PULCHÉRIE MALAIS A MARIE DE FONDOÏS
« Tu vas maintenant rire de nos bals, toi qui es dans le monde ; cependant celui d'avant hier a été on ne peut plus brillant: il a eu lieu dans les ateliers de dessin ; On avait mis à contribution pour réclairagc tous les quinquets de la maison et tous les lustres de la ohupelle.
» Le bal a commencé ù six heures ! Madame la surinlen-
dante y assistait avec le grand cordon de la Légion d'honneur; nous avons défilé devant elle, classe par classe ; toutes les dames étaient en toillette. Pour nous, on nous avait distribué les affreux gants de coton blanc d'ordonnance ;je les ai jetés sous une banquette, aussitôt que madame Charton a eu passé son inspection, et j'ai mis en évidence de beaux petits gants couleur paille, qui me gantaient on ne peut mieux.
» Je te dirai qu'il y a une petite de la classe nacarat liséré qui court après moi. Elle s'est déjà fait punir pour errer dans les couloirs auprès de la classe blanche ; elle m'offre des fleurs ; elle est venue m'inviter à danser dans le quadrille de sa classe, où elle a été mon cavalier.
» Je l'ai ensuite amenée dans le quadrille de la classe blanche, où j'ai été cavalier à mon tour ; mais ces deux contredanses finies, je n'ai plus dansé avec elle, je n'ai guère dansé qu'avec des dames et des novices^, pour lesquelles j'ai été un cavalier très-galant.
» On a, comme de coutume, jusqu'à neuf heures, offert de l'abondance entre les contredanses ; à neuf heures, on a servi la collation : gâteaux, glaces, punch ; puis on a encore dansé jusqu'à deux heures.
* Je viens déjouer avec un bruit affreux sur le piano l'air des chasseurs de Rohin des bois, parce que madame Médard m'avait déjà demandé deux fois ce que j'écrivais : à quoi j'ai répondu que je copiais un air de Weber et je suis allée lui demander une prise de tabac, qu'elle m'a donnée avec sa grâce ordinaire.
» Après avoir ainsi remis le calme dans l'esprit de la vénérable dame noire, j'ai pu reprendre ma lettre. Combien il me semble que lesjours s'écoulent lentement 1 Ce ne sont plus les vacances que nous attendons cette fois, c'est la liberté ! et quel charmant été nous allons passer à Beuzeval !
» Adieu I je t'embrasse.