‹ La Famille Alain. [Suivi deChapitre 3 sur 11 · V. — Où filai Alain h rcaiùfeate · texte numérisé non relu

V. — Où filai Alain h rcaiùfeate

Comme Bérénice l’annonçait A Pat chérie , le vent remonta doucement an sod fît , et la mer se calma , mais en conservant «neore «m lent I va lancement (ont d’une pièce, suite de FagHatien qu’elle «Araii éprouvée. R »e»c»

Riquc-Toul et scs enfants nV.ler.dirent pas que le beau temps hbt tout A fait «fécidé pour pousser !e canot A la mer. Dent ou trais autre* pécheurs suivirent b-rtr exemple. Comme à la fin du jour Ira battu*»* parai* atftit A Tboftwii . Ehri Alain descendit de Bfusevst et vintottendre le* bateaux sur la plage.

On avait pris un peu de merlan. Onésime était fier , pirec que . c’était sur sa ligne que presque tout le poisson s’était jeté.

Risque-Tout, qui était parti le marin un peu prématurément , «ans attendre que l’acealmie fût tout A fait assurée, eut un sentiment de or.iiule et d’emUarfa* qu.md il aperçut le meunier.

— Aves-vout quelque «.bote ? lirMimh estai ri.

— Un peu de merlan. Viens-tu eu tawfigér ifièfi nous?

Eloi ne répondit pa»; mai» quand OU ttrf 4 n do funot les ligne* et le poisson , et qu'on l’eut lave , qanfid o*i eut halé le bateau sur la grève , il suivit les trois pêcheurs chef eus.

Pélfgie fut égfiîrntent inqu èle m voyant Rio»; elle lui demanda , comme av. it fut Tratiqu Ile , s’il voulait « »«ger un merfau , A quoi . il répondit j — Pour ne pas vous refuser; p-i«* f eomntc on ctuingeait le* poi»>ons de m une . H èé g rJa lougt- mp* deux dans le* msins et» disant : — Voit! de héèbx mrrhms , i(cm* rtOrlao* tout A fait beaux , ju.qu’i ce que Pélagie lui eot dit i — Vous Iss emporter'* avec voua, cousin. '< 2

Elo» ne i-épowfH fiefi, or se mil A tahle; il ifé>tva le eîdfe-fos troj» bon , ce qui ne l’empêcha pas d’on boire beaucoup.

— Ah çA ! TrilwÉt , finlt-i! p.-r dire, c'«t aüjstrffcsl q*:e lu dois me payer Its.cnH vingt écus que je t'aî prêté .

Ni l’ rut régule Risque Tout, ni pcrwnode la f .mille n’osa fnifi remarquer qu'il u’eveH pas été prêté cent vingt écus, mais v’alftt nt tent éca», pour lesqnrls on devait efl Mlidre ceBt.éijipl. . r .

— C’est vrsi , dit Tranquille Alain, c’est vralj £*& la raison q i fait que je ne poutsii pas te payer l'tfilrc jour wj qu’il ne peb* (>aa encore co être question aujourd'hui ; il n*y a qné rl'sujcmrd’hni qu'ou a pu retourner A la mer.

— Ça me gêne bien, ccs cent vingt écus qfié |t t’ai prêtés, cousin, j’avais compté durs pour nne ’flaire...

Je les avais ôtés d'une somme que j'av.«isen réserve... ft aujourd'hui me voilA dans l’embarras...

— J'en sut* plus fiché que toi , cousin ; ma» tm peu de patience , et tout ira bien.

Tranquille n’osa pas dire non plu* qu’Eloi nr pouvait pas être embarrassé potir le* cent vingt écus , parce qu'il n’avait jamais dû lui en rembourser qu'une partie au commencement de la saison et le reste A la fin, ' r •

— Et quand A»e peyeras-tu ?

— Mais , cousin , A la fin de ta saison. ■

— On payera les deux moitiés ensemble , ajouta h femme pk^-

bardir. - *' *■*■ *

— C'evt aujourd'hui qu’il m’aurait fallu de l'argent ; je raiôqueune affaire sur laquelle j’aurau gagné cinquante écus ! CVst hi.n f** chcnt d’obliger le monde, et puis ensuite ée ae trouver so'wmme dan* l’embarras.

Vois-tu , Risque-Tout, j’ai si besoin d'argent, que , si lu veut m« donner deux cents francs , je te rends tes dent billet» de soixante teu* chacun que voilA. 1

— Ta mis bien «pie je n’ai pas 'l'irifwl , EM.

— Çert égal , c'eal toujours l’h'stotre de tt* dire combien Je fer-if de sacrifice* pour avoir de l'argent jiu'ourd’bui.

On n’osa pas encore «lire au «munir r qu’il o’étalt- pw de trH-bnnne foi quand il ofriit de per«lee eeni flalbaMe franc* pour toucher nue somme qui devait , diarit-il . tel rit rapporter cent cinquante.

. — Comateux faire? ajouta-t-il

— Je. voudrais avoir de l’argent-, HW.

— Tu dis donc qne tu ne ne payerai* qu’t h Saint -Michel les eent vingt fieM que lu devais nie xntpr «çSWdlmi?

— (Tpst-a-dlre , -cdmHf, «Ht Pélagie toujours pli» -hardie ou moni r patiente que son mari, que nfU ne devions vous et» donner que t:i moitié.

