III
Pulcbérie avait écrit pour demander la permission de promettre à »Ala lie et à ses parents qü’ebe reviendrait quinte jours avant la fut des ‘Varanees et qu’elle pâmerait cas quinte jours A laur campagne comme
l’année précédente.
Si. Malsis, en accordant cette permission, avait mis pour condition qu'au» vacances suivantes Marie viendrait pendant un mois au moins
ou rf.tUrau .
< Yi lai i U dernière année que les deux jeunes hiles devaient passer à
Saint Denis.
On tr pondit que l'on acceptait avec reconnaissance L'invitation toute 4»»rica*r de M. et madame de Mouoevol. De ce jour , cette visite at- ' U » lue l'an lire prochaine préoccupa exolu»vem«nt les dont epoux. ■ ils ne songèrent qu’à embellir le château et à k rendre digue- des J
hôtes de Pâtis qui devaient Urur arriver. Qu attendit o q endant l'arrivée «le Pululirrie poux commencer lis changements.
Pu! ch*' rie venait de passer «leux ans à Paris, ou du moins fort près de la capitale. Elle avait vu chez Ica de Fondojx ce ,qui était beau , ce qui était à la modo.
Pukbérir accueillit bien Bérénice ; elles allèrent ensemble te promener eu remontant!* petite rivière de Beuxevri , et , qu: od elles fur rrni assises sous le vieux saule , Bérénice s’acquitta d«: la commission
d’Oncsinic-
Pul chérie fut touchée du dévouement et dp départ de jeune pêcheur. -t- Il doit être changé, «lit-clk; voilà depz a a» que je ue l ai vu.
— Tu le reconnaîtrais à peine, tant il est grand et fort; sun visage respire 1 « résolution t -t 1a franchise* ta voix eU devenue gr .ve*.>ns être ranque comme celle lie nos autres pêcheurs , son regard rat assuré et pénétrant. Mais toi , Pulchérie , comme tu ex grandie , comme tu ex changée et cependant embellie]
— Tu es. bien plus jolie aussi, dit Pnlchérie.
— U b ! tu n’es plus du tout une de nous , Pulchérie , tu es une demoiselle ; aucune fille d’ici ne s*it marcher ni parier comme toi, lu M des manières pour dire les choses...
Tu as l'air d’une princesse ; eh bien ! cela me fait presque de la peine. Je suis sûre que mon pauvre Onésime, s’il était ici, Voicrut pas t« parler. Tu n’as plus l’air d’être de U même espèce que nous.
— Tu es fallg» Bérénice.
— - Ob’ non, ta veit.eU plus douce ; oa dirait une musique. Cent à peine la même langue que tu parles.
— Que (ait Onésime ?
- *»— llélas 1 U va à la mer et il pécha. J’aurais voulu, qu’il appri* à lire et a écrira; mais , depuis qu’il va à U mer , il n’a pas encore remis les pieds eut» maître Epiphanc.
.— Il faut pourtant qu’il apprenne,
— Je lui dirai que cul loi qui l’as dit. Tu dois trouver que je parie u© peu mieux que lorsque tu c» partie.
Maintenant je lis le dimanche des livre* qui étaient À U mai sou je ne sais pourquoi ni comment, car, excepté moi, personne n'y sait lire. Mon père dit qu’il lésa connus de tout temps chex le sien, a qui était notre maison, et qu’il ne s’est jamais aperçu que quelqu’un lût dedans.
Les hommes de Paris sont-ils aussi différents de* boratm ■> d’ici qne tu es différente des jeunes filles de Dive ? Est-ce qu’ils sont encore plus monsieur que M. Malais ton oncle?
Qu’est ce qu’on leur apprend ?
— Comme aux bile*, et mèmè uu peu pin» ; le latin d’abord , pois l'histoire , Ja géographie; ensuite ils apprenne!}! à. tirer des armes, à danser et à monter à cheval.
— Cest pour Onésime que je te demande tout cela.
— Et qu'en fera Onésime ?
— Tu verras, tu verras!
Bérénice n'avait pas beaucoup à raconter, mais Pulchérie avait mille choses à lui dire ; le monde qu'elle avait vu était aurai inconnu pour Bérénice que l'auraient été les sauvages du premier pays qu’qn découvrira.
Pulchérie ht un peu semblant d’avoir peur de Mopse ; elle avait.pris certaines affectations de timidité, parer qu'une audace apparente contre toute sorte de petits dangers qu’elle avril apportée à Saint - Denis avait été déclarée par les autres élèves ne pas être comme il faut.
— Dirai-je donc à Onésime que tu n’as pu voulu caresser son chien ? Il m’avait tant recommandé de t’en prier 1
Pulchérie consentit à lui passer la main sur le dos cl à lui donqcr quelques petites tapes sur la tête tout en retirant sa maiu avec terreur au moindre mouvement de l'animal.
Elle. donna à son oncle toute sorte de coqseils relaüvcmcol aux dispositions et à l’ameublement du château. Telle chose est ainsi chet k* •de h'on dois et telle autre ainsi, et l’onde enregistrait les observations de Pulchérie.
(J a crime avait envoyé les vingt francs de son mais deux jours apres son départ; ona'avrit pu le placer sur un bateau de chalut, mais l’ami de PacAme l'avait fait mettre à bord d’un bateau à vapeur qui allait et va encore du Havre à Cherbourg.
Le second mois arrivai connu* le premier. Pélagie avait repris la direction de son ménage , «t Tranquille commençait à se sqrvir de sun bras. ,
Pulchérie ne tarda pas à repartir. M. Malais la conduisit à Paru en œ proposant de profiler de ce voyage pour taire de nombreux achatet commander des meubles , ceux du salon du château ayant été çop damnés définitivement par Pulchérie.
C'étaient de magnifiques meubles en bois seu.pté , recouverts de vieilles ta prise ries. Les artistes «k ce Icmp» ci ne i ex avril ul. pas encore mis à 1a mode , de telle façon qu’ils coulent aujourd'hui ai cher , qu'ils a’en peuvent plus acheter.
il faut cacher tous se» bonheurs comme le voyageur cicbc son or quand il doit traverser une forêt périlleuse. La vie çal fort boisée.
La fin des vacances fut remplie de scdu. üoiu pour Pulchérie ; <’ avait a peu près qmtorze ans. A m première enÉancqot» . boç.l de rii ! mer, chez les pêcheurs, ellu^ùevait une santé «dioric. i ,
I bile était 4 p «n«U,et f<M'iuee plus que les filles ne le sont d'ordinaire
fS
à u» igr. Marie avait tut an de plu» qu'elle, et ou ton» m aurait à le» compter pour quelque chose «la us un salon.
Etk - se donna ien i le plaisir de faire tout ce qui était défi udu à &ûnl- Dcois. Toutes deus sc tircut donner de* boudes d'orciJe* et.se firent percer les oreilles : seul moyen de manifester les ricins pendeloques dan» la maison de Sûnt-lkni», où tout bijou est interdit.
Ella se ârcat coiffer en boudes tout le temps que durèrent encore les vacances. Cette coiffure, qui surtout pour de jeunes Ailes est loin d'être aussi belle que les bandeaux , était une coiffure défendue à Saint- Denis.
Elles portèrent d’énormes bouquets. Une seule chose est tolérée contre l'égalité : on permet aux élèves de porter des gants apportés du dehors.
Cet oubli du législateur a créé k suprême élégance à Sript- Denis. Dana les grandes cérémonie# on clige que l'ou porte des gants de coton blanc fournis pur la maison , et c'est aux éièyci à imaginer des ruses pour leur substituer de petits gants de peau; mais les jours ordi aaites on a' y fait pas beaucoup d'attention, et les bien gatittts forment l'aristocratie.
Les deux réciproques rentrèrent dont avec les oreilles percées et. une provision de gaula. Ce fut un grand sujet d'envie.
Les gant» étaient vitibl» , et les oreilles percées parlaient bien éloqu* minent de boucles d’oreilles. Toutes deux s'étaient fait faire une hèv-iise ganse de leurs cheveux qu’elles avaient échangés.
C’est un cadeau quoi» se fait aasex communément entre réciproques cl qu'on lobcrc au cou des élèves. Cela s'appelle un senrimmL L'amftié dos jeunes biles n'rst que l’apptenliü-;: de Pa mot* r.
Pulchérie avait la ceinture blanc U*» .c, et a «ait pour intti tu trier k sèche et froide madame S... et po^r dame su; veillante I-i grande, belle et médiocrement intelligente J... de S... C... i .AUric était bwuic uni ancienne; c'était en partie pour rester avec Pulchérie, et aussi parce que ta famille lu trouvait trop jeune pour k mettre tout à fait dans le monde, qu’elle suivait la cia tse de madame B..., jeune dame assez jolie, quoique maigre, mais très-sévère et si redoutée , que la plupart des élèves quittaient la maison tans passer sou* sa férule.
Marie devait sortir après le prochain concours; car , ne se destinant pas à rester dan» la maison comme .institutrice, elle ne devait pas suivre 1a cUne de perfectionnement.
Onétime revint à Dive avant l'hiver. T< an quille Alain était tout à fait guéri. Le merlan d’abord cl le hareng ensuite vinrent sur la côte a ssci abondamment.
On paya fiioi Alain le oxeuttiçJV^tpM^e trouva Avoir reçu uu peu plus de six cents franc» pour trois «ent> qu'il avait prêtés k sou cousin, et néanmoins resta toujours son lûeufaiteur . tirant de ton bienfait productif un intérêt perpétuel ;,tWridt il attendait le retour des barques et prenait un ou deus pois^Nns , 4M1UI bisiit faire a Trvnq aille une . petite corvée sous uu prétexte ou saies un autre, ayant soin de rappeler de temps a autre les sernees qu’il .lu avait rendus, et appelant la Mow Ut notre bateau.
Pélagie était également revenue à k santé ut le bonheur était rentré dans la maison , où U ne manquait que Pulchérie; mais elle y manquait beaucoup.
Pour Cétaire, dont ©» > v.ut uc temps tn temps des nouvelle, ton absence «e faisait Iteatteonp imbu* sentir, parce qu’il u’avait jamais parlwApé à la vie de famille, et allait s’amuser avec des camarades de ton âge data, ies moment qui n’ étaient pat consacré* au travail. .
Onctüne , qui avait un au et demi de plu* que Puicbérie , allait avoir ; qui me ans, il était aésti fort que «on père, et U avait jrésjbé ce que Risque-Tout avait prédit de lui ; tout le monde disait ! -Ouésiuie est 1 ennemi du poisson.
Ouésimc et Bérénice parlaient toavent de Pulchérie. Bérénice répétait à son .frère ce qu’elle avait dit è leur amie.
— Vois- tu, Ouésàxae, Pulchérie a l’aie de ne plus être de lu même espèce que nous : d'abord elle est bhutebe comme le ventre d’un giulmot, et puis elle marche .vuirepienl que nous, elle ne »il rien de ce que nous disons et avec une voix toute différente ; il semble qu’elle n’est pas de ce pays.
Tu te rappelles cette mouette que tu avait ramassée .. la mer, pauvre, petit oiseau tombé de son nid du haut de quelque falaise; mous l’avoua -élevée il V«c nus, poule* ; «I un jour.,, quand elle ami des tilnt, elle s’eat élevée et a pria son toi tur la laer; ce t /histoire de Puicbérie.
Mais, d*l Üuésiute, si Pulchérie est devenue plus belle et plus savante *t fini aimable , est. une raLon de l’aimer davantage; voilà tout.
««•Uni... mats ce non est pas une pour quelle nous aime davantage, l i même autant.
- T’a -t’ellc paru changée à «o Ire égard?
Tic ^ Non , rbe nous aime toujours , elle cal loueurs Unmc, et elle a «mliras** h^hbi Pélagie e moi avec uu.bico bon etc or ; tuais eubn, coauu. die voit toute *01 te du belles choses que nous ne connaissons .pos, comme .«Ile devient .ftrar-Ui vante, tout en nous aimant bien , Jle du s'intéressera pu* à cc qui nous u»ku*,-a u ÿl ql#: .â;ui;r.i i|. teinte .Ifûttvcr svcc des gmis gycc quille .PHWfr* ypu;f ^ cv qu’eW^l et 4c ce qu'elle a vu, des gens enfin capiT>T<H uc lui répbaJre : ainsi, par
été m p*e , nous ici, nous dansions rn tond; eh bien ! eüe, elle sût toute sorte de daines qu’on danse à la ville, 1 tels c*.’ l’tmuxcra plu» de danser en i mu! avec nom ; elle S'il tout , e^ umts ne 'savons rien.
A ce propos, elle m’a chargée de le dire qu*il faut que tu apprennes au moins à lire et à écrire; et , si j’ai un conseil à te donner , c’est de Bf pas t’en tenir là.
Elle m’a parlé ia jeunes gens qu'elle voit, et j’ai bien retenu comme elle fait l’éloge de ceux qu’elle trouve le plut de son goût.
Ainsi elle m’a dit une fois que nous jasions à U mai sou en me parlant de je ne s iis qui : C’est un cavalier accompli.
Je croyais d’abord que c’était quelqu’un qui montait bien è chevet ; nuit elle m’a expliqué. Eh bien ! ça n’est pas cela; un cavalier accompli. c’est un homme...
Elle ne m’a pas dit s’il savait lire et écrire, mai» je crois bien que mû ; c’est un homme qui est trè.t bien habillé, qui sait bien danser , bien se battre à toute sorte d’arnto; bien monter à cheval , qui dit toute sorte de jolies chose* aux jeunet filles, je me sms bien rappelé tout cela pour te le redire r tu ne sais rien de tout cela.
Moi je pu» encore c.user un peu avec Triché ne, parce que je sais à présent lire et écrire et un peu «tapH; mais loi, tu ne ui* rien.
— Comment , jc.M £;ii*.rieu ! min iJ uÇj « personne id (tour louvoyer
eu canot au plus jMtjd vent a côté .la moi. Est-ce que je ne connais |»i bien In nûoén? Ex Ici que tu connais quelqu’un capable d’ieautr (amorcer) que marine de cordes uttsàî'vaiÿdtvMrrtl que moi? et faire une épusure donc ?... yy
— Oui. mai» je te l'ai dit : Pulchérie n'est pas de k même espèce que sont; notre « oq t>*ét>it pa* le ®âl« de la moatne, et elle nt p.rtie; il f. .ut que tu le tendis pin* *au»bia&U Aux jeunes homme* de i'etpèce de Lui chérie , *t tu vcin que Pulchérie NÜ un jour ri femme comme nau» .c dirions quand ddu> £ljo(ks petits; U faut que tu ne lui furti» p it ho. te , il Lut qm tu deviennes savant comme die...
