SERMON
Manière d'entendre la Messe
Mes Frères,
J'entreprends, chrétiens fidèles à qui je dédie cette étude, de vous suggérer les dispositions avec lesquelles on peut utilement assister à la messe. Ces dispositions se recommandent sans doute d'une manière spéciale aux prêtres, mais elles sont également avantageuses à tous ceux, clercs et laïques, qui désirent participer abondamment aux fruits du Saint Sacrifice.
Vous savez qu'il n'y a en réalité qu'un seul prêtre. Nôtre-Seigneur Jésus-Christ, Dieu et homme, victime et sacrificateur. Le rôle de l'homme appelé à l'honneur de la vocation sacerdotale consiste à représenter sensiblement le Pontife invisible, et à lui servir d'instrument docile.
Pour Jésus-Christ il offre, pour Jésus-Christ il sacrifie, pour Jésus-Christ il distribue les fruits de l'holocauste. Mais s'il aspire à être plus vraiment prêtre, pardonnez-moi l'expression, il ne se contentera pas du rôle d'instru-
ment, il s'associera et s'identifiera avec Celui qu'il représente.
Ceci revient à dire que le prêtre doit s'offrir lui-même, en même temps qu'il offre Jésus- Christ au Père Céleste, se sacrifier spirituellement, et, s'il ne peut distribuer des grâces de son propre fonds, se faire, du moins, par zèle, le dispensateur généreux des grâces divines.
Et ce rôle sublime du prêtre n'a rien d'exclusif. Comme je le disais tout à l'heure tous les chrétiens y participent. La messe est, en effet, si j'ose dire, un sacrifice en collaboration. Entendez-moi bien, car l'expression est délicate. Je ne prétends point que Jésus-Christ ait besoin de notre collaboration, je constate simplement qu'il la désire. Voilà pourquoi saint Paul, interprétant toute la doctrine de la coopération humaine à la rédemption, a pu s'écrier : « Et ce qui manque aux souffrances du Christ en ma propre chair, je l'achève pour son corps qui est l'Eglise. »
Aussi bien l'Eglise qui possède le sens divin ne permet-elle pas que la sainte messe soit célébrée privément. Elle exige une assistance, un public. Le prêtre se tourne vers le peuple pour lui parler, et celui-ci lui répond. Si l'on se contente aujourd'hui de l'assistance d'un servant, c'est ad duritiam cor dis et par pure nécessité. Soyez donc tous de zélés collaborateurs à l'œuvre de la messe. Unissez-vous d'intention avec le prêtre et avec Jésus-Christ, le grand prêtre.
Mais, direz-vous, comment collaborer ? —
Ecoutez. Vous connaissez la définition que le catéchisme nous donne du mystère de nos autels : C'est la vive et efficace représentation du mystère du Calvaire : « ZJna cademque idem nunc offerens secerdotum ministerio qui seipsurn in cruce obtulit. » Si la messe est la représentation du sacrifice du -Calvaire, il ressort que le meilleur moyen de la suivre et d'y collaborer sera de se représenter aussi vivement que possible les scènes de la Passion du Sauveur et de s'unir de cœur à toutes les intentions de la sainte Victime. C'est ce à quoi nous allons nous essayer.
Tout d'abord, observons que le sacrifice du Calvaire ne peut être médité avec fruit qu'en tenant compte du fait qu'il eut un prélude et un dénouement. Avant de mourir, Jésus s'est offert en victime; après sa mort, il est ressuscité. Ce drame en trois actes se trouve reproduit fidèlement à la messe. Nous penserons donc, durant l'Offertoire, à l'offrande de Jésus au jardin des Olives, et nous nous offrirons avec lui. A l'Elévation, nous adorerons Jésus mourant sur la croix, et nous mourrons avec lui. A la Communion, nous contemplerons Jésus ressuscité se donnant aux hommes et nous le recevrons pieusement. Telle sera la division de notre entretien.