II. — Développement de la Charité dans l'âme de Marie
C'est l'opinion des Pères et des théologiens que la charité de Marie, suivant en cela les lois ordinaires de la Providence, alla toujours croissant jusqu'à la fin de sa vie. Marie sut établir ainsi dans son cœur virginal de merveilleuses ascensions : « Ascensiones in corde suo disposuit. » Elle n'enfouit point dans la terre le trésor qui lui avait été confié. Diligente collaboratrice de Dieu, elle le fit fructifier, en rapport exact avec la grâce reçue. Or cette grâce était sans mesure. C'est pourquoi nulle intelligence humaine ne pourra jamais mesurer ni comprendre la prodigieuse vitalité surnaturelle de son âme.
Cette grâce immense (c'est l'expression de saint Epiphane), dont elle était comme inondée lui révélait, plus clairement chaque jour, la grandeur, la bonté, la souveraine amabilité de son Bien-aimé; et son. cœur, que nulle entrave terrestre ne paralysait, s'attachait, chaque jour davantage, à l'unique objet de son amour.
Son cœur, en effet, à l'instar de celui de Jésus, était véritablement une fournaise ardente : « Fornax ardens charitatis », une fournaise qu'entretenaient sans relâche les grâces nouvelles qu'elle ne cessait d'acquérir.
On sait, d'ailleurs, à quelle divine école elle allait, s'instruisant de plus en plus. Pendant trente ans elle ne cessa de vivre dans le commerce le plus intime avec le Fils de Dieu, son
Fils, buvant à cette source même de l'amour qu'est le Sacré-Cœur.
J'attire votre attention, messieurs, sur un fait prodigieux, qui se passa dans la Sainte Famille, et que l'on ne saurait trouver dans aucune famille humaine, je veux parler de l'éducation donnée aux parents par l'enfant.
Dans toutes les familles, en effet, l'enfant apprend des parents. Il s'instruit à leur école, surtout à l'école de la mère.
Dans la famille de Nazareth, au contraire, Marie, sans rien sacrifier de ses droits maternels, se mit docilement à l'école de son Fils, s'efforça de Timiter en tout, se pénétra de son esprit, et, pour employer l'expression de saint Paul, le conçut, le forma, et l'engendra spirituellement.
Qui nous dira jamais les admirables accroissements que reçut l'amour d'une telle mère à l'école d'un tel Fils ?
De cet effort de Marie à suivre pas à pas son Jésus dans la voie de la perfection, résulta une parfaite ressemblance de l'une avec l'autre dans leurs sentiments divers, et surtout dans leurs douleurs.
Il avait été statué que le Christ n'entrerait dans sa gloire qu'après avoir passé, au préalable, par le creuset des souffrances. « Nonne hase oportuit pati Christum et ita intrare in gloriam suam ? »
Marie, comme toutes les âmes d'élite, mais à un degré infiniment supérieur, devait être na-
turellement associée à la Passion de Jésus- Christ. Sa vie entière fut donc un mélange de joies indicibles et d'indicibles douleurs. C'est de ces amertumes dont je veux maintenant vous entretenir.
Au fur et à mesure que l'amour s'accroît au cœur de la Vierge-Mère, nous voyons monter également la mer des souffrances qui devait finalement la submerger au Calvaire.
Cela, d'ailleurs, n'est point pour nous surprendre. Il était naturel que Marie, destinée à -coopérer à notre rédemption, payât sa part du prix de notre rachat, et coopérât à la Passion de :Son Fils.
Elle accepta courageusement l'épreuve et ne •détourna point ses lèvres du calice.
Ce fut précisément au milieu des premières joies de sa maternité que sa première douleur lui vint.
