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CHAPITRE III L'ANGLETERRE OUVRIÈRE ET SOCIALISTE

Le socialisme anglais a eu un prophète : Robert Blatchford. Dès lyog, il mettait ses concitoyens en garde contre ce qu'il appelait : « le danger allemand ->.

Blatchford est un socialiste indépendant. Il n'appartient à aucune fraction organisée du socialisme britannique. Il n'en est pas moins le leader sociahste le plus connu de la Grande-Bretagne. Son journal, Clarion, est le plus répandu des organes sociaUstes. Sous le pseudonjTnede Nunquam, il a publié Merry England {l'Angleterre joyeuse) , dont le tirage a dépassé un milUon et demi d'exemplaires. Dans le Daily Mail, en décembre 1909, à la veille des élections générales en Angleterre, Blatchford publiait une série d'articles où il attirait l'attention de l'opinion publique sur les problèmes de la défense nationale et la nécessité du service militaire obligatoire. « Le public ne perçoit pas, disait-il, la gravité de la menace germanique. » Et à ceux qui lui demandaient les raisons de cette menace, Blatchford répondait :

Qu'est-ce donc qui a causé la plupart des grandes guerres de l'histoire ? Ambition et convoitise. Convoitise de richesse, de gloire, de puissance.

Puis, après avoir démontré que rien n'arrêterait l'Allemagne dans l'agression qu'elle préméditait contre la France et l'Angleterre, il ajoutait :

Actuellement les Anglais ne voient dans la menace allemande qu'une simple possibilité lointaine d'invasion. Aussi sont-ils

46 LA FAILLITE DE l'INTERXATIONALE.

ardents pour la Marine et froids pour la Guerre. De là le triomphe de l'école de l'Eau bleue. Conservons la maîtrise de la mer et nous sommes saufs: tel est le premier, l'unique article de foi pour le public. « Maintenons notre flotte sur le pied du double pavillon et nous n'avons rien à craindre », dit le prestigieux Mr. Winston Churchill...

Eh bien! la domination des mers ne suffit plus pour permettre de maintenir l'équilibre des puissances : une flotte au taux du double pavillon ne nous permettra pas de maintenir l'équilibre européen. Il nous faut une armée...

La clairvoyance du vieil écrivain socialiste anglais était alors appréciée comme suit dans l'organe du socialisme unifié français. « Blatchford, exposait M. Jean Longuet, est pris d'un accès de germanophobie vraiment inquiétant... Sans cesse il dresse devant ses lecteurs le spectre de l'invasion allemande... (i). » Fallait-il, en vérité, que Robert Blatchford fût atteint d'inquiétante et maladive germanophobie pour oser envisager l'hypothèse d'une agressi n aUe mande?

Un autre socialiste anglais, Hyndman, qui fut le fondateur d- la Social-democratic Fédération, a également insisté à plusieurs reprises, soit dans la Petite République (de Paris) à laquelle il envoyait des articles, soit dans son organe Justice, sur la menace d'un péril germanique et sur cette idée que l'Angleterre, pour assurer son approvisionnement de denrées alimentaires, avait besoin d'une marine de guerre capable de tenir tête à toutes les combinaisons possibles d'adversaires éventuels :

Notre existence de nation d'hommes libres, écrivait-il, dépend de notre domination sur mer. Cela ne peut être dit d'aucune nation contemporaine.

Comme socialistes, nous avons beau être ennemis des armements, il nous faut pourtant bien reconnaître les faits (2) .

Le Mouvement ouvrier anglais.

En 1914, quelles sont les organisations ouvrières et socialistes britanniques?

(i) L'Humanité, S janvier 1910.

(2) Justice, 31 décembre 1898.

Au point de \'ue corporatif, c'est dans les Trade- Unions que sont groupés les travailleurs. On connaît l'ancienneté de ces associations qui remontent à plus d'un siècle, leur force numérique et financière, leur esprit pratique, les grèves qu'elles ont soutenues, les victoires qu'elles ont remportées sur le patronat et sur les compagnies. La General Fédération of Trade-U nions esila.ré\xn\o\\ générale des Trade-Unions ; elle équivaut à ce qu'est, en France, la Confédération générale du Travail. A côté fonctionnent un certain nombre de Trade-Unions locales, c'est-à-dire non affiliées à la Fédération générale ; des Trade-C aune ils, ou Bourses du Travail, et la Women's Labour League (ligue d'ouvrières).

Au point de \*ue purement socialiste, l'Angleterre compte trois organisations : la Social-denwcratic Fédération qui, depuis quelques années, a pris le titre de British Socialist Party (Parti socialiste britannique) ; l'Independent Labour Party (le Parti ouvrier indépendant), et la Fabian Society (société fabienne).

