I. — Nécessité de la grâce
Rien n'est plus certain, en effet, que notre incapacité radicale à faire le bien. Mais, rien, non plus, n'est plus assuré que la disposition dans laquelle Dieu se trouve de nous aider, pour peu que nous lui en fassions la demande. Cette double vérité la foi et la raison s'accordent pour l'établir : « Sans moi vous ne pouvez rien faire », nous dit Notre-Seigneur Jésus-Christ. — « C'est vrai, répond pour nous saint Paul, par moi je ne puis rien; mais je puis tout en Celui qui me fortifie. » — « C'est pourquoi, ajoute le chrétien, avec l'auteur du livre de la Sagesse, quand j'ai vu que je ne pouvais obtenir la vertu si Dieu ne me la donnait, je m'adressai au Seigneur et je l'invoquai du fond de mon cœur. »
A cet enseignement révélé, la raison ajoute son mot. Dieu est sage, dit-elle, il n'y a point de désordre en lui. Dans l'œuvre grandiose de la création tout est proportion, harmonie; les moyens sont adaptés à la fin. Or, la fin de la création est la gloire de Dieu. Les moyens d'atteindre cette fin doivent donc exister; ils ne peuvent pas ne pas exister. Et si, par quelque accident, les moyens prévus par Dieu viennent à faire défaut, Dieu saura faire un miracle et suppléer à ces moyens naturels défaillants par
d'autres, surnaturels, qui augmenteront sa
gloire.
Or tel est, précisément, mes frères le cas de l'homme. Il n'est point nécessaire d'aller chercher bien loin la prouve de notre dénùment actuel: nous sentons tous la disproportion qui existe entre nos désirs et nos moyens : « Je vois le mieux, s'écriait le païen Ovide, et je l'aime; néanmoins je me laisse entraîner par le pire. » Saint Paul exprima en termes déchirants la même pensée. Mais, plus heureux que le païen, il n'eut point à se désespérer; car ii entendit Dieu lui-même lui faire la réponse qui devait remettre tout en ordre : « Ton impuissance te décourage, tu ne sais pas vaincre le mal, tu ne sais pas pratiquer le bien; tourne-toi donc vers moi, homme faible, adresse-toi en toute confiance à moi, je t'enverrai le secours suffisant. « Sufficit tibi gratta mea ! »
Ah 1 mes frères, quand nous réfléchissons à cette sagesse et à cette bonté de notre Dieu, notre cœur se fond d'amour et de reconnaissance, et notre foi redevient, comme il sied, semblable à celle du petit enfant qui repose en toute assurance dans les bras et sur le sein de sa mère.
Mais ce secours divin, cette grâce, car tel est son nom, comment nous est-il communiqué ? Par force, nécessairement? Non. Dieu ne veut point détruire l'économie de ses admirables desseins, ni attenter à ce chef-d'œuvre de sa droite qu'on appelle la liberté humaine. L'homme, intelligence, volonté, liberté, ne sera pas
transformé en automate, à l'instar des bêtes. La grâce ne lui est jamais refusée, elle lui est toujours offerte; à lui de tendre la main, de la prendre, de s'en servir, d'en mériter l'accroissement.
Et comment ? Par la prière.