‹ La famille chrétienneChapitre 12 sur 36 · III. — Devoirs du mari · texte numérisé non relu

III. — Devoirs du mari

Nous voici parvenus, mes frères, dans la suite de notre entretien, à l'étude des vertus qui incombent au mari.

C'est quand il est marié qu'un chrétien comprend et approuve l'austère discipline de l'Eglise par rapport aux fréquentations, et qu'il

regrette amèrement les fautes dont il a pu, alors, se rendre coupable. Le seul souvenir des péchés passés suffit, parfois, à troubler sa sécurité. Mais n'insistons point sur l'irréparable, d'autant plus que nous reviendrons sur ce sujet dans nos instructions aux jeunes gens.

Au jour de votre mariage, vous avez fait, à celle qui se donnait à vous avec tant de confiance, des promesses solennelles, ou, plutôt, des serments dont voici les trois principaux : l'amour, le support, la fidélité, dans la bonne et la mauvaise fortune. Etudions ces serments, en commençant par le premier qui, de fait, implique les deux autres.

L'amour du mari pour sa femme est un précepte formel : « Viri diligite iixores vestras : Hommes, aimez vos épouses » commande l'Eglise par la bouche de l'apôtre saint Paul. Et notez bien qu'il ne s'agit point ici d'une loi métaphysique; c'est un commandement positif, entrainant des obligations quotidiennes. Que sert, en effet, que vous aimiez abstraitement, si vous cachez votre affection comme une chose dont on rougit, et si vous traitez votre compagne avec froideur et rudesse. L'amour s'éteint vite qui n'est pas entretenu par des bons procédés. La mentalité de certains hommes sur cette affaire capitale est étrange, vraiment. Ils ont fait, comme tout le monde, une cour assidue à leur fiancée, lui prodiguant les plus ardents témoignages d'affection; et maintenant que les voici mariés, et que l'affection leur est non seulement permise-

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mais commandée, ils en sont aussi avares qu'ils en étaient jadis prodigues.

Pauvres femmes délaissées, que sont devenus vos rêves d'antan et les enivrements des fêtes nuptiales? Le ciel, ce jour-là, était sans nuages; le soleil rayonnait, et la nature semblait s'être parée pour vous. Lorsque le prêtre, après avoir reçu vos engagements, vous donna d'austères avis, il vous parut que son langage détonnait dans l'allégresse universelle. Après le banquet joyeux et bruyant, lorsqu'il fallut dire adieu à vos parents, lorsque vous vous suspendîtes au cou de votre mère éplorée, et que votre père plaça votre main dans celle de votre époux, vous eûtes, comme dans un éclair, une vision d'avenir qui fit passer un frisson d'épouvante en tout votre être.

Mais la main qui vous étreignait tendrement paraissait si loyale que vous vous abandonnâtes sans plus, à votre destinée.

Hélas ! les beaux jours sont éphémères et sans lendemain. Les nuages ont couvert votre ciel de leurs "teintes mornes.

Votre mari ne vous aime plus. Le soir, après la longue absence il revient pour le repas, mais sans sourire et sans paroles. Il reçoit distraitement les caresses de ses enfants. Il est maussade et se plaint de tout. La maison l'ennuie évidemment: il cherche un prétexte pour s'esquiver et ne rentrera que bien tard. Pauvre femme délaissée, c'est le temps de prier Marie, la consolatrice des affligés.

Chrétiens, si vous voulez tenir vos saintes promesses, aimez vos femmes respectueusement. Le véritable amour conjugal est chaste et vertueux; il ne ressemble point aux passions fangeuses qui s'alimentent de crimes et s'éteignent clans le mépris.

Epoux, honorez vos femmes; soyez pour elles des instruments de salut.

Que vos relations soient toujours honnêtes; et n'oubliez pas que s'opposer à la bénédiction des patriarches, je veux dire à la fécondité naturelle d'une famille chrétienne, est un crime qui attirerait sur vous la colère de Dieu.

Entretenez soigneusement la piété au cœur de votre compagne; et, pour y parvenir, soyez pieux vous-mêmes. La piété vous donnera à tous deux la force de porter vos mutuels défauts et les croix dont la vie est semée; la piété garantira la foi que vous vous êtes jurés. Comment un homme pourrait-il être tranquille au sujet de l'honneur de son foyer, quand sa femme, belle et légère, ne connaît ni l'amour ni la crainte de Dieu ?