La Social-democratic Fédération (ou Parti socialiste britannique) est la plus ancienne des trois organisations. Elle a été fondée en 1881 par H}iidman et par William Morris et compte parmi ses propagandistes les plus connus : E. Belford-Bax, H. Quelch, Will Thome, etc. Bien qu'H^Tidman et ses chefs aient eu parfois, en raison de leurs velléités d'indépendance, quelques difficultés avec Marx et Engels et se soient refusés à s'associer à certaines opérations de cuisine de la famille, la Fédération est de tendances fortement marxistes et son action, depuis 1891 surtout, s'est jointe, dans la plupart des Congrès internationaux, à celle de la Social-démocratie allemande.

L'Inde pendent Labour Party se distingue peu de la Social-democratic Fédération par le programme ; mais sa tactique est plus volontiers démagogique. Il avait à sa tète Keir-Hardie. Ses autres leaders ont Bruce Glasier, Russell Smart et surtout James Ramsay Macdonald,député de Leicester.

La Fabian Society, fondée à Londres en 1883, ne compte que quelques centaines d'adhérents, issus surtout de la classe moyenne, très teintés de libéralisme bourgeois. Elle s'occupe surtout de sociahsme municipal, publie

de nombreuses brochures de propagande et s'efforce de pénétrer dans le Parti libéral et les milieux intellectuels. Les Fabiens sont les « possibilistes >> d'outre-Manche, comme l'indique le nom symbolique de leur association, choisi pour rappeler la prudence de Fabius Cunctator.

Le Labour Party, dont nous n'avons pas encore parlé et qu'il faut bien se garder de confondre avec l'Independent Labour Party, embrasse toutes les organisations ouvrières et socialistes précédentes.

Les 27 et 28 février 1900, à la suite de la grève des cheminots de la Compagnie Taff wale, les Trade-Unions constituèrent, au cours d'une conférence tenue à Londres, le Labour Représentation Committee (ou Comité pour la représentation ouvrière) dont le but était d'envoyer des représentants au Parlement.

Le Labour Représentation Committee prit YÀustardlenom de Labour Party ou Parti du Travail. Il comprenait, lorsqu'il se constitua, la General Fédération of Trade-Unions, d'autres Trade-Unions non affiliées à la Fédération, des Trade-Councils ou Bourses du Travail et les trois organisations sociaUstes nationales : Lndependent Labour Party, Fabian Society et Social Démocratie Fédération.

Cette dernière ne resta pas longtemps dans le Labour Party. Elle prétendait, dès 1902, lui imposer la reconnaissance tonnelle de tous les principes et de toute la tactique du socialisme international, notamment le principe de la lutte de classes, dont les initiateurs du Labour Party n'admettaient pas strictement la formule. N'ayant pas réussi à faire accepter son point de \Tie, la Socialdémocratie Fédération se retira, tout en promettant d'appuyer le nouvel organisme. Elle y est rentrée depuis, en

On peut donc dire qu'en 1914-16 le Labour Party représente, dans son ensemble, le prolétariat de la Grande- Bretagne corporativement et politiquement organisé.

Le Labour Party.

De tous les peuples qui ont été amenés, en 1914, à prendre part à la guerre, il n'y en avait pas qui y fût moins préparé que le peuple anglais et qui fût plus hos-

tile à toute pensée belliqueuse. Cette hostilité tient à ses traditions, et l'on sait si, en Angleterre, les traditions ont des racines profondes. Elle tenait aussi au sentiment de sécurité produit par la situation géographique de la Grande-Bretagne. C'est en raison de cet état d'esprit que toujours, soit à la Chambre des Lords, soit à celle des Communes, les ministres répondaient que l'Entente cordiale n'impliquait pas de coopération miUtaire et que l'Angleterre avait les mains Ubres. C'est pour cette raison aussi que, jusqu'au bout, l'Allemagne se cro3'ait sûre de la neutralité anglaise. Elle connaissait la force de l'opinion pubHque anglaise réfractaire à la guerre, et surtout la volonté tant de fois manifestée par le Parti ouvrier et ses représentants autorisés d'empêcher tout conflit avec l'Allemagne, de se dresser contre toute action militaire, ou plutôt de ne pas laisser l'Angleterre, par suite de ses relations et de son entente avec la France, prendre part à une guerre européenne et combattre aux côtés de la Russie.

Lorsqu'on examine l'histoire du mouvement ouvrier anglais, représenté par le rôle et l'attitude de ses leaders, dans la période qui va de l'ultimatum autrichien à la Serbie jusqu'à la violation de la neutralité belge, on est frappé de la netteté et de la vigueur de ses sentiments anti-belliqueux et aussi anti-russes. Qu'il nous suffise, par exemple, de rappeler qu'Arthur Hendcrson, qui devait entrer, un peu plus tard, dans les cabinets d'union nationale Asquith et Lloyd George, fut l'un des plus ardents et des plus résolus pour la non-interv^ention. Membre du Bureau socialiste international, il signa avec Keir Hardie le manifeste du i^r août au peuple britannique et prit part, le lendemain, à Trafalgar-Square, à un meeting contre la guerre.

