II. — Choix d'une épouse
Nous voici maintenant parvenus au temps où l'homme éprouve le besoin de se créer un foyer et une famille. Permettez-moi de vous donner quelques conseils de prudence pratique sur le
choix de l'épouse à qui vous allez confier votre honneur et le bonheur de votre vie.
Et tout d'abord, méfiez-vous des rencontres faites dans les réunions publiques, telles que bals, théâtres, bazars, etc., etc. Il règne toujours, dans ces réunions, une surexcitation factice qui fausse dans notre jugement l'exacte proportion des choses. La danse alarme les sens et fait tourner les têtes, la chaleur attire le sang au cerveau, la lumière des lustres éblouit nos yeux, et donne aux visages un éclat que l'on ne retrouve point aux clartés crues du jour, d'autant plus que le fard et les apprêts, qu'on raille avec tant de raison, ne laissent pas de produire leur effet dans le milieu d'agitation et de fraude qui leur convient.
Si, à tout cela, vous ajoutez une belle voix et un grand effort de plaire, vous comprendrez combien facilement des jeunes gens inexpérimentés peuvent se laisser fasciner par des charmes qui n'ont de réalité que dans leur imagination surchauffée, et qui disparaissent ensuite comme un mirage.
Pour toutes ces causes, le jeune homme qui cherche une fiancée dans de telles réunions, peut rester assuré qu'il court après la déception et qu'il trouvera son malheur.
Méfiez-vous également de la beauté physique, mes chers enfants.
On vante communément la beauté, et les hommes se plaisent à lui rendre hommage; les femmes, de leur côté, en sont orgueilleuses.
Est-ce un bien pour une jeune fille ? Des parents chrétiens doivent-ils la souhaiter à leurs enfants? Non. Je crois sincèrement que, au double point de vue, spirituel et temporel, la jeune fille ne gagne rien à se distinguer en cette matière.
Pourquoi cela? me direz-vous — Voici. Dans les plans de la nature, la beauté n'a d'autre objet que d'allumer l'amour; un peu comme la paille allume le feu. Mais cet amour qu'excite la beauté devient fréquemment excessif, désordonné, criminel; ce qui fait que plus une fille est belle, plus elle enflamme les convoitises charnelles des hommes, et plus, par un juste retour, elle est elle-même tentée. Les pécheresses publiques sont toutes ou presque toutes belles.
Si, du moins, l'on pouvait dire que, une fois mariée, la beauté de la femme lui garantit l'affection de son mari, il y aurait lieu de se consoler des dangers qu'elle a courus; mais nous sommes loin de compte. D'abord, la beauté ne dure pas. Regardez autour de vous, dans vos familles, parmi vos connaissances; constatez combien rapidement se flétrissent les plus gracieux visages. Au bout de quelques années les femmes sont méconnaissables.
Ensuite, lors même que, par exception, la beauté subsiste, l'amour ne laisse pas que de s'éteindre.
Regardez encore une fois dans vos familles et ailleurs, et vous ne tarderez pas à constater que
les femmes qui ont conservé la fraîcheur ne sont pas, plus que les autres, garanties contre l'abandon.
Qu'est-ce à dire? L'amour est-il fatalement destiné à disparaître au bout de quelques mois? Non; mais il se transforme: il devient de l'amitié, de l'estime, du respect.
Or, cet amour ainsi transformé, s'inquiète peu de la beauté; il a besoin d'un aliment plus substanciel, le mérite, la vertu. « Fallax gratia, dit l'Ecriture, et varia est pulchritudo millier timens Dominum ipsa laudabitur : La beauté est vaine et trompeuse, la femme qui craint le Seigneur mérite seule d'être louée. »
Voilà pourquoi, je le répète, vous devez faire peu de cas de la beauté physique.
Troisième conseil important. Enquérez-vous soigneusement de l'honorabilité de la famille de votre fiancée.
Cette enquête, en effet, s'impose à votre vigilance, au double point de vue de vos relations futures et des qualités personnelles de la jeune fille.
