II. — Conduite de l'épouse chrétienne
Je vous fais l'honneur, mes sœurs, de dire que ce sermon n'est point destiné aux femmes du monde. Si je m'adressais aux grandes dames de Paris, de Londres et de New- York que célèbrent si fort les journaux à la mode, je ne manquerais point de leur parler de Jézabel, d'Hérodiade et de Salomé la danseuse, femmes auxquelles elles ressemblent étrangement, sauf
pour la cruauté. Mais vous êtes des chrétiennes. Vous n'avez jamais rêvé de tromper et de ruiner vos maris pour la plus grande joie des chevaliers d'aventure, ni d'insulter, par un luxe insolent, à la misère d'un peuple jaloux. Votre rêve est de marcher humblement sur les traces de Marie et de sa bonne mère, sainte Anne.
Que vous dirai-je donc? Ma doctrine se formulera en une courte sentence : Assurez le bonheur de vos maris dans ce monde et dans l'autre. Pour ce faire, vous commencerez d'abord, car c'est une condition absolue de réussite, par vous emparer de leur cœur.
Mais comment gagne-t-on un cœur? — En l'aimant. Telle est la recette unique, connue et pratiquée depuis l'origine du monde. « Si vis a ma ri. ama », disait Horace.
Cette recette, direz-vous, nous est familière; car nous sommes des chrétiennes, et l'on nous a enseigné nos devoirs. — Hélas ! mes sœurs, répondrai-je, malheur à la femme qui n'aime que par devoir. L'amour conjugal, différent de la charité ordinaire, pour sortir tous ses effets, se fonde non sur le devoir seulement, mais sur une douce et naturelle inclination. Ignorez-vous que, dans les Ordres religieux, où l'idée surnaturelle du devoir doit primer, pourtant, toute autre considération, les supérieurs se gardent bien d'imposer cà leurs sujets des charges auxquelles ils répugnent? Ce n'est pas qu'ils craignent qu'on leur désobéisse. Mais l'expérience enseigne que, pour qu'un homme donne sa
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mesure et obtienne plein succès, l'obéissance la plus parfaite doit être accompagnée de l'aptitude et de l'attrait.
Aimez donc vos maris du fond du cœur. Votre cœur seul vous suggérera les mille industries nécessaires au triomphe de vos desseins. Qu'il me soit permis, néanmoins, de vous en indiquer quelques unes.
Rendez-vous aimables. C'est un travers de beaucoup de femmes de croire que le sacrement, parce qu'il fait le mariage indissoluble, remplace et supplée l'amour. Comme je l'indiquais au commencement de cette instruction, la jeune fille, dans son désir de plaire à son cavalier, perd fréquemment de vue les bornes de la décence et passe outre; la femme, au contraire, demeure plus souvent en deçà, et néglige trop les moyens d'entretenir le feu de l'amour conjugal.
Erreur déplorable ! L'amour, en effet, flamme capricieuse, vit surtout d'imagination et de curiosité; la possession le fatigue. « L'ennui, dit le poète, naquit un jour de l'uniformité. »
Voilà pourquoi une femme intelligente ne doit rien négliger pour empêcher, s'il est possible, le charme des beaux jours de se rompre. Voilà pourquoi elle veillera sur ses vêtements et sa tenue, sur son humeur, toujours égale, jamais chagrine, afin que son mari garde de son foyer un tendre souvenir et souffre de l'absence.
N'est-ce pas une monstruosité, mes sœurs, de voir des maîtresses de maison prodiguer à leurs
hôtes, à des étrangers, des amabilités et des grâces dont elles ne songent jamais à faire une part à leurs maris?
J'ai dit : rendez-vous aimables. Rendez-vous utiles également.
La femme forte de l'Ecriture était une femme utile, laborieuse, économe, entendue en administration.
On se plaint, non sans raison, du luxe des femmes. Il faudrait ajouter, pour être juste, que beaucoup de femmes, et, dans certains milieux, la plupart d'entre elles, ne méritent point cette réprobation. Soyez, mes sœurs, la providence de votre maison; ceignez de force vos reins, affermissez vos bras; afin que, si le malheur vous enlevait votre soutien, vous puissiez, avec la grâce de Dieu, le remplacer, et conduire honorablement vos enfants à l'âge d'homme.
