivoques et à l'organisation de conciliabules ; ceux de Neuchâtel et de la Chaux-de-Fonds, comme Naine et Graber, qui sont considérés comme les éléments les plus avancés du parti, accentuent leur antimilitarisme doctrinal et insistent sur les responsabilités identiquement encourues, lors de la déclaration de guerre, par tous les Gouvernements capitalistes (i).

Mais, d'une façon générale, on peut dire que l'influence de l'Allemagne et du socialisme allemand est considérable sur le parti socialiste helvétique.

Cette influence, d'ailleurs, paraît due pour une large part à des- considérations qui n'ont rien de bien désintéressé. Au cours d'une polémique avec le Griitlianer, le Volksrecht, organe socialiste de Zurich, était obligé de reconnaître qu'il avait touché ime subvention de la social-démocratie allemande ; et, ainsi que l'observe le Jura bernois, « ces liens de créancier à débiteur entre socialistes allemands et socialistes suisses jettent un nouveau trait de lumière sur les conférences de Zimmerwald (2) ».

Les hostilités sont à peine commencées depuis un mois que le parti socialiste suisse organise, d'accord avec le parti socialiste unifié itaUen, la parlote de Lugano (septembre 1914) — comme, un an plus tard, toujours d'accord avec le même, nous le verrons favoriser l'organisation de la conférence internationale — et de la manœuvre allemande — de Zimmerwald (septembre 1915).

Le i^^ septembre 1914, le parti socialiste suisse tient son Congrès national à Berne. A l'unanimité il y adopte la traditionnelle et absurde résolution déclarant que la guerre est la conséquence du régime capitahste, que, seul, le coUectixâsme pourra assurer la paix parmi les hommes, etc.

L'aimée suivante, les socialistes suisses tiennent leur

(i) Le frèxe de 'SI. Graber est employé à Berlin, dans les bureaux de M. Karl Legien, président de la Confédération svTidicale allemande. {2) Le Jura bernois, 19 a^Til 1916.

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Congrès à Aarau (20-21 novembre 1915). Environ 400 délégués y prennent part. Par 330 voix contre 51, le Congrès d' Aarau approuve les résolutions de la conférence de Zimmenvald. Vue seconde motion adressant les sympathies du Congrès « aux socialistes des pays belligérants restés fidèles aux principes de l'Internationale et de la lutte des classes -> est votée à une assez grande majorité. Enfin une troisième motion invitant « le prolétariat des pays belligérants à mettre fin à la guerre par une démarche révolutionnaire >> est acceptée par 258 voix contre 141.

Il faut souligner le rôle singulier joué, à l'occasion et pendant toute la durée de la guerre, par deux personnalités notables du parti socialiste suisse : Grimm et Greulich.

Robert Grimm est un ancien ouvrier d'usine, qui, grâce à sa souplesse, à son intelligence et une puissance de travail indiscutables, a réussi à se placer à la tête du parti socialiste helvétique et est devenu membre du Conseil national de Berne. M. Robert Grimm est le rédacteur en chef de la Berner Tagwacht. C'est lui qui, sur la proposition de Franck, député de Mannheim, et des socialdémocrates allemands, organise, en 1913, à Berne, la fameuse conférence inter-parlementaire franco-allemande. C'est lui que la social-démocratie allemande charge de transmettre le salut des socialistes allemands à un meeting organisé, le 7 février 1915, à Milan, par le parti unifié italien (il y fut, d'aiUeurs, violemment conspué). C'est lui qui, au Congrès d'Aarau, fait voter l'organisation de la propagande révolutionnaire contre la guerre. C'est lui qui préside la conférence cosmopolite de Kienthal. Et ce qui paraît étrange, certes, c'est qu'au cours de 1915, M. Robert Grimm, socialiste radical, autrement dit révolutionnaire, ait pu faire des voyages en Allemagne et en Autriche. Pour qui connaît la méfiance du Gouvernement impérial et de la police allemande, la chose paraît incompréhensible. Une tolérance de ce genre est encore plus inexplicable de la part du Gouvernement autrichien. A moins que M. Grimm...

Hemiann Greulich — ■ l'une des plus vieilles barbes et l'un des plus sinistres raseurs des Congrès internationaux — est, depuis près d'un demi-siècle, l'homme à tout

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faire du marxisme et du pangermanisme. Au Congrès de Bâle, tenu par la première Internationale, il combat, de son mieux, au profit du socialisme allemand, le socialisme français de Proudhon et l'influence naissante du grand révolutionnaire russe Bakounine. En 1870, les socialistes suisses de la clique de Greulich se prononcent pour l'annexion de l'Alsace-Lorraine (i). Dans tous les Congrès de l'Internationale, Greulich fait cause commrme avec les socialistes du kaiser. C'est lui qui, en 1912, préside le grand Pardon de Bâle. Son rôle depuis le début de la guerre est des plus suspects.

C'est lui qui, le 16 mai 1915, c'est-à-dire au moment où apparaît comme imminente la déclaration de guerre de l'Italie à l'Autriche, s'abouche, à Bologne, avec le comité directeur du parti sociahste unifié d'Italie et, sous prétexte de l'aider dans son action neutraliste et pacifiste, lui présente un « camarade » qui, de la part d'un richissime américain, lui vient offrir une modique obole de 200 000 francs. Ce « camarade », conduit par Greulich, s'appelait, disait-on, Nathan. La somme offerte, ajoutait-on, provenait de Carnegie (2).

Le comité directeur du parti unifié italien, soit par un sentiment de pudeur très compréhensible en l'occurrence, soit par peur d'une « fuite » et par crainte du scandale, refuse l'offre. Mais le rôle de Greulich n'en est pas moins fort louche, ou, si l'on préfère, fort clair.