Quarante jours après la naissance de son Fils, Marie le portait au temple et offrait pour sa rançon l'offrande rituelle de deux colombes. Or, voilà que, tout à coup, le dernier des prophètes, le vieillard Siméon, accourt à sa rencontre sous les portiques du Saint Lieu. Il prend l'enfant dans ses bras, bénit le Seigneur fidèle dans ses promesses, qui comble de joie ses derniers jours, et montre au peuple éperdu son Messie. Puis, d'un mot, il détruit le bonheur de la mère : « Femme, dit-il, voilà que votre cœur sera percé d'un glaive à l'occasion de cet enfant, car il est au monde pour la chute
et la résurrection d'un grand nombre en Israël, et pour être en butte à la contradiction. »
Le Père Faber dans son beau livre : « Le pied de la Croix, ou les Douleurs de Marie », fait remonter au jour même de l'Incarnation le commencement des souffrances de la Mère de Dieu; d'autres théologiens, dont l'opinion m'agrée mieux, en fixent simplement l'origine à la prophétie de Siméon. Quoi qu'il en soit, tous s'accordent à dire que, depuis cette date, elle ne goûta plus, humainement du moins, aucune joie.
Quelles furent les révélations que Dieu lui fit, alors, de l'avenir, et les lumières qu'il lui donna sur le mystère de la rédemption ? Nous l'ignorons; mais il nous est permis de croire qu'il ne lui cacha point la mort sanglante réservée à son fils, et le peu de profit qu'en tireraient certains hommes. Oui, elle sut que Jésus mourrait pour nous de mort violente.
Elle comprit également qu'elle ne devrait pas mettre d'obstacles aux conseils d'En Haut par des résistances, trop conformes aux instincts maternels, mais contraires aux volontés du Père céleste; et que son devoir était plutôt d'entrer pleinement dans ces conseils, en s'immolant de cœur avec son Fils.
Ce devoir, elle l'accomplit sans hésitation, mais non pas sans atroce douleur. Marie, en effet, et c'est là sa beauté, demeure toujours une créature comme nous. Si elle n'eut point de part à nos péchés, elle partagea nos faiblesses et
nos maux. Comme nous, elle sentit et pleura. La supériorité de ses dons ne fit que rendre plus aiguë son aptitude à la souffrance, à la souffrance morale surtout, dont elle percevait mieux les causes.
Il semble bien, en effet, que, depuis le jour de la prophétie de Siméon, Marie, dans les trentetrois années qui suivirent, ne put jouir d'un seul moment de paix complète. Son esprit obsédé par la pensée des souffrances qu'endurerait son Fils, interrogeait sans cesse l'avenir et faisait abstraction du présent. Voilà pourquoi l'Eglise a donné à la Vierge le titre de Notre- Dame des Sept-Douleurs.
Ce titre, placé à côté de celui de Mère de Dieu, renferme à notre adresse de précieuses indications. Nous suivons, en effet. Jésus sur le Thabor allègrement: et, dans l'enivrement des consolations sensibles, nous sommes tentés de nous écrier, comme jadis saint Pierre : « Seigneur, l'on est bien ici ! » Mais lorsque retentit à nos oreilles cette austère exhortation : « Si quelqu'un veut être mon disciple, qu'il prenne sa croix », alors notre lâche nature s'épouvanter et, comme Pierre encore, nous nous écrions : « Non, Seigneur, absit ! »
Et, cependant, il ne faut point oublier que la douleur entre comme élément essentiel dans l'économie de l'œuvre de la réparation. Marie elle ne l'oublia point; et voilà pourquoi elle accepta de partager toutes les souffrances de son Fils.
LA PERFECTION DE l' AMOUR EX MARIE 169
Permettez-moi de vous raconter ici quelquesunes des douleurs de Marie, et d'oublier un instant l'austérité de la théologie, l'aride brièveté de l'histoire, en faveur clés inventions et des vraisemblances de l'imagination.
