II. — Dans le monde
Mais la maison, l'intérieur de la famille n'est pas le tout d'une jeune fille; elle est même des-
iinée à la quitter, tôt ou tard, par le mariage ou autrement. C'est pourquoi nous devons lui donner des conseils qui puissent la guider dans ses rapports avec le monde.
Et, d'abord, quelle est votre vocation? Avezvous pensé à la vie religieuse ? Heureuses celles que Dieu choisit pour en faire ses épouses !
On voit souvent des mères qui pleurent et se désolent parce que leurs filles s'enferment dans le cloître; elles prétendent que c'est pour elles un cruel sacrifice. Avouons que ces mères manquent également de foi et du sens exact des choses. Si leurs filles épousaient un étranger qui les emmènerait à mille lieues de leur patrie, leurs noces n'en seraient pas moins joyeuses. Et, parce que Notre-Seigneur Jésus-Christ leur fait l'honneur de les prendre, on pleure. Et pourtant l'on sait, ou l'on devrait savoir, que ce sont précisément les épouses du Seigneur qui gardent à leurs parents la plus tendre et la plus constante affection.
Quant au bonheur même de ces enfants, qui pourrait en douter après les paroles du divin Maître : « Et quiconque aura quitté des maisons, ou des frères, ou des sœurs, ou un père, ou une mère, ou une femme, ou des enfants, ou des champs à cause de mon nom, il recevra le centuple en ce monde et possédera la vie éternelle » ? Peuvent-elles encore croire, les pauvres mères, que le mariage est la garantie du bonheur? Ce serait à désespérer, vraiment, des leçons de l'expérience.
Ceci soit dit, mes enfants, sans vouloir intervenir dans votre vocation.
Supposons donc que, comme c'est l'ordinaire, vous vous sentiez appelées à l'état du mariage.
Qui choisirez-vous ?
Un protestant, à cause de sa richesse ? Jamais. Dans ce pays du Canada, l'abominable institution de la dot est inconnue, grâce à Dieu. On ne s'achète pas, on ne se vend pas, on s'épouse parce qu'on s'aime. Malheur donc à la fille qui, par ambition, accepte pour mari un homme étranger à sa religion comme à sa race ! Cet homme la maltraitera un jour, sûrement. Et, lors même qu'il lui demeurerait attaché, la famille de cet homme ne lui pardonnera jamais d'être Française et catholique. On l'accablera de mépris et de mauvais procédés. Ses enfants eux-mêmes, anglais et protestants comme leur père, la traiteront en servante. A moins que, pour s'attirer les bonnes grâces de ces gens-là, elle n'apostasie sa foi et ne se ravale à leur niveau.
Et n'allez-pas croire, mes enfants, que j'exagère, dans le dessein de vous effrayer. Je prends à témoin, de la vérité de ce que je vous dis, tous ceux de mes auditeurs qui ont quelque expérience de ces choses. Neuf fois sur dix, les mariages mixtes sont malheureux; trois fois sur quatre, ils aboutissent à l'apostasie.
Mais, mon Père, me dira tout bas une petite incrédule, mon cavalier m'a bien promis qu'il se convertirait. — Ne le croyez pas, mon enfant.
Les cavaliers sont tous forts en belles promesses, qu'ils se réservent de ne jamais tenir. D'ailleurs, qui l'empêche de se convertir maintenant ? C'est le temps; votre empire sur lui est encore intact; plus tard, lorsque viendra l'ennui qu'amène avec soi l'habitude, le charme n'agira plus, les promesses seront oubliées et vous pleurerez sans fin.
Une autre a pour cavalier un canadien, un catholique; mais, puisqu'il faut ici parler franc, ce prétendu a le défaut de boire...
Il est vrai que, l'autre jour, il a pleuré et fait la promesse formelle de ne prendre jamais plus un verre de boisson.
Ah ! chère enfant ! Chassez ce malheureux de votre présence, sinon vous êtes à jamais perdue. Consultez autour de vous vos parentes, vos amies, vos voisines; écoutez l'histoire de leurs malheurs. Elles aussi ont eu un cavalier qui buvait. Il leur promit de se convertir. Combien ont tenu leur parole? Presque aucun. Et les voilà maintenant désolées, crucifiées à tout jamais, par leur faute, pour n'avoir pas cru des conseils semblables à ceux que je vous donne aujourd'hui.
C'est à décourager vraiment du métier de conseiller de voir l'état que l'on fait de nos avis et le peu de fruit de nos exhortations. Mais le disciple n'est pas plus heureux que le Maître et nous savons que notre bon Maître Jésus-Christ ne s'est jamais lassé de prêcher dans le désert.
Supposons maintenant que vous avez ren-
contré le cavalier idéal, je veux dire un bon enfant qui vous ressemble. Que ferez-vous?
Je vais d'abord vous signaler ce que vous ne ferez pas.
Il nous est venu, dans ces dernières années, des Etats-Unis, pays de toutes les audaces, une mode nouvelle qui fit incontinent fureur parmi les jeunes protestantes, la mode, je rougis en la nommant, des filles-garçons.
Ces filles semblent avoir honte de leur sexe. Elles se font les camarades des jeunes hommes. Elles ignorent l'usage des chaperons et des voiles. Elles s'en vont en bicyclette le soir, bien loin, près des bois, avec de jeunes amis. Elles courent en raquettes à travers champs. Après souper, vers huit heures, elles prennent avec leurs compagnons, le tramway du Sault Montmorency, montent au Kent Hou se. et se livrent jusqu'à onze heures au sport du toboggan. Pendant ce temps, leurs mères dorment du tranquille sommeil des justes; car, paraît-il, on peut glisser longtemps sans faire de chutes.
Que de fois, en revenant, le soir, des clubs ouvriers, ai-je prêté l'oreille aux bruyants discours de ces futures suffragettes. Elles parlent toujours anglais. Cependant, j'ai remarqué, parfois, à mon entrée dans le tramway, que quelques-imes détournaient la tête, et que leur anglais était un peu cassé. Voilà, mes enfants, ce qu'il ne faut pas faire.
La jeune fille catholique est timide, a l'exemple de la Vierge Marie, que l'apparition d'un
Ange effraya. Elle n'ignore pas « que nous portons notre vertu dans des vases fragiles », que la grande différence entre les vierges folles et les vierges sages est la prudence, qu'il vaut mieux sauver son honneur que gagner un mari. Elle sait d'ailleurs que le meilleur moyen de gagner un bon mari est encore de veiller jalousement.
En conséquence, elle préfère à tout l'intimité du foyer, elle n'est tentée ni par les fêtes, ni par les danses, ni par les représentations théâtrales. Elle reçoit, sans doute, avec bienséance tous les amis de la maison, mais elle attache plus de prix à gagner leur estime qu'à conquérir leur cœur.
Elle se fait, d'autre part, si peu d'illusion sur sa beauté qu'elle n'a pas l'intention d'inspirer l'amour, et qu'elle se contente parfaitement d'une solide amitié chrétienne. Et afin que, précisément, cette amitié soit solide et non sujette aux déceptions, elle est candide, et veut qu'on lise au fond de son âme comme à travers un cristal.
Il est vrai qu'on ne voit rien de mal au fond de son âme que la crainte de Dieu garde pure. « Millier timens Dominum ipsa laudabitiir : La femme qui craint le Seigneur mérite les éloges »