Me» pcttêlt* que tu ue Jtfiuet pltus OcL , et que tu te contenteras d‘ aimer Pulchérie comme je Painxè?
— Si je n’ai pat Pulchérie |>Mir feunt , je n’ep aurm pas d'autre.
— Tant pi$, c’ et l peut-être bien du cbijgrip qtgf notlS ittrons; car je te le redit encore, Pulchérie et noos, nejfc i*v Aftminuigp» de la mène espèce*
— Pourquoi cela ? Bon grand-père i-t rit r,: ,.ri.,i de bœuf fi et travaillait avec le nêtve, et notre cou»in Llol je intmtûer le tutoyait.
— Tout cela est vrai, «ai» je ne puis pafbiqirp£unjncr Ici choses. Quand tn aurai vu Pulchérie une fois, tu cajuggadol* «■ que je veux dire, tu n '«seras p«tti‘êlre pa* In tutoyer. ^
En tout c.w , xi l'ai chérie doit être te femsa#, liijie dois p»s être ta* dessous d’elle , et il Lut que tu tpprenhès.
— Mais le pourrai-je ?
— Elle a bien appris, elle , et mot-même , qui ne suis qu'une petite hile, n'ai-je pat appris à lire et à écrire? Il y a maure Kju iluiuc Garandin, le clerc, qui sait tout, à ce qu’il dit, et qui a fait tous les métiers.
Nous g- gnon» au ix d’argent pour le payer on peu, et d'rilfctim, pqur du j«5t*.on, il sera bien content de ftnstraire, dk-liii donc que tu vêtu devenir un « cavalier accompli; b le* geiu savants doivent Savoir cc que cela veut dire.
S’il ne tail pat, tu lui dirai uu’ll fout que lu saches d.n»cr, bien te battre., à tout, monter è cliçvâl, faire de U musique, un peu aussi lire et écrire.
Mets -lui de côté deux beaux gros merlans demain , et va lui narrèr ,too affaire.
Pul- hérit* ne revient que dans huit moi*, il faut quVdc le trox|ée chttUgt çomujr tu la trouveras chsngée toi-même.
- - - • Ut uaUroffpiphane fiaramb». . ,
I^C Icndcmajo, au retour de la pêche, Onésimé jns -a un bou ffe lignp fea ouïes de deux énormes merlans, et il b’ en «IL cfièt nullre Epipliaue. . ' '
'L’école Âûl une teule chambre , on descendait trql* mafebes pdgr y entrer; gu homme de taille ordinaire était obligé de hstm-r ts tête t pour sgr *e frapper contre ïa «outre.
La pièce rl<ft pavée ; au fond était la Ht de ibaltre Rpijdiattc. rnve- 'jqppé de /idéaux, en serge vçrte ; trou bines et deux tablés coçapo.tiirtii le mobilier de L cLii.se avec on éleux petit poêle rn fonte , dont le lu|»uj)t<witaxt tUo, la cheminée'; sur le poêle, dont le cotiVrrc'e {tait enlevé, cun-ûi , dus urne chaudière oc foute, le difter de nnit;e Epiphsne.
V.î avait :iusst un fauteuil de bois à fond de paifle, devant leqilhl était une petite table carrée avec un vieux pupitre; citait M pltcfc du nuiU'c; .Auprès de ta seule fcuêlr.- qui éclzifai 'l'éCOÎc fenêtre dfti' j guillotine , furoiéc de deut luAQi’aux dont l’un monte tn gliisxnt sur . l’autre lorsqu'on veut avoir do Tair.
Cette fonrtre ,'de trois pied* carré» , était vHfée 'de lr< 3 JTty^x frtîts Carreaux, sur plusieurs desqurL rrsîortab-nt il -s rSoëJes dé loupritd'ôa vert foncé a«r« te mVUbles au fond d’une boutéille; un seul de ce» carreaux eJL. it de wpiyr. , " J "
Lus tnfukU ïiÀeüt «iris ior tes haüc , ïéé pv$* grikH^avrièikièvjui
LA FAMILLE ALAlJV.
eux, wr W* ikblct , des livres ou des cahiers; les plus petits étaient pressés sur le honc devant lequel il n'y avait pas de table, les jambes pendantes, bivardant, se poussant, aussitôt que le maître détournait les yeux, prenant un air contrit et hypocrite quand il regardait de leur côté.
La classe, qui avait été autrefois blanchie à la chaux, avait A trois pieoa et demi de haut tue ligne crasseuse produite par le frottement de la tête des enfants.
Lorsque Onésime entra , il effaroueba une poule qui becquetait sur les bancs les miettes que les eufanls laissaient tomber A l’heure de leurs repas; la poule s'enfuit en voletant, mais ne tmla pas beaucoup à revenir.
— Eh bien ! nous allons noos mettre dans la cour.
Il se leva , et prenant sa rè^< : — ■ Vous voyes , vous autres, dit 'U . que je prends Jacqueline avec moi; je ne vous dis que cela, et, s'il arrivait que vous bavardaaaiet ou que vous fiasiea le moindre bruit, j’ai un oeil et une oreille sur vous.
Maître Epipbane était un grand homme sec avec la figure jaune et le nés rouge , de grands yeux d'un bleu pâle , hébétés , il paraissait avoir quarante ans; ses cheveux, cbAlain clair, étaient prétentieusement frisés sur les faces.
Il était vêtu d’une redingote verte, râpée, à collet crasseux ; U avait sur le côté de la tête un chapeau devenu gris et luisant, qu'il ne quittait jamais.
Il avait fait toute sorte de métiers , comme le disait Bérénice . mais il était maître d'école depuis une diaaine d'années; son langage était A la fois pédant et incorrect; ses aaluta comme ses gestes étaient prétentieux; il se Croyait positivement un homme comme il faut, et attribuait à un sort ennemi les hasards par lesquels il ne vivait pas dans le grand monde.
Il croyait, du reste, avoir été dans le monde h une éooque ois , demeurant dans une grande ville , il avait beaucoup hanté les cafés, depuis qu'il était maître d’école, il s'était abandonné h la boisson; personne pourtant ne le voyait jamais ivre; il ns buvait immodérément que h nuit , enfermé chrx lui ; son ivresse se passait à peu prés dans le sommeil, il ne lui en restait le lendemain malin qu'une somnolence et un hébétement qui avait fini par rester sur son visage et dans son regard.
Outre ses fonctions d’instituteur et de secrétaire de la mairie, Il était chantre à l’église , sonnait les cloches et jooail du vision on du flageolet pour faire danser à certains dimanches.
Il s’appuya sur un arbre voisin de Hi porte de 1a ctaai t, qu’il lassas
ouverte.
— Maintenant parle, Oaésime, dii-tf, Su ** mainlesunt un henni et on peut causer avec toi.
Malirr filoi Aisés, meunier à Due.
Le local n’était pas seulement l'école; c'était aussi l’bôlel-<fe rKle , où à certains jours se rassemblaient M. le maire et MM. les conifiUrrs municipaux. S
Quand quelqu’un de cei jours ne tombait pas un dimanche, les écoliers avaient congé de droit; d’autant que maître Eptphaoe, qui était secrétaire de la mairie, n’aurait pu leur donner ses seins éclairés.
n faisait chaud dans l’école; le poêle, sur lequel cuisait le dioe v , était fort animé; la fenêtre et la porte étaient fermées; maître Epiphane, soit par ennui, soit par la privation d’air, s’étail endormi au milieu d’une dictée, Ica écoliers s'étaient fait signe de ne pas le réveiller.
Parmi les plus petits , un avait quitté tout doucement sa place et était allé voler une tartine de beurre salé dans le panier où était le goûter d’un de scs camarades; celui-ci s'en était aperçu et avait cru reconnaître son beurre lorsque le voleur avait déjà mordu deux bouchées dedans ; il s’efforçait de le lui arracher et tous deux déchiraient la tartine beurrée, qu’ils tenaient à pleines mains; un antre s’était mis A cheval sur le banc , auquel il avait fait des rênes avec une corde ; les plus grands Jouaient aux billes.
L« bruit que fit Onésime en entrant effaroucha la pouls et réveilla maître Epipbane; il ne savait pas combien de temps il avait dormi , U avisa ceux qui jouaient.
— Eh! 1 A-bas! dit-il d’une voix terrible, faut-il que j’aille voua trouver avec Jacqueline ?
Jacqueline était le nom qu’il lui avait plu de donner à une règle large et plate avec laquelle n leur appliquait des coups dans la main ou sur les onglet réunis, d'après la gravité du crime à expier.
Le plus grand silence régna à l’instant même dans la classe, sous le regard formidable que le mailre promena circulai renient sur içs élèves.
— Maître Epipbane, dit Onésime, voici deux merlans que j’ai mis de côté pour vous; ce sont les plus beaux que j’aie jamais vos.
— Merci , Oséaime , merci , j’ai mon dîner d’aujourd’hui , ce sera pour demain ; mels-les aur la cheminée.
— Mailre Epipbane, je voudrais bien von» parier.
— Parle.
— Mau c’est que ce que j'ai h vous dire sera un pou long.
Pultberie A la maison riijmlo de Saint- Denis.
Onésime lui dit: — Savet-vens, mailre Epipbane, ce que c’eat qu’un cavalier accompli ?
— Oui certes, répondit le maître d'école, et II y a quelque vin jl ans, j’étais alors militaire et en garnison A Mets, j’ai entendu dire quelquefois de moi : Voilà un cavalier accompli.
— Est-il vrai, msitre Epiphaae , que pour être un cavobee accompli il faille savoir tact de choies?
— Mais A quoi bon toutes ces questions, Onésime ?
Le brait s’était graduellement élevé dans la clasoe jasqu'A au alfresai tintamarre. Maître Epipbane ôta ses sabots et s’avança sans bruit jiaaqa’A la porte ; mais Ira écoliers avaient placé une sentinelle , et, quand il fut A portée de voir dans 1a datte, tout était parfaitement en ordre et ou aurait entendu use mouche voler. o
U ko enveloppa «U son pins terrible regard ; et en avisant nu qui • - • '• • e * ’ » ' • . <•
panifiait étudier avec la plus profonde attention , 1a télé dans les deux maint et les deux coudes sur la table :
— Tu es bien muge , petit Pierre , dit-il , tu n’ai pat toujours si bien étudié , je le nttnperai. Il revint alort à son arbre. An bout de quelques instants, on commença h causer tout bas, puis un sourd murmure de voix confbtr* alla toujours en egoisu ni jusqu'au moment où le tumulte arriva encore une fois à ton comblé 1 .
La ponle ne mit à jeter des cria de détresse. Un des écoliers avait réussi k la saisir* et un autre la lui disputait. L’un la tenait par la tête et l’autre par nne aile.
Quand maître Epiptune accourut, on lécha promptement la poule, qui K sauva dehors, hérissée, un peu plumée cl haletante, puis le silence te ht derechef. *
Le maître changea de place pour mieux voir dans la classe et pouvoir entremêler sa conversation avec Onésime d'avertissements adressés à ses écoliers.
— Où eu étions-nous? ditil au jeune pécheur.
— Je vous demandais , maître Epiphane, s’il était vfoi qu'il faille savoir Uni de choses pour être un cavalier accompli?
— Je vais te dire ce «lue je savais. J'étais de première force au billard ; k une époque où j'étais à Paris, j’étais alors fabricant de code forte, je jouais avec Eugène, uu garçon de café le plu fort de Paris.
Eh bien ! il ne me rendait «ju’un point et il ne me gagnait pas toujours. J’étais toujours très bien mis : un col en baleine, une chaîne sur mou gilet, des bagurs aux mains, des bottes à talon ; en un mot , tout ce qui constitue l'élégance.
( Ebl là -bas, Léon, Jacqueline va aller te caresser ka côtes! ) Je faisais des armes, la canne, le béton, le chausson , tout.
Après que j’ai eu quitté Paria, j’étais , à Ct ilo ns-sur - Saône, sous -directeur d’assurances contre l'incendie.
Je me rappelle, j’ai désarmé avec un simple manche à bêlai trois soldais avec lesquels je m’étais pris de querelle dans un cabaret.
Je suis sùr qu’on en parle encore dans la ville. Je jouais du violon et du flageolet.
( Eh ! Ik-hai, petit Pierre, M. firuo»t Poedois ave?
je te vais allonger les cheveux ! ) J’ai une fois fait danser les dames de la ville
un dimanche à Pitbiviers, où j'étais élève en pharmacie.
J’étais ensuite invité pavtout ; c’était k qui m’aurait. Après ça , U faut dire que je n'avais pas mon pareil pour dire des choses flatteuses aux dames. J’étais le bienvenu dans les meilleures maisons.
— Eh bien! mailre Epiphane, je payerai ee qu’il faudra. Le merlan va bien et ou a vu déjà des harengs par le Nord ; mais il faut que dans un an je sois un cavalier accompli.
( Eh I lk-bas , je vais vous faire rire. Jacqueline va achever de vous
6 Ce qui faisait rire les enfants, c'est que Claude, en mettant du sel «lans la marmite, y avait mis également une poignée de poudre k faire sécher l’écriture. Le silence eut cette fois peine k se rétablir.
Les enfants riaient malgré eux. Un petit blond , appelé Emile, reçut quatre coups de règle sur le bout des doigta, poussa des en* afin ut et retourna k sa place en tirant la langue à maître Epiphane , qui s’était détourné.
— Un an : mon pauvre Onésime , quand il y a tant de gens qui n'y réussissent pas dans toute leur vie 1 mais quelle fantaisie te prend donc ?
— J’ai des «-mis d'eutauce qui sont en pension k Paru, et je ne
. veux pas leur faire bonté
quand ils reviendront.
— C'est bien. Les mailres de Paris font payer pluscbcr; mais il n’y en a pas un «pie je craigne en rien.
(Eh t petit Pierre el Maurice , je vais aller vous aider k voua battre. Jacqueline va se mettre seule coutre vous deux. )
C’est égal , je vas t’ap • prendre ce que je sais. Tu viendras dans tous lu moments que tu ne passeras pat k la mer, et 1rs jours de mauvais temps nous piocherons.
Je ne te dis pas que tu deviendras en un an ce qu'on appelle un cavalier accompli ; mais le plus fort des élèves de Paris aura encore à te demander des leçons.
La poule, qui sVtait rassurée et était rentrée dans la classe, fut celte fois eneo.-c prise par petit Pierre. Petit Pierre, voyant le mailre se retourner, s'assit sur la poule pour l'cmpècher de crier.
Maître Epiphane convint avec Onésime qu’il viendrait dès k lendemain et qu’on commencerait à la fou 1rs armes, la musique, la lecture et l'écriture.