Ce serait pour vous une fâcheuse erreur de prétendre entrer dans une famille dont le rang, les goûts, le caractère n'auraient rien de commun avec les vôtres; vous y seriez déplacés, et des discordes fatales à la paix de votre foyer en seraient la conséquence infaillible. Et votre femme ? Ou bien elle épouserait votre querelle, et alors elle sacrifierait ses parents à son mari; ou bien elle prendrait parti contre vous, sacri-
fiant son mari à ses parents; alternative cruelle, contraire aux commandements de Dieu, ruineuse pour le bonheur domestique.
D'autre part, vous connaissez les lois de l'atavisme auxquelles tous les hommes, sauf de rares exceptions, sont soumis. Vous chercherez donc dans les vertus des parents les qualités de leur enfant, et vous n'épouserez jamais une personne dans la famille de laquelle des tares ont été signalées.
Nous n'avons touché, jusqu'ici, qu'aux préliminaires de vos fréquentations; entrons maintenant dans le vif de la question, c'est-à-dire dans l'étude de votre fiancée elle-même.
Etude malaisée qui demande un subtil examen. La femme nous trompe fréquemment, l'analyse de son caractère est difficile. Qu'est-ce à dire? L'accuserai-je de fourberie? Non. Elle est innocente de ses ruses, ce qui ne les rend que plus dangereuses. La femme, comme toutes les créatures à qui la force manque pour se protéger, a recours aux faux-fuyants. Son instinct la fait ondoyante; ses attitudes varient infiniment selon les passions qui l'agitent et le but qu'elle se propose. Une fois qu"elle s'est mis en tête de vous épouser, elle n'épargne rien, ne vous laisse apercevoir que les brillants côtés de son humeur, comme certains oiseaux au beau plumage. Gela dure jusqu'au mariage. Puis l'effort, trop longtemps soutenu, tombe insensiblement, jusqu'au jour où vous découvrez avec mélancolie qu'il y a quelque chose cfe changé, et que
votre nouvelle épouse vous apparaît sous un jour imprévu.
C'est à de telles fâcheuses méprises qu'il vous faut obvier. — Comment? — En observant soigneusement la conduite de votre fiancée; non, sans doute, dans ses rapports avec vous, ils sont trop étudiés, mais dans ses relations avec les autres, avec ses parents, ses amis, ses voisins.
Telle jeune fille, charmante à l'égard de son cavalier, répond sèchement à sa mère qui l'interrompt, donne un soufflet à son petit frère qui fait malencontreusement irruption dans le salon, s'exprime aigrement sur le compte de sa meilleure amie dont elle est jalouse, autant de traits de caractère qu'il est bon de noter.
Efforcez-vous de vous rendre compte de ses aptitudes et de ses goûts. Est-elle vaniteuse, coquette, amie du luxe et des fêtes, paresseuse, liseuse de romans, rêveuse, n'aspirant, en un mot, qu'aux folies de la vie mondaine ? est-elle, au contraire, simple dans sa mise et ses aspirations, habile à la coutuie, capable de faire ses robes et de ravauder les vêtements de ses frères et de ses sœurs, experte dans les choses du ménage, heureuse quand tout reluit dans la maison, économe, active et, avec cela, joyeuse? Voilà des questions capitales auxquelles il faut que vous sachiez trouver une réponse, car votre bonheur en dépend.
Poussons encore plus avant. Etudions ce qui fait le fond solide sur lequel se doit se bâtir l'édifice d'un foyer chrétien, je veux dire la vertu.
Cette jeune fille est-elle chaste? Sa seule présence éloigne-t-elle les mauvaises pensées? Estelle à la fois ouverte et réservée? Pouvez-vous lire dans son âme comme à travers un cristal, non parce qu'elle est trop simple, mais parce qu'elle est candide et qu'elle n'a rien à cacher?
Est-elle bonne et charitable; voyant toutes choses en bien; ne soupçonnant pas le mal ou en repoussant la pensée; prête à rendre service, à visiter les malades, à consoler les affligés? S'émeut-elle au récit des malheurs d'autrui; estelle sensible à la pitié?
Est-elle patiente dans les peines et sous les injures; sait-elle pardonner, sait-elle prier, saitelle aimer?