Mais quand fut connue l'attitude provocatrice de l'Allemagne et que c'était elle qui, avec sa comphce, l'Autriche, portait vraiment la responsabihté des événements, quand fut annoncée la violation de la Belgique, le gros des forces ouvrières, en face du danger national, renonça à toute agitation révolutionnaire et consentit loyalement à une trêve pendant la durée des hostilités. S 'inspirant de cette attitude générale des travailleurs, Arthur Henderson accepta d'entrer dans le Comité

parlementaire pour le recrutement et, plus tard, dans les Conseils du Gouvernement.

Dès le mois d'octobre 1914, les principaux représentants du Parti du Travail et des grandes organisations syndicales britanniques précisent, en un vigoureux manifeste, leur position à l'égard de la guerre.

Après avoir rappelé leurs efforts, au cours des années antérieures, pour ramener un rapprochement entre l'Angleterre et l'Allemagne, ils ajoutent :

Tous nos espoirs ont été détruits par l'action mûrement délihérée du souverain de l'empire militariste d'Allemagne. Son refus d'accepter la proposition anglaise qui voulait soumettre d une conférence européenne le conflit austro-serbe, son ultimatum à la Russie, ses préparatifs d'invasion de la France, tout cela démontrait bien que la caste militaire d'Allemagne était -résolue à la guerre contre le reste de l'Europe si elle ne pouvait lui imposer sa domination.

La violation de la neutralité belge prouve que rien, ni l'honneur national, ni la foi des traités, ne pourrait arrêter l'Allemagne dans la réalisation de ses projets ambitieux pour dominer l'Europe, avec le kaiser comme dictateur.

En face d'une pareille situation, le Labour Party estime que la Grande-Bretagne , après avoir épuisé toutes les ressources pacifiques de la diplomatie, était tenue, par le souci de son honneur autant que par les traités, à résister par la force des armes à l'agression allemande.

Le Labour Party estime que si l'Angleterre avait manqué à ses engagements vis-à-vis de la Belgique et était demeurée neutre, les chances de victoire de l'armée allemande auraient été accrues et sa victoire eût signifié la mort de la démocratie européenne.

C'est dans ces conditions nettement précisées que, « représentant des éléments les plus démocratiques de la nation anglaise », le Labour Party a pris part à la campagne en faveur des enrôlements volontaires dans de nombreux meetings d'un bout à l'autre du pays. Le manifeste se termine ainsi :

Tant que ceux qui ont pillé et dévasté la Belgique, ceux qui ont plongé l'Europe presque tout entière dans d' abominables souffrances et dans les horreurs de la guerre, n'auront pas été écrasés, il ne saurait y avoir de paix.

Lorsque l'heure sonnera de discuter les conditions de la paix, le Labour Party préconisera, comme il l'a toujours fait.

l'union internationale entre toutes les nations civilisées pour solutionner, non par le canon, mais par l'arbitrage, les différends qui surgissent entre les peuples.

Ce manifeste, qui traduit le sentiment de l'immense majorité du prolétariat anglais, est suivi des signatures de 25 députés travaillistes, parmi lesquels William Thom, Thomas, Roberts, Duncan, Bames, Seddon, président, et Bowerman, secrétaire du Comité parlementaire des Trade-Unions ; Appleton, secrétaire de la Fédération générale des Trade-Unions ; Septon et Ben-Tillett, des dockers ; Williams, du bâtiment ; Hatshom, des mineurs du Pays de Galles, etc.

En mars 1915, la majorité des élus du Labour Party à la Chambre des Communes, au nombre de 2y, affirment à nouveau, dans l'adresse suivante, les sentiments dans lesquels les ouvriers anglais combattent, à côté de leurs frères français et belges, pour la liberté de leurs pays et de l'Europe :

Aux TRAVAILLEURS DE FRANCE ET DE BELGIQUE.

Nous, les membres soussignés de la Chambre des Communes, adressons no3 sympathies les plus cordiales à vous, nos camarades français et belges, dans votre lutte héroïque pour repousser l'invasion de vos pays par l'Allemagne.

Nous estimons que vous ne défendez pas seulement vos libertés nationales, mais que vous luttez pour la liberté de toute l'Europe contre la domination du despotisme militaire. Noîis sommes remplis de la plus profonde admiration pour le courage et le dévouement que vous montrez dans ce terrible conflit avec un inlassable ennemi. Nos sentiments sont partagés par la masse des travailleurs organisés de la Grande-Bretagne.