— Oui , «ai* c’étsil il y n qaiote jour» ; et d'ailleurs celle me gêne tant que .. tics», miMt,jl l'offrit» tout A l'heure te* bi!l«u pour deux rents francs, eh bien I (taye-m’eu un , et je le les rend» tons les deux.

Ça n*e»t pas être chien ni tenir « l'argent ; je t'ai prêté oent vingt l éeu» , et je t’en fais quitte pour soixante.

i Cousin , je le répète que je n'ai |»s d’argent ; et «Tailleur* , si

xOOgl

'l'avais soixante écus , je le les donnerai* , ce qui ue m'empêcherait p..s de te donner les soixante autre* plus tard.

— C'ot louante écus que je perds sur l’affaire que je manque faute nnttt.

l’tlagie avait bien envie de dire qu'il n’était tout à l'heure question que de cinquante , nuis elle se contint.

— Je ne suis pas un Turc , continua le meunier , je vais te renouveler tes effets, rais m’en un de cent cinquante écus à U Saint-Michel.

Les deux époux se regardèrent. Pélagie prit la parole :

— Corn ment, cousin , cent cinquante ecus ! c'est donc trente écus d'intérêt d'ici k U Saint-Michel , et pour soixante écus encore , et même pour cinquante , puisque nous n'avons que la moitié d* échue , et que sur les soiiante écus il y en a dix déjà pour les intérêts.

— Je ne te dis pas le contraire ; tu trouves que c'est trop de me

donner trente écus d’intérêt y — eh bien ! moi , je t’en offre bien soixante. ’ 4 ...

— Donne-moi soixante écus , et jé te rends les dent billets, et je te dirai encore merci , et tn m'auras rendu un fameux service.

— Ah ! cousin , je voudrais bien ne pas vous avoir emprunté cet argent.

— Et moi donc , je ne serais pas dans l'embarras aujourd'hui. Et pourquoi est-ce que j'y suis?

Pour ne pas vous y mettre : car , si je voulais donner tes deux billet:, en payement pour l’affaire eu question, on te ferait bien payer, on te ferait vendre tes deux bateaux ; mais j’aime mieux que l’embarras soit pour moi, parce qu’aprfcs tout nous sommes fils des deux frèrrs , cousin , et qu'il faut bien s’entr'aider îfn reu dans la vif.

— C'est égal , cousin , c’est bien cher , trente écus.

v — Oui. cl moi je serais bien content si lu voulais me donner soixante écus ji©ur cent vingt que je t’ai prêtés ; mais, mon Dira j n'ijoule rien au billet , si tu veux , voilà tout, c’est moi qui perdrai (oui.

— Il est juste d'ajouter quelque chose , Eloi.

— Dame ! puisque vous trouves que cVst trop de me donner trente écus , lorsque moi je ne demande qu’s vous eu donner soixante , ne m eu rien ou meU trente écus.

Tranquille et sa femme se regardèrent.

Allons , dit Risque-Tout , je Vais faire comme tu veux.

— Remarque bien, dit le meunier , que ce n'est pus moi qui veux. Ce qne je voudrais , au contraire , ce serait de toucher mes cent vingt écus qui sont sortis de ma poche, et tin les recevoir tout secs; ce que je voudrais encore bien , ee serait d’en recevoir soixante en te faisant grâce du reste.

* Ecris le billet, je ferai ma croix.

Eloi écrivit. Puis , au moment d’inscrire la somme sur un papier timbré qu’il avait apporté avec lui , il s’arrêta :

— Tranquille , dit-il . le papier marqué me coûte cinq sot») il n'e6t pas juste que ce soit moi qui le paye. Donne-moi cinq sous.

— Il n'y' a pas un sou chex nous , dit Pélagie.

— Alors nous niions le mettre sur le billet avec la sotnine.

— Dore, je payerai, à la Saint-Michel prochaine, h mon clinéii FloS Alain , la somme de quatre cent cinquante et un franc* (dn ne peut pat mettre cent chiquante francs et cinq sous, on attrait l’air de malhrurrux), de quatre cent cinquante et un fritte* qu'il a eu l'Oblîg'aoce de me prêter en espèces ayant cours.

— Approuvé l'écriture. — La, mets la croix, et toi, Pélagie, mets aussi la tienne.

Onanil le* signatures furent donnée# , Eloi leur rendit les anciens billets avec un air de bienfaiteur d'une grande magnificence.

— Cette fols , coti'in , dit-il , sois etscl. Je vais porter ton billet en place d’argent à un meunier de Cherbourg , et . si tn ne parai» pa* à l’échéance , il ne serait fns si arrangeant que Moi * car enfin voilà quatre cent cinquante et un francs qui me ser vent bien utiles si jè le» avais dans ma poche au lieu de te les avoir prêtés.

On ne trouve p.v» quatre eent cinquante et ÜH francs dans lè pas d’un cheval ; oh ne trouve pas tous lès jours tin cousin qui vous prête quatre cent riuquahte et un franc*.

Du ne se permit aucune observation sur le prétendu prêt de quatre eent cinquante et un francs.

— Allons , je vais m’eb aller. Je me suis peut- êtfè on peu fâché , cousin , parce que vraiment ça me fait faute.

Tu comprend» bien qu'avotr compté snr qtiatbe eént cinquante et un francs que l’on a prêtés , et puis recevoir. .. quoi ? — p?s un muge liard , — c'est un peu ébouriffant ; maïs enfin je ferai comme je jKmrrai. Je sifls vif , Je me suif mis en colère , mats je ne vous en veux pliis. Crst fini.

