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III. — La Communion. La Charité

A la porte du temple de Salomon étaient écrits, dit-on, ces mots : « Tremblez en entrant dans mon sanctuaire. » Sur les portiques de nos églises nous graverions plutôt une sentence nouvelle : « Vous qui souffrez, venez à moi, et je vous soulagerai. »

Aussi bien l'Eglise répugne-t-elle, une fois la Consécration opérée, à donner au Tout-Puissant le nom de Dieu des armées, comme elle faisait naguère, encore, dans le chant de la Préface. Elle ne veut plus invoquer que sa bonté; et ses prêtres, instruits par Jésus-Christ, le prieront avec une confiance toute filiale : « Notre Père, disent-ils au cours du saint Sacrifice, que votre nom soit sanctifié, que votre règne arrive, que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. »

Voilà une prière que n'auraient pas comprise les Anciens qui n'aimaient point Dieu et qui ne cherchaient dans leur culte qu'un vil intérêt.

Est-ce à dire qu'on ne puisse, dans la prière, implorer des faveurs temporelles ? On le peut, pourvu qu'on le fasse modérément : « Donneznous aujourd'hui notre pain quotidien. » Mais ce qui importe, c'est le bien supérieur de la grâce et du pardon : « Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. » Oh ! le cri sublime ! Cri du vieux pécheur aux abois n'ayant de recours qu'en la divine miséricorde, cri du juste qui s'incline devant la loi de réparation; cri du nouveau chrétien qui vient d'apprendre à pardonner et qui sait bien qu'un Dieu pardonne !

Le prêtre, enfin, pensant à l'ennemi du genre humain qui rôde toujours autour de nous, se réfugie en terminant sous l'égide de la céleste puissance: « Ne nous laissez pas succomber à la tentation, mais délivrez-nous du

Méchant. Amen. » Telle est la prière du Pater, qui doit régler désormais les relations de l'homme avec Dieu.

Il est temps, cependant, de retourner par un effort de l'imagination sur le Calvaire, sur ce Calvaire transformé maintenant en Thabor.

Jésus, l'éternel Fils de Dieu, ne pouvait rester longtemps dans la nuit du tombeau. Lançons donc avec saint Paul un sarcasme à la mort : « 0 mort, où est ta victoire, ô mort, où est ton aiguillon ? » Jésus en mourant a tué la mort qui était le châtiment du péché.

Adressons-nous ensuite aux Anges qui gardent le précieux sépulcre. « Anges saints, qu'avez-vous fait de Jésus-Chrit ? — « Il n'est point ici, répondent-ils; il est ressuscité comme il l'avait prédit, vous le reverrez en Galilée. »

Oui, il est ressuscité. Des témoins nombreux l'ont vu. Ils l'ont entendu. Ils ont reçu de lui la grâce du Saint-Esprit : « Accipite Spiritum SancLum »; la grâce des sacrements : « Les péchés seront remis à qui vous les remettrez »; la grâce de l'apostolat : « Prêchez cet Evangile à toute créature, voici que je suis avec vous jusqu'à la fin des temps »; mais surtout la grâce eucharistique avec la multiplication miraculeuse des pains.

La grâce eucharistique ! Elle nous est enfin donnée cette nourriture spirituelle que depuis tant de siècles attendait le genre humain. « Omnes sitientes venite ad aquas : Vous tous qui avez soif, venez aux grandes eaux; et lors

même que vous seriez dépourvus de cet argentgui a cours au ciel, c'est-à-dire de mérites, accourez. » Le désir et le besoin suffisent. Personne n'est exclu du banquet céleste. Les pauvres sans doute ont la première place : Edent pauperes et saturabuntur »; mais les grands y trouveront eux aussi l'apaisement de leur faim : « Manducaverunt et saturati sunt omnes pingués terras. »

Ce pain donne la force à ceux qu'épuise la route aride de l'existence, comme le pain qui soutint jadis Elie dans sa marche de quarante jours. Le breuvage qui l'accompagne, je veux dire le sang du Christ, est la source proposée à la Samaritaine, qui désaltère à jamais et jaillit en vie éternelle.

Le corps et le sang du Sauveur sont la véritable nourriture céleste dont la manne ne fut qu'une figure, le pain qui doit nous rendre immortels. « Je suis le pain de vie descendu du ciel. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour. »

C'est pourquoi Jésus-Christ voulant, la veille de sa mort, nous laisser ce qu'il avait de plus précieux, a créé le sacrement eucharistique : « Prenez et mangez, ceci est mon corps; prenez et buvez, ceci est mon sang. Chaque fois que vous ferez ceci, faites-le en mémoire de moi. »

Et voilà que le prêtre, après s'être lui-même communié le premier, invite îes fidèles à s'approcher du sacré banquet.