Soyez d'habiles ménagères et veillez aux soins de la cuisine. On ne saurait exagérer l'importance de cet office, trop négligé, et la grandeur de votre responsabilité dans cette partie de l'hygiène domestique. Nous souffrons au Canada de la monotonie et de la richesse de l'alimentation. Nous mangeons trop de viande, nos mets sont peu variés; quoi d'étonnant que la dyspepsie fasse des ravages et que tant d'hommes cherchent dans l'alcool des stimulants? Les femmes d'Europe pourraient donner, sur ce point, d'utiles leçons aux femmes d'Amérique. Chacun sait que, en France notamment, les plus
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grandes dames se font un devoir et un honneur de surveiller l'ordinaire de leur logis.
Les hommes, dont toutes les journées sont absorbées par des occupations extérieures, subissent nécessairement l'influence dune foule de sollicitations, qui tendent à les détacher de la vie de famille. Lorsque la pensée du foyer ne réveille point en eux des images de bonheur, lorsque, au contraire, le souvenir de la querelle de la veille fait redouter la querelle du lendemain, ils se prennent à regretter l'indépendance du célibat, les joyeux amis, les parties de plaisir, le clubj l'hôtel. Du regret au désir le passage est rapide; du désir à l'acte, la pente est plus glissante encore.
Il en est tout autrement quand l'imagination se joue dans des tableaux de joie familiale : maison d'irréprochable propreté, cuisine exquise, femme avenante, enfants bien tenus et caressants. Ce portrait de félicité domestique a, pour le cœur d'un honnête homme, des charmes tels qu'aucune tentation malsaine n'y trouve plus d'accès.
Régnez par la tendresse et par la persuasion.
Il arrive souvent que des femmes au caractère impérieux s'érigent en despotes dans leur maison et réduisent leurs maris à l'état de servitude. Conduite insensée et criminelle qui aboutit infailliblement au malheur de la famille. Souvenez-vous, mes sœurs, qu'au jour de vos noces vous avez promis obéissance. Sans doute, vous êtes l'égale de votre époux; mais entre égaux, il
en est toujours un qui commande. Or, dans la famille, comme chacun sait, le chef est le mari.
Chef débonnaire, en somme, qui, quand on le traite avec égards, remet souvent à sa compagne les rênes du gouvernement. Le tout est de savoir bien s'y prendre. La femme pieuse, adroite, sage, dont les intentions sont surnaturelles, qui voit clairement le but et les bons moyens de l'atteindre, qui recourt non à la force mais à la douceur, à la suggestion; cette femmelà régnera presqu'mfailliblement, pour le plus grand bien de la famille; et son mari, dont les droits ne seront pas contestés, se montrera déférent à ses moindres désirs.
Soyez remplies d'esprit de foi.
Cette dernière recommandation que je vous fais est de suprême importance, car en dehors d'elle mes précédents avis ne seraient plus que des conseils de prudence humaine, tels qu'un Sénèque et un Horace en pourraient donner à des matrones romaines.
Il ne suffit point, en effet, qu'une épouse chrétienne soit aimable, utile, laborieuse, entendue dans les divers départements de l'économie domestique, et qu'elle ne prétende régner que par la douceur: il faut encore qu'elle soit fidèle et sainte, et que toutes les vertus que je viens d'énumérer soient élevées par la piété à une puissance surnaturelle.
Je n'insisterai point ici sur la fidélité conjugale; on en parle abondamment dans les retraites générales, quand on prêche sur la chasteté.
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Il importe, au contraire, de vous faire bien entendre ce qu'est l'esprit de foi.
L'esprit de foi est un amour de Dieu pratique qui fait que la femme dirige tous les actes de sa vie dans l'unique but de conduire en paradis, en même temps qu'elle-même, ses enfants et son mari. L'esprit de foi comporte donc une profonde tendresse et une inlassable miséricorde.
J'ai raconté dans mon sermon d'hier l'histoire de sainte Monique; ne l'oubliez pas, chrétiennes, elle est un parfait modèle proposé aux. femmes qui souffrent.
Le confesseur qui vieillit sent son cœur s'attendrir comme malgré lui au récit perpétuellement répété des douleurs des pauvres femmes; c'est pourquoi il ne se lasse jamais de les consoler de son mieux.