Depuis, le mystérieux Nathan n'a point dévoilé son identité véritable. Mais M. Carnegie a déclaré « qu'il n'avait jamais rien offert (3) ».

Socialistes espagnols.

Bien que de tendances très nettement collectivistes et marxistes, le parti ou\Tier espagnol est à peu près le seul

(i) Ainsi qu'il résulte d'une lettre de Marx à Jung, datée du 17 février 1870 et reproduite par Joeckh dans Die Internationale, p. 235 (Leipzig, 1904).

(2) Le Temps, 2 août 1915 ; Journal français de Genève, 7 août 1915 ; L'Humanité, 17 et 24 août 1915.

(3^ L'Humanité, 24 août 1915.

parti socialiste des pa3-s neutres qui n'ait pas été contaminé par la propagande germanique.

Certes, il entend que l'Espagne demeure neutre ; mais il manifeste ses sympathies pour les Alliés. Et de même s'il dénonce, conformément à la logomachie traditionnelle, le capitahsme comme le responsable du conflit mondial, il ajoute que d'autres responsabilités ont concouru à la guerre et doivent être retenues.

En divers documents ou manifestations, le parti ouvrier espagnol a formulé son point de vue.

Dès novembre 1914, en réponse à un communiqué du parti sociahste suisse préconisant une conférence internationale, le comité national du parti déclare :

Notis sommes d'accord avec la pensée générale de votre déclaration. Il est certain, ainsi que le montrent les faits, que le capitalisme est le seul responsable de la guerre. Il est certain aussi que, quel que soit le vainqueur, les travailleurs n'obtiendront pas leur émancipation. Mais ces constatatimis , faites d'accord avec la pensée de V Internationale ouvrière, n'en excluent pas d'autres également certaines et qui tcruchent de près notre idéal.

Sans cesser de dénoncer Je capitalisme de tous les pays en lutte cotnme responsable du conflit actuel, nous sommes obligés d'examiner les causes de la guerre, la situation qu'elle crée et les conséquences qu'elle comporte, en nous basant toujours sur les faits et en n'oubliant pas un seul itistant les aspirations du prolétariat.

Et le résultat de cet examen nous dit que dans la lutte tragique préparée et exécutée par le capitalisme, deux tendances se sont fait jour et que de la victoire de l'une ou de l'autre, la cause des travailleurs retirera plus ou moins de bénéfice.

Des deux groupes qui participent à ce sanglant conflit, l'un, celui qui l'a provoqué et qui est l' expression la plus parfaite de l'impérialisme, poursuit un but qui, s'il arrivait à le réaliser, frapperait très profondément le prolétariat et le Parti qui le représente. L'autre, quoique guidé aussi par l'intérêt capitaliste, stibit moins l'influence de l'impérialisme et, par conséqtient, est imbu d'un esprit plus démcfcratique.

Serait-ce la même chose pour la cause socialiste, pour les intérêts du prolétariat qtte ce soient l'Allemagne et l'Autriche qui triomphent oit que ce soient la France, la Belgique et les autres pays alliés ? Nous ne le croyons pas.

Si l'impérialisme austro-allemand remportait la victoire, la marche du socialisme subirait un recul ; si ce sont les Alliés qui

triomphent, notre cause fera de grands progrès, même en Allemagne et en Autriche.

Voilà quelles seront à notre avis les conséquences de la terrible bataille qui se livre aujourd'hui, voilà ce que penseront tous ceux qui examineront avec soin la réalité.

Quant à la conférence que vous proposez, nous croyons qu'elle ne peut pas se tenir tant que les représentants des pays où le socialisme est organisé ne pourront pas y participer. L'œuvre d'une conférence à laquelle les partis des pays belligérants ne pourraient prendre part serait, à notre sois, incomplète et pourrait peut-être prêter à l'équivoque.

Le même thème se retrouve dans la résolution adoptée en octobre 1915 par le Congrès national du parti ouvrier espagnol. Le texte de cette résolution proclame que, s'il y a lieu d'insister sur les responsabilités du capitalisme mondial dans la guerre, il n'en est pas moins certain qu'en Europe deux tendances se sont dessinées. Si l'impérialisme austro-allemand triomphait, la cause générale du sociahsme subirait un grand recul, tandis que, s'il est battu, le socialisme ferait d'énormes progrès, en Allemagne et en Autriche notanmient. En ce qui concerne la paix, le Congrès estime qu'il convient d'attendre des circonstances favorables à la cause de la classe ouvrière et à celle de l'humanité et qu'une paix prématurée et précaire ne pourrait que nuire au progrès et à la civilisation.

En Grèce.

Le jeune et embryonnaire parti socialiste d'Athènes, sous la direction de Platon Dracoulis, se prononce en faveur de l'Entente.

Dans un manifeste de décembre 1915, il appuie la politique interventionniste de M. Venizelos et ajoute : « Le plus grand ennemi de la classe travailleuse, c'est le kaiser, l'auteur de cette guerre de destruction. »

Le manifeste attire l'attention du peuple grec sur la signification des élections actuelles, où il est invité à se prononcer entre ses ennemis, l'Autriche, la Turquie et la Bulgarie, et ses meilleurs amis, la France et l'Angleterre.

La fin du manifeste contient une véhémente protes-

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tation contre la social-démocratie allemande et formule le vœu que, dans l'intérêt même du peuple allemand, l'Allemagne soit vaincue.

Par contre, la Fédération ouvrière socialiste de Salonique, subissant les influences allemandes, rompt avec les sociaKstes d'Athènes et marche d'accord avec les Zinimerwaldo-Kienthaliens.

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