Mais, il ne vous suffit pas, chrétiens, d'aimer vos femmes; vous devez encore les soutenir et pourvoir à vos familles, selon vos ressources et sans sortir de votre rang. Ainsi le commande la loi naturelle du support.

Ce n'est point que l'Eglise approuve la mode introduite en certains pays, particulièrement aux Etats-Unis, de traiter les femmes comme des idoles à qui l'on rend un culte ridicule. Le

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mari n'est point le valet de son épouse; sa mission n'est point de subvenir, à force de peine, au luxe insensé d'une créature orgueilleuse et inutile. Non; dans le plan divin, l'homme et la femme sont deux associés qui doivent coopérer de leur mieux, chacun dans sa sphère, à l'œuvrecommune. Tandis que son mari travaille au dehors, l'épouse vraiment digne de ce nom, administre sa maison avec tant de sagesse et de discrétion que d'elle, en définitive, dépend l'avenir de la famille.

N'empêche que c'est au mari de pourvoir, par son travail et son industrie, aux ressources primordiales.

Malheur donc à l'homme qui dissipe ses revenus en dépenses frivoles ou criminelles, principalement au jeu et dans l'intempérance.

Dans ce pays, grâce à Dieu, ils sont rares les chefs de famille qui se livrent à la passion du jeu, au point que leur maison en pâtisse. Le grand mal causé par les clubs est surtout l'abandon de l'épouse auquel je faisais naguère allusion, et la désaffection que cet abandon provoque.

Mais la calamité suprême, et sur laquelle on ne saurait jamais trop insister, est le péché d'intempérance.

Que de maux ce vice a causés, que de familles il a ruinées ! C'est notre péché national, à nous Canadiens, sans lequel nous serions le plus fortuné et le plus chrétien de tous les peuples. Ah î mes frères, au nom de vos femmes, de vos

petits enfants, de votre propre avenir, au nom du Sauveur Jésus mourant pour vous de soif, profitez de la campagne de tempérance, engagée si courageusement, aujourd'hui, dans tout le pays, pour renoncer à cette passion funeste de la boisson, si vous en êtes les victimes.

Votre dernier devoir est la fidélité conjugale. Si je m'adressais à des jeunes gens, je ne manquerais pas d'appuyer fortement sur le mal de l'impureté, ou, plutôt, je consacrerais un sermon tout entier à leur inspirer l'horreur du vice impur; mais ce n'est ici ni le temps ni le lieu.

Les hommes mariés ne sont pas encore nombreux parmi nous, qui pratiquent l'adultère et délaissent leurs épouses. Voilà pourquoi Dieu vous bénit et vous donne des familles qui sont votre joie et l'orgueil de notre race.

Il est utile, toutefois, même pour les meilleurs d'entre vous, de ne jamais perdre de vue les principes qui régissent le mariage. Nous ne sommes plus au temps où les femmes étaient considérées comme des esclaves dont on usait et abusait; l'épouse chrétienne est une dame qu'on honore et qu'on n'a pas le droit de trahir. L'époux infidèle perd ses privilèges sur son épouse.

Certains maris se feraient volontiers un code de lois à leur usage personnel. Sévères pour autrui, indulgents pour eux-mêmes, ils chargent les épaules de leurs femmes de fardeaux

qu'ils ne soulèvent pas du bout du doigt. Folie que tout cela !

Qu'ils n'oublient pas, d'ailleurs, ce que nous disions, au commencement de cette instruction, des infirmités nerveuses ou morales du sexe. Il arrive que des personnes parfaitement honnêtes deviennent jalouses, hystériques, vindicatives, et se portent, dans cet état, à des extrémités redoutables.

Gardez-vous donc de les provoquer par une conduite donnant prise aux soupçons. Xe les délaissez pas, procurez-leur tout le bonheur dont la Providence vous permet de disposer, faites-en des chrétiennes en vous conduisant comme des chrétiens, et vous parviendrez alors, à travers les écueils dont la vie est semée, à conduire votre nacelle, je veux dire votre maison, au port de l'heureuse éternité.

L'Éducation

Mes Frères,

Après avoir traité, dans nos instructions précédentes, des devoirs des époux il nous reste à étudier la question capitale de l'éducation des enfants. Que les parent- écoutent donc avec soin ce que nous allons leur dire dans cette causerie familière.

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