‹ La famille CardinalChapitre 5 sur 8 · L\ FAMILLI-: (•AU DIX AL · texte numérisé non relu

L\ FAMILLI-: (•AU DIX AL

» 11 prend la lellrc cl après Tuvoir lue :

)x — J'avaiâtort, Madame Cardinal, j'avais » tort... cette pensée de me faire un cadeau... » 11 y a encore de bons sentiments chez cette » pauvre enfant... Et tenez, puisque je viens » d'avoir une grande joie, je veux que, vous » aussi, vous ayez la vôtre... Je neveux pas » savoir comment vit Pauline... si elle a un » hôtel, des chevaux, des diamants.. . »

» — Si elle en a! !!

)» C'est un cri qui me part bêtement... » li'orgueil maternel qui éclatait...

» — Je ne veux pas le savoir, continue » Monsieur Cardinal... Je vais chercher d'ici » à demain une combinaison pour que Pau- » line puisse venir ici le jour de ma fête... )) J'y penserai cette nuit... C'est dans mes » veilles de la nuit que je trouve le mieux >' les choses. »

» En eflfet, vers deux heures du matin. \oV.k Monsieur Cardinal qui me secoue et qui me dit :

P.VULINK (VKniNxr. VX\

» — J'ai trouvé la conihi liaison... Pauline » poun*a même, si elle veut, passer quelque » temps avec nous... huit ou dix jourft.

>) — Huit ou dix joui*s !

» — Oui. Seulement qu elle vienne Irt's » simplement vêtue... Nous dirons dans lo •> pays que c'est une petite nièce à nous... » demoiselle de magasin à Paris... qu'elh; » est un peu souffrante, que nous la prenons » avec nous par charité... Cela fera bon » effet...) Vous pourrez partir demain matin )» pour aller chercher Pauline. »

» A onze heures, le lendemain, j'étais chez Pauline... Le valet de chambre me dit:

» — Madame est sortie... Madame monte à cheval tous les matins, mais Madame rentrera à midi pour déjeuner... Si la mère de Madame veut se donner la peine d'attendre Madame...

» Voilà comme ils sont stylés li-s domestiques de ma flHe!... J'entiv» ém^a hî petit salon... J'ouvre la fenêtre... J'étais si hou-

l'U i.\ F.VMILLH C.VRDIN.VL

reuse... J'allais voir Pauline rentrer à cheval... Je ne Tavais jamais vue à cheval! A midi moins cinq, une amazone tourne le coin de la rue... C'était Pauline... Sur un cheval qui brillait au soleil comme de l'argent, et suivie d'un petit groom qui avait un air si distingué!... Elle approche... Elle lève la tête... et, mo voyant à hi fenêtre...

» — Ah! maman, sécrie-t-elle tout haut, » maman, bonjour, maman, que je suis ./ contente!... »

)) Et remarquez, ma chère amie, que j'étais fagoté^ comme quatre sous, moi. J'avais lair d'une vieille sort?ière... Allez... allez... elle a du cœur, cette enfant-là, et il n*y en a pas beaucoup qui, dans sa position, reconnaîtraient leur mère, comme ça, tout haut, dans la rue, devant les passants et devant un petit ^room aussi distingué...

» Elle arrive avec son amazone relevée sur le bras ot son petit chapeau d'homme... Un

amour, celait un amour'!... Elle se jel(e dans mes bras...

» — Maman... maman. Eh bien, esUcb arrangé pour demain?

» Je lut réponds que cVst arrangé pour aujourd'hui, si elle veul... et je lui raconte la petite combinaison de Monsieur Cardinal. J'étais un peu inqui^e... Je me disais : « Ça ne va pas Tamuser, cette pauwe » petite, de quitter son hôtel et son luxe, » pour venir s enterrer dans un trou avec » ses père et ni ère. »

» Eh bien... pas du tout... Elle a été enchantée, positivement enchantée. Passer huit jours au vert, ça la referait, ça la reposerait. Elle n'en pouvait plus de Thiver (iuelle venait de passer. Cela n'était pas toujours gai d'être obligée de s'amuser toujours... Cela la distrairait de venir h'ennuyer un peu avec nous à la campagne...

Enfin un las de petites câlineries bien

yXt LA familim: car dix al

gentilles, diles bien genliment, et qui me rappelaient ma Pauline d'autrefois...

)î 11 y avait encore quelque chose qui la ravissait; c'était le déguisement... S'habiller en petite bourgeoise... Ce n'était pas le lendemain quelle voulait partir, c'était le jour môme, c'était tout de suite, avec moi... Klle avait le soir un dîner qui l'assommait... Ça l'en débarrasserait...

» Pauline fait venir Hermance, sa première femme de chambre, — elle en a deux, — et elle lui dit de chercher dans ses robes ce qu'il y avait de plus simple, de plus tranquille; d'étaler tout cela en haut, dans le cabinet de toilette, sur le grand divan... Nous déjeunons au galop et, après, nous montons voir les robes... Rien ne pouvait aller... Ces costumes-là auraient fait des attroupements dans Ribeaumont.