Notre-Dame était encore à Bethléem, réfugiée, non plus dans la crèche, mais dans la maison d'un ami; les Mages adorateurs avaient repris le chemin de l'Orient. Or voici que, la nuit, l'Ange du Seigneur apparut à Joseph et lui dit : « Lève-toi, prends l'Enfant et sa mère, fuis en Egypte, et restes-y jusqu'à ce que je t'avertisse; car Hérode va rechercher l'enfant pour le faire mourir. »
En entendant ces paroles le patriarche se jeta à bas de sa couche, ceignit précipitamment ses reins et courut avertir Marie. Qui nous dira jamais leur trouble et leurs mortelles angoisses ? Les préparatifs de voyage des pauvres gens sont vite faits. Quelques fruits secs, des dattes, de la farine, une outre pleine d'eau : c'est tout. Pendant que Marie prenait congé de ses hôtes, Joseph abreuva son ânesse et la sella. La Vierge s'assit dessus, Joseph prit l'animal par la bride; et tous deux, s'abandonnant à la Providence, partirent sans bruit. L'Enfant Jésus, chaudement enveloppé dans le manteau de sa mère, dormait paisiblement sur son cœur.
Quel dommage que le récit évangélique, dans sa brièveté voulue, nous ait laissé ignorer les péripéties de cette fuite !
Notre imagination se joue dans les supposi-
lions. Qui sait si les fugitifs n'aperçurent point l'escadron des soldats volant comme un ouragan vers la ville ? Ils n'eurent, peut-être, que le temps de se réfugier à l'abri d'un rocher. Il faisait nuit obscure, et le Père céleste avait voilé le doux éclat des étoiles.
Pendant que Joseph se hâtait sur la route du Midi, les soldats entraient dans la ville. Tout était calme, et Ton n'entendait que le cri solitaire du chacal, ou l'aboiement du chien commis à la garde des troupeaux. Soudain, une rumeur monte de Bethléem, bientôt l'air retentit de cris désespérés, de voix, de clameurs aiguës. Jérémie avait prédit la grande affliction : « On entend dans Rama des plaintes et des cris lamentables. Rachel pleure ses enfants; et elle ne peut se consoler parce qu'ils ne sont plus. »
Lorsque, le lendemain, le soleil se leva rayonnant, il éclaira un sinistre spectacle. Partout des portes enfoncées, des meubles brisés; de ci de là, des femmes demi-nues égorgées, serrant encore dans leurs bras les cadavres de leurs petits. Nul, en effet, n'avait été épargné, sauf le seul qu'on voulait atteindre.
Pendant ce temps Marie fuyait. Tremblante, elle se retournait sans cesse vers la ville perdue dans l'ombre.
Et, cependant, paisible sur le sein palpitant de sa mère, comme il sera plus tard sur le sein courroucé des flots, l'Enfant Jésus dormait.
Dans la solitude de Nazareth, où l'Ange avait inspiré à Joseph, au retour de l'Egypte, de ca-
cher son précieux dépôt, Marie ne retrouva point la paix. Vainement son petit Jésus sautait sur ses genoux, se suspendait à son cou, s'endormait sur son cœur; dès qu'elle se trouvait seule avec lui, la source des larmes s'ouvrait intarissable. Son tendre agneau, elle le voyait immolé, son corps délicat elle le contemplait meurtri. La nuit, elle s'éveillait en sursaut, elle courait au berceau de son Fils; elle se penchait pour percevoir le léger bruit de sa respiration; elle se retenait de le baiser de crainte d'interrompre son repos, et regagnait alors sa couche; mais le sommeil ne revenait plus.
Je ne vous ferai point ici le récit de la seconde douleur de la Vierge Marie, lorsque Jésus disparut à Jérusalem pendant trois jours, et fut enfin retrouvé par sa mère éplorée sous les portiques du Temple. L'histoire en est trop connue et le temps nous presse. Mais on devine quelles angoisses éprouva d'abord Marie, et quels furent ensuite ses pressentiments. Ces trois jours d'absence présageaient, en effet, les trois jours que, plus tard, Jésus passerait dans la nuit du tombeau.
Si, du moins, pendant les dix-huit années que Jésus passa encore, après cet événement, près d'elle dans l'intimité de Nazareth, Marie avait joui paisiblement de la possession de son unique bien ? Mais, non.
Comme je le