Il prit alors ses dent merlans qu'on avait mis de coté. Il en prit un troisième iLns la manne , le eOntndér.int à tété d’un des siens :

— Jè croîs que celui-ci est plus beau. •

Il les prit, un dans chaque main. .

— IL c'y a pas grande différence , dit-il.

Tl 1rs changea de main , les repesa encore, jet partit embarfoUé, .jusqu'il!» moment ou on lui dit :

— Ne soyez pas si embarrassé , cousin , prenez les trois.

— Tiens, ünésime, dit-il , attache les- m-'i après un Itou t de ligue par les ouïes.

Onésime 1rs enfila par !e bout d'une forte ficelle, et, comme il" allait la couper , Eloi l’arrêta en disant :

— Mon Dieu! que les enfants sont donc proJignes! Tl couperait : une corde toute neuve.

Et U emporta la corde entière avec ses trou merlans . après avoir encore bien des fois recommandé l’exactitude à Risque-Tout et avoir embrassé Bérénice en disant j

— Adieu, mes chers enfants, enchanté de vous avoir rendu service.

— C’est on homme bien dur et bien avare que le cousin, dit Pél «gie.

— Dieu ne paye pas ses ouvriers loua les soirs, répondit Tranquille en soulevant son bonnet de laine, mai» il finit totjo ins par payer.. Chacun aura le prix de ses œuvres.

Tl.

PDLCiéait suais a bxrrhicx tuis.

« J'.xi bien du chagrin , ma chère Bérénice; tu es ma seule amie. Marie m'.i trahie. Je récris en cachette, et, quoique j'aie à me plaindre de Marie , c'est elle qui fera partir cette lettre sans savoir , bieu entendu, Ce qu'il y aura dedans.

» Nous étions déjà convenues que je n’enverrais plus le* lettre» pour toi à maman Dorothée. On vient voir Marie tous les jeudis, mais quelquefois, et même is*ci souvent, c’est une vieille servante qui l’a élevée qui fait le voyage.

» Elle prendre mes lettres et ta loi adresseras les tiennes. Mes lettres te parviendront port payé, ne t’oceupe pas du port des tiennes.

* Voici l'histoire qui me cause tant de chagrin. — Je t’écris à la salle d'étude de piano, car j’apprends le piano ; mais tu n’a* jamais vu de piano.

i» Le piano, c’est une musique bien plus belle que le flageolet du elerc, c’est-à-dire que le flageolet de maître Epîphine que l’on trouve si agréable pour danser; tu ne voudrait plus l’entendre si ta avm entendu une fois un piano.

» M -dame Métlard est une dame noire comme mademoiselle Sophie , elle a pour fonctions de garder la salle consacrée à l'étude du piano ;

| elle s’occupe beaucoup de prendre du tabac, et n’est pas très-fine.

v Ori peut lire ou écrire sur son piano; pourvu qu’elle entende ta**’ per de temps en temps sur le piano et fhire du bruit, elle est satisfaite. J’interromps quelquefois ma lettre pour faîte Une gamme.

a Où en étais-je? — Madame Médard a regardé trè»- longtemps dtf mon cété, et H m’a fallu faire semblant de travailler.

i — Ah! j’avais à te raconter mon chagrin à cause de Marie.

* C'était avant-hier, précisément dans la Mlle où je t'écris, — c'était le concours, c'est-à-dire qu'un sait alors celles qui sont asses savantes pour changer de classe. Il y a un concours tous les six mrfn. On y eipose les dessins et les peint u re s des élèves.

* C’était mprrh 1 ! IT y avait le maréchal chancelier de la Légion •’boWnrur «tti milieu de tontes no* dame*. Les plu* grandes élèves sont examinées par le maréchal, qui leur fait des questions.

» Ensuhe les élève* de n. Masrimino ont chanté, on a joué du piano, etc. Puis chaque disse vient à son tour devant le maréchal, qui distribue le* prix rt donne les ceintures à celles qui out mérité de passer dans la classe dont elles vont porter la couleur.

» Il y a eu une cho-e fort triste. Une grande élève, une naearat liséré, a été condamnée à la ceinture grise pour sou indocilité. Le maréchal lui a donné la ceinture griie , qu’elle a reçue en pleurant et en sanglotant.

* Il Mut qu'elle la porte pendant an temps qui aéra asses long ex pendant leqnrl elfe marchera à la suite des autres et sera chargée dit ménage dr sa classe.

* (joelques-nbès gardent h même ceinture et restent dans la mê oc classe encore pendant ai» mois, jusqu’au concours suivant. Marie, qui était nscJràt un?, a p»**é N Une liséré et* récusa ceinture d« thiins dri ss#rérfhd: •

» Figure-toi, Bérénice, que c’e*l une grande preuve d’affection de se faire attacher sa nouvelle crin turc pif «ne personne qu’on ai<be, dstne ou élève, et qtte c’est si Important, qu’on attend quelquefois qu'fu lendemain pour rencontrer ceMé à qui on destine cette marqué a’artfilié.

* Voilà donc que Marie reçoit sa ceinture blanc liséré de naéarat des mains do ntiféchat; l'étais aussi hnrense et aussi rouge qu'elle, ta ht j’étais «fire qu’elle allait tenir à moi me dire de lui attacher M ceinture.