Pais, comme c’était l’heure d’aller sonner k l’église, il déclara la classe finie. Petit Pierre alors voulut délivrer et chasser la poule , mais la pauvre béte était morte. Il la poussa avec le pied sous la table du mailre, et toute l’école joyeuae s’enfuit en courant par les chemins.
le rotule Urbain «k Morville.
( Ah I tu montes sur la table , Jean-Louis ; ah bien ! nous allons rire un moment. Viens ici... Vous ne voules pas vrnir, Jean-Louis? Je voudrais birn voir que vous ne vinssier. pu I )
Jean- Louis arriva en rechignant , et il reçut trois coups de règle dans k main , après quoi il s’en retourna en pleurant k sa place.
(Ecoute ici, Claude. Allons, n’aie pas peur, ce n'est pas Jacqueline qui te demande.)
Apporte-moi la boite au sel qui est accrochée dans la cheminée. Lk, prendt-en une petite poignée. Lk , pas tant... Bien... Tu vas raccrocher k boite k sa place et tu mettras le sel dans la marmite qui est sur le poêle. )
Mail enfin, Onésime, est-ce que tu veux devenir un cavalier accompli ? Qui est-ce qui t'a perlé de cavalier accompli ?
C’est un mot qui ne se prononee pu souvent k Dive, du moins je ne l’ai jamais entendu.
— Et faul-il aussi savoir lire et écrire ? demanda Onésime.
— Certainement,
Cher les Malais tout était bouleversé. Tout eo s'y prenant un peu
Î lus tard qu'Onésimc, ils se trouvaient dans une situation analogue. Is n’avaient songé jusque-lk qu’a être riches, il s'agissait d'être maintenant des gens comme il faut.
La vieillesse avait donné un asaex bel upect au (bâteau de Beuxeval. Ce n'était, k proprement parler, qu’une grande maison normand» dans toute l’acception du mot. Sous un toit aigu, elle était rayée de gris et de noir.
Le parc était entouré de vieux murs couverts de lime, qui les avait d'abord fatigués et écrasés, et maintenant les soutenait. Dan» les fentes et sur lt'Crête du mur fleurissaient des giroflées et s’étalaient des pariétaires et des espèces de fougères.
On blanchit le plâtre de la maison , on arracha les beaux vieux lierres , on reconstruisit certaines parties îles murs el on reblancbit le reste, ce qui fut unanimement jugé plus propre.
On enleva quelques tapisseries uu peu vieilles il est vrai, mais d’un beau caractère, qui couvraient de temps immémorial les murs du salon ; on remplaça les tapisseries par un papier rouge imitant la moire ;
on mit au grenier In virai meubles en boil sculpté , pour faire place à ciui qui avaient été commandé» à Tari» et qui arrivèrent successivement.
On mit In escalier» en couleur rouge de sang , ou In cira et le» frotta de la manière !a plus dangereuse. 11 fallait descendre et monter trè»*ientement en tenant la rampe ai l’on ne voulait pas m» rompre le cou.
Il y avait devant la maison un groupe de vieux châtaigniers , il» furent jetés has et remplacés par doute caisse» d'orangers bien taillés en houle, une feuille ne dépassant pas l'autre.
M. Malais «'était fait faire des habits à Para et il avait rapporté de magnifiques étoffes pour Dorothée , qui avait fait couper et coudre ih robes neuve» par la meilleure couturière de Trooville , qu’elle avait fait veni’’ à Bt me val.
Lt s sii robes . malgré quelque» observations de la couturière , furent taillées sur la fameuse robe apportée de Paris une quiaxaine d'années .ni para vaut. .
Mademoiselle, dit avec on air snperbe Dorothée Malais, c’est la mode de Paris. Je l’y ai fait faire moi- même et je l’en ai rapportée moi même.
C’était du reste une robe à taille courte, descendant un peu an dessous de la cheville, étroite comme un fourreau, comme on les fa tait à celte époque, où il ne fallait pour une robe que cinq aunes de l'étoffe dont il faut aujourdhni dit ou doute aunes, je crois ; do telle sorte que lc« étoffes ayant été achetées à Paris par M. Mdnis à son dernier voyage , il se trouva que la moitié de civique robe suffit pour en faire une semblable au modèle.
Madame Malais pensa alors qu'elle donnerait l'autre moitié à Pulchéric. qui recevrait ainsi un cadeau de sis belles robes.
On fil faire une livrée pour les domestique», ce que Pulebérie avait fort recommandé. Puis ou s'occupa des chambres d'amis. Je crois que ai I on avait eu le temps on aurait fait ébattre et reconstruire la maison.
Faute de goût, M. et madame Malais se décidèrent dans leur» choit pour ce qu’il y avait de plus cher. La vieille soilure fut vendue, ainsi que le vieux cheval gris devenu blanc par l'Age.
Fini Alain, le meunier, qui passait pour connaisseur in chevaux , fut chargé d'en trouver deux bien pareils pour une calèche que I on faiail venir de Caen.
Le meunier gagna cinq cents francs sur deux chevaux, plus cent franc» que M. Malais lui donna pour la peine qu'il avait prise.
A la cabane de Risque-Tout on faisait aussi des préparatifs D’réoice et Pélagie tenaient la maison dans une minutieuse propreté, tloésime avait bouleversé le jardin de trente pas de long qui était derrière la maison.
Il avait arraché les jacinthes, les anémones et toutes le* fleurs printanières, et n’y avait admis que celles qui fleurissent naturellement h l'époque où Pulebérie devait arriver u Uive.
il était fort assidu à prendre ses leçon* avec U clerc, fl apprenait sur le flageolet un quadrille , qui composait toute U science de maître Epi phone.
En fait d'arme», il faisait de notables progrès dans l'art du bàlomel du chausson. Pour les peramnes qui ne connaissent pas ces escrime» , il est facile de les foire assister à une leçon.
I.c maître et l'élève tiennent chacun un bâton de quatre pieds et demi.
EpirnanB. — Attention : U douzième division du bâton est une des plus salutaires; elle s'exécute en trente temp». MeU-loi à la première position dévtloppe en marchant deux coup* de figure â droite: tourne sur les talons en trois temps par trois coups de bâton à gauche, deux autres coup# de figure à droite, un coup de tète, coup de flanc à droite et il gauche, une enlevée de poignet, nn coup de bout, coup de figure double à droite et à ganche, enlevée ; finis par un coup de trousse mrnlon , rt coup de figure à droite et à gauche.
Cette division , comme je te l'ai dit, est des plus salutaires; tous les maîtres ne la font pas faire; je I*.. i apprise à Rouen, où j’étaiB filatmr d'indiennes. Passons maintenant à la leçon de chausson.
Coup de pied droit doublé pour l'attaque; je riposte par un coup de poing à la figure , parade du coup de poing , coups de pieds voilés en dedans et en dehors . passement et contre passement de jamhrs , feinte de coup de itoing de poitrine, coup de poing sur l’oreille, ramassement de jambes en dedans et en dehors, coup de pied au flanc, parade croisée du coup de pied de flanc, coup de pied de gencives, ramassement de jambes.
Bien ! pas de roideor.
Si tu donnes le coup de pied de gencives en baissant à plat le pied qui reste à terre, tu tombes sur le dos h la moindre parade. Sur la pointe du pifd, plu# Font, aux gencive*?... c'est mietlt. •
Onésime, souple et vigoureux, nussiswit parfaitement dam ce qu’il croyait être 1rs armes; mais dans la lecture et dans l'écriture il était loin de faire d'aussi rapides progrès.
Cependant Marie avait quitté U maison de Saint- Denis après le cancoars auquel l’uicbérie avait passé dans la classe des blanche» unies, <ous la férule d'une dame di*tinguée. madnme fie Ciony. ]
Une rorres|N>f>dance s'engagea entre rite rl Marie correspond* née I
aussi active que le permettait la difficulté d’écrire pour Pulebérie. Tous les dimanches, une domestique de confiance venaitde la part de Marie demander Pulebérie au parloir, où on échangeait bien vite les lettre».
rOLClflII MALAIS A MABIK DK FOMDOI».
• Tu vas maintenant rire de nos bals, loi qui es dans le monde; cependant celui d'avant hier a été on ne peut plus brillant : il a eu lieu dans les ateliers de dessin ; on avait mis à contribution pour l'éclairage tous les quinquels de 1a maison et tous les lustres de 1a chapelle.
• La bal a commencé à six heures? Madame la suriotendante y assistait avec le grand cordon de la Légion d 'honneur, nous avons défilé devant elle , classe par classe ; toutes les dames étaient en toilette. Cour nous, on nous avait distribué les affreux gants de coton blanc d'ordonnance; je les ai jetés sous une banquette, mullâi que madame Charton n en passé ion inspection, et j’ai mis en évidence de beaux petits gants couleur paille, qui me gantaieut on ne peut mieux.
» Je te dirai qu’il y a une petite de la classe nacarat liséré qui court apres moi. EUe s'est déjà fait punir pour errer dans les couloirs auprès de la classe blanchi- ; clic m'offre des fleurs ; elle est venue m'inviter h danser dans le quadrille de sa classe, où elle a été mon cavalier.
■ Je l'ai ensuite amenée dans le quadrille de la classe blanche , où j’ai. été cavalier à mon tour; mais ces deux contredanses finies, je n’ai pins dansé avec elle, je n’ai guère danaé qu’avec dea dames «t des novices, pour lesquelles j’ai été un cavalier très-galant.
» On b , comme de coutume, jusqu’à neuf heures, offert de l'abondance entre les contredanses; à neuf heures, on a servi la collation ; gâteaux, glaces, punch; puis on a encore dansé jusqu'à deux heures.
a Je viens de jouer avec un bruit affreux sur le piano l’air des cltassevre de R'jbin des bats , parce que madame Médarxl m’avait déjà demandé don fois ca que j'écrivais : à quoi j’ai répondu que je copiais un air de Weber et je suis allée lui demander une prise de tibac, qu'elle m'a donnée avec sa grioe ordinaire.
a Après avoir ainsi remis la calme dans l’esprit de la vénérable dame noire , j’ai pu reprendre ma lettre. Combien il me semble que les jours s’écoulent lentement! Ce ne sont plus les vacances que noua attendons cette fois, c’est la liberté! et quel charmant été nous alloua passer à Beuxeval!
• Adieu! je t’embrasse.
» Pulciikkik Malais.
• Quel est donc ce jeune homme qui accompagnait ta mère quand vous êtes veuves me voir P J’ai à peine osé lever les yeux sur lui ; il m’a paru très-bien mis. a
M SSII DI rORDOlS A MILCHKXIK malais.
« Ce jeune homme est notre cousin, mais de nias il est un de mes attentifs. C’est mon esclave, mon serf, cl je te défend# bien de jamais lever les yeux sur lui. S’il est bien misl
a Personne au monde ne s'hibille comme lui. Sa cravate ne fait pas un arul pli , ses gants sont toujours d'une fraîcheur irréprochable, et il n'a étonné personne l'autre soir en avouant qu’il lui fallait trois paires de gants par jour. Il danse et valse à ravir.
» Il a une canne dont U pomme est un charmant bijou; elle est en or, toute semée de petites turquoises; il est toujours en bottes vernies. On se l’arrache dans toutes les maisons; c’est un homme charmant.
» J'ai dansé à propos d’une fête, car U n’y a plu» de soirées en celte sa son , justement le jour de votre fameux bal. Nous étions au bal toutes deux. J'ai dansé quatre foi» avec lui.
*■ Je ne veux pas te parler de ce bal , à toi , pauvre petite, qui viens de t'amuser si bien au bal de l'atelier de deasin.
» Dis-moi seulement quelle différence il y a entre l'abondance qu’on vous prodigue et le punch qn’on vous distribue. L'un n’cst-il pas de l'eau froide légèrement colorée en rouge, et l’autre de l’eau chaude plu» légèrement colorée en jaune P
» Rien n'est donc changé dans ces solennités.
■> Les grandes coquettes, celles dont le luxe écrase leurs rivale», sont toujours celles qui ont une paire de ganta nettoyée pendant huit jours avec de la gomme élastique, ou qui mettent leur ceinture un peu plus sur le bord des épaules, au risque de se faire gourmander par U dame inspectrice, si son oeil inévitable découvre une si grave infraction aux lois, un si condamnable excès de coquetterie.
» Et moi aussi . j’avais des ganta , — - des gants blancs demi-longs , — car j’avais le» bras nus.
• J'avais deux bracelets : l'un était un gros serpent avec une belle émeraude »ur la tète , l’autre une tresse de corail fermée par une tète de corail sculptée.
a J’avais une robe de tulle blanc; j’étais — q te dirait-on U-1 m»! — j ‘étais décolletée. Je t'avoue que moi-même j'étais un peu embarrassée et Un peu honteuse quand je me suis vue ainsi ; mais quand j'ai cX miné toutes les femmes, — il y en avait plus de soixante, — quand j’ni vu que j'étais beaucoup moins décolletée que celle qui l’était le moins, j’ai repris un peu courage. Je n'ai pas besoin de te dire avec quel cm-
pressement j’ai renoncé «ut bandeaux d'ordonnance de la maiaon de
saint-Denis.
» J'avais les cheveux frises, avec nue couronne de rose* files ravislaolrs, et puis nous avions pour danser de vrais cavaliers.
» Je ne doute pu que tu n’aies été le plus charmant cavalier de votre bal; mais, vois-tu, pour danser, le moindre mauvais petit homme vaut tnieut que la plus ravissante fille du monde. J'aurais bien voulu que tu me visses ainsi habillée, et je voudrais bien te voir aussi en costume humain.
» On m'a fait les plus jolis compliments et les mieux tournes, du ni oins à ce qu’il m'a paru. Prends patience ; encore trois mois, et tu quitteras pour n’y jamais rentrer les vieux murs de Saint-Denis.
■ Je serai trèa-eonteate de passer avec toi l’été dans le chAteaa de ton père; mais si tu veui que je te parle franchement, ce n'est pas l’été qui me promet le plus de plaisirs.
• Nous avons eu saset, il me semble, de plaisirs champêtres à Saint- Denis ; c’est l’hiver que j'attends avec impatience, c’est l'hiver que j'espère bien passer avec toi à Paris, c’est cet hiver que noua allons commencer s vivre.
a Man m Fokdou.
• Nous irons te voir, maman et mol, dimanche prochain. Si le cousin nous accompagne , tu voudras bien avoir toujours 1s même réserve et respecter mes complètes.
• Ceci est une alliance qu’il faudra nous jurer. Adieu. *
Il faisait nuit. Tranquille Alain et Onésime, favorisés par le vent et la marée, revenaient à Dive après une pèche asset heureuse. One brise légère tenait 1a voile gonflée.