» Pauline fait atteler son landau et nous voilà en route dans Paris, courant les magasins de confection et les marchandes de

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modes. Pauline achète deux ou trois robes et autant de chapeaux... Elle trouvait tout cela délicieux... « Tu verras, maman, comme » je vais être gentille. . . » Elle était stupéfaite du bon marché... Elle disait tout le temps aux commis : « Vous devez vous tromper... » Cela doit coûter plus cher que ça. » Moi, je la poussais du coude, ce n'est pas la peine de dire des choses pareilles dans les magasins.

» Nos emplettes faites, la voiture toute pleine de paquets, nous rentrions, (juand Pauline s'écrie : « El le cadeau de papa ! ») Qu'est-ce que je pourrais bien lui donner

» à papa? »

» Moi j'ai une inspiration... Je lui réponds: (( Ta sœur, autrefois, a donné à ton père un » buste de Voltaire et il dit souvent qu'il » voudrait bien avoir en pendant un buste » d'un autre écrivain de ce temps-là... Le >» nom ne me revient pas... Ah! J'y suis... » Jean-Jacques... Oui, mais Joan-Jacques

l.'H I. A FAMILLK CARDINAL

» quoi?... atieiidA... Il y une roe qui sapn pelle comme ça... la riiaoCi il y a laposle » aux lettres... Jean^Jaeques Roosseau, » c'est cela... »

» I^cus allons »ur le boulevard acheter le buste et nous le fourrons dans la voiture avec les robes de trente-neuf frttncs et les chapeaux de trèise francs cinquante... Nous rentrons, et, pendant qu'Hermance arrangeait une petite malle, Pauline s'ha* i}iiie .. Elle cnoisit une robe de pereale à petits poi» et un chs^au de paille ai^ec des coquelicots... Elle était à croquer».. Nous descendons... Nous reniontons dan» le landau... Nous allions partir, quand Pauline se frappe le front :

« — Ah! mon Dieu, et mou dtner de » ce soir que j'oubliais, et celui de demain, » et celui d'après-demain. »

» Elle envoie le valet de pied chercher Ilermance, et, quand Hermance arrivé, elle Jui dit :

PAULINK (AKIMNAL \'M>

« — Vous allez écrire tout de suite au » baron que ce n>«t pas possible ce «oir, » que je vai«ehezmaman'À la campagne...

» Vous écrirez la fuème chose à Monsieur » Georges pour demain, ai la mAme cboso

au marquk pour après *dema in...

— Bien, Madame.

»> — Ahî vous écrirez une lettre très » geniitte à Monsieur Georges.^ Les deux » antres, ce que vous voudrez, ça m'asl » égal. »

4< No«H partotts. J^étais un peu iaterio- » qaée. Je lui dis : )>

<( — Tu Cais écrire k ces Messieurs par » ta femme de chamlire.

» — Oh ! Hermance signe de mon ncMu . » Ils croient tous que ce sont des -lettres » de moi. Ette^éorit mieux que moi. Mer- » mance; eile a été instttutrico dans une » gsaRde maison; elle i>e fait jamais une » faute d'-ortbographe... Tandis que moi!... » €'e8t un peu la faute, maman... Tu éta'is

UO l..\ FAMILLE CARDINAL

» ]>ieii plus occupée de m'apprend re Ja » danse que lortliographe...

. » — C'est que cela me paraissait plus » utile et j'avais bien raison... Serais-tu ce » que tu es sans la danse? Et l'ortho- »> graphe, vois un peu où ça mène, Torlho- » graphe... à être ta femme de chambre! »

» Tout en bavardant ainsi de choses et d'autres, nous arrivons à Saint- Germain... Là, nous transportons dans une calèche de louage la malle el le buste de Jean-Jacques Rousseau. Une demi-heure après, nous (Hions à Ribeaumont; Monsieur Cardinal ouvrait ses bras à sa AI le, mais en l'appelant sa nièce, à cause de notre petite bonne qui était là...

» Quel diner! quelle soirée! La vie de famille! Monrôve!... Après le diner, nous aivons fait tout un déménagement dans le .salon pour mettre Jean-Jacques Rousseau en pendant avec Voltaire... Et puis je me suis mise à faire un besigue avec Pauline,

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un chinois à deux sous le mille... Cela mo rajeunissait de dix ans, de jouer au besigue avec mon enfant. Monsieur Cardinal nous regardait... 11 avait interrompu ses travaux... Le soîr, après le diner, c'est 1<» moment od il écrit le journal de sa vie.

» Il a poussé la bonté jusqu'à vouloir bien faire lui-môme deux ou trois parties avec Pauline. Quelquefois il joue avec moi par condescendance, il sait que ça me i*end si heureuse... Et jouer au besigue, c'est une grande concession de sa part. Il y a, en eflfet, quelque chose qui l'exaspère dans ce jeu-là : c'est le quaire-vingis de rois,,. Pendant quelque temps même,il ne le cherchait pas, il jetait les rois pour le plaisir de les jeter et pour ne pas avoir à les compter... Mais dernièrement il a trouvé un moyen.. 11 joue maintenant le quatre-vingts de rois, mais jamais il ne prononce le mot... 11 dit: qimtre-mngtsdemtnhms. Cela concilie tout.