Des centaines de milliers de syndiqués, remplis d'une généreuse indignation contre V agression criminelle de l'Allemagne, se sont enrôlés volontairement dans l'armée que V Angleterre a levée pour défendre la cause française et belge. Nous avons donné notre appui à toute mesure pour faire de cette armée volontaire un grand et puissant instrument dans la défense de la démocratie et de la civilisation contre les forces de V autocratie et du despotisme.

Nous vous assurons, camarades de France et de Belgique, que nous sommes de cœur et d'âme avec vous dans votre détermination de libérer la France et la Belgique de l'envahisseur, d'obtenir la réparation pour les territoires ravagés et mettre un terme une fois pour toutes à la menace du militarisme.

Cette adresse porte les signatures des élus ouvriers suivants à la Chambre des Communes :

Geo. J. Wardie. Will Thorne, James Parker,

J. E. SUTTON, Wm. AdANSON, F. W. GOLDSTONE,

J. R. Clynes, Robt, Tootill, John Williams, J. H.Thomas, F. Hall, Alex. Wilkie, Arthur Hexderson, C. W. Bowerman, Stephen Walsh, Walter Hudson, Charles Duncan, George N. Barnes, Geo. H. Roeerts, Will Crooks, john HoDGE, W. Tyson Wilson, James O'Grady, John W. Taylor, John Wadsworth, Albert Stanley, ThoÉ. Richards.

Bientôt le Labour Party doit prendre une attitude positive à l'égard du projet gouvernemental organisant la conscription. Avant la guerre, toute l'attention de l'Angleterre était dirigée sur l'œuvre de réorganisation sociale entreprise au cours de ces dernières années par les libéraux. L'Angleterre se croyait en sécurité grâce à sa puissante marine, et, n'ayant pas de frontières terrestres, elle considérait qu'il était superflu d'entretenir à grands frais Tine année de terre analogue à celles des puissances continentales. Elle se contentait donc d'une force armée de 250 000 hommes — dont 70 000 stationnant aux Indes — qui lui paraissait suffisante pour mener ses guerres coloniales dans un empire dont les principales posscïssions d'outre-mer avaient elles-mêmes organisé leur défense d'après les traditions de la mère patrie.

Lorsque commença la guerre, il fallut immédiatement disposer d'effectifs plus considérables. La question se posa de savoir si le recrutement volontaire, à lui seul, donnerait à la Grande-Bretagne le nombre des soldats qui lui étaient nécessaires pour remplir le rôle qu'elle venait d'assumer à côté de la France et de la Russie. Les volontaires affluèrent dans les îles Britanniques et dans toutes les parties de l'Empire. Ils vinrent même plus nombreux qu'on ne les pouvait équiper. Près de trois millions d'hommes s'engagèrent ainsi, de leur plein gré. Mais la guerre exigeant des sacrifices d'hommes de plus en plus étendus, M. Asquith se décida, en janvier 1916, à déposer un projet de loi sur le recrutem.ent, qui oblige les hommes non mariés, ou veufs sans enfants, âgés de dix-huit à quarante et un ans, à prendre les armes. « La loi proposée

— disait le ministre de la Guerre, lord Kitchener — ne doit pas être considérée comme une dérogation au système volontaire. Elle est limitée à la période de la guerre et elle affecte seulement une catégorie de personnes dont un certain nombre ont indubitablement une pauvre idée de leurs devoirs. »

En dépit de ces réserves, le projet était appelé à se heurter à des résistances, à une répugnance foncière, de la part du peuple anglais ; car il y \'oyait une atteinte grave à la liberté individuelle, à la liberté du citoyen. Et si, en raison des circonstances tragiques traversées par l'Angleterre et par l'Europe, le projet était assuré de grouper au Parlement une majorité favorable, on pouvait, à bon droit, se demander quelle agitation cette innovation provoquerait dans le pays, quelles répercussions, notamment, elle aurait dans les masses du Labour Party.

C'est précisément en face de ce problème de la conscription et des divers problèmes qui s'y rattachaient que se trouva le Congrès du Labour Party réuni, le 26 janvier 1916, à Bristol. Comment agirait-il \'is-à-vis du projet de loi sur le recrutement militaire? Comment apprécierait-il la participation au pouvoir de trois de ses membres? Quelle position prendrait-il à l'égard de la poHtique extérieure suivie par le Gouvernement anglais?

La première résolution, proposée par Sexton (de la Fédération des Dockers) et adoptée par i 502 000 voix contre 602 000, témoigne que, tout en continuant à se réclamer des formules qui sont traditionnellement à la base de l'action syndicale et socialiste, les groupements ouvriers d'Angleterre se rendent compte de l'immense effort encore indispensable pour sauver de la domination teutonne l'Europe civilisée. Cette résolution exprime bien, une fois de plus, une opposition de principe à tout système de militarisme permanent, mais elle adhère nettement à la politique générale du Royaume-Uni et elle traduit, en termes vigoureux, la répulsion que doivent inspirer, à toutes les consciences droites, les immondes atrocités commises par les Allemands et leurs alliés :

La Conférence , tout en exprimant son opposition, en conformité des opinions antérieurement déclarées, à tout système de

militarisme permanent , comme constituant un danger pour le progrès humain, considère que Faction actuelle de la Grande- Bretagne et de son gouvernement est pleinement justifiée.