» Eh bien! croirais-tu qu’elle a été la porter à madame Féltrie d’Aixae, la dame de la da«e qu’elle quitte? Madame d’Aixac est une femme qui fit des vers... Ah! nuis saH-tuc* qu’on appelle de» vers?...

* Ce sont de* espèce* de chansons. Madame ifAnsc l’a baisée au front et lui :i attaché M ceinture, moi je sufloqu u's,

» Qu.tnd e-t venu mon loué, quand le maréchal m’a donné une ceinture bleu uni, j’ai eu envie de faire comme Marie pour la punir cl de m*- ! i faire - attacher »u*sl jiar la d'tnede ni* classe, madame A..., qui e*l un peu bo»*ue, tnaii ça m’était bien égal ; cependant, nu njo-

la famille a la in.

» fut, je n’en ai fa« en le ccrur, et je suis allée b Marie, qui était déjà au militu drs blanc liséré et qui faisait un jeu ta grande de moi - •elle.

» — Mademoiselle, lui ai je dit, voulrx-vous oie faire l'amitié de me j mettre ma erintnre?

— Très-volontiers, ma pttite: m'a -relie répondu. — Elle m’a atta- i ché ma ceinture avec négligence et s'est remise i causer avec ses nouvelles amies

■ Je me suis sauvée et je suis allée me eacber dan* un coin, où je me suis bien régalée de pleur» r.

» Je n'ai presque pas dormi de la nuit, et, le lendemain matin, Lier, j’ai écrit sur le mur au-dessous de l’endroit où Marie et moi nous avions écrit nos noms ensemble : eft une perfide et une pimbêche.

■ Je finirai cetlc lettre une autre fois : on tonne la cloche pour le second déjeuner, qui est cotnjiosé de juin sec.

» Ma chère Bérénice, je suis raccommodée avec Marie, elle m’a tout eipliq .é , elle avait promis à madame d'Aixac de faire attacher su ceinture par elle avant mon arrivée dans U maison : je stus allée effacer avant qu’elle ne l'ait vue l’inscription que j'avais mise sur le mur.

• Tn me demandes re que veut dire sa Carat ; nacarat est une couleur ronge, non pas c mmt les bonnets de nos pécheurs , mais plutôt comme ces grandes giroflées dont la grsinr vient de Bolbec et qui fleurissent tous les ans derrière votre ou plutôt derrière notre maison.

a Adieu , je vous embrasse tous.

a Pulchkkik Malais, a itiisici mis a ruLcuéaii malais.

• Nous avons tu aussi et nous ;.voos bien du chagrin : Césaire vient d'être pris p«r le service, et il r»t paru hier j>our ne rendre à Cherbourg a bord d'un navire île i'Eut.

» Mon père n’a plus avec loi qu Onésime; U est vrai qu'ünéâme , h ce que disent loua les jyfcheur», est un enfant sur terre et un homme h la mer. Ma mère surtout ne s'accoutume pas â voir la place de Césaire vide à noire table, c’est son aîné, et elle a pour lui un jieu de respect, à part l'amitié qu'elle lui donne comme aux autre*.

• Je commence à faire paa mal la dentelle et à aller assez vile , aussi j'ai pu m’achetrr une ceinture bleu uni pour être (Mireille h toi; je me coiffe aussi les cheveux séparé* eu bandeaux avec une raie au milieu du front; hier dimanche , à la nruc , j’étais une bleu uni comme loi; je n'ai pas de robe noire, mais j'en ai une d’un brun foncé qui fait à peu lires le même effet.

• Noos avons effacé trente-trois jours sur l’almanach depuis que je t'ai écrit, ünéaisme a un nouvel ami, c’est un chien que lui a donné te berger de Bcuieval ; ce chien ne le quitte jns et le suit même a la mer.

» L'autre jour, comme le chien aboyait contre quelqu’un qui ne vient pas d’ordinaire cbes nous, Onésime, lui parlant comme si ce pauvre animal avait pu le comprendre, s’eat mis à lui jmrler de toi, et le chien regardait son maître cherchant è entendre ce qu'on lui disait.

• J’e*|»èrc, Mopte , lui dit-il , que tu n’aboieras pas après Pulchérie quand elle va revenir; Pulchérie est de la maison.

•• Il faudra, ajouta-t-il en s'adressant è moi, qu'il connaisse Pulchérie;

i suis sûr que, quand elle l'aura caressé deux ou trois fois , il s'attachera h elle.

« Quand nous «vons lu ta dernière lettre, Ooésiae, qui n'aime pas Marie, disait qu’il voudrait bien savoir écrire.

• — Et jwurquoi? lui demandai-je.

• Ecoute, me dit-il, tu peux taire cela pour moi , je voudrai* écrire sur deux ou troi* mur* : 264 est une jxrfide et une pimbêche.

> Nous avons été forcés de demander à maître Epiphane ce qoe c'est qu’une pimbêche. Onésime était aussi fiché de le voir raccommodée avec Marie que moi j’en étais contente.

— Est-ce qu’elle avait béioia d'autres amis que noos? répète- -il souvent.

• — Mais toi, lui dis -je, est-ce que tu n'aime* qu’elle? est-ce qoe tu n’aio.e* j»s paj* et maman, et aussi Césaire, et aussi un j>eu U petite serur Bérénice r

» — Je ne l'empêche jus de vous aimer aussi.

• Là-dessus il n’y a pas moyen de lui faire entendre raison. Quind nous allons nous promener, nous r cm au te ni la rivière de 1 llci.tr val, et nous allons voir l'arbre sur lequel nous avons écrit nos trois uoiaf.

