‹ La famille chrétienneChapitre 13 sur 36 · I. — L'Enfant avant l'âge de raison · texte numérisé non relu

I. — L'Enfant avant l'âge de raison

Avez-vous entendu parler des lois de l'atavisme? Non, peut-être. Eh bien ! on appelle de ce nom un ensemble de phénomènes d'hérédité, très curieux, la transmission de père en fils de certaines maladies, de certaines tares et même de certaines qualités. Quelques-uns de ces phénomènes sont bien connus; ainsi tout le monde sait combien facilement se transmettent les ressemblances physiques, les marques sur la peau, l'épilepsie, l'idiotisme; d'autres, au contraire, sont plus rares et vraiment étranges. Laissez-moi vous en citer un fort remarquable.

Le fait se passa à Paris, pendant la grande révolution. Il y avait alors, dans cette ville, des femmes féroces qu'on appelait tricoteuses, parce

qu'elles stationnaient toute la journée, leur bas à la main, sur la place de la Révolution, pour voir tomber les tètes sous le couteau de la guillotine. Or, une de ces femmes eut un enfant. Mais quelle ne fut pas la stupeur des voisins lorsqu'ils aperçurent autour du cou du nouveau-né une raie rouée sous forme d'un mince filet de sang. C'était Le résultat des spectacles qu'affectionnait sa mère. Lorsque la paix fut rétablie et que les honnêtes gens triomphèrent, cet infortuné, qui avait grandi, devint un objet d'exécration universelle.

On se tromperait en supposant que ces lois d'atavisme ne regardent que la partie corporelle de notre être. Elles ont une tout autre portée: leur influence se fait sentir jusque sur nos facultés intellectuelles et morales. C'est de la connaissance de ce fait que procèdent des proverbes comme ceux-ci : tel père tel fils: bon chien chasse de race: et la malédiction de nos Saints Livres, poursuivant le père coupable dans ses enfants, jusqu'à la troisième et quatrième génération.

— Comment, me direz-vous, cela se peut-il faire? Que la génération transmette à l'enfant les qualité- et les défauts corporels des parents de qui il procède, je le comprends bien: mais son âme qui vient de Dieu directement, comment en peut-elle être affectée ?

Que son âme procède directement de Dieu et non des parents, c'est certain, mes frères: mais que néanmoins, les parents influent, sur

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cette âme, c'est un fait trop constant pour qu'il soit loisible d'en douter. N'entendez-vous pas tous les jours autour de vous des discours comme celui-ci : tel enfant est intelligent ou bien idiot comme son père ?

Une comparaison nous donnera peut-être la clef de ce mystère. Prenez, par exemple, un cierge fait avec de la cire saupoudrée d'encens. Ce cierge allumé donnera en même temps de la clarté et du parfum, tellement les deux corps sont unis. De même, en l'homme, l'âme et le corps, fondus ensemble, exercent l'un sur l'autre une mutuelle influence. Une âme forte fait un corps courageux, selon la pensée de Bossuet; un corps lourd, de son côté, au témoignage de Madame de Sévigné, fait une âme flasque et pusillanime.

Ce n'est pas que je veuille dire, comme font certains criminalistes qui attribuent tout à l'hérédité, que l'homme soit irresponsable. Non; dans l'homme sain de corps et d'esprit la liberté et la responsabilité demeurent. Mais il est certain que les hommes ne sont pas également doués; que les uns ont une grande lutte à soutenir contre une nature ingrate, tandis que d'autres ont un penchant naturel pour la vertu. Et c'est précisément l'objet de l'éducation de diriger les bons penchants et de corriger les mauvais; d'où son importance.

La conclusion de ce que je viens d'établir est ceci : Que les époux, même avant la naissance de l'enfant, peuvent influer sur son tempéra-

ment futur; et que, pour éviter que cette influence ne soit funeste, ils ont des précautions à prendre.

Que le mari ait donc grand soin d'éloigner des yeux de sa femme tout mauvais spectacle, de ses oreilles tout mauvais discours, de son cœur toute mauvaise pensée; qu'il évite, en particulier, les disputes, les blasphèmes, l'intempérance. Car, à cette époque critique, la plupart des femmes sont sujettes à des troubles nerveux qui surexcitent leur sensibilité, et qui peuvent avoir, par contre-coup, des conséquences fatales à l'enfant qu'elles portent.

Et maintenant l'enfant a vu le jour.

Certaines mères ont l'habitude de coucher dans leur lit le nouveau-né. Grave imprudence dont le résultat a été la mort de plusieurs de ces petits, étouffés dans le sommeil. Il faut tenir l'enfant dans un berceau.

Un peu plus tard, les parents auront à parer à un double danger, d'un ordre bien différent, je veux parler du scandale. Où faudra-t-il coucher l'enfant? Dans la chambre de sa mère? Non, car une âme enfantine perd aisément sa fleur d'innocence. Dans un appartement éloigné, sans surveillance ? Pas davantage; car dans un âge si tendre les mauvaises habitudes s'acquièrent d'autant plus aisément que le discernement n'existe point encore, pour devenir avec le temps un mal presque sans remède.

Les parents avisés n'exerceront jamais de trop bonne heure une surveillance de jour et de nuit.

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