Si le bon Dieu, mes sœurs, vous a donné un grand cœur, incomparablement plus sensible que celui des hommes, sachez-le, c'est pour vous rendre capables du dévouement qu'il demande de vous. Un cœur sensible est un enregistreur de peines et un transmetteur de services. Telle est votre vocation. .
Lorsque, peu de mois ou peu d'années après votre mariage, celui à qui vous avez généreusement confié votre bonheur et votre vie commence à se montrer indigne de votre amour, lorsque vos illusions de jeunes filles disparaissent les unes après les autres, comme des feuilles qu'emporte le vent d'automne, lorsque
l'intempérance, l'infidélité, le jeu transforment l'homme que vous avez aimé en une brute et un méchant, alors votre pauvre cœur, froissé, malgré lui se replie et se dessèche, et vous êtes tentée de n'avoir plus pour votre misérable époux que haine et mépris. Prenez garde, femmes chrétiennes, de laisser accès à de tels sentiments dans vos âmes. Rappelez-vous à quoi vous êtes appelées : à faire du bien. Rappelezvous ce que disait de lui-même Notre-Seigneur : « Je ne suis pas venu pour être servi, mais pour servir. » « Je suis venu donner ma vie pour ceux que j*aime. » « Si vous aimez, ajoutait-il, ceux qui vous aiment, quelle récompense méritezvous ? Les païens, les publicains n'en font-ils pas autant? Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent; afin que vous soyez les enfants de votre Père qui est dans les cieux. »
Lorsque dans vos longues soirées solitaires, avec vos petits enfants incapables encore de vous comprendre et de vous consoler, la pensée de l'inconduite de l'absent fait naître en vous des tentations de haine, de vengeance, de désespoir, pensez au père du prodigue qui, pendant tant d'années, attendit son fils, et ne se laissa point décourager.
Si votre époux, rendu furieux par la boisson, vous insulte, vous outrage et vous frappe, ne vous abondonnez point à la colère et aux cris;
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mais, comme votre Sauveur et modèle, écriezvous : « Seigneur, pardonne-lui, il ne sait point ce qu'il fait. »
N'ayez de rancœur contre personne, vous souvenant que Marie vous a prise pour sa fille, malgré la multitude de vos péchés.
Que si vous me répondez : « Durus est hic ser- ?no : Ce sermon est trop dur », la force me manque pour m'élever à un tel degré de vertu; je vous dirai : Ma Sœur, je connais votre faiblesse, mais je sais quelqu'un qui vous aime et qui vous fortifiera, c'est Jésus; je connais la soif et la faim d'amour dont souffre votre âme, mais je sais quelqu'un qui vous aime et qui vous rassasiera, c'est Jésus; je connais votre besoin d'un appui ferme et constant, mais je connais quelqu'un qui vous aime et qui ne trahit jamais, c'est Jésus.
Allez donc à Jésus, versez dans son Cœur Sacré vos larmes et vos prières, confessez-vous humblement, communiez fréquemment, et vous verrez, mes sœurs, combien la piété est douce, comme elle transforme une femme et lui permet de trouver une joie céleste au milieu même de ses douleurs.
Et puis, qui sait si votre courage, votre douceur constante ne convertiront pas un jour votre mari ? Il est peu d'hommes qui résistent jusqu'à la fin aux charmes de la vertu. Oh ! qu'elle est heureuse l'épouse à qui son compagnon près de mourir tient ce langage : « 0 Monique, j'ai péché contre le ciel et contre toi, je suis indigne
de pardon; mais je connais ton grand cœur; pardonne-moi et va chercher le prêtre de Celui qui toujours pardonne. » Je vous le dis en vérité, il y a, ce jour-là, une grande joie dans le ciel; et la femme qui a mérité, par sa patience, une telle conversion, peut compter qu'à sa mort Dieu lui dira : « Bonne et fidèle servante, puisque sur la terre tu as si bien fait fructifier le talent que je t'avais confié, entre maintenant dans la joie de mon royaume. »
Le Mari
Mes Frères,
Après avoir parlé aux femmes de leurs obligations d'épouses, il convient que, maintenant, je m'adresse aux hommes d'une façon spéciale, pour leur donner quelques conseils pratiques sur leurs devoirs conjugaux et sur l'art de vivre heureux dans le mariage.
Mais, avant d'entrer en matière, quelques observations sur la psychologie féminine nous seront d'une grande utilité.