• — în Pultbtrie veut y mettre un M , dit-il , Rabattrai l'arbre. — Je l’envoie dans cette lettre une petite rose d'un rosier sauvage , que t ous avons cueillie pour toi tout auprès du vieux saule. Embrasse Marie peur moi.

» Bsttmcs Alain. »

Quelques lettres furent encore échangées, puis arriva le moment des Vacances. M. Alain»* fut appelé à Paris par des affaire* importantes.

— • Ce sera, dit Dorothée , une bonne occasion d’aller chercher Pulchérie. Milheureusemcnt le* affaires traînèrent eu longueur, les |>arenude Marie offrirent à M. Malais de prendre Pulchérie chrx eux <én dépirt; ils demeuraient à la campagne, à la porte de

I* Tii.

M. Malais fut un j>eu indisposé, puis reprit ses affaires; tout cela dévora le temps. Il ne restait plu* que quinze jours de vacances lorsqu'il fut question de partir. On lui fil remarquer que les quinze jour* srraient absorbés j»ar le voyage pour aller et revenir.

Pulchérie était un peu étourdie par la vie nouvelle qu’elle menait. Les de Fondois recevaient du monde; on dansait au piano presque tous les soirs, on allait de trinj» en temps au spectacle,

Elle oublia ces deut pauvres enfants dont tout le bonheur était de l’attendre : elle oublia Pélagie, qui avait été ta vraie mère ; elle fut enchantée quand elle entendit décider qu’elle n'irait jus à Bcuieval cette année, qu’elle resterait avec Marie jusou'à la fin des vacances. Elle pria seulement M. 'Malais de dire à Bérénice, à Onésime et à Pélagie qu’elle regrettait bien de ne jus les voir cette année, mais q<ie ee serait pour l’année suivante.

Ce fut un grand chagrin et une grande stupeur à Dive quand on a|>prit la nouvelle. Les deux enfants furent pendant quelque temps tout découragés , ils allèrent auprès de leur vieux saule , ils s'embrassèrent.

Leurs pauvres petit* coeurs semblèrent crever, et ils fondirent en larmes. — C’est mal, disait Onésime. M. Malais l’a bien dit devant nous, qu'il n'a pas insisté parce qu’il voyait bien que Pulchérie mouroit d’envie de rester avec sa Marie.

C’est mai ; elle ne nous aime plus. Comment peut-on changer si vite!

Ils se rappelèrent avec amertume tous les détails de leur promenade au pied du vieux unie.

— Eh bien ! dit Bérénice , aimons-nous seulement nous deux. Nous deux . nous ne nous oqjdierons pas et nous ne nous trahiront jamais. Us s’embrassèrent en pleurant encore , mats plus doucement : ils se promirent d'oublier Pulchérie, jraisqu’etle le» avait ai vite oubliés ; mais un mois après Pulchérie leur écrivit une lettre très- amicale en leur parlant des vacances prochaines.

Ils sautèrent de joie , lurent dix foix la lettre , et Bérénice y répondit avec la plus tendre amitié. La correspondance se renoua , et Bérénice et Onésime recommencé réel à attendre les prochaines vacances.

Onésime se prétendait radoubé. Quelque* lettres furent échangées. Nous ne possédons que les deux qui précédèrent d'asses près le moment attendu avec tant d'impatience.

Les précédentes avaient fait savoir que Pulchérie avait reçu la cein tare nacarat liséré et que Marie était blanc uni. Cette fois elles s’étalent mutuellement attaché leur ceinture.

Un ou deux orages avaient asaombri cette amitié pendant le court de l’année, mais les nuages ■'avaient pas tardé à se distij>er.

Cbes les pêcheurs il y avait comme toujours des alterna tires de bonne et de mauvaise fortune. On n’avait pu donner à Alain qu'une jxarùe da ce qu’ou lui devait ; il avait fallu renouveler encore le billet dans des conditions de pins en (dus onéreuses.

Le meunier, qui n’avait en réalité prêté que cent écus, avait déjà reçu quatre cent vingt francs, sans compter le poisson dont il ne »e faisait pas faute , et cependant il lui était encore dû deux ces U et quelque» francs.

11 se plaignait amèrement, et se disait fort malheureux et fort mai récompensé d’avoir voulu obliger un parent ; du reste , il s’éUil toujours, disait-il, ruiné pour ta famille.

On avait reçu une fois des nouvelles de Césaire, dont le navire était dans les mers du Levant. Mopse, le chie» d*Oné*ime, devenait fort savant ; il rapportait et obéissait à tout ce qu’on lui ordonnait.

PtlClflII MALAIS A NBBBNICt ALAIN.

« Il faisait beau hier, ma chère Bérénice, et jamais le beau teaips n’avait été demandé à Dieu avec plus de ferveur ; jamais les pêcheurs n’ont sur un pareil sujet sdresaé au ciel de plus ardentes prière*.

• Nous pensons deux mois d’avance à la Fête-Dieu, et un mois avant qu'elle arrive noos ne (tentons plus à autre chose. Die se célèbre à Saint-Denis avec grande pomjie, je doute fort que mou récit puisse t’en donner une idée.

• Quand il fart beau temps , ou dresse au bout de la belle promenade un luagxiUique reposoir auquel noos allons en procession; tandis que, si le temps est incertain , la procession ne peut sortir, et nous faisons seulement le tour des cloîtres.