Elle exprime son horreur pour les atrocités commises par l'Allemagne et ses alliés, qui, brutalement, sans remords, ont assassiné des non-combattants, même des femmes et des enfants, et elle prend l' engagement d'aider autant que possible le gouvernement à poursuivre la guerre jusqu'au triomphe.

Après ce premier vote, Wardle, délégué du Syndicat des commis de chemins de fer, présente une motion ainsi conçue :

La Conférence, convaincue que la guerre européenne actuelle met en jeu des questions d'importance transcendante pour la démocratie de la Grande-Bretagne et de tous les autres pays, proclame son entière approbation pour l'attitude du groupe travailliste au Parlement, qui coopéra avec les autres partis politiques à la campagne nationale du recrutement.

En dépit de la vive opposition des représentants de Vlndèpendent Labour Party, la motion est adoptée par I 847 000 voix contre 206 000.

La même majorité, ou à peu près, se retrouve dans le scrutin relatif à la participation des travaillistes Arthur Henderson, Brace et G. Roberts au Gouvernement de coalition. La motion, favorable à la participation, est présentée par Tom Schaw, délégué du textile :

Le Congrès approuve l'action du Comité exécutif qui a autorisé des membres du Labour Party à siéger dans le cabinet de coalition.

Cette résolution est adoptée par i 674 000 voix contre 269 000.

Ainsi, par une série de votes, l'organisme le plus puissant de la démocratie laborieuse anglaise, le Labour Party, affirme, en son Congrès de Bristol, sa volonté de ne gêner en rien l'action de guerre du Gouvernement britannique et de poursuivre jusqu'au bout la victoire des Alliés.

Deux ans plus tard, le Congrès annuel du Labour Party, réuni à Manchester sous la présidence du citoyen Wardle, député, est inspiré du même esprit. Par I 842 000 voix contre 307.000, il se prononce pour le maintien des ministres travaillistes au gouvernement (23-26 janvier 1917).

Le British Socialist Party.

Dans un article leading publié quelques jours après la déclaration de guerre par Justice, l'organe officiel du Parti, Hyndman expose pour quelles raisons les membres du British socialist Party appuient le Gouvernement anglais dans sa lutte contre l'Allemagne.

Quand le militarisme agresseur de l'Allemagne, dit-il, a délibérément violé les traités qui garantissaient la neutralité de la Belgique ; quand il a déclaré la guerre à cette petite nation, l'a attaquée et maltraitée: quand notre ami Vandervelde, président du Bureau socialiste international, homme de paix s'il en fût jamais, a été délégué par le parti ouvrier belge au Gouvernement pour défendre l'indépendance de son pays; quand le gouvernement alletnand fit ces propositions, justement considérées comme infâmes, pour s'assurer la neutralité de la Grande-Bretagne, alors il nous est tout à fait impossible de ne pas reconnaître que nous sommes tenus, comme nation, non pas par des conventions secrètes, mais par des traités solennels et les déclarations internationales de La Haye (qui jusqu'à ce jour n'ont jamais été dénoncées ou condamnées par ces pacifistes parlementaires maintenant si zélés en faveur de la neutralité) à déclarer la guerre à un gouvernement perturbateur de l'Europe et traître à ses engagements (i).

A l'occasion de la campagne de propagande menée dans le pays en faveur du recrutement et des engagements volontaires, le British socialist Party prend la résolution de s'y associer dans l'intérêt, dit-il, de la liberté et de l'indépendance nationales que menace dangereusement le militarisme prussien.

La résolution ajoute :

Nous ne nous proposons pas d'exercer contre le peuple allemand une vengeance implacable ; nous luttons pour obtenir, dès la première occasion possible, une paix raisonnable et honorable.

Quand la victoire finale aura été remportée par les Alliés, V influence anglaise se devra exercer pour mettre fin au militarisme, aux armements, à la diplomatie secrète, et pour réaliser, entre les nations européennes, une entente démocratique.

(i) Justice, 13 août 1914.

Mais dans le British socialist Party des éléments étrangers et germanophiles réussirent à se glisser et à faire pièce, au nom de l'internationalisme, aux socialistes vraiment anglais comme Hyndman, Swing, Gorl, A. Smith, etc. (i).