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» A dix heures, je leur ai servi du Uié... et des petites galettes que je fais moiniôiue... Pauliîieles a trouvées délicieuses... Elle a même dit une parole imprudente; elle s'est écriée :

» — Ah! qu^elles sont bonnes, maman, » les petites galettes!.. Je ne souperais pas » mieux que ça au café Anglais. »

» J'ai fait: hum! huui!... Monsieur Car- » dinal heureusement n'ayaii pas entendu, » ou, du nioins, il faisait seno^Uani de nr

>i pas avoir entendu.

» Après le thé, j'ai co«d>uit ma PaïUkie dans sa petite chambrette, avec des rideaux blancs. Je Tai aidée de saes main« à se déshabiller... Je me retrouvais dans moii élément... Ah! c'est que, voyez-vous, mu chère amie) je n'ai pas de cm idées d'honnêteté qui font la grandeur 4e Moiosieur Cardinal... Si je ne m'étais pas vouée, comme je l'ai fait, à rexistence de mon époux, je me serais très bien arrangée d'être la femme

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(le chambre de Pa^lline... L'aulro soir, je Tai couchée moi-même... Je l'ai bordée moimême... Ça Tamusait, et elle me disait :

» — C'est comme quand j'étais toule » gamine, maman, te rappelles-tu?... JV- » tais encore dans les petites îi TOpéra, » nous rentrions ensemble, après le spec- » tacle, toi, ma sœur et moi... et nous 9 soupions bien gaiement de six sous de )> marrons achetés au marchand du bou- » levard des Batignolles. »

» Hélas ! ma chère amie, cette heureuse journée ne devait pas avoir de lendemain... La catastrophe était proche... Mais poui' vous expliquer ce qui a amené la catastrophe, je suis obligée d'entrer dans quelques détails... II y a des régiments de cavalerie en garnison à Saint-Germain, à une lieue d*ici... C'est tantôt des dragons, tantôt des chasseurs... Maintenant c'est des chasfseurs... Comme le pays est très joli de notre iîôté, dos officiers viennent souvent se pro-

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mener à cheval sur la route qui passe devant notre maison...

» Cela agace toujours un peu Monsieur Cardinal, parce que Tarmée régulière, çi n'est pas dan«: son programme. Il ne connaît qu*une chose : la nation armée.

» Pendant la paix, pas de soldais... Des j^endarmes, des gardes champêtres. Monsieur Cardinal y consent, surtout depuis (jull est propriétaire à la campagne, oii il y a un tas de vagabonds qui dévalisent les potagers... Mais pas de soldats réguliers, pas de prétoriens!.. C'est des mots qu'emploie Monsieur Cardinal, et je vous les redis comme il les dit.

» Pendant la guerre, par exemple, c'est autre chose... Tout le monde est soldat... (ihacun a son fusil et ses cartouches chez soi. Ceux qui ont un c^ieval partent k cheval, ceux qui n'ont pas de cheval partent à pied, mais tout le monde part. Ça fait une armée, mais une armée qui n'en n'est

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pas une. C'est un torrent, c'est une avalanche !

» La voilà, l'armée de Monsieur Cardinal!.. Elle serait invincible... Tout cela est réglé dans les papiers de Monsieur Cardinal... il mêle dit souvent: « Je peux mourir , Madame » Cardinal, tout est réglé dans mes papiers. » En un quart d'heure, tout citoyen serait prêt pour n'importe quelle guerre, étrangère ou civile. Monsieur Cardinal n'a pas négligé le moindre détail ; ainsi, pour l'artillerie, il a inventé une charrue qui, en cinq minutes, se transforme en canon... On est en paix, c'est une charrue; la guerre éclate, c'est un canon. Le laboureur devient Tartilleur; tous les dimanches, pendant deux heures, il s'exerce avec sa charrue-canon. C^est une merveille. 11 n'arrive pas un nouveau ministre de la guerre, — et on en change tous les trois mois ! — sans que Monsieur Cardinal lui écrive pour lui signaler sa découverte. Jamais de réponse!... Ça

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n'étonne pas monsieur Cardinal... C'est ce qu'il appelle la force d'inertie des bureaux...

» Vous allez comprendre pourquoi je vous ai parlé des régiments de Saint-Germain... Avant-hier, vers dix heures du matin, Monsieur Cardinal lisait ses journaux dans son cabinet... 11 est abonné à neuf journaux — c'est sa grande dépense — huit de son opinion et un tout ce qu'il y a de plus clérical. Celui-là, c'est pour entretenir sa colère, comme il dit... Pauline était allée faire un petit tour dehors sur la route, en robe de mousseline blanche, avec une rose rouge piquée au hasard dans ses cheveux, et par là-dessus un vieux chapeau de paille de cinq sous de Monsieur Cardinal... Elle était ravissante!...

» Monsieur Cardinal avait voulu l'arrêter au passage... Il lui avait proposé de lui réciter sa conférence sur Voltaire, parce que,

dès qu'il tient quelqu'un Mais ça n'avait

pas tenté Pauline...

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