» Ee reposoir en ce Cas ut dressé à un des angles où est une statue de la sainte Vierge. Mai* enfin il faiuit beau hier, et rien n'a manqué à U solennité de la fête.

• Tout éuit rempli de fleurs ; tous les balcons de la cathédrale, à laquelle aboutit notre promenade, étaient chargés de monde. Voici dans quel ordre s* avançait la procession :

» Madame Coindrl, maîtresse de danse de la maison, surveille U cérémonie sous le rapjiort de l’ordre et de U grâce; il nous semble toujours qu'elle va tirer son jse&it violon de sa poche.

« Toute* les élèves qui n’ont aucun rôle dans la représentation sont sur deux lignes ainsi que toutes les dames , qui ont d’énormes bouquet*. Eu tête et au milieu s'avance la bannière de la Vierge , portée par une élève de 1a classe blanc liséré.

• D'autres élèves de la même classe tiennent les cordons de la bannière ; un grand voile de mousseline blanche les recouvre entièrement. Derrière elles, le sacristain porte b croix; deux élèves de la classe nacarat uni sont sur la même ligne que loi et (>ortent des flambeaux.

» Elle» «ont également couverte» d'un grand voile blanc poaé sur la tête nue , et par-de»tis le voile elle« portent une couronne de chèvrefeuille.

• En-tuile s'avance une troupe de quarante petites filles : ce sont les plus petites de 1a maison. Elles sont rangées quatre par quatre. Elles ont chacune un voile sur lequel est posée une couronne de bloets ; elles portent chacune une corbeille remplie de feuilles de rose, qu'elles lettent devant les pas du prêtre qui porte le saiut sacrement.

» J'étais une des quatre élèves na carat liséré couronnées de fleurs des champs qui derrière les petites portent les encensoirs.

• Viennent ensuite quatre jeunes filles prises dans 1a classe bleu uni , et j’étais une de ce* quatre l'année dernière. Ce tout les vierges : c’est le beau rôle de la procession. Le choix en est fort discuté à l'avance. Je n’ose guère dire que ce choix s’arrête en général sur 1 m plus jolies.

a Lis ceci toute seule , et passe cette ligne si tu lis ma lettre à la famille. Elles aont couronnées de rose# blanches et de jasmin. Enfin , vient le dais porté par boit élèves de 1a clasM blanc uni ; d'autres tiennent un des huit cordons.

• Quatre élèves blanc liséré portent des eierges. De chaque eôlé sont rangées les char teuses ; elles ont également de grands voiles, mais pas de couronnes.

• Arrivées au reposoir, elles se cachent derrière et chantent sans être vues : 0 talufarit hoslia. Marie, qui a une très-belle voix et ast élève de madame d'Aoby et de M. Masaimino, fait partie des chan te use s.

« La procession aura encore lieu dimanche prochain. Je t’envoie une marguerite de ma couronne en échange de ta petite rose sauvage de U rivière de Beuteval que tu m’as envoyée l’année dernière.

• Noos n’avons de fleurs à notre disposition qu'à la Fête-Dieu ; je ne tais pourquoi on ne nous permet pas d’avoir le moindre bouquet pendant le reste de l’année. L’infraction à celte défense est du reste un crime assea fréquemment commis par quelques-unes , malgré la «Jifll cul té qu’on trouve h s’en procurer.

• Adieu. Marie te rend tes amitiés.

» Poicsini Malais. • aésa.VICS AL A I 11 A rOLCNiail MALAIS.

• Jeudi.

a Ma arasa Pulchxsii,

•* Nous avons eu aussi une belle procession pour U Fête-Dieu. Tous nus pêcheurs, dont la plupart ont souvent échappé à de grands dangers en nier par l’intercesuon de la sainte Vierge, suivaient la tête nue. Le curé a ensuite béni la mer et les barques.

» Deux familier étrangères sont venues s’installer à Dtve , l'nne s'est logée à l'auberge do Marais } l’autre à la pointe, à cette auberge qui eat an bas de Bertxeval.

» Les deux familles, qui ne «e connaissaient pas d'abord, mais qui maintenant parlent ensemble e* se visitent le soir , sont venues pour prendre des bains de mer. Ou dit que ce sont des gens Irèwiches.

• Espérons que nous n’éprouverons pas aux vacances prochaines le désappointement qui nous a fait tant de peine l'année dernière t et que lu viendras passer quelque temps avec nous.

» Espérons.... On m’appelle en grande hâte.... Que se paase-t-il ?...

» J’ai quitté cette lettre il y a trois jours ; au moment où l'on m’appelait, il nous arrivait un grand malheur, et je n'ose penser à celui qui aurait pu nous arriver.

» Mon père et Ünésime revenaient de la pèehe ; il faisait grand vent et U mer était grosse , une lame a chaviré et retourné le canot : tous deux ont disparu dans l’écume.

> Oaésime a bientôt reparu, il a cherché autour de lui; mais ne voyant pas notre père, il l’a cherché sous l’eau et a eu le boobeur de le ramener. Il fallait que ce pauvre père fût blessé pour être ainsi resté , lui qui nage si bien , et d’ailleurs il n’y avait presque pas d’eau où ils ont chavire.

• En effet, le canot l’avait frappé à la tête , il était aans connaissance rt couvert de sang. C’est alors qu’on nous a appelées, tandis que d'autres pêcheurs aidaient Onéanae * apporter notre pauvre cher père à la maison.