La scission se produisit entre les deux éléments, le 22 avril 1916, au Congrès de Manchester. C'est un incident d'ordre intérieur qui la détermina. La minorité, composée des militants les plus en vue, parmi lesquels se trouvaient Hyndman, Will Thorn, Belfort Bax, Dam Irving, W. M. Lee et autres, demandait que les séances fussent publiques. La majorité était d'avis contraire. La question ayant été mise aux voix, la proposition de la minorité fut repoussée. Sur quoi les membres de cette minorité se retirèrent de la salle et du Parti et fondèrent une nouvelle organisation à la tête de laquelle fut placé Hyndman et qui publia le manifeste suivant :

Nous avons été forcés de nous retirer de la conférence annuelle du Parti siégeant à Manchester. Cette séparation a pour cause une majorité de hasard, provenant du fait que la plus grande partie de nos partisans sont au front de bataille, ou en garnison, ou dispersés en toutes directions dans les usines de munitions de guerre, où ils font souvent des heures supplémentaires. Cette majorité a adopté une résolution en faveur de la tenue d'une séance secrète sur tout ce qui a rapport à la guerre. Cela était le comble du grand effort fait par nos adversaires pour subordonner les intérêts du socialisme et de l'organisation, en général, à une politique pernicieuse et antinationale de pacifisme.

Le vœu sur l'ordre du jour pour lequel nous aurions voté, s'il avait été possible de rester dans la conférence et d'exprimer publiquement nos opinions, est ainsi conçu :

« Le Parti socialiste britannique est absolument convaincu que l'avenir du socialisme et la préservation du degré de liberté et des institutions démocratiques, dont jouissait l'Europe occidentale avant la guerre, dépendent de la victoire des Alliés et de la libération de l'Allemagne du joug de la tyrannie militariste prussienne. »

Ce manifeste fut signé par un grand nombre de délégués au Congrès, parmi lesquels Hyndman, Irving, conseiller municipal de la ville de Burnley, F. Gorl, conseiller muni-

(i) Chez les socialistes britanniques, interview de M. Adolphe Smith {Le Petit Parisien, 5 avril 1916, i'* p.).

cipal de Watford, et Hunter Watts. Tous ces délégués ont tour à tour siégé au Bureau de l'Internationale.

L'Independent Labour Party.

h' Independent Labour Party — l'I. L. P. (prononcez aïe, elle, pi) — a été fondé en 1892 à l'instigation d'Engels et d'Aveling, gendre de Marx, qui ne trouvaient pas dans la Social-democratic Fédération un instrument assez docile. Hyndman n'avait-il pas, en 1889, assisté au Congrès international convoqué à Paris par la iraction possibiliste?

A la tête de la nouvelle organisation fut placé Keir Hardie. Ouvrier mineur du Lanarkshire, celui-ci avait d'abord participé au mouvement syndical des mineurs écossais. Candidat une première fois à Lanark, en 1888, il avait réuni 619 voix. En 1892, il fut élu membre de la Chambre des Communes par la circonscription de South- West-Ham, quartier Est de Londres, peuplé surtout de gaziers et de dockers. Battu en 1895, il fut réélu un peu plus tard et, depuis, a siégé, avec quelques intermittences, jusqu'à sa mort survenue en 1915.

Ce Keir Hardie, qui se présentait dans les meetings populaires avec des allures de prédicant religieux, nébuleux et vaguement mystique, était une manière de roublard habile à se procurer des ressources. Engels, qui le connaissait bien et qui a beaucoup contribué à le « lancer » dans les milieux socialistes, ne paraît pas avoir eu une grande confiance dans le désintéressement du personnage. « Keir Hardie — écrit-il à Sorge (10 novembre 1894) — est un Ecossais, plus que malin. Quoique ce soit un pauvre diable d'ouvrier mineur, il a fondé un grand journal hebdomadaire, TAg La ôowy Leader, qu'il n'aurait pas pu mettre debout sans beaucoup d'argent. Cet argent lui vient des conservateurs ou des libéraux-unionistes. Là-dessus, aucun doute possible». Etant donné ce qu'Engels nous apprend de Keir Hardie et vu les ardentes campagnes germanophiles menées par celui-ci avant la guerre et pendant la guerre jusqu'au jour de sa mort, on est fondé à se demander si Keir Hardie n'avait pas d'autres com-

manditaires que les libéraux-unionistes ou les conservateurs anglais...