Est-ce une fille pieuse, une enfant de Marie, fréquentant l'église, communiant souvent ? Se fait-elle une joie d'entendre, quand elle le peut, la messe chaque matin ?
Est-elle, en un mot, la joie de son père, la consolation de sa mère, l'honneur de la sainte Eglise catholique apostolique et romaine ?
Si elle est toutes ces choses, ah ! mes chers enfants ! c'est un trésor : épousez-la.
Mais, pour acheter la perle précieuse, il faut, dit l'Evangile, vendre tout ce qu'on a, faire tous les sacrifices; en un mot la mériter.
Vous comprenez bien que dans le plan divin tout s'équilibre; qu'on ne prodigue point aux indignes les trésors, les palmes et les couronnes,
et qu'on ne jette point les perles aux pourceaux, comme dit encore le saint Evangile.
Si vous voulez épouser une fille chaste, soyez chastes. De quel droit oseriez-vous offrir à une âme innocente les restes d'un cœur blasé et d'un corps usé, quand il n'est pas souillé et infectieux ?
Etrange prétention qu'ont certains hommes d'exiger d'autrui ce qu'ils ne sauraient donner eux-mêmes. Ils s'en vont trompant l'innocence par un extérieur et des paroles qui ne correspondent à rien; et l'innocence les croit généreusement, elle se donne à eux de tout cœur. Hélas ! le temps viendra où tout sera révélé et où l'indignité du coupable se maaifestera. Alors la malheureuse victime, trompée dans ses plus nobles sentiments, se repliera sur elle-même avec horreur, et n'aura plus que du mépris pour son man; triste fin d'un engagement qui promettait le bonheur.
Soyez donc vertueux, jeunes gens, gardez la piété de votre enfance et la pratique des sacrements. Que si, parfois, la fougue des passions vous entraîne, méfiez-vous de l'orgueil qui cherche à justifier les manquements de la morale en s'attaquant à la doctrine et en révoquant en doute les vérités trop pénibles. Enfants prodigues, imitez jusqu'au bout votre modèle évarïgélique; vous l'avez suivi dans ses fautes, suivezle clans son repentir, et criez avec lui au Père céleste : « Peccavi : J'ai péché ! »
Puis, lorsque assagis par la pénitence, vous
éprouvez le besoin de vous affermir définitivement dans la vertu, cherchez la vierge chrétienne dont vous ferez votre épouse; respectez-la, honorez-] a, témoignez-lui votre amour par le plus profond respect; montrez-vous dignes d'elle par des vertus semblables aux siennes. Et alors...
Alors, que vous dirai-je? Vous promettrai-je le bonheur ? C'est un pouvoir que Dieu se réserve. Vous en serez dignes, du moins; et, si vous ne l'avez pas sur la terre, vous aurez toujours la force de porter les épreuves, et la ferme assurance de le posséder, un jour, éternellement.
La Prière
Mes Frères,
Il n'y a rien de nouveau sous le soleil. Le cycle des hérésies ayant fini son évolution, nous revenons aux anciennes erreurs que nous imaginons naïvement inventer.
Qui connaît Pelage, aujourd'hui ? Pourtant le monde redevient Pélagien. Cet hérétique niait le fait du péché originel et de la corruption de notre nature; il soutenait, en conséquence, que nous étions capables, sans secours étrangers, d'atteindre notre fin qui est le ciel. Vous voyez ia suite : pas n'est besoin de la grâce divine, inutile de recourir à la prière.
Ce même langage on le répète aujourd'hui sur tous les tons. — « Aide-toi, le ciel t'aidera »; disait Vaclage chrétien, — « Aide-toi »; dit l'adage nouveau, inventé par les Américains et par tous ceux qui ont perdu la foi.
Hélas ! disons-le à notre confusion, mes frères, nous sommes tous plus ou moins atteints de cette maladie du pélagianisme ou du naturalisme. Notre foi est affaiblie, notre piété est languissante, nous ne savons plus prier; il ne faut pas chercher ailleurs que dans cette tiédeur
l'explication de nos chutes et de nos perpétuelles déconvenues.