PAULINE CARDINAL
Ribeaumont, 12 mai 1878.
(( Ah ! ma chère amie, quelle semaine ! Que de joie d abord et puis que de tristesse !... Dimanche il y avait des élections pour le conseil municipal... Monsieur Cardinal se présentait... Il a été nommé ! Vous ne pouvez pas vous faire une idée du bonheur de Monsieur Cardinal...
« Je suis quelque chose! Enfin, jr suis » quelque chose, c est le premier échelon!.., »
cours... Mais enlendons-nous... Ce sera un discours politique sans en avoir l'air, parce que, c'est une bêtise de la loi, les conseils municipaux ne doivent s'occuper que des affaires de la commune... Mais ce serait bien malheureux si, après avoir tant travaillé, Monsieur Cardinal ne savait pas tourner la loi. 11 parait que tourner la loi, cVst l'A, B, C de la politique.
» Cinq jours après Télection, cest-à-Klire avant-hier vendredi, tomlmit la fête de naissance de Monsieur Cardinal... Le mercredi matin, je reçois une petite lettre de Pauline, bien gentille, bien affectueuse:
« Chère maman, cela te fait de la peine » que je sois fâchée avec papa, et moi aussi » ça me chagrine... C'est vendredi la fête de » naissance de papa.. .Si j'osais, j*irais dîner » avec vous à la campagne. . . Je laisserais ma » v-oiture au pavillon Henri !V et je prendrais » un fiacre à Saint-Germain pour ne pas of- » fusquer papa. Vois si je peux me risquer.
l'AULINE CARDINAL 131
» J apporlerais, naturellement, un cadeau » pour papa. Tu m écrirais pour me dire ») ce qui lui ferait plaisir, etc., etc. »
)> Les lettres de Pauline, le facteur me les remet toujours eu cachelte et je vais les lire en cachette, au fond du jardin. Voilà que, tout d'un coup, pendant que j'étais vn train de lire et de relire celle-là, je vois apparaître Monsieur Cardinal. 11 y avait, à la fin de la lettre, des choses si tendres et si câlines pour moi que j en étais toute houlevei'sée... Je me sentais les yeux tout pleins de larmes qui ne demandaient qu'à couler...
» — C'est une lettre de Pauline, me dit .sévèrement Monsieur Cardinal.
» — Oui.
» — Encore un nouveau~scandale!...
» C'était de l'injustice... Voilà les pleurs qui me débordent, et, tout ea sanglotant, je donne la lettre à Monsieur Cardinal, en lui disant :
» — Tenez... lisez...