I. *— Respect aux femmes
Le mélange de beauté et de grâce, de faiblesse et de pudeur, d'astuce et de candeur qui constitue le charme spécifique du sexe féminin, exerce un tel pouvoir sur les hommes, que bien peu d'entre eux y demeurent totalement insensibles, à moins qu'une vocation surnaturelle ne les mette en garde contre cet attrait.
Et cela est bien, cela est providentiel, car, sans l'amour, quel homme accepterait jamais,
de gaîté de cœur, les charges et les responsabilités du mariage.
Ce que la froide raison proclame dur et intolérable, l'amour, heureusement, le proclame souverainement désirable; et l'amour l'emporte toujours sur la raison, pour le plus grand bonheur de l'humanité.
Qui nous donnera jamais le vrai portrait de la femme ?
Il est facile d'en faire des caricatures et de provoquer les rires narquois des hommes; mais un tel procédé qui sent la farce, est-il juste et délicat ? Je laisse à d'autres la gloire de décrier nos mères et nos sœurs, vos femmes et vos filles; le courage me manque pour cette besogne. Essayons plutôt de saisir au vol quelques-uns des aspects si divers sous lesquels la femme se présente.
Il est évident que, pour toutes les choses qui regardent le cœur, elle nous est supérieure de beaucoup. L'amour, la sensibilité, la piété, la foi, l'esprit de sacrifice et de renoncement, la patience, la résignation, le pardon, qui coûtent tant à notre orgueil et à notre égoïsme semblent ne point lui demander d'efforts. J'irai plus loin, et je dirai que la forme d'orgueil et d'égoïsme connue sous le nom de vanité et de coquetterie qui lui est spéciale ne survit point à la maternité, ce sentiment devant lequel tous les autres s'effacent.
Quoique la supériorité de la femme se manifeste surtout par les dons du cœur, gardons-
nous de croire qu'elle soit dépourvue de ceux de l'esprit.
C'est une surprise aussi grande qu'agréable, pour une multitude de jeunes maris, de découvrir, que leur épouse, loin d'être une poupée, se révèle femme de sens, capable de conseil, forte dans l'épreuve, inébranlable dans l'adversité, entendue en affaires, susceptible même, en cas de veuvage, de soutenir la maison ébranlée et de poursuivre l'éducation des enfants.
Ce qui surprend moins, c'est la distinction naturelle de la femme et ses qualités sociales; sa grâce et son aisance dans les salons, la facilité avec laquelle elle s'adapte à tous les milieux mondains, sa douceur, sa charité, son dévouement envers les pauvres et les affligés, sa puissance pour le bien sous toutes les formes.
Mais s'il est injuste de ne pas reconnaître les vertus éminentes des personnes du sexe, il serait imprudent de n'avoir point l'œil ouvert sur leurs défauts.
Toutes les maîtresses de maison ne sont point nécessairement des femmes de tête; il en est même qui paraissent n'en avoir pas du tout, tant elles sont impulsives et capricieuses. Il en est qui manquent de prévision et d'esprit de suite et dont l'administration est livrée au hasard. Elles ruinent leurs maris en gaspillages insensés et sacrifient le nécessaire au superflu. Leur ménage est mal tenu, leur cuisine négligée, leurs enfants sont mal vêtus, mal élevés.
Tant il est vrai que le bon cœur et les meilleures intentions ne suppléent point la sagesse.
D'autres femmes sont, au contraire, d'excellentes ménagères, gérant avec talent leurs affaires; mais elles n'ont pas d'esprit. Leur cerveau est étroit et d'autant plus obstiné. Bavardes, opiniâtres, hargneuses, elles poursuivent de reproches leurs maris et ne leur laissent point de repos. Est-ce à dire qu'elles soient méchantes ou qu'elle aient tort ? Nullement. Mais elles abusent et se rendent insupportables.
D'autres sont des sensitives, des neurasthéniques, des hystériques, des jalouses, c'est-à-dire de pauvres créatures malades qui inspirent la pitié et qui font mourir un homme de chagrin. L'asile des fous est la seule demeure qui leur conviendrait. Mais les voisins et l'opinion publique prennent parti contre le mari qu'on accLise de manquer de cœur et de maltraiter celle dont il est précisément la victime.
D'autres, enfin, sont méchantes, menteuses, intempérantes, hypocrites, impudiques, vindicatives, haineuses, des Messalines et des Cordelias Viau. Ces monstres, grâces à Dieu, furent toujours rares.