Dès le début de la guerre, VIndependent Labour Party s'est montré violemment hostile à la guerre, résolument germanophile, rejetant toutes les responsabilités du conflit sur la diplomatie des Alliés. Jusqu'au bout, il a persévéré dans cette attitude. Son leader parlementaire, Ramsaj' Macdonald, député de Leicester, type achevé du « progerman », déclarait, à la Chambre des Communes, le 3 août 1914, qu'il ne « considérait pas conome certain que l'Angleterre ni son honneur aient couru un danger >>. Il ajoutait : « Nous aurions dû rester neutres. »

Vers le même temps, parlant dans sa circonscription, à Leicester, Macdonald disait :

Notes ne nous battons pas pour l'indépendance de la Belgique. Nous nous battons parce que npus sommes dans la Triple-Entente, parce que la politique anglaise, depuis plusieurs années, est anti-aile))! ande, et parce que cette politiqtte a été amenée par une diplonatie secrète, sur le chemin des alliances, afin de maintenir l'équilibre des puissances. Nous nous battons parce que nous avons nourri des préjugés contre de très forts rivaux co)nme)'ciaux.

M. Ramsay Macdonald ne partageait pas ces préjugés et il souscrivait aux idées exprimées dans le manifeste de V Indépendant Labour Party du 13 août 1914. C'est le manifeste le plus violent contre la guerre qui ait été publié en Angleterre. En voici quelques phrases typiques :

On nous dit que le socialisme international est mort, que tout notre idéal et toutes nos espérances ont été ruinés par le feu et le poison de la guerre européenne. Ce n'est pas vrai. Des profondeurs sombres où nous avons été jetés, nous saluons nos camarades de la classe ouvrière de tous les pays. A travers le grondement des canons, nous envoyons nos saints et notre sympathie aux socialistes allemands. Ils n'ont cessé de travailler à établir de bonnes relations entre l' Allemagne et l'Angleterre. Ce ne sont pas nos ennemis, mais des amis fidèles.

Lors des débats sur le service obligatoire, VIndependent Labour Party mène contre le bill une campagne inlassable. En son Congrès de Norwich (12-13 avril 1915), il vote, par 243 voix contre 9, la résolution suivante :

Le Congrès désapprouve la part qu'a prise /e Labour Party dans la campagne en faveur du recrutement; il désapprouve les membres de son propre parti qui ont prononcé des discours pour justifier la guerre ainsi que la politique étrangère du gouvernement libéral qui ame)ia cette guerre.

Au cours des papotages de Norwich, M. Bruce Glasier, qui est, avec Ramsay Macdonald, le leader le plus connu de ri. L. P., déclare qu'il faut préparer une action internationale.

Nous tâchons, dit-il. d'organiser une conférence de délégués socialistes des pays neutres et des autres pays.

Les adhérents de l'I. L, P. étaient donc mûrs pour se rendre à Zimmenvald quelques mois plus tard.

Leur propagande ne laisse pas, d'ailleurs, d'être fort suspecte : et l'on a pu, en Angleterre, se demander quelle était l'origine des ressources qui leur avaient permis de porter de huit à douze le nombre des pages de leur journal, le Labour Leader, et de publier diverses brochures germanophiles.

En deux lettres adressées à l'Homme Enchaîné, Hyndman démasque vigoureusement la bande Keir Hardie, Macdonald and C" et met l'opinion en garde contre ses louches agissements. Voici la première de ces lettres, parue le -7 mars 1915 :

I" mars 1915.

Monsieur,

Il me semble qu'il existe un malentendu complet en ce qui concerne l'attitude actuelle des socialistes de Grande-Bretagne, et je regrette de voir votre journal, l'Horame Enchaîné, enregistrer ce que je crois être le point de vue erroné. Je pense que si l'on faisait voter tous les socialistes de cette île, y compris les abonnés et partisans de la feuille The Clarion, et la Société Fabienne, une très grande majorité se prononcerait pour une guerre menée rigoureusement, jusqu'à ce que l'Allemagne ait été entièrement battue et la paix dictée dans les termes formulés par les A lliés.

L'impression qu'en France on peut avoir du contraire provient des fourberies nettement progermanistes dont ont fait parade, à la récente conférence de Londres, MM . Keir Hardie et Ramsay Macdcniald, membres du Parlement ; W. C. A nderson, M. P. et Bruce Glasier, bref la clique écossaise de la paix à

tout prix qui, pendant de longues années, a dominé et tenu en lisière /'Independent Labour Party.

Ce parti indépendant du travail ne compte certainement pas, je puis le dire, plus de vingt mille adhérents, si tarit est qu'il les compte. Je vois cependant que l'Humanité elle-même parle de MM. Ramsay Macdonald et Keir Hardie comme « des représentants de la classe ouvrière anglaise » / Rien ne peut être plus ridicule qu'une telle affirmation. Vous me permettrez sans doute, comme au plus vieux socialiste, je crois, de Grande-Bretagne , et l'un de ceux qui ont déployé le plus d'activité pour y faire naître le mouvement socialiste en janvier 1881, d'exposer brièvement quel est l'état véritable de la question.

