I. — Constitution de la Famille
Les origines de la plupart des institutions humaines, perdues dans la nuit des temps, sont d'ordinaire assez confuses. Il n'en est point ainsi, grâces à Dieu, de la famille. Vous savez tous sur quelles bases augustes et précises elle fut constituée. Ecoutez : « Il n'est pas bon, dit Jéhovah, que l'homme soit seul; et je lui ferai une aide semblable à lui... » Et Jéhovah
'•l LA FAMILLE CHRETIENNE
fit tomber un profond sommeil sur Adam qui s*endormit. et il prit une de ses côtes et reforma la chair à sa place. De la côte qu'il avait prise de l'homme. Jéhovah forma une femme et il l'amena a Adam. Et Adam s'écria : « Celle-ci est os de mes os et chair de ma chair : Celle-ci sera appelée femme parce qu'elle a été prise de l'homme. » C'est pourquoi, ajoute l'Ecriture, rhomrne quittera son père et sa mère et s'attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair. » [Gen. n.)
Cette constitution ayant souffert, dans le cours des siècles, quelques atteinte-. Xotre-Seigneur Jésus-Christ éprouva le besoin, non de la modifier, mais de la restaurer intégralement. Ecoutez encore : Les Pharisiens dirent à Jésus : « Est-il permis à un homme de répudier sa femme pour quelque motif que ce soit ? » Il leur répondit : « X'avez-vous pas lu que le Créateur, au commencement, fit un homme et une femme, et qu'il dit : A cause de cela, l'homme quittera son père et sa mère, et il s'attachera à sa femme, et ils deviendront, les deux, une seule chair? — Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Que l'homme ne sépare donc pas ce que Dieu, a uni. » Math. xix.
V [ci, divinement constituée, la famille humaine, avec ses notes essentielles, savoir : l'amour, l'égalité, l'unité et l'indissolubilité. Je n'ai point le temps de m'étendre longuement sur l'authenticité et la légitimité de ces notes, on voit assez de quelles paroles elles procèdent :
L'amour fait préférer la femme aux parents; l'égalité ressort du fait que l'épouse est l'aide de son mari, semblable à lui; l'unité se conclut de ce que les deux conjoints ne font plus qu'une seule chair; l'indissolubilité enfin est l'objet d'un précepte formel de Jésus-Christ.
Le paganisme ne manqua point de corrompre le mariage comme il avait fait de la société tout entière.
Je n'irai point jusqu'à dire que les païens ne connurent pas l'amour. Cette passion naturelle, indifférente en soi et commune à la généralité des hommes, explique, au contraire, comment les anciens, contempteurs de la loi divine de chasteté, aient pu se soumettre au joug si lourd du mariage. Mais ils n'admirent jamais que leur amour dût être fidèle et constant.
Quant à l'égalité de l'épouse et du mari, à l'unité et à l'indissolubilité du lien conjugal, il ne les acceptèrent jamais.
La femme demeurait, en effet, toute sa vie, sous la tutelle de ses parents, de son père, de son mari, de son fils. Elle ne pouvait ester en justice. Le mari avait sur toute sa famille droit de vie et de mort. Il pratiquait la polygamie et le divorce, comme en fait foi l'histoire universelle.
On comprend que, dans ces conditions, la femme païenne n'ait jamais été qu'une servante plus ou moins honorée.
Le judaïsme lui-même se trouva impuissant à conserver à la famille sa pureté primitive.
Les patriarches étaient polygames: la loi même tolérait le divorce en certains cas déterminés. Vous connaissez, sans doute, la suite du texte fameux du Sauveur dont je vous ai donné tout à l'heure le commencement : « Pourquoi donc, dirent les Pharisiens, Moïse a-t-il prescrit de donner un acte de divorce et de renvoyer la femme ? » - — Il leur répondit : « C'est à cause de la dureté de vos cœurs que Moïse vous a permis de répudier vos femmes : au commencement il n'en fut pas ainsi. »
Telle est, mes frères, la noblesse de la famille chrétienne constituée par Dieu dès l'origine, dégradée par les hommes, restaurée par Jésus- Christ et jalousement préservée de toute atteinte par l'Eglise catholique. Les femmes ne sauront jamais témoigner trop d'amour à cette Eglise qui les a réhabilitées.
Il faut avouer que le mariage avait besoin d'être ainsi glorifié et élevé à la dignité d'un sacrement: car on ne saurait nier que, avec les deux malédictions qui frappèrent nos premiers parents : « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front... Tu enfanteras dans la douleur», il ne soit devenu un lourd fardeau.
Mais voilà ! Dieu proportionne toujours les moyens aux fins qu'il détermine. Aux monotonies de la vie à deux, il opposa le remède de l'amour conjugal: aux douleurs de l'enfantement, aux chaerins de l'éducation, il offrit les compensations de l'amour paternel.