Risqne-Tout nettoyait le poisson en fumant ta petite pipe , taudis qu'Onésiae, à demi couché sur le banc du canot . tenait la barre du gouvernail d'une main, et de l’autre l'écoute de la voile.
— Quelle heure peut-il être, mon père ? demanda-t-il tout à coup
s Tranquille Alain.
Ce ne peut pas être le jour qui commencerait à poindre ; d'ailleurs, c’est trop sur Beuscvsl.
Tranquille leva la tête et vit ce qui excitait l’étonnement de son fils.
Cm- grande lueur se montrait au-dessus de fieuseval.
— Cet le feu, dit-il. El en même tempe, soit qu’ils approchassent davantage, soit crue le feu prit plus d’intensité, tous deux distinguèrent une épaisse fumée et des pointes de flammes qui dardaient an ciel.
— C’est le feu ! répéta Tranquille Alain, raie servir le voile.
La brise prend de la force , et , ai elle active le feu , elle nous fait aussi marcher plus vite.
— Est ce au chiteau ?
— Il y a tant de famée, que je suis tout désorienté.
Ils gardèrent on moment le silence; Onésime mettait toute son application à faire avancer le canot.
— Ecoute, dit Alain , écoute , on sonne le tocsin à l'église de Benarvat. Est-ce qu’ils ne font que de t’apercevoir du feu? Serre un peu l’écoute de misaine.
• Voici venir la-bas une petite rafale qui nous fera faire de la rente.
Dix minutes plus tard , ils entraient dans la Dive et tiraient leur canot sur la grève. Quelques personnes, réveillées par le tocsin, étaient sorties de leurs maisons.
— Il va le fenl dit Onésime mu premiers qu’il rencontra } il y s le feu à Beuxeval.
— Est -ce au chiteau?
— Non, dit nn pécheur, c’est au moulin de ton couain EJoi.
Le père et le ils, i ces mots, prirent leur course, gravirent la côte et ne tardèrent pas h arriver auprès du moulin.
Trente personnes s’y étaient déjà rendu», mais, quoique l'eau ne manquât pas, la confusion des travailleur» et la violence du feu rendaient jusque-là les secours pen efbc ces.
— Où est donc le consin ? demanda Tranquille.
— Il est... il est perdu, répondit un des assistants,
# — Est-il dans le moulin ?
— CXii. L’enteudes-vous crier et appeler i l'aide?
Et en effet, à ce moment, on entendit une voix horriblement déchirante crier du haut du mo.tlin s
— Au secoure! à l'aide! au secours!
— Hlais eomaueui ne- se sauve t- il pas? Le feu est encore dans le
Lu»; il n’y en a p,i où il est. ‘
— L'escalier est embrasé.
— Il pourrait se jeter par la fruètre, ou au moins pourquoi n’y
jmroii-i) p .s?
— Ou l’y a vn un moment , pois il a dupa ru tout à coup, cl depuis on ne l’entend plus que crier.
h faut qu’il te soit blessé, ou peut-être U feu est il plus avancé au dedans qu’au dehors.
Onésime, pendant ce terni»», «'était à piiutmr* reprises précipité sur l'oKaiÎT embrasé; Huq-ie fois il avait été rc|j«ia« par b fumée. Puis t ‘escalier » '•"! «s tl tomba.
La voix du meunier appela au secoure avec une expression de déset- . poir encore plus effrayante.
— - Des échelles! des échelles! demanda Onésime.
On en réunit deux qu’on attacha promptement ensemble avec ce» nœuds que savent faire les marins. Elles n’arrivaient pas tout à fait jusqu’à la fenêtre.
Néanmoins, Onésime s'amarra une longue corde autour da corps, et, arrivé au haut de l’échelle, se cramponnant des pieds et des maint, il finit par atteindre la fenêtre , se h tssa avec une force surhumaine et disparut dans la chambre. Le meonier cessa de crier. Il y eut quelques instants d'une effroyable anxiété. Avait-il eeaaé set cris en voyant da secours, ou était-il tombé dans la flamme?
Et , dans ce cas, quel était le sort d’Onésime ? Quelques minutes se passèrent ainsi.
lin grand craquement se fit entendre; il sembla que tout s'abîmait. Onésiiuc parut à la fenêtre pâle, mais les yeui étincelants; il tenait dans sa bras le mennier, qu’il venait d'attacher h 1a oorde qn'il avait emportée, et dont il avait fait uoe aorte ds fauteuil.
— - Dn homme à l’échelle! criait-il.
Tranquille ne voulut permettre à aucun autre d’aller au secoure de son fils. Pour Ooéiime , il fit avec ta corde un tour mort aprèt nne pièce de bois an dedans du moulin , de façon qu'elle ne pouvait loi échapper; puis il descendit tout doucement Eloi Alain jusqu'à l'échelle où son père le reçut.
— Prenez garde! cria-t-il, U a une jambe casaée.
On se passa de main en main le meunier; mais au moment où Riaoue-Tont venait de le livrer à ton pim proche voisin, et où celui-ci, égale men ; monté sur l'échelle , le passait à un troisième , l'écfaf tle fit entendre un craquement et se brisa en plusieurs morceaux.
La deux hommes qui se trouvaient dessus roulèrent par terre, sans se blesser grièvement.
— Mais Onésime, que va-t-il faire? s'écria Tranquille.
Onésime, aussi têt qu’il avait vu ce dernier accident , avait amarré
solidement la corde, et, s’y suspendant du mains et du pieds, U arriva à terre mus encombre ; seulement ses cheveux étaient rouaais ainsi que su vêtements.
L’émotion qu'avaient ressentie lu spectateurs pendant le sauvetage du meunier avait suspendu lu travaux ; le feu avait Lit de nouveaux progrès pendant qu'on transportait le meunier d o. une de ses écuries, bâtiment non attenant an moulin.
On sc remit à l'ouvrage, et au bout de quelques heures on se rendit maître «lu fen, qui avait détruit la plus grandi- |urlie du moulin. Elol ' Alain ne s’était aperçu «lu feu que lorsqu'il s’était senti étouffé par 1a fumée; il s'éUit alors réveillé en sursaut, et, dans sou trouble, était tombé dans un escalier où il a'étiit cassé un- jambe.
Depuis ce moment , il était resté dans d’horribl » poisses , il n'avait pu que se trriuer en rampant pour s'éloigner le |»iui possible dn centre de l’incendie.
Pendant près d'une heure, malgré ses cris, personne n’avait pu venir à son secours. Tout porte à croire que le feu n’avait p i été mis par hasard au moulin d’Éloi.
L’habitation dans laquelle on faisait dn feu pour la cuisine et les autre* litiges domestiques ne tenait pas au moulin. Do débiteur du meunier était venu le voir dam la matinée, et lui avait demandé un peu de temps pour le payement d’une dette; c’était un père de famille.
Il avait imploré la compassion d’Eloi sam pouvoir rn tirer la moindre concession.
On devait, quelques jours après, vendre ses bestlaus et ses outils : ta femme et ses enfants allaient être réduits à la plus horrible misère, tandis qnc si maître Eloi voulait, avec un intérêt reisonnibir, bien entendu, lui accorder pour payer jusqu'à la récolte , font irait bien , il serait payé, et il n’aurait pas jeté toute nne famille dans la misère et le désespoir.
Le meunier avait été inflexible ; le débiteur Pavait quitté en le menaçant de la vengeance du eiel, et c'est dans la nnlt qui suivit immédiatement cette journée que le feu a'éuit déclaré avec unes! effroyable violence dans un bâtiment on on n’en faisait jamais.
On prêt» tt'i il avoir vu, h la tombée de 1s nuit, un bonne rdder autour du pci l étang qoi sert de réservoir et do rerenne d'eau pour le moulin.
Eloi ne lard - pas à être guéri; il témoigna avec effusion sa recoohaiiuimr pour Oaésùne.
— Certes, Cf sont da» gens à qui j'ai rendu de grands services, disait il ; mais je ne puis mer qu'ils ne se soient montrés reconnaissants. et je ne complais plu* guère que sur J'iiMlulgence de Dieu, lorsque j ai vu Onésime entrer par la fenêtre; il m’a semblé vraiment qu’il descendait du cici.
Déjà je ne pouvais plus, tant ma jambe me faisait souffrir, m’éloignor dn feu dont la chaleur faisait pétiller mes cheveux. C’est à loi que je
dois la vie.
Je perds beaucoup , le moulin est entièrement à reconstruire: mais eu ii u le pauvre garçon ne pouvait sauver le inouiin , quoiqu’il y ait bien travaillé. Je ne suis pas marié, je uVr pas d’enfants ; je u’eo dis pas davantage.
la famille a la in.
D'ailleurs, personne ne pourra trouver à redire à rien; Onésime est Bon petit-cousin.
Comme le cousin Eloi était riche , on enl bientôt reconstruit le moulin; mm de cc moment, grâce à la pensée qu’il avait de uomuer Onésime son héritier, il te croyait d’autant mieux fondé à se faire donner des poissons et à se servir de lui à tout propos, de sorte au’il faisait porter intérêt à sa reconnaissance , et que ses dons memes lui étaient d'un bon rapport.
Onésime, qui, dans cetle occasion, avait trouvé une force surhumaine, avait reçu un coup à la tète et une brûlure à la jambe.
On mois après l’événement, comme à l’issue de la messe, le dimanche, tout le monde était rassemblé dans l’église, le curé monta dans la chaire , et dit :
— Mes cher* paroissiens, entre autres biens dont nous avons à remercier Dieu, nous lui devons des actions de grâce pour la façon pres-
C miraculeuse dont il a sauvé le meunier de Beuxeval dans l'incenqui a dévoré son moulin.
Dieu, dans les plus grands effets de sa volonté, aime à employer les plus faibles de tes créatures , pour montrer aux hommes que toute force vient de loi.
C’est un jeune homme, — que nous n'osons plus appeler un enfant depuis qn’il a donné sux hommes un tel etemple de courage et de sang froid , — à qui Dieu a inspiré sa force et son dévouement.
Le n.i vient d’envoyer à monsieur le maire de Dive une récompense pour Onésime Alain; cette récompense est une médaille en argent sur laquelle est gravé le fait qui a donné lieu k la récompense. La voici.
Et en même temps, le curé ht voir une médaille attachée à an rutun tricolore. — M. le maire, par uu sentiment de piété éclairée, a pensé que c’était dans l'église que cette récompense devait être décernée à celui qui l’a si bien méritée.
Nous devons tou* honorer cette décoration que portera le généreux jeune homme. Entre les signes de distinction qu’il a plu sux homrnea d’imaginer, Dieu, qui ne les distingue que par leurs vertus, doit voir avec plus de faveur celui qui témoigne qu’on a sauvé la vie d’un de scs semblables, tandis que presque toutrs les autres décorations sont dorméis en récompense du plus grand nombre d’hommes qu’ont tués ceux qui 1rs obtiennent.
Si noos honorons donc la décoration qui va être placée sur la poitrine de l’instrument que Dieu a choisi pour accomplir une oeuvre de mi.-éricorde, lui-même saura qu’il doit se montrer digne de U mitrion que Dieu a daigné lui confier; il saura que celte marque, k ses yeux k lui, ne doit pas tant rappeler cc qu’il a lait que ce qu’il doit faire.
Sa vie doit être consacrée aux bonnes œuvres et aui actes de dévouement.
Le curé descendit de la chaire, vint se placer k l’entrée du chœur , et U : — Onésime Alain, reprit-il à haute voix, vencs vous ageuoniller ici pour recevoir avec humilité une honorable et glorieuse récompense. Onésime se leva le visage en feu et les yeux baisas, la démarche incertaine ; il vint se mettre k genoux devant le curé, qui lui dit :
— La récompense vous intimide plus que le danger. Puis il lui attacha la médaille sur la poitrine et l’embrassa.
A la sortie de l’église, tout le monde entourait Onéiime et le félicitait, tous les homme* lui donnaient la main comme 1 un homme. Les filles étaient Aères de lui dire bonjour familièrement.
Bérénice, qui lui donnait le bras pour s’en retourner k la miison, lui disait : — Comme je suis fière ! tu es mou frère, h moi. Et loi, Onéutue, tu dois être bien heureux.
. — Oui, «lit-il ; mais pourquoi Pulchérie n'est-elle pas U?
Le lendemain, Onésime reprit ses travaux comme de coutume. Il mettait sa mé taille le dimanche pour aller à la messe, comme le curé le lui avait recommandé en lui disant :
— Pas de fausse modestie, mon enfant; ce n’est que la vanité avec l'hypocrisie de plus. Tu ns le droit d'être fier de cette distinction. Tu ls porteras le dimanche.
L’a jour, une femme se présenta à Dive, demanda où demeurait maître Epipbane Garandin. Arrivée h U classe, elle eut avec lui une conversation de quelques minutes; puis elle s'installs dans la maûon, dont elle prit l'administration et 1a direction.
Au besoin même, elle tenait la classe pendant que maître Epiphant était obligé de s'absenter , et elle la tenait de façon à se faire redouter des plus mutins.
On apprit que cette femme n’était autre que madame Garandin, la propre et légitime femme de maître Epipbane Garandin, qu'il avait lamée et oubliée par mégarde, il y avait nombre d'années , dans la ville de Reims, où il avait formé un établissement.
Madame Garandin , dans l’origine, paraissait fort aise de l'abandon de «on ingrat époux, car leur ménage avait toujours été rempli d’agitations ; mais, après quelques années, le commerce tourna mal, et madame Garandin ae rappela qu’elle avait des devoirs h remplir et des droits k exercer auprès de celui que l’église et la loi avaient uni h son sort.
Comme le* deux époux n’avaient pai eu une correspondance bien suivie , elle eut quelque peine d'abord h savoir où elle devait aller ae
livrer à la pratique de toutes les vertus conjugales. Enfin elle avait fini par découvrir celui dont elle avait k faire le bonheur.
Maître Kpiphane, de même qu’il n’avait pas été fâché de quitter sa femme dans le temps, ne parut pas non plus très désolé de la retrouver.
Le maître d'école était un esprit inconstant, tout changement était auprès de lui le bienvenu.
Il y avait longtemps qu’il était maître d’école, et il u’aurait peutêtre pa» tardé h consacrer scs talents à quelque autre industrie, si ce nouvel élément n’était venu mettre dans sa vie un peu de variété.
Les deui familles qui avaient passé l’été précédent à Dive et h Beuxeval étaient revenues cetle année.
Elles en avaient fait venir deux autres; le hasard en amena une cinquième.
Jamais pareille affluence n’avait envahi la plage de Dive. Dive , de ce moment, était constituée en ville de bains.