Il n'y a pas l'ombre d'un doute que l'écrasante majorité des ouvriers de cette île ne soient pour la guerre. Le Parti ouvrier parlementaire (The Parliamentary Labour Party), à l'exception d'une demi-doiizaine de pacifistes ou même moins, est également favorable à la guerre. Et ce n'est pas tout, car des centaines de milliers parmi les deux millions de soldats qui sont actuellement sous les drapeaux sortent du milieu des travailleurs — et non pas des travailleurs non qualifiés et mal payés, mais des rangs des trade-unionisies les plus authentiques. C'est ainsi qu'actuellement, dans une seule armée, il n'y a pas moins de 200 000 mineurs dont le salaire, au moment où ils s'enrôlèrent, était de 10 francs par jour, et qui, tous à ce moment, avaient du travail. Je voudrais bien que MM. Ramsay Macdonald, Keir Hardie et W. C. Anderson aillent parler à tous ces gens-là pour essayer de blanchir, fût-ce légèrement, les bourreaux des civils, des femmes et des enfants en Belgique et dans le nord de la France. Les représentants des autres métiers, en dehors des mineurs, se sont engagés volontairement presque dans la même proportion.

C'est là la vraie classe ouvrière britannique et non cette clique piteuse à taquêlle mes amis Vandervelde, Vaillant et d'autres ont fait des concessions. Fâcheuse et bien inutile compromission, qui apparaît, à tous ceux qui la jugent du dehors, comme une capitulation...

Sincèrement vôtre,

H. M. Hyndman.

La seconde, parue le 17 mars 1915, est ainsi conçue :

6 mars 191 5.

Cher monsieur,

Vous trouverez avec cette note une brochure de la série des pamphlets germanophiles que publie maintenant à grands frais le Parti indépendant du travail — non pas le Parti du

LA FAILLITE DE L'INTERNATIONALE. 6t

travail parlementaire — Rcunsay Macdonald, Keir Hardie, W. C. Anderson, Bruce Glasier, etc.

Voilà un sérieux travail ! Ce pamphlet est rempli de mensonges révoltants. Je suis en train de consacrer tous mes e'fforts à le faire comprendre.

Malheureusement, les écrivains de l'Humanité soutiennent le Parti indépendant du travail contre les seuls travailleurs de la Fédération social-démocratique (Social-Democratic Fédération) en essayant de démontrer que le Parti indépendant du travail est réellement du bon côté dans cette terrible guerre. Il n'y est certainement pas et nous sommes curieux de savoir d'où lui vient l'argent pour toutes ses publications en faveur des Allemands contre les Alliés...

Bien sincèrement vôtre, H. M. Hyndman.

Cette lettre — ajoute, sous sa signature, M. G. Clemenceau — <.< est accompagnée d'une brochure publiée par The Indépendant Labour Party sur l'Origine de la guerre, où la vérité est hautement défigurée par les plus grossiers mensonges allemands. Si le fait était contesté, nous serions prêts à en faire la démonstration. »

Vandervelde — quoique toujours porté à l'indulgence vis-à-vis des énergumènes et soucieux, en sa qualité de pape du Bureau socialiste international, de concilier les tendances diverses — n'a pu s'empêcher de souligner l'attitude honteuse de Macdonald et de sa bande, et dans les colonnes de l' Humanité il leur a demandé courtoisement de ne pas entraver par une propagande intempestive l'effort de l'immense majorité de la classe ouvrière anglaise pour mener avec l'unanimité nécessaire la lutte contre l'impérialisme allemand.

Force m'est de le dire, écrit-il, l'attitude de certains éléments de la classe ouvrière anglaise, depuis la conférence de Londres, ne laisse pas d'expliquer, sinon de justifier, la mauvaise humeur d'Hyndman.

Pour nous, Belges et Français, qui sttbissons en ce moment le plus dur de l'agression allemande, ce nous est une douleur et un étonnement de constater qu'aux yeux d'une assez notable partie des travailleurs organisés de la Grande-Bretagne, la guerre actuelle ne paraît pas avoir beaucoup plus d'importance qu'une expédition coloniale.

Dans nombre de localités, en effet, les ouvriers se comportent exactement comme si l'Angleterre n'était pas engagée, au même titre que nous, dans une lutte pour la vie.

62 LA FAILLIl^E UE l'IXTERXATIONALE.

Les uns se mettent en grève. D'autres se refusent à faire des heures supplémentaires. On me rapporte tnême que dans certaines fabriques d'armes et de munitions, où il y a des Belges et des Anglais, les Anglais conseillent aux Belges de ne pas donner leur effort maximum, pour éviter une exploitation trop intensive de leur force de travail (i).

Naturellement, les adhérents de V Independenù Labour Part}' ont fait à ce langage la sourde oreille. Et si, faute de passeports, ils n'ont pu se rendre en Suisse, ils ont envoyé leur adhésion formelle aux résolutions prises à Zimmerwald et à Kienthal.

(i) L'Humanité, 28 mars 1915.

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