II. — Théorie de la prière
Quoique, en apparence, Dieu requière notre demande pour nous combler de ses dons; en réalité ce n'est pas notre demande qu'il attend, mais notre permission. Il ne peut nous sauver malgré nous, puisqu'il respecte notre liberté; mais afin de nous sauver, il se contente d'un signe. « Sto ad ostium et pulso »; il frappe à la porte et dit : « Mon fils, donne-moi ton cœur ». Il aurait tant de chagrin de nous perdre !
Cette doctrine admirable ne fut pas révélée de prime abord à l'humanité; Notre-Seigneur Jésus-Christ l'enseigna graduellement à ses disciples, à proportion qu'ils devenaient plus capables de la comprendre.
Dans la première étape de cet enseignement, la prière ne semble obtenir gain de cause qu'à force d'importunités. Ecoutez : « Si quelqu'un de vous, dit un jour le Maître, ayant un ami, allait le trouver au milieu de la nuit et lui disait : Prête-moi trois pains, car un hôte vient de m'arriver, et je n'ai rien à lui offrir. — Que si l'autre lui répondait de l'intérieur de sa maison : Ne m'importune pas; ma porte est fermée, mes enfants sont au lit comme moi; je ne puis me
lever. — Mais si vous continuiez à frapper, je vous le dis, votre voisin se lèverait et vous donnerait tout ce qu'il faut, sinon par amitié, du moins à cause de votre importunité. — Ainsi donc, demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et on vous ouvrira. »
A cette première leçon si imparfaite puisqu'elle nous représente Dieu comme se faisant prier (excusez l'innocent jeu de mots), Notre- Seigneur Jésus-Christ ne tarde pas à en substituer une autre plus relevée qui nous fera comprendre la miséricordieuse condescendance du Père Céleste. Ecoutez : « Si quelqu'un d'entre vous demande à son père du pain, lui donnerat-il une pierre ? S'il lui demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent à la place ? S'il lui demande un œuf, lui présentera-t-il un scorpion ? Si donc, tout méchants que vous êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père des deux donnera-t-il un bon esprit à celui qui le lui demande. »
Ecoutez maintenant une leçon nouvelle. Dans le texte suivant, Xotre-Seigneur renchérit et attribue à la prière une vertu miraculeuse : « Je vous le dis en vérité, si vous disiez avec foi à cette montagne : ôte-toi et te jette dans la mer; la chose serait faite. C'est pourquoi, quoi que ce soit que vous demandiez dans vos prières, croyez que vous le recevrez et cela vous arrivera. » Voici, solennellement promulguée l'efficacité de la foi à transporter les montagnes.
Poursuivons, mes frères, l'étude des paroles
du divin Maître : « Jusqu'ici vous n'avez rien demandé. Demandez donc et vous recevrez. » N'avais-je pas raison tout à l'heure, en disant que Dieu ne se contente pas d'exaucer nos prières mais que, encore, il les sollicite ?
Il fait plus. Son esprit connaissant notre faiblesse et notre ignorance se substitue à notre place et prie pour nous par des gémissements ineffables. »
Ecrions-nous donc avec le grand apôtre : « 0 profondeurs de la sagesse divine, combien ses desseins sont mystérieux, combien ses voies sont incompréhensibles ! »