Le meunier, qui ne laissait pas volontiers échapper une occasion de gagner de l'argent, s‘en était fait une aorte de devoir depuis l'incendie de son moulin. U loua à une de ces familles étrangères les deux chambres qui composaient son logis, et s’arrangea pour coucher dans l’écurie.
U fit, de plus, construire deux cabanes â l’usage des baigneurs, et il fit placer an poteiu auprès de ces cabanes.
Sur cc poteau était un écriteau, et our l’écriteau eette inscription : Bain* de ver a la lame. Si quelques habitants de Dive et de Brtixeval possédaient, comme ils le disaient eux-mêmes, le bienfait de l’écriture, il n’y avait que le maître d’école qui eût une belle écriture et qui sût a peu près l’orthographe.
C’était le seul qui possédât en réalité le talent de l’écriture au point où elle atteint son but, qui est de pouvoir être lue. On avait donc dû "s’adresser à lui pour l’écriteau qui snnonçail l'établissement d’E'oi Alain.
Eloi, pour ne pas avoir k le payer, avait essayé de lui faire croire que ce serait pour lui un très-grand avantage que d'avoir ainsi en bon lieu on spécimen de sa plus belle écriture, ce qui donnerait incontestablement aux riches étrangers qui fréquenteraient le nouvel établissement l'idée de se perfectionner dans l'art de récriture sous la direction de maître Epipbane Garandin.
Le maître d’école ne répondit pas ; mais il résolut de ne pu s’en tenir à cet avantage, qui ne loi appiraissait pas aussi brillant que le meunier voulait le lui faire voir.
Il s’occupa h l'instant même de créer un établissement rival. Il fit installer également deux cabane* avec une inscription k peu près semblable 3 Bains à la lame.
11 n’avait pas ciu devoir mentionner, comme son concurrent, qu’il s’agissait de bains de mer. La chose lui paraissait suffisamment éclaircie par la situation des établissements.
Le meunier , qui n’était pas accoutumé qu’on lui résistât ou qu’on s'opposât à lui en quelque chose, fut fort irrité de cette latte qui s'eagageait.
Maître Epipbane, auquel il n’avait jamais voulu prêter d’argent, ne se trouvait pas dans sa dépendance. Le meunier fit faire une troisième cabane, exemple qui fut suivi immédiatement par le maître d’école ; mais, quand Eloi Alain fit paraître une quatrième cabane, maître Epiphane reconnut que la chose dépassait scs ressource» financières.
Il n'était pas probable qu'Eloi lui ouvrit un crédit qui aurait été un aide bien puissant aux destinées du nouvel établissement. Il pensa que ce n’était {dus sur le terrain des dépenses qu’il fallait porter un cam- > bat dans lequel il se sentait vaincu dès les premier* coups.
A Eloi Alain l'influence des capitaux , k Epipbane Garandin le*
; succèi dus à l’intelligence et k la supériorité de l'éducation. Il y avait parmi les étrangers installés k Dive un certsin nombre d'Anglais.
On ne tarda fias à voir un second écriteau , formidable par ses dimensions, s’élever au-dessus des cabanes du maître d’école, et cet écriteau portait l'inscription suivante : Garnndin's Balh.
C'était un coup habile. Les Anglais furent singulièrement ll.it tés de cet hommage rendu à leur langue et à eux mêmes. Ils se réunirent de préférence aux bains tenus par madame Garandin.
Le meunier déclara maître Epipbane un intrigant; mais celui-ci parut s’en soucier fort médiocrement.
Bientôt survint nn grand événement très-attendu. Les de Fondoia arrivèrent au château de Beuxeval avec Pulchérie et Marie.
Le château s était mis en quatre pour les recevoir. Ce p*uvre vieux château, rccrcpi, rebad»geonné maladroitement, était changé à ne plus le reconnaître.
Il avait, de bonne vieille simple et pittoresque maison qu'il était, reçu de ses insitres un cachet de prétention ridicule. Il avait tout l’air du parvenu endimanché.
Dès le lendemain de ton arrivée, Pulchérie se leva de bon matin pour voir si ses parents n’avaient pas fait quelque faute capitale. Elle fit réformer certaine* choses, en fil ajouter certaines autres ; mais au total elle se montra satisfaite.
Elle se sentait assex embarrassée à cause de ses amis de Dive. Ils ne pouvaient pas ignorer son arrivée, et elle ne pouvait se dispenser d'aller les voir aussitôt : d’ailleurs elle avait gardé une réelle affection pour eu ; mais ellr ne savait pas si Marie et les de Fondoia se verraient
avec plaisir compromis dans une intimité avec des paysans comme 1a famille Alain.
Elle prit le parti de se mettre en route clandestinement un malin pour aller seule faire la visite qu’elle devait et qu’elle voulait faire.
Elle avait bien uu peu préparé la chose dans ses conversations avec Marie, mais elle n’avait pas pris sur elle de dire qu’elle avait été jusqu’à onxe ans un des enfants de Pélagie et de Tranquille, et nue c’était par un coup du hasard qu'elle n'était pas dentellière comme Bérénice.
Elle s’était contentée de dire que Pélagie Alain avait été sa nourrice et Bérénice sa sœur de lait.
Malgré ces préparations, elle pensait que la familiarité des enfants et l'affection mélangée d’un peu d’autorité des parents pourraient sembler bizarres k son amie de Saint-Denis; aussi le malin de très-bonne heure elle cnlr’ouvrit ta porte sans faire de bruit et descendit au jardin; comme elle allait franchir la grille, elle ne fut pas médiocrement déstppointée d’y rencontrer Marie, qui, réveillée depuis longtemps, grâce aux habitudes de Saint-Denis qu’elle n’avait pas encore eu le temps de perdre tout à fait, ae promenait dans Its allées.
Pulchérie , préoccupée de son entreprise clandestine , ne vit pat Marie d’abord, et fut assez effrayée quand celle-ci , la saisissant par le bns, lui dit :
— Eli! où ailes- vous si matin, belle châtelaine? Quelque chevalier vous attend-il avec un palefroi tout sellé pour vous dérober à la tyrannie d'un tuteur barbare qui vous refuse à ses feux? Pourquoi quitte* voua aussi sournoisement le manoir ?
Pulckérie, d’abord un peu interdite, sedécida à avouer qu’elle allait voir sa nourrice; que c’étaient des gens excellents, des coturs d’or, niais de vrais paysans, des pécheurs sans aucune éducation, sauf la petite Bérénice, qui, arrivée à lire à peu prèa couramment et à écrire s. ns orthographe, passait dans la famille pour une sorte de phénomène et en était l’oracle.
Elle pensait que les tendresses un peu familières et la joie bruyante de ces braves gens n’auraient aucun charme pour mademoiselle de Fondois , et elle se proposait de ne pas lui en faire prendre sa part.
Marie prétendit au contraire qu'elle voyageait pour observer et pour s'instruire, qu'elle voulait étudier les mœurs des naturels du pays, que plus elles Rf raient différentes de ce qn'elle voyait d’ordinaire , plus celte étude aurait pour elle d'intérêt et d’agrément; que si elle désirait quelque chose au monde, c’était que la famille Alain fût exclusivement composée de sauvages, et qu’elle exigeait que Pulchérie l’emmenât dans la visite qu’elle voulait leur faire.
Pulckérie fut k la fois embarrassée et fâchée d’avoir parlé de ses •mis sur un ton h moitié léger qui autorisait le ton tout k fait léger de Marie.
Elle peaaait bien que lea Alain ne s’attendaient pas à des airs de protection de sa part ni de celle d’une personne qu’elle présentait comme non amie, qu’Onésime et Bérénice croiraient devoir vivre avec elle dans la même familiarité qu’autrefois, et elle était à peu près sûre que d'abord Marie accueillerait très-mal cette familiarité si elle s’adressait k elle , et qu’elle -même perdrait dans son esprit si elle ne savait pas ae conduire d’une certaine façon.
Elle parla de remettre sa visite k un autre moment. Cependant Marie insista, et elle-même comprenait qu’elle avait déjà beaucoup trop tardé, et que le coeur de ses amis en avait dû souffrir.
Les deux jeunes Elles prirent leurs chapeaux de paille , sortirent du château et descendirent la côte de Beuzcval.
On parlait d’elles dans la maison de Tranquille Al»in lorsqu’elles frappèrent h la porte. Risque-Tout et son fils revenaient de la pèche et s'étaient attablés devant une bonne gamelle de soupe.
Ils n’avaient pris le temps d'ôter ni leur cotillon, ni leurs battes, ni leurs paletots de pêche. La matinée du reste était bonne, et, disait Alain quelques instants auparavant, Pulchérie n'est pas encore venue nous voir.
— Il faut qu’elle soit malade, dit Pélagie. Je vais y envoyer Bérénice.
— 11 faut prendre garde, 1a femme, dit Tranquille ; il ne faut pas se rendre importun.
Pulckérie est devenue une demoiselle , et nous devons l’attendre. C’est nous qui sommes pauvrts , c’est nous qui devons être fiers.
— Oh ! répondit Pélagie avec une grande douceur , Pulchérie ne peut s’empêcher d’être notre fille.
Onésime ne disait rien , mais son coeur était très-froissr. Il s’était attendu à ce que Pulchérie , lors de sou arrivée , prendrait à peine Je temps d’embrasser les Malais, et descendrait en courant comme une jeune biche jusqu’à la cabane de Dire; car, disait-il, les Malais ne sont que ses parents d’argent, et nous, nous sommes ses parents de cœur. Bérénice disait : — Pulchérie va venir, et die nous expliquera cela.
A ce moment, Pulchérie et Marie entrèrent dans la cabane. Ce fut nn cri de joie qui remplit toute la pauvre maison et b fit tressaillir d’aise.
Pulchérie oublia Marie et tomba dans les bras de Pélagie et de Bérénice ; elle alla ensuite k Tranquille , qui l’embrassa sur les deux joues.
Ooésirae allait en faire autant , mais il aperçut Marie, et d’ailleurs Pulchérie, qu’il n’avait pas revue depuis qu’elle avait qnitié Divc, était tellement changée , qu'il s’intimida et fit gauchement une révérence
maladroite, qu’il devait aux leçons de maître Epiphane, son professeur de belles manières.
— Eb bien ! dit Risque-Tout, voila que tu n’oses pas embrasser Pulebérie. Embrasse-lc alors, toi, Pulchérie ; embrasse ton frère.
Pulchérie n’oaa nas désobéir à l'ordre de Tranquille , et elle vint tendre ses joues à Onésime , qui , du pauvre baiser honteux qu'elle y posa, ne dut pas seulement en froisser le rose duvet.
Pulchérie pensa alors â Marie et dit k Pélagie ; — Mademoiselle est mon amie, mademoiselle de Fondois.
— Est-ce Marie? demanda Bérénice; alors nous sommes amies aussi, et je puis bien t’embrasser.
Marie fat un peu suffoquée du tutoiement et de l'embrassade ; elle se tint roide et laissa voir un air étonné.
— Eh bien 1 vous ne vous asseyes pas? dit Tranquille. Peut-être que Pulchérie se gêne ici?
Cette question souleva un bon franc rire dans U famille, qui fut encore augmenté lorsque Tranquille , voyant le succès de sa plaisanterie, ajouta :
— Dame ! quand on est chez des étrangers, quaud on n’est pas chez soi et qu'on ne connaît pas les êtres d'une maison...
Marie se remit un peu et s’habitua aux gens de U cabane, qui s’eitasièrrnt sur son joli viiage et la blancheur de ses mains.
■ — Et Pulchérie aussi a maintenant les mains bien blanches. Comme elles sont belles toutes les deux I disait Pélagie.
Pour Bérénice, elle ae rapprocha de Pulchérie et ne se permit plus aucune familiarité avec Marie.
Les deux jeunes filles dirent qu’elles s'étaient échappées sans rien dire, Pulchérie ne voulant pas attendre plus longtemps pour voir ses amis.
Elles devaient rentrer tout de suite pour ne pas donner d'inquiétude; elles reviendraient; d’ailleurs, elles devaient prendre des b->ins de mer, et elles prieraient bien Onésime de les promener quelquefois dans le canot.
— C'est ton filleul, le canot, dit Pélagie, et tout ee qui est ici est à toi comme aux autres.
Pulchérie embrassa encore Pélagie et Bérénice. Tranquille b prit par la tête et lui donna un gros baiser sur le front.
Onésime n’osait plus; il allait essayer encore scs fameuses révérences, lorsqu’il vit que son père le regardait.
Alors il s’avança ver* Pulchérie -, mais celle-ci lui donna la main à U façon des Anglaises. Il resta un peu interdit. Bérénice dit k Marie :
— Adieu ! mademoiselle , au plaisir de vous revoir. On leur demanda si elles ne voulaient pas boire un coup de cidre. Elles refusèrent et se mirent en route.
Les habitants de la cabane évitèrent de te commnniquer leur» impressions. Tranquille fut nn peu brusque et bourru. Bérénice prit sa dentelle. Pélagie vaqua aux soin* du ménage. Onésime prit le nettoyage du canot pour préleile de rester seul.
Nous allons quitter uo peu le bord de la mer pour faire connaissance avrc des acteurs de cette histoire qui n'ont pas encore paru dans notre récit.
Cependant il est nécessaire que je donne ici une sorte de portrait des jeunes filles que noos connaissons déjà.
Marie était petite, frêle, blonde; si beauté consistait surtout en jeunesse et en fraîcheur; ses yeux bien fendus en amande, comme on dit. n’avaient pas une expression bien marquée.
Pulchérie avait l*s cheveux châtain-foncé; elle était grande et admirablement bien faite-, sa taille était souple et riche, ses membres forts et fins. Sa voix, un peu basse , avait un charme sympathique indéfinissable, tandis que celle de Marie, qui avait laissé à Siint-Denis une réputation de chanteuse, était uno vois de soprano nu peu aigué.
m . in n ist si roanois a n. il comtx crraih de ■ortilli.
■ Voua êtes mon débiteur, mon cher Urbain; vous voua rappelés notre gageure à propos de madame ***; rh bien! il avait été convenu que celui qui perdrait serait à la discrétion complète de l’autre pendant huit jours, et serait obligé de se charger k se* frais du bonheur tout entier de son heureux vainqueur pendant toute une semaine, tans pouvoir faire la moindre aucune objection à quoi que ee soit.
» Voici le moment arrivé de vous acquitter envers moi. Il me plut de dépenser en ce moment mes huit jours de booheur. Venta donc me les dispenser.
* le veux partir demain en chaise de poste. Je voua dirai au moment de partir où je veux aller. Il me faut un ami gai, spirituel ; arrangexvoui pour l’être.
» Prenez beaucoup d’argent, parce que je ne compte me priver de rien. J’aurai un courrier pour faire préparer les rchis. Je donne troii francs de guides aux postillons; j’aime à aller fort vile.