• Sa blessure n’est pas dangereuse , il ne s'en ressent plqy aujourd'hui ; mais, en même temps que le coup à la tête, il en a reçn un au bras, et i! ne pourra d’ici à quelque temps sc servir de ce bru.

• Qu’allons- nous faire? qu’allons- nous devenir? Depuis quelque temps tout va rosi cbei noos ; Onéaime disait ce matin :

» Nous avons bien du malheur depuis que Pulcbérie a quitté la maison ; elle a emporté toute notre chance avec elle.

• Mon père est désolé de sc voir ainsi hors d’état de travailler au pim beau moment de la pèehe. Onéaime a du courage , et dit qu’il mur» bien gagner ce qu’il faut.

> Je pense comme ünésime que, ri tu as emporté notre bonheur, la nous le rapporteras celle année.

• Adieu, .limons bous et pense à nous.

• Béait» ic« Axais. •

I* maison des pêcheurs était fort triste. llisque-Tout allait à l'arrivée des bateaux et rentrait tout affligé de la bonne pêche que rapportaient les autres, non pas qu'il fût envieux , l'excellent homme !

Bérénice et Oaésime étaient fiers et presque heureux d’être la ressource de la maison.

Bérénice travaillait si assidûment à ta dentelle, qu’elle gagnait dit ou douze sous par jour.

Onésirae pêchait de la crevette et de Téquille, seules pêches qu’il pût faire seul.

Cela ne rapportait paa grandiose , mais on pouvait vivre; d’ailleurs chaque pêcheur à son tour donnait à la famille un ou deux pais sois , selon la pèche qu'il avait faite.

Onéaime de retour était toujours prêt à In rider à pousser les bateaux à la mer ou à les haler sur la plage. 11 fut chargé d'apprendre à nager à deux jeunes enfants des famille» étrangères arrivées à Dive ; mais après un coup de vent le temps sc reaoidit , les bains furent ses-

ndus, la mer resta grosse et inabordable pendant plus de quinte jours,

crevette gagna les louds , et l’équillc cessa de s'ensabler.

La famille se trouva réduite à la dentelle de Bérénice. Cette restonsce ne tarda pas à manquer en grande partie ; Pélagie tomba malade , il fallut que Bérénice la soignât et s’occupât de tous les détails du ménage.

Elle ne gagna bientôt plus qa« trois ou quatre sous par jour ; il ini fallait laver, repasser le linge, et préparer la nourriture.

Un vieux pêcheur dit un jour à Onérime : — C'est dommage que tu ■'aies pas la force , car tu aiderais bien ta famille ; ce n’est pat le courage, ce n’est pas le bon cœur qui te manque , c'est la force.

Cependant tu pourrais, ri tu voulais bien, gagner assex d’argent pour soutenir tes gens jusqu’à ce que tou père soit guéri

— Je ne demande pas mieux, répondit Onéaime; mais que peut frire un pauvre enfant comme moi , Pacôme Clam ?

— Tu n'as qn’a l’en aller à Honfleur , tu trouveras I» des bateaux de chalut qui te prendront volontiers pour mousse ; tu et grand et fort pour ton âge, tu connais la mer, ta es pêcheur, tu peux gagner trentecinq francs par mots , tu te nourriras avec quinze , et tu enverrai vingt francs à tes gens.

Ces vingt francs-là , on te les donnera d’avance et tu pourrai les envoyer ici tout de suite. Je vais te donner un mot d'écrit pour un homme avec qui j'ai navigué autrefois ; M trouvera à te placer pour ta saison.

I j saison passée, ton père sera guéri, et tu reviendras pêcher les harengs et les merlans avec lui.

Pacôme Glam ne savait pas écrire ; il alla avec Oaésime ebex maître Epiphane, qui, en échange de quelque poisson qu’on lui donnait de temps à autre , écrivait volontiers les lettres pour tes pêcheurs. f

Le o 1ère se chargea donc avec plaisir de ta missive {mur l'ami de Pacôme Glam. En possession de la lettre , ünésime rentra à ta mari on et fit signe à Bérénice de le suivre au jardin.

Là il lui dit î Je crois que je ne reverrai jamais Pulchérie ; die arrive dans trois temrinea, et je psrs demain aussitôt qu’il fera jour.

— Eh ! où vae-tu ? demanda Bérénice.

— Je ne puis supporter plus loogtemps de voir notre père et notre mère malades et manquant de tout , toi l’exténuant pour gagner trois sous par jour, et moi, à cause de l’inoiémence de la mer, restant là lus bras croisés.

Pacôme Glam m'a donné une lettre pour an ami qu’il a à Honfleur. Il eat tûr aue je pourrai vous envoyer vingt francs par mois pendant U saison. Je reviendrai ensuite aider mou père quind il pourra retourner à 1a mer.

Pulchérie sera repartie depuis longtemps. Tu lui diras pourquoi je suis parti , et , ri c’est toujours une bonne fille comme toi, elle m’en aimera davantage. Vous ires ensemble au virai saule de la rivière de Beuteval, et là tu l’embraateres pour moi.

M. Malais disait l'antre jour qu après les vacances elle ne devait plus rester qu’un an là-bas ; elle reviendra alors pour tout à fait. Si je «m suis pas noyé, je la verrai dans un an.

Tu lui diras de caresser Mopse, que je suisforeé de te laisser. Tu en aurai bien soin, n’est-ce pas !

