III. — Toute-puissance de la prière
« En vérité, je vous le dis, tout ce que vous demanderez à mon Père, il vous le donnera en mon nom. »
Ces paroles sur lesquelles se fonde la doctrine de la toute puissance de la prière, sont corroborées, mes très chers frères, par l'histoire, et appuyées par la raison. Le temps me manque pour développer comme il convient les preuves de mon assertion; quelques faits et quelques réflexions suffiront.
Mais ici, il me semble que vous m'interrompez tout bas : « Pourquoi, dites-vous, chercher à corroborer les paroles de Jésus-Christ, qui sont vérité, esprit et vie ?
Il m'est bien permis, répondrai-je, de confirmer la doctrine du Fils de Dieu par les miracles de son divin Père, comme il fit lui-même si
souvent. Ces miracles opérés par la prière sont si nombreux que je n'aurai que l'embarras du choix. Je n'en citerai que quelques-uns.
Nous lisons au livre de l'Exode que Pharaon, ayant appris la fuite des enfants d'Israël, se repentit de les avoir laissé partir. Il se mit donc à la tête de son armée, courut après eux, et les atteignit comme ils étaient campés près de la mer Rouge.
A ce spectacle le peuple épouvanté poussa des cris vers Jéhovah. Il dit à Moïse : « Que nous astu fait ? Ne valait-il pas mieux servir les Egyptiens que de mourir ? — Moïse répondit au peuple : N'ayez point de crainte, et regardez le salut que Jéhovah va vous accorder en ce jour. »
On sait le reste, comment, à la prière de Moïse, la mer s'ouvrit, laissant aux enfants d'Israël un libre passage, engloutissant ensuite l'armée des Egyptiens.
Lorsque le peuple fut arrivé à Raphidim dans le désert, les Amalécites s'armèrent contre ces envahisseurs et vinrent leur livrer bataille. Pendant que Josué, à la tête des guerriers, combattait, Moïse, accablé par l'âge, priait sur la colline. Tant que le prophète tenait sa main levée, Israël avait l'avantage, et quand il laissait tomber sa main, Amalec était le plus fort. Alors il s'assit sur une pierre, et ses deux compagnons Aaron et Hur soutinrent ses mains. Ainsi elles ne fléchirent plus jusqu'au coucher du soleil, et Josué défit Amalec et son peuple à
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la pointe de l'épée. N'est-ce point la le triomphe de la prière?
Un jour Jehovah apparut à Abraham et lui dit : « Le péché de Sodome et de Gomorrhe est énorme. Je vais châtier ces villes. » Abraham, se tenant devant lui, s'écrie : « Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville. Ne leur pardonnerez-vous pas à cause d'eux? » — Jéhovah dit : « Je pardonnerai à toute la ville à cause d'eux. » — On sait le reste; comment Abraham, palpitant de crainte et de pitié, marchanda avec la justice divine jusqu'à obtenir que dix justes fussent considérés une rançon suffisante pour le salut des deux cités. Mais hélas ! les dix justes ne s'y trouvaient pas, et le feu du ciel fit son œuvre. Si Abraham eût insisté davantage il me semble assuré qu'il eût obtenu gain de cause.
Cette insistance dans la prière, Moïse, un jour, en montre la toute-puissante efficacité. "
Il était sur le Sinaï; et le peuple ingrat, préludant au grand crime du Calvaire, profita de son absence pour adorer le veau d'or. Dieu dit alors à Moïse : « Va, descends, car le peuple que j'ai tiré de l'Egypte m'a trahi ! Et, comme Moïse tombait à genoux, Jéhovah poursuivit : « Laisse-moi, que ma colère s'embrase contre eux et les consume. Mais je ferai de toi une grande nation. »
Moïse tint bon; il n'eut pas peur : « Seigneur, revenez de l'ardeur de votre colère et repentezvous du mal que vous voulez faire à votre peuple. Souvenez-vous de vos promesses à Abra-
ham, à Isaac et Jacob. » Et Jéhovah vaincu par la prière de son serviteur « se repentit du mal qu'il avait parlé de faire à son peuple. » Et Moïse, radieux, descendit de la montagne, portant dans ses mains les tables de la Loi.
Si maintenant, quittant l'ancien Testament, nous ouvrons l'Evangile, nous assistons à un triomphe de la prière autrement éclatant. Jésus était crucifié sur le Calvaire; le peuple l'injuriait, les soldats se moquaient de lui. Un des malfaiteurs cloués sur la croix à ses côtés l'insultait disant : « Puisque tu es le Christ, sauvetoi et sauve-nous. » Mais l'autre le reprenait : « Ne crains-tu pas Dieu, toi non plus, condamné que tu es au même supplice? Pour nous, c'est justice, car nous recevons ce qu'ont mérité nos crimes; mais lui, il n'a rien fait de mal. » Et il dit à Jésus : « Seigneur, souvenez-vous de moi quand vous serez dans votre royaume. » Jésus lui répondit : « Je te le dis en vérité, aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis. »