» Je pars à midi, demain. Vous commanderez un déjeuner pour sis personnes au café de Paris. Ls ch.iise de poste viendra rou» y chercher; elle aura été prendre mes bagages chez moi.
• Je reoi du Tin de Chypre frappé. Je n'emmène paa de domestique. Adieu.
» Emerr ni Fonoou. »
Ernest de Fondoiz n’était autre que le cousio de Marie. Il ne reçut aucune réponse de M. de Morville. Il ordonna k son domestique de préparer »a n>alie, qu’une chaise de poste Tiendrait prendre.
Pour lui, il te rendit au café de Paris en costume de voyage. Il y avait donné rendes - vous à quatre amis témoins de son pari avec Morville.
Quand il arriva h onxe heures , on l'attendait pour se mettre 1 table. M. de Morville, également en costume de voyage, était avec les quatre autres convives.
Les petites bouteilles de vin de Chypre étaient dans 1a glace. On servit les huîtres. Morville ne fit aucune allusion au pari. lise contentait d'une ponctualité entière.
A midi moins un quart, la chaise de poste était devant le café; à midi et demi , Morville et Ernest prirent congé de leurs amis.
Alors seulement, et quand le postillon fut à cheval , Ernest dit : — Route de Normandie.
Le postillon fit claquer son fouet, et les chevaux partirent au galop.
— Je voudrais des cigares, dit Ernest — Urbain, sans répondre, tira d’une poche de 1a voiture une boîte entière de panatellas , il battit le briquet et présenta du feu à Ernest.
Tous deux sortirent de Paris sans avoir échangé asc parole. En allumant un second cigare, Ernest daigna parier à sou esclave.
— Noms allons dans un endroit ob je ne sais jamais allé , et que je ne connais pat ; nous allons à Bcuieval ; ce doit être quoique chose sur Is route de Caen ; c’est positivement au bord de la mer, puisque j’y vais prendre des bains...
— Ah ça ! Urbain, combien donnes - vous donc de guides à ce drdle qui nous mène si mal?
— Vous m'aves dit de donner trois francs.
— Oonnrt-rn quatre alors, je veux aller vite.
— Postillon, vous litres quatre francs de guideset marches.
— C’est mieux. — Je vous disais dont que nous allions prendra- des bains de mer; j’ai dans cet endroit une respectable fraction de ma famille , y compris une adorable petite cousine de «rite ans dont je suis très épris; il s’agit de pesserdeui mois auprès d'elle; le* parents, je crois, n’ont rien contre les résultats probables de la passion que leur fille m'a inspirée, et ne seront pas fâchés de me voir.
Seulement , comme ils sont là dans je ne sais quel château, chez des quasi amis k eux que je connais peu ou point, il faut que je fasse coon hissât) ce avec leurs bdtes, et J’âl besoin de votre MOélé pendant les premiers jouri de mon installation.
— Pens< s vous donc k vous marier, Ernest?
— Je ne pense k rien du tout; je suisamoareux de ms petite cousine.
— Mais songez donc raisonnablement...
— Js vous défends bien de trnaWcr par de pareils adverbes 1rs huit jours de bonbrnr que voua me devez.
Jusqu'ici je vous ai trouvé fidèle k vos devoirs, j'espère è votre retour k P.rii avoir à rendre de votre conduite un compte honorable pour vous. x
A ce moment il était trois heures. Eroe ; regarda sur U route ; elle .«lait complètement déserte ; on n’aperre' .il aucune maison jusqu'à la •listait' c où le regard pouv-.it s'étendre.
Il sourit légèrement et dit : —J'ai faim.
Urbain ordonna au postillon d’ rrêler; il chercha dans un coffre de la voiture, et en tira un perdreau et une bouteille de madère, plus, d’un très -bea u nécessaire «le vojage, tout ce qui était utile pour manger.
— Mauger ai-je avec voua?
— Oui, certes, je suis content de voua, je croyais vous embarrasser.
— Pat pour si peu de chose.
Quand on eut suffisamment bu et mangé on se remit en route. Le *otr, on dina. Urbain avait emporté de quoi suppléer k l'insuffisance de
l’auberge.
Lu deux amis passèrent lenr temps entre le dincr et l’heure du somi,ii il à boire du punch et à fumer
Lit bille était acharnée entre les hauisde Dm. et Ceux de Bcuzcval. Si le meunier avsïl plus d'argent, le clerc avait plus d'imagination et plus d'audace.
Les dm femmes qui tenaient les bains rivaux, m-dauie EpijL»m et la servant* du meunier, devinrent en peu de lénifia ennemies mortelles. Les Malais se baignaient chea madame Epipbane.
M. Malais redoutait le meunier et se» sarcasmes hatncui. Le petit nornart de personnages étrangers k notre histoire qui s’éuicst rniilus mi boni «te la mer s'étaient partagés au h»urd entre les deux établis arment».
Un piquet réparait le domaine du clerc de celui du raton irr. Oprn- <» ni ch'cunc «les deux femmes prétendait que se» bains étaient infinimeut supérieurs à ceux de sa concurrente.
— Il y a de 1a place su soleil pour tout le monde, disait Désirée, la . si rvMitrilu meunier, en rajustant son hev et Je coton, >tFn tivr coif Tir des femmes normandes les jours de iMV.'iL
Les bains de marne F.pi Inné, c’est rien du tout; d'abord c’est pas k mer, c’est dans la Dite. Le monde vient pour prendre des bains de mer, oc. le fait baigurr dans l'eau doace.
— Je ne veux dire de mal de personne, disait madame Epiphine; mais la plage de cette pauvre Déairée , c’est tout cailloux, galets et coquilles «pii coupent Ira pieds du monde; puis , une fois que le beau monde va quelque part, il ne va pas Ailleurs; ici , c'est tout Anglais , tout monde comme il faut.
— Par la grâce de Dieu, disait Désirée , il n’y a pas d'Angkls qui viennent chez nous; on n’entend pu le baragouin qu’ils parient devant le monde et qo'iJs font semblant de comprendre entre eux, quoique je sache bien «pie quand Ü n’y a personne et qu’ils ne sont qu’eux, quand ils veulent se comprendre, ils ae remettent à parler français comme font le inonde.
Des gens qu'on dirait qu'ils sont d’nne autre espèce que les autres hommes, tant ils sont fiers et peu affables...
Il est vrai de dire que l'enthousiasme que madame Epiphsne professait pour les Anglais avait été rapporté par elle de les pérégrination*, car, en Normandie , s’ils excitent encore l'avidité, et conséquemment les respects extérieurs de l'habitant des villes et des paysans , à cause de leur ancienne réputation de richesse et de libéralité , fort diminuée aujourd’hui, le pécheur, le marin, les considère tout autrement.
Le pêcheur est bien plus pauvre que le cultivateur, mais il est courageux, désintéressé, fier de son pays, serviable et en même temps indépendant ; pour rien au monde il ne détournerait les yeui de la mer, lorsqu'il n’est pas dessus, tant qu'il aà manger pour vingt-quatre heures. ■
Le cultivateur devient tout doucement propriétaire; il est conseilh-r municipal, il est maire, il est marguillier, il est surtout riche; ü marge bien, il boit mienx. Le pécheur n’a jamais rien et n’est jamais rien ; mais, s'il sait moins lire que le paysan, il a cependant l’esprit plus élevé, plus vif, plus pittoresque.
C'est une éducation tout entière que de contempler FQcéan. Il ne voudrait paa changer de vie et de condition avec le paysan. Ce sont 1rs pêcheurs qui font et imposent la langue.
A vingt lieues dans 1rs terrrs , on dit amarrer pour attacher, avoir «seul debout pour avoir mauvaise chance, mettre tout dehors pour mettre toute sa puissance k quelque chose , aller m dénre pour ne pas réussir, étaler pour lutter sans désavantage, etc.
Si un pêcheur veut humilier un autre pécheur, il l'appelle berquer (berger, paysan). Il se raconte une foia par semaiue au moins une histoire qui fait toujours également nr«; si celui qui vient de la raeoott r l'entend redire par un autre une demi-heure après, il rira comme s*i' l'entendait pour la première fois.
C’est lluslotre d’un paysan, d’un berquer qui va k 1a mer, «psi ae «ait pêcheur. Il mel hors ses applel» (filets) ; pour les retrouver, il p*em| des amers. Par exemple, on voit les arbres de la ferme k Paul Frémoni
C r-desausla maison des signaux; th hien! pour revoir le lendemain i arbres k Paul Frémoni par -demis les signaux, il faut que voua soyei précisément » la mer k la place ob vons étiez hier.
Maiz le berçuer, , U voit une nuque (vache) paiasanl sur la falaise ; il ne connaît que ça, c’est bien son affaire. Il prend k vaque pour amer, il met hors et s’en va ; mais le lendemain k vaque a changé de place, et il ne retrouve plue ses appleti.
Quand un pêcheur est triste, il n'a qu'a ae raconter k lui-même cette histoire, il rira. Il n’y a «Uns un petit bourg que trois ou quatre plaisanteries qu«* l'on refait tous les jours , et qui suffirent pour faire rire de génération en génération.
Donc le marin , le pêcheur n’aime pas l’/fnpLiû. Quand un navire anglais est en danger, il en est singulière m« ut heureux , surtout si c’est par une maladresse ou une mauvaise maoceuvre. — Oh! ica fetytmrü*. oh 1 1rs htfquert ; Us vont masquer.
-— Dis donc rien.
— Il va manquer k virer.
— Ceat vrai , U a manqué k virer. Espère un peu qn'il reprenne de l'errr. • Entre veut «Ere attende.)
— Ab bien I ouiche, «le l'erre/ k v*là sur les roches, s«ir la pietn à Jean ! aufils.
— o est pas 1k qu'il va se crever le vrntre; la pierre à Jean Ueatifi lui partkwné. mais la mouJiére ne lui pardonnera pu.
l'ois, quand leurs votai sont exaucés, quand l'Anglais échoue, quai» t L- navire fait eau de toutes parts, quand 1a mer balaie le pont et le d*. moJit planche k planche, ers mêmes hommes qui ne déliraient au mou L que sa destruction vont se précipiter k l’envi dans de frêle* culture* lions pour aller se jeter dans le danger qu’ils ont souhaité k leurs ennemis, s'exposent aux périls les plus effroyable» |»our lei sauver, et très-souvent périssent avec eux.
Revenons a Désirée et à madame Epiph'nr.
Elles ne s* bornaient paa k mal parler de leurs établissements retpectifi, elles ne se ménageaient pas davantage rllcs-mèmrs. Puis «lu* Attaquaient et accablaient «le Irur mépris le» pratiques l’une de l'autre. — Le soleil luit pour tout l> «-onde, disait Désirée, nuis on ne sait pas trop d’où vient manie F pi phi ne.
— Je ne veut dire de mal de personne, -lisait madame E;vj lune, mai* on sait ce que c’est que Désirée , la servante pour tout faire du • meunier.
— Manie Ephiphare, la femme pour ne rien faire du clerc!
Le Ipuril fil que bui dent voyageurs se logèrent chez le meunier; naturellement ils se baignèrent à son établissement. Aussi madame Epiphane déclara que ce n’élàit pas grand'cbesc, que c’éuit du petit monde, des cou: mis voyageurs tout au plus.
De leur côté, les deux amis firent des questions k Désirée. Ernest demjnda quelques renseignements sur les Malais. — C’est des marchands de bœufs, répondit Désirée.
— 11 y en a donc plusieurs ? demanda Ernest ; ceux dont je vous parle sont des gens comme U faut , qui ont un château; ils s’appellent M-bia de Reuxeval.
— Les Mal iis sont marchands de bœufs de père en fils depuis deux cents ans, dit Désirée. Le soleil luit pour tout le monde, mais quant à ceux d’aujourd’hui, il luit beaucoup pour eus. Çi a de l'argent, ça a un château, ça fait les seigneurs, ça s« fait appeler de Bcuzevall et moi ; usai, quand je vais à Dive on m'appelle Désirée de Beuxeval, parce qu'il y a une Déairée k Dive que son amant s’est perdu (noyéj à la baleine* il y a quatre ans ; mais ça n'empécbe pas que c’est des marchands de bœufs. Çj se baigne chez madame Epiphane.
Les deux amis sourirent. Ce dernier mot leur expliquait k un certain point les renseignements défavorables qu'ils recevaient sur les Malais.
— Ils doivent avoir des amis chex eus? continua Eruest.
— Oui, dit Désirée, un vieil homme et sa femme, si toutefois ils sont mariés , car, après tout, je n’ai pas vu leur contrat et je n’étais p.s à lt or noce. Ça doit être des marchands de bœufs aussi.
• — Vy a-t-il pas une jeune personne ?
— Oui, une jeunesse pas Uieu jolie; c’est hardi comme un page. Après ça, il n’y a que du monde drôle chex madame Epiphane. C'est comine 1a nièce aux Malais. Ça a d’abord couru iri sur la plage avec les enfants à Risque-Tout; c’était nu pieds, c’était halé, et puia ç'a été à Paris et ça en est rever, u demoiselle, et ça fait sa duchesse.
C’est tout de même une nièce de marchands de bœufs.
Le meute jour, M. de Fondois dit à sa femme et à sa fille : — Je vous assure que j’ai vu Eroest. Il est ici.
— Vraiment? dit Marie de son air le plus étonné.
— fl est avec un ami, le comte Urbain de Mo r ville.
— Et tu es bien sôr, demanda inada me de Fondois, que ce soit Ernest ?
On fit quelques questions k madame Epiphane: — Etait- il arrivé de nouveaux voyageurs , des étrangers?
— Oui, dit madame Empirant. Il y a deux jeunes gens chex le meunier. Je ne veux dire de tuai de personue, mais c’est tout de même up drôle de monde. Ils ont des casquettes comme on n’en voit pas ; ça m’a l’air d’être des intrigants.
Quelques jours apres , on sc rencontra sur la limita des deux établissements. Les Fondois ue voulaient pas paraître faire trop d’avances h leur neveu , qui ne s’étril \u» encore déclaré. Cependant Ernest dit en souriant que , les bains de mer lui ayant été ordonnés , il n'avait pas hésité à choisir un endroit où il savait devoir les rencontrer.
Il préscuta son ami. M. de Buseval sc montra fort gracieux; c’étaient deux personnes de plus pour admirer lea récentes maffiificencea du château. Il invita Ernest et son ami k dîner pour le lendemain , qui était u : dimanche , en disant avec une politesse de bon cœur :
— Je vous invite pour le premier dîner ; pour les autres vous viendrez quand cela vous fera plaisir. On mettra votre couvert. Monsieur votre ami reste-l-il longtemps?