Maintenant rentrons étayons l’air joyeux d'un départ qui nous chagrine tous les deux ; mai» il faut penser è nos parents.

Tous deux s’essuyèrent les yetu , s'embrassèrent et rentrèrent a la maison. Bonne nouvelle! dit ünésime en enUmut , nous n'a lions plus être à 1a côte.

Pacôme Glam m’a donné une lettre pour un de ses amis à Honfleur , avec qui je vais m’embarquer pour trois mois , c» je tou* ou verrai vingt francs par mois.

Je reviendrai pour le merlan Vous, mon père, vous serex radoubé, et nous reporterons ta voile au hant du mât.

— Mes deux fila seront donc hors de la miison ? dit Pélagie.

— Oh ! maman, ne m'empêche pas, j’ai bien eu vie de voir du pays, et puis ça me rend tout joyeux de gagner de l'argent moi-mênr.

— Et qajud para-tn?

LA P.VAUHE ALAIN.

■y Un peu avant le jonr. Je n’aurri pas trop de ma journée pour arriver à Moniteur.

— Bérénice, dit Pélagie, il faut lui faire «a pouehe, * ce cher enfant. Quel malheur que je me pojaae paa me lever I Je sut* sure qu’il lui manquera quelque chose.

Ou passe presque toutes les nuits A bord des grands batc .ui ; n’oublie rien, Bérénice.

Bérénice ne répondît pas , car elle aurait sangloté ; mari cUr se mit à enfermer dan* un aac les hardes nécessaires à Onésime. PacAme entra.

— AU bonne b -'ire, dit-il, le matelot ne fait pas attendre la marée. Comment vas-tu, Risque-Tout?

— Un peu mieux, merci. Voilà donc que tu envoies notre Onésime à lie u fleur?

— Il sera bien; il sera avec un ami, enteu'lr tu f», Pélagie , il aéra comme cLet toi et mieux que chez tu». 11 est juste que k* ratants travaillent pour nous quan 1 nous sommes en dérive.

D’ailleurs, qu’est -ce que c’est qu’un mann qui n’a jamais perdu de vue k clocher de son village ?

Vous verrez Césaire , quand il va revenir d'à bord de l'Etat , ça ne zen plus le même homme.

Ah çàî voua n'avez pas de quoi , et il en faut au gars poux luire ?a routa. Voilà un vieux petit écu que je vas lui donner, vous me rends** ça quand il vous eu enverra.

Il est quelque chose qui est toujours si présent à l’esprit des pauvres, qu’ils ne le nomment pas le pl ■» souvent, et qu’ils remplacent le nom par un pronom, comme s’ils en avaient déjà parlé et comme s’ils étaient aûrs que leurs interlocuteurs y pensent.

Je veux parler de l’argent , cet irréconciliable ennemi , ce dieu irrité et inexorable.

J 'entends souvent les pauvres gens dire : Je n’en ai pas, il faut que j’en gagne , sans prononcer préalablement 1e mot argent, qui est toujours sous-entendu : de même une femme adultère, pariant à sou amant de l’ennrmi commun, du mari outragé, dit :

On vient, est-ce lui? ou : Il trouve que vous venez souvent ici , sons que le mot de mari soit exprimé.

Peut-être faut-il attribuer dans Ira deux cas cette réserve aux cause* qui taisaient que les anciens évitaient de prononcer Je nom des Furies.

Le lendemain matin, le jour venait de paraître. La mer, unie comme un miroir, était d’un bleu pâle, calme et serein. Le soleil, qui ne paraissait pus encore, montrait ses rayons entre le Havre et ilonflcur.

De petits nuages , mobiles vapeurs grises, se coloraient de rose et de lilas. Un glacis rose se montra aussi sur le bleu de la mer; puis , quand le soleil parut monter, ce glacis devant jaune et dora légèrement 4e bleu.

> Act moment, Onéaime sortit de la maison accompagné «le Bérénice. Tranquille et Pélagie notaient pas encore levés. 11 les avait embrassés -St s’était chargé de sa pouebe , dont aa mère avait fait soigneusement ri* inventa ire pièce par pièce.

A peine le frère et la soeur étaient-ils à quelques pas de la maison , -•que Mopse, qu’ils croyaient avoir enfermé, sauta par une fenêtre ; il rejoignit son maître , qu'il accabla de caresses.

Il fallut retourner et le ramener ; il fallut encore embrasser les (tarent*. Pélagie pleurait.

V. Quand on fat à f extrémité du village , au haut du mauvais chemin -..qui commence la route de TrooviUe , Üoéaùac dit à sa urur : — Ne va pas plus loin ; n’oublie pas tout ce que je t’ai dit pour Pnlchérie. Vous ne tarderez paa à avoir de mee nouvelle*. Adieu.

> Ils s'embrassèrent tendrement. Onésime ra retourna deux ou. Iras fois» ils échangèrent à chaque fois des signes d’ amitié.

Comme le chemin faisait un coude , Onésime se retourna ; mais il

Bérénice, qui avait fait quelques pas de (dus pour le voir plu* tongtarni*. Al on il courut à elle, l’embrassa encore rt lui dit: — Maiotc- «ftant allons- nous-en et courons tous les deux sansuous retourner.

Cependant , quand il fat à un point où B «noyau qu’il ne la verrait phi», il regarda derrière lui , et , comme elle regardait aussi , ils té di- *eeni de loin t — Adieu! adieu !

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