II. — La charité immortelle
La charité surtout sera le solide fondement de notre confiance. Si toutes les vertus sont divines, la charité est la plus divine de toutes,
parce qu'elle constitue l'imitation la plus parfaite de Notre-Seigneur Jésus-Christ. « Père saint, disait le Sauveur, quelques heures avant sa mort, je prie pour ceux qui croiront en moi, pour que tous ils soient un, comme vous, mon Père, êtes en moi, et moi en vous. Et je leur ai fait connaître votre nom, afin que l'amour dont vous m'avez aimé soit en eux, et que je sois moi aussi en eux. »
« Dieu est amour », s'écriait saint Jean.
Toutes les manifestations de Dieu dans ses œuvres sont l'expression de sa charité. Pourquoi a-t-il créé le monde sinon par amour ? Pourquoi sa Providence ? Pourquoi, après la chute, le grand mystère de notre Rédemption ? Pourquoi l'Incarnation ? « Dieu a tant aimé le monde qu'il lui a donné son propre Fils. » Pourquoi la mort de Jésus-Christ ?
« C'est qu'on ne peut faire rien de plus grand que de donner sa vie pour ceux qu'on aime. » L'amour est un feu que rien n'éteint. Il est plus fort que la mort. Il subsistera au Ciel, quand la foi et l'espérance n'auront plus leur raison d'être. Que dis-je ? A mesure que nous connaîtrons mieux Dieu, notre amour pour lui grandira.
De fait, il n'y a qu'un mal, l'égoïsme; il n'y a qu'une vertu, l'amour. Tous les vices sont l'expression d'un même bas sentiment, l'amour de soi; toutes les vertus sont des manifestations multiples de notre amour de Dieu.
L'amour que le Créateur a mis dans nos
cœurs pour mobile à tous nos actes grandit et se purifie graduellement, à mesure que nous nous pénétrons du sens divin. Depuis notre petite enfance si affectueuse, si tendre, jusqu'aux limites de l'âge, notre faculté d'aimer se développe et s'épure.
Quel progrès, des amours troublants de l'adolescence aux chaudes tendresses de la paternité, si constantes, si généreuses ! Malheur au fils ingrat qui ne garderait pas au fond de son cœur un souvenir dïmpérissable reconnaissance pour sa mère !
La charité chrétienne s'infiltre chaque jour davantage dans le monde, comme l'huile de Fonction qui pénètre le dur rocher. Nos contemporains, à leur insu, sont imprégnés de christianisme. Ils sont accessibles à la pitié, ils font l'aumône, ils multiplient les hôpitaux, ils sentent leur cœur battre à l'unisson lorsque les journaux apportent la nouvelle de quelque grande catastrophe.
Mais le triomphe de l'amour c'est la vocation apostolique qui, surnaturalisant un homme, une femme, leur donne le courage de renoncer aux tendresses les plus légitimes de la société et de la famille, afin d'aimer plus librement les âmes, de les conquérir et de les offrir, comme autant de précieux trophées, à la source même de l'amour, au Cœur Sacré de Jésus-Christ.