— Il reatf encore trois jours, parce que je le veux ; ensuite il rentre dans ses droits d'homme libre.
On demanda quelques explications. Ernest r- conta la gageure qu’il avait gagnée , et que payait ai magii'fiquement le jeune comte. Comme le soleil gênait un peu les dûmes . Ernest dit à son ami :
— Il faut qu’il y ait demain une lente ici.
On convint qu’on se réunirait le lendemain , et qu’après le bain on rentrerait ensemble au château pour le dîner.
Cependant Bérénice se sentait mal a l’aise entre Pulchérie et mademoiselle «Je Fondois. Toutes deux pariai?' t d**iant la pauvre fille de choses et de gens qui lui étaient inconnu. Ou s'< IfQrçrit bien de ternp* en temps de parairte s’intéresser h la mer, h la juche ou à la dentelle; mais Bérénice sentait la complaisance et prenait un prétexte pour s'en ader.
Ce fut bien pis encore lorsqu’on se réunit pour prendre les bains ; elle évita d’ailcr sur la plage à cea heures-!-. Pélagie lui dit :
— Est-ce que Pulchérie n'est pas bien pour toi , que lu ne vas pas b rejoindre ?
— Au contraire, reprit Bérénice ; m«i* ma dentelle n’avance pas quand je suis avec ces demoiselles.
AUI.
Onésime attendait le dimanche avec impatience, parce que , selon !n conseils de Bérénice et de maître Ep*phane , il s'était fait faire des u-b U buur&coii. Rien n'y manquait ; il avait une longue rcUiugote bleu? touchant presque à terre, des baltes huilées à bout srrot di, un chapeau rond à très-long:; poils qu’jj n’ôtait j/.inais il des gants ver U.
A sa boutonnière était sa :né hille .Ul-r hée avec le ruban Incolore ; il portait un parapluie h la maii . !.. p.-.q luir ni, chex les murii », le signe du plus grand luie. Il alla à la mcaœ avec Pibjjir , T quille et Bérénice. La famille Malais y était dans son banc avec madame et mademoiselle de Fondois.
A la aortie de l’église , Oné»ime , malgré Bérénice qui le tiraillait, attendit k la porte la aortie de la famille. Il exécuta alors ponctuellement sa révérence d’après les leçons de maître Epiphane ; puis il salua tout le monde , chacun par sou nom.
— Je vous salue, monsieur Malais, dit-il. Bonjour, madame Mil«i« Bonjour, Pulchérie. Bonjour, madame... Comment a’appellc cette dame? demanda-t-il h Bérénice. El sur sa réponse : — Bouour, madame Fondois et mademoiselle Fondois. Voilà un bien beau temps aujourd’hui.
— Un très-beau temps, Onésime. Nous allons en profiter pour silex déjeuner, nous déshabiller cl descendre au bord de la mer attendre l’heure du bain.
— Voulez-vous voua promener en canot tantôt, mesdemoiselles?
— Ab ! certainement , ce sera bien aimable à vous.
— Le canot est tout pari ( prêt).
— A tantôt.
— A tantôt.
Comme , en s’en retournant, Bérénice et Onétirao étaient près l’un de l'autre, Bérénice dit a son frère ;
— Tient, voU-lu, Onésime, si tn étais raisonnable, tu ne penserais pins I Pu chérir.
— Fl pourquoi cria ?
— Tu vois bien qu'elle est très-changée.
— - Fit ce que tu la trouves moins jolie ?
— Non , certainement.
— Eh bien I puisqu'elle est changée eu mieux , ça n'e*t j as une raison de ne plu* penser k «Ile t au contraire.
— Ce n’est pas ça que je veux dire... Par exemple , saurais-tu jaser avec elle ?
— Certainement que je sauiuir. J'iti été un peu empêché l’eutr fois quand elle est venue , parc* que j« ne l'attendais pas , que ç.i m'. fait un effet, «t puis j’avai.» nsei hardes de pêche ; mais il me sembh que je ne suis pas plus usai vêtis qu’un autre «t que je peux parler . tout le monde.
Bérénice n'- jo <ta rien ; elle croyait trouver ion frère plus préper à entendre 1a vérité. Pour Onésime , U alla se promener sur la plage. On commençait a se baigner ; mais ni lea Fondois, ni ira Malais «l’étaient encore arrivés.
Selon les ordres <!’ Ernest , la tente uvait été dressé** dè| le ira tin El.e était fort belle ; le dedans était semblé «Vtç uue élegain:? suffi sa aiment simple. Ernest et le conte fuiuatilit eu devis «j O.iiim alla ‘l'abord causer avec madimc Epiphane , qui lui lit d«« reni«'qut désobligeantes sur les personnes qui »v baignaient dui Désirée.
Cette femme était trop maigre et celle-ci trop gra.se , cette auti causait trop librement avec lis hommes. Elle ét ût bien heureuse d n’avoir pas affaire à du monde comme ça.
— Et qu’est ce que c'est que cette tente , manie E. ipbvne ?
— C’est des baigneurs de chez la Désirée qui l'ont fait dresser c matin. C’est des acl< ur?, i ce qu’on dit; c’est pour y faire leurs tour
Onésime alla regarder la Uute. Son bilan e accoutrement cxcù l’attention des deux Parisiens.
— Monsieur est-il du pays? demanda Ernest.
— Oui , monsieur , répondit Onésime.
— Je demande pardon i monsieur. C’est que le voyant mis à I mode de P*<h, je le pren *s jwur un étranger.
— Mous'i or , il faut hirn être uu peu propre le dimanche ; lesuutri ' jours, ou < s<« .abits de travail.
— >•! trop juste Monsieur fume-l-il ?
— Oui , mon. ■ ur.
— Vou er, vous tue permettre de vous offrir un cigare?
— Yo«j< ê|r s bien bu r.èt *, monsieur , ça n’est pas de refus.
Oui'-sime •coq-la le cigare qui lui était offert , i'allimn p*r le ho: qu'il faut mettre dans la bouche , et le fuma h grands effoils C poumon s.
— Comment trouvez-vous cela , monsieur ?
— C'e>t une oestS banne cigare ; rrvds j'aime mieux ma bouffarde.
— Qu'est-ce que monsieur appelle sa bouffarde ? demanda le couil
— C'est ma pipe que vnj: j.
Et Onésime tira de sa poche une petite pipe courte et noire, qu débourra en cao* nt.
— Voici une jolie pipe I
— Jolie , n'est pas le mot , mais elle fait sou usage.
— Monsieur eut il le raai-eouleg>rdeehaoipêlre?demanda ’e cornf
— Non , mon i* ur , je n’ai p s cet honneur ; je suis pêcheur.
— Très-Sien. Monsieur voudrait-il me donner l’adresse de son c j pelier ?
— ■ Pourquoi faire ?
I — - Parce que monsieur a un ebiprati ravissant , et qu; je suis
| ciué à en avojx uu pareil. Je M regard- rai psj au prix; mais j‘ veux un.
îooglc
— Ma foi , monsieur, je ne pourrai pa* voa* dire ion nom. Tout Cf «pe je sais, c'est que je l’ai acheté à Hcnntqucvills , derrière Trouville, et je ne crois pas qu'il y aitdeui chapeliers dans Hennequeville.
— Monsieur , je vous remercie infiniment.
— Il n’y s» pas de quoi.
Ooésime jeta te bout de son cigare , tira de sa poche une patte d’albatros pleine de tabac, bourra sa pipe et demanda du feu au comte. A ce moment parurent les deux familles du château.
— Comte , voici notre monde , dit Ernest.
— Ab ! voilà Pulchérie, dit Onésime en donnant, comme toujours, h ce nom la prononciation de chine.
— Vous dites.... monsieur ?
— Je dis Pulchéric.
Après IV charge des civilités ordinaires , les Malais reçurent le beau Salut d’Onésime avec une indulgence protectrice.
reçoit du vivat <•*»■* dt Dive la mêdsiü» d'husiMur, récompeuse de w«i déroneraeet.
— L.qatUe de vous , mesdemoiselles , dit le comte , appel Ic-i on PuU/icrie? Et il prononçait comme Onésime.
— C’est moi que l’on appelle ainsi dans le pays où j'ai été élevée, monsieur.
Ou entra dans U tente , oh l'on causa quelques instants. Ooésime y entra comme les autres, sans attendre qu'on ry invitât. L’on se sépara pour se baigner. Onésime demanda a Pulchéric si elle voudrait se proairner après le bain , et, sur sa réponse , il «lia préparer le bateau en i'avcrtiuant qu’elle eût à revenir avec sa société auprès de leur maison.
M. Mutais seul accompagna les deux couple» de jeunes gens.
Pulchéric entra dans la maison pour embrasser Pélagie , et elle demanda à Bérénice si elle ne viendrait pas avec eux. Bérénice hésita et cependant y consentit.
— Nous voilà sept , dit Oaésime , ommorw-notu bien , et ensuite que chacun reste tranquille à si p’ace.
Ernest se trouva à côté de sa cousine , Pulchéric entre Bérénice et M. Malais.
Le comte s’assit sur 1a pointe de la proue «lu canot , derrière Onésime , qui ramait, 'et on descendit la Dive; le comte fixant sur Puleberie des regards qui l'embarrassaient , sans lui être précisées ri t «lés -gréa blés.
Ou.«nd on fut sorti de la rivière , Ooésime hissa la voile ; et il fallut alors qu'il changeât de place, pour tenir l’écoule de la voile et gouverner le canot. Il pria M. Malais d’aller prendre sa place è l'avant.
Il soufflait une petite brise de sud-est qui faisait glisser te canot sans secoures. Ernest demanda plusieurs fois h Marie si elle n’était pas malade.
Le comte fit la même question à Pulchérie. Onésime répondit pour
elle :
— Pulchérie , malade â la mer I ça serait drôle. Est-ce que les poissons et les mouettes ont le mal de mer 1
Dites donc , monsieur , là-bas à l’avant , comment vous appcllct-on , vous qui avex un petit ruban blanc et bleu à voire habit?
H vous faut déranger un brin , parce que nous allons hirsar U fut pour pouvoir serrer un peu plus le veut ; sans cela , nota irions sou • per à Caen. Serres la drisse de foc.
— Mon cher monsieur , dit le comte , je ne sais pas , je dois l'avouer , ce que c’est iju'un foc ni ce que c'est qu'une drisse.
Je ne pourrai exécuter que la première partie de votre commandement , qui est de me déranger autant de brins qu’il vous plaira.
— Pulchéric , montre donc à monsieur ce que c’est que le foc et la drisse.
Vous ne ravies pas , quand vous crocAfes Pulchérie en venant au bateau , qu’elle était capable de le conduire aussi bien que moi.
PuJchérie devint très -rouge , et néanmoins fit la petite ntanccuvre commandée par Onésime.
— • B’-avo ! dit le comte. Mais , monsieur , demanda-t-il à Onésime, qu'appelez-vous crochcr?
— J’appelle crochcr quand ou se croche pour se promener ensemble; qmnd une femme fait une msnière de demi-clef au bras d’an homme pour deviser avec lui en marchant.
Dit donc , Pulchérie, te rappelles-tu la nuit que nous avons passée sur la mer , nous deux , le jour du baptême de notre filleul ?
— Vous êtes parrain avec mademoiselle ? dit le comte, qui t'expliquait difficilement 1a familiarité d’Onésime.
— Oui , et à preuve que c’est notre filleul qui à l’honneur de nous ; ut ter en ce moment.
Bérénice , qui s'apercevait du langage ironique du comte envers Onésime , surmonta sa timidité pour dire :
— Le parrain et la marraine avaient doute ans. Mademoiselle Pu]chérie voulut essayer le canot auquel Us venaient de donner un nom. Om virne ne demandait pas mieux.
Iis partirent , et firent si bien qu’on ne les retrouva que le lendemain asus tard , à moitié morts de faim et de froid, surtout Onésime, qui avait ôté srs hardes pour en couvrir Pulchérie.
M. Malais sentit qu’il fallait expliquer cette vie commune avec les r ècheurs qu'avait menée Pulchérie. 11 conta que son frère, veuf, levait mise eu nourrice dus Pélagie Alain , et que , la petite 61k ayant une santé délicate et à cause de la sollicitude qu’inspirait pour elle la mort si prématurée de sa mère , on l’avait laissée vivre chez >on père nourricier jusqu’au moment où , toute sécurité étant acquise , on . vait pensé pouvoir lui faire commencer son éducation.
Pulchérie fut enchantée de eette explication ; le tutoiement obstiné • «‘Onésime l'embarrassait , et elle craignait que le comte n'y donuàt quelque interprétation défavorable à son origine.
Celui-ci , de son côté , sentait contre Onésime une sorte d'impatience , et d’ailleurs il n’élail pas fâché de montrer l'esprit qu’il pensait avoir de la façon la plus facile , en mystifiant le pauvre pécheur : — Monsieur Onésime n'a plus son beau chapeau de tantôt ? dit-il.
— - Nos , monsieur , pas plus que ma redingote et mou pantalon des dimanches; les hafdei ne doreraient guère à 1a mer.
— Vous avez donc remis votre argent dans votre poche ? uel argent, monsieur?
ais cette pièce de cent sous que vous sviex à 1a boutonnière.
— Ce n’est pas une pièce de cent sous, répondit Onésime toujours trompé par l’air sérieux du comte.
Mais Bérénice, avec son tact féminin, prit encore la parole et raconta la belle action de son frère et la cérémonie qui avait eu lieu pour lui donner la médaille de sauvetage ; puis elle dit bas à Pulchérie 2 — Vous voyez bien , mademoiselle Pulchérie qu’on se moque d’Ouésime , et ce n’est pas bien à vous de le souffrir.
Comme Pulchérie allait répondre, Onésime , sans la moindre intention épigramma tique , dit au comte :
— Et vous , qu est-ce que c'est que ce ruban que vous ave* ?
— C'est une croix d Espagne , dit-il en rougissant un peu.
— Est-ce que vous avex servi dans ce pays-là ?
— Non.
— Ah !... Et pourquoi est-ce qu’on vous a donné ça ?
— Parce qu'il est cousin d’un attaché à l'ambassade d’Espagne , dit Ernest.
Le comte répondit par un sourire contraint , et se bâta de changer la conversation qui devenait embarrassante. Marie était un peu pâte. Pulchérie lui demanda ai elle était souffrante , elle répondit qu'elle avait des vertiges ; alors on vira de bord , el on ne tarda pas à rentrer d»ns la Dive et à mettre pied à terre. Ernest voulut donner de l'argent à Onésime, qui lui dit :
— Merci, monsieur. Le canot est à Pulchérie comme à moi. Si vous étiex seul avec votre ami , je ne dis pas ; nmi 1a société de Pulchéric □c me doit rien.