Que ferez-vous, mes chers Frères ? Vous viendrez tous, vous obéirez au pape qui ressuscite les usages apostoliques et les vénérables traditions. Vous direz seulement comme le centurion : « Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez sous mon toit, mais dites seulement une parole et mon cœur sera guéri. »

Ce témoignage d'humilité et de foi prouvera précisément que vous êtes dignes. Oh ! quel bonheur est le vôtre de posséder un Dieu si bon !

C'en est fait. Abîmez-vous un instant dans la reconnaissance et dans l'amour. Ecriez-vous : « Je vis, non ce n'est pas moi qui vis, c'est Jésus qui vit en moi. » Vous sortirez ensuite de cette église transformés : « Comme des lions lançant des flammes et faisant trembler les démons. »

Soyez surtout des apôtres. Vous ne pouvez convertir les peuples par vos discours, mais vous prêterez aux prêtres l'aide puissante de vos prières et les mérites de vos œuvres. Heureux seronsnous si, au jour du jugement, nous nous présentons portant des gerbes d'âmes conquises au prix de nos sueurs et de nos travaux.

La messe est maintenant terminée. « Ite mis sa est. » Avant de se retirer, le prêtre dit le dernier évangile. Avec saint Jean, il contemple, dans un regard, l'œuvre de Dieu, il résume en quelques mots la suite des mystères : L'Eternel subsistant depuis toujours : In principio erat Verbum. » Le monde jaillissant de la bonté

créatrice. « Omnia per Ipsum facta sunt. » La chute du genre humain et les ténèbres dont le péché nous enveloppe, Jésus, lumière du monde, mais lumière incomprise. La rédemption, l'incarnation : « Et Yerbum caro factura est. » L'ingratitude des hommes : Et sui eum receperunt. » Le petit et heureux troupeau des élus trouvés dignes de devenir enfants de Dieu : « Quotquot autem receperunt eum dédit eis potestatem filios Dei fieri. » L'Eglise, enfin, l'épouse du Fils de Dieu, dans laquelle il demeure, qu'il conduit, qu'il glorifie et qu'il glorifiera jusqu'à la fin des temps : « Et habitavit in nobis, et vidimus glorlam ejus. »

Tout est fini. La sainte Messe est la fonction la plus sublime de la vie publique de l'Eglise, de même que l'Eucharistie est le plus grand des sacrements. Nous devrions diviser notre temps en deux parts également consacrées à la communion. L'une serait la préparation, l'autre l'action de grâces. Ainsi firent quelques saints qui commencèrent à jouir du ciel sur la terre.

Mais, pour en venir là, il importe de se pénétrer du sens mystique des cérémonies auxquelles on participe et d'en prendre autant que possible les sentiments.

Fasse le ciel que les suggestions que m'ont inspirées mes bons désirs vous rendent ce travail plus facile.

La perfection de l'amour en Marie

Mes Frères,

La perfection de l'âme consiste dans son union à Dieu par la charité. C'est donc à rendre cette union de plus en plus étroite que doivent tendre les efforts de ceux qui veulent progresser dans la perfection.

Après l'âme de Jésus-Christ nulle ne fut plus intimement unie à Dieu que celle de Marie. La vie et les exemples de notre auguste Mère sont donc toujours utilement proposés à l'imitation respectueuse des chrétiens. Voilà pourquoi j'entreprends de vous décrire rapidement les phases diverses et les opérations du parfait amour en Marie. Le type idéal de charité qui resplendira devant vos yeux enflammera vos désirs du bien. Il aura, de plus, l'avantage, en vous apparaissant sous son double aspect de douceur et d'austérité, de dissiper les illusions de certaines âmes romanesques qui s'imagineraient volontiers que l'on peut gravir la montagne de la perfection par des sentiers unis. Les chemins que parcourut Marie furent âpres, comme on sait. La grâce, comme la na-

ture, a des lois inflexibles. La fleur de charité naît d'une semence précieuse, jetée par Dieu dans un terrain préparé avec soin, qui germer grandit, se développe et, finalement, s'épanouit, selon des règles depuis longtemps connues detous ceux que la vie spirituelle intéresse.

Ces réflexions vous indiquent le plan que je me propose de développer : faire voir dans la vie de Marie les étapes de la perfection. Puisse cette bonne Mère, la Protectrice du Clergéy agréer le bouquet de fleurs que nous déposons à ses pieds !

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