— Maintenant, dit M. Malais, remontons au château, vous devez avoir boa appétit, et cette promenade aidera bien notre cuuifièrc à vous faire un lion diner.
— Merd, Onésime, dit Pulchérie eu lui donnant la maio. Adieu, Bérénice, tu embrasseras Pélagie pour moi. — Le comte offrit son bras
k Pulcbérie. Ernest n’avait presque pas quitté celui de Marie, mène dans le canot.
Chemin faisant, le comte dit 1 Pulcbérie : — Vous avec beaucoup de douceur et de patience, mademoiselle . de permettre à ce garçon nue pareille familiarité avec vous.
— J'aimerais mieux qu’il ne me tutoyât pas, certainement, dit Pulrtrric ; mais c’est un cœur si uohle et si eicellent , que je ne puis me décider k ie chagriner.
— Ne pensei-vous pas, mademoiselle, qu’il y aura un jour quelqu'un qui aura le bonheur d'avoir le droit de trouver ces familiarités peu convenables?
Pvlcbér e était grande et bieo faite; Marie, petit* , frète et blonde.
Pulcbérie rougit et ne répondit pas. Le lendemain, elle alla voir Pélagie avec Marie, et, prenant Bérénice à part, elle lui dit : — J’aime bien Onésime, je n'oublie pas notre enfance passée ensemble ni la tendresse que vous m’aves montrée toute ma vie ; mais il y a des convenances qu’il faut respecter.
No os ne sommes plus des enfants.... et pais.... tu devrais bien dire h Onésime de ne plus me tutoyer; toi, c’est différent, tu es une fille.... Mais je voudrais que cela vînt de toi.
Bérénice promit à Pulcbérie de faire sa commission. Pulcbérie avait cru devoir établir une nuance en permettant à Bérénice de la tutoyer-, mais elle ne fut pas fâchée qu'elle n’en usât pas. Klfc et Marie remontèrent par le moulin de Beuseval et suivirent la petite rivière. Marie sentit pour le petit étang du moulin une admiration inusitée ; elle ^arrêtait à admirer les petites anémones blanches épanouies sur l’eau sur lesquelles venaient se poser des libellules aux ailes de gaxe et an long corps d’émersude.
La même cause produisait sur les deux jeunes filles un effet contraire. Pulcbérie bâtait le pas, parce qu'elles se trouvaient auprès du logement de ces deux messieurs , tandis que celte proximité entrait pour beaucoup dans l’attention que Marie accordait ce matin-là aux magnificences de la nature jusque dans leurs plus petits détails; elles continuèrent lenr route, et, passant sur un aulne abattu qui servait de pont, elles s’assirent au pied d’un saule sur une petite pelouse émaillée de myosotis aux fleurs bleues dont Pnlcbérie cueillit nonchalamment un botujuet pour avoir l’air de ne pas s'occuper exclusivement de la conversation.
— Le comie est amoureux de toi , dit Marie voulant a’y prendre dt loin pour amener la confidence qu’elle avait à (aire, et n’étant pao fâchée de s’en faire faire d’abord une, façon de prendre des otages.
— Folle 1 répondit Pulcbérie , qui se sentit le cœur sorré.
— C’est aussi l’opinion d'Ernest, dit Marie.
Pulchérie cueillit avee plus d’attention les myosotis.
— Te plairait-il? demanda Marie.
— C’est un homme très distingué, reprit Pulchérie; mais parie-moi de tes affaires, ajouta-t-elle pour reporter la guerre sur le territoire de l'ennemi.
— Eh bien ! Ernest m’a dit qu’il m'adorait , et toute sorte d’autres
choses ravissantes , et, k l'heure qn'il est, il n’est pas impossible qu’il demande à mon père la main de sa fille, lequel père va la lui accorder avec rmpressement.
“Tu es heureuse, n'est-ce pas? dit Pulchérie k Marie eu l'embrassant.
“Oui, j'aime Ernest; mais nos amours n’ont pas été comme j’aurais voulu. Mes parents s’attendaient à ce mariage et le désiraient; ils nous donnaient avec soin dea occasions d’étre ensemble, et ils nous aidaient de leur mieux à tromper leur vigilance; nous n’avons pas eu le plus petit obstacle à vaincre; enfin je vais, k notre retour à Paris , épouser Ernest, et je n’aurai pis reçu une seule lettre d'amour, je ne saurai nas ce que c'est qu'une de ces lettres dont nous avons si souvent parlé. Mais esl-ce que le comte ne t’a rien dit?
— Des glaateries banales qu’on adresse k toutes les femmes.
— Ton roman sera plus intéressant que le mien. Tiens 1 il parait que nous ne sommes pas 1rs premiers qui aient parlé d'amour sous cet arbre; voici des chiffres tracés sur son écorce.
— Ce ne sont pas des chiffres d'amour, dit Pulcbérie en riant et recoanaissjnt l’arbre.
— Quel est le nom qui peut commencer ainsi? dit Marie, car ce ne peut être un nom entier que P. O. B.
— Ce sont les premières lettres des trois noms : Pulchérie, Ooésieie, Bérénice; c’est Bérénice qui lea a inscrits la veille de mon départ pour Saint- Denis. As-tu un canif, quelque chose qui coupe?
— J'ai des ciseaux.
— Donne-les-moi.
Et Pulchérie enleva avec peine les trois lettres tracées sur l’arbre, et avec tant de peine , qu’elle se fit une coupure à un doigt qui aaigua assex pour qu'elle dut l’envelopper de son mouchoir. La pauvre entant sentait avec plaisir la petite douleur de la blessure. C’était pour l'homme qu’elle commençait k aimer qu’elle souffrait, car les paroles qu’il lui avait dites et U désapprobation de U familiarité d’ünésime résonnaient toujours dans son cœur.
— Monsieur voudrait-il ma duuaer l'adresse de son ohapelierf
Elles entendirent du bruit en bas , et , quoique toutes deux désirassent rencontrer cens qui lea préoccupaient , elles voulaient, Pulchérie surtout , être rencontrées malgré elles. Elles se levèrent et reprirent en pressant le pas le sentier qni longe la petite rivière. Les pas qu'elles avaient entendus étaient en effet ceux du comte, qui les avait vues de chex le meunier quand elles s'étalent arrêtées auprès du moulin , et qui , après quelques moments donnés k sa toilette , s’éuit mis en route pour les rencontrer par hasard.
Ernest était, comme le pensait Marie, allé faire une visite k M. de Fondois au château de Beuseval. Le matin , avant de partir, il avait dit k M. de Morville : — Aujourd'hui eat le dernier jour de ma puissance et de votre esclavage. Vous êtes libre k minuit; vous ponvea partir, ai vous voulez, k minuit . après avoir piyé toutes mes dépenses jusqu’à ce moment. Je veux qu’elles soient soldées avec une grande libéralité.
lt
— Je me su!* occupé de votre bonheur, dont j'avais l'entreprise pen- i «tant une semaine, dit MorviUe; mai* Je vais maintenant m’occuper du mien , et pour cela je ne m'en vaia pa*.
— Je mYn doutais, sn* cela je ne vous aurais pat fait penser k votre départ- Vous êtes amoureux de mademoiselle MaUii.
— Oui, elle est ravissante. Le* parents sont bien un peu ridicules, mais ce ne sont qn'un oncle et «ne tante. Le père était officier. Pour Ponde et la tante, nous ne les verrons pas, si ce n'est on peu l’été et cher eus.
— Leur nièce e*t leur héritière.
— Cest Men ainsi que je l’entends.
— Eh quoi! settit-ce de U dot que vous sérié* amoureux ?
— Non pas seulement de la dot, mais elle a ses charmes aussi. Ms fortune est fort hypothéquée, et je a'auraJ* pu épouser Vénus elle-même sans dot.
Il faut seulement que j'aie le consentement de mon père , auquel il est inutile de dire que le grand-père était marchand de bmufs.
Ce même matin, Onésime était allé trouver maître Ephiphane pour prendre ses leçons , et lui avait dit : — Comment ça va-t-il finir avec P ul chérie ? Elle est belle, belle, que j'en perds la tète. Ella a Pair de bien m'aimer tout de même ; mais enfin ce n’est pas une amitié comme en ont les hiles avec les garçons quand iis doivent t’épouser.
Ils vont se promener en sc tenant par la main, le dimanche soir, et pais lei parents conviennent de la chose. Je ne vois jamais PuJ chérie seule. Il y a au château tout plein de monde qui ne la quitte pas.
— Il faut lui écrire ; tu trouveras bien moyen de lui donner ta lettre.
— ■ Ah! ça, c'est pas difficile; mais je ne saurai jamais faire une lettre
d'amour dans le bon style.
— Je te la ferai, et tu la recopieras.
— Ça me va.
Le clerc fit alors une lettre oh Pulebérie était comparée à Pénux, oh l'amour était appelé le pelil dieu malin. Onésime s'expliquait en I >ngagr précieux : il aimait le mal dont il mourait ; il ne voulait pat être 7 fié ri de sa blessure . Pulebérie était sa belle ennemie; il était destiné à mourir, car il mourrait nécessairement de douleur de ne pas la posséder ou lie/oie de la voir répondre a ses vaux, etc.
Onésime ne reconnut là-dedans aucun symptôme de ce que lui faisait éprouver son amour très-réel et très-violent, mais il pensa que C'était mieux ainsi que de dire des choses naturelles, et il recopia la lettre sur du papier réglé avec la confiance qu’il avait mise à apprendre sa belle révérence.
Comme il finissait de la copier, madame Epiphauc rentra, qui dit, sans autre intention que de parler, qu’elle venait de rencontrer 1rs deux demoiselles du château qui y remontaient en suivant la rivière. Onésime cacheta I» lettre avec de la mie de pain , et s’élança du côté de la rivière de beuteval à k poursuite de Marie et de Pulebérie.
11 déboucha d’un fourré d’arbres en francliisnnt une baie et se trouva sur l'autre boni de la rivière, précisément en face du jeune comte, et en même temps que lui.
— Elle* sont parties! pensa en voyant le gazon encore froissé Onésime, qui avait entendu leur voix. Tous denx aperçurent su même instant le bouquet de myosotis que Pulebérie avait oublié sur le gaxou ; tous deui en même temps devinèrent, par un instinct mystérieux , que cc bouquet appartenait a Polcbéhe.
— Eh! l’ami, dit è Onésime MorviUe en lui désignant le bouquet, jetex-moi ce bouquet, qui est dans l'herbe. El en même temps, pardessus la rivière, il Jette à Onésime une pièce de cinq francs. Onésime sc précipita sur le bouquet, et, renvoyant la pièce de cinq francs par le même chemin :
— Merci, monsieur, le bouquet vaut mieux que cela.
— Mieux que cinq francs?... Qu'à cela ne tusse, l’ami, je vous en doi orrai Uca dix.
— Ub ! vous n'aves pas aasex d'argent pour ce bouquet-lè ; il ira en retrouver un antre plus ancien, bien fané, mais qui vaut encore mieux.
— Je n’ei pas le temps de plaisanter avec vous, dit MorviUe d'un air dédaigneux ; jetex-moi ce bouquet , et ne m’oblige* pa* à aller le chercher.
— 1 1 y a un pont à dix jus d’ici , dit Onésime.
Lecomte hésita un moment, put* se mit s la poursuite des deux Jeunes fille* Onésime allait en faire autant de son côté, lorsque ses yeux tombèrent sur l'arbre et sur U blessure récente qu'il avait reçue.
— Je I r me trompe pu, dit- il , c’est bien le saule sur lequel ü«ré niee avait écrit oos trois noms, Est ce que ce serait ce godeiuruau qui le* aurait effacés? Si je le croyais, c'est moi qui l’aurais bientôt rejoint ! mis c'en i. a possible ; U arrivait « n mèiue tempo que mai.
Serait ce donc Pulebérie? Elle était là il n’y a qu’un instant... mais pourquoi?. . Ce aérait de la haute... Pulclitne ne peut pas sue haïr. U tomba axais sur le gason. Certes , s’il avait pu écrire ce qui se passa pendant un- heure dans son coeur et dans sa tète , il aurait fait une lettre bien phi» touchante que k npsodte que Lui «voit faite le clerc.
U aurait dit que Pnkbérie était pour lui le monde entier, qu’il n’aimait plus qu'elle, et que personne ne l’aimait plus guère ; que tout semblait rompu n dre autour de lu: qu'il était Unit entier à l'ui-hérie; son < bien tai-t .ên e s’était tout doucement donné à Pacô <-} U brimait même pins la nier.
Il était henreux quand il faisait mauvais temps, parce qu’il restait à terre, oh était Pulebérie, quoiqu’il ne la vit pas. Quelques jou> s se passèrent; le pauvre Onésime ne faisait qu’eutrevoir Pulebérie, et elle était toujours entourée.
Marie était revenue de la promenade sur la mer un peu indisposée, on ne parla pas d’en faire d’autres ; d’ailleurs Onésime était presque toujours à la mer, et l’on sait que le père Iliaque-Tout n’observait pas bien régulièrement le dimanche.
Pulebérie venait quelquefois à la maison voir Pélagie et Bérénice , mais le dédain qu’exprimait la physionomie de MorviUe quand Onésime lui pariait un peu familière méat faisait qu’elle choisissait pour ses visites les heure* où Onésime était à la pèche.
Un jour, Bérénice parln de son frère. Ernest avait accompagné Marie et Pulchérie à Dive. — Onésime, dil-elie, n’est plus ignorant comme â votre départ. Quand il a vu que vous alliez devenir savante, U a voulu devenir savant aussi , pour pouvoir deviser avec vous comme par le passé.
— Et qu'a donc appris M. Onésime, qu’il est devenu si savant? demanda Ernest.
' — Mais, monsieur, il sait lire, écrire et compter; U connaît la musique et les armes. Pour ee qui est des .innés, je ne m’y cannai* pas , et je ne puis vous en rien dire : mais , pour ce qui est du flageolet, les filles de Dive disent tontes qu'elles ont moitié plus de plaisir quand c’est lui qui fait danser.
— Ab ! dit Marie , il devrait bien venir nous faire danser quelquefois à Beuxeval. Il faut toujours qu’une de nous deux joue du piano, et comme nous ne sommes que quatre couples, encore quand les parents veulent bien figurer pour nous compléter, il n’y a pas moyen , nous sommes obligés de taire une figure en double. Puis, esi ne peut pas transporter toujours le piano dans le parc. Ma petite Bérénice , venez avec lui dimanche.
Bérénice regarda Pulebérie, qui sembkit indécise, mais qui finit par lui dire : — Oui , venez tons les deux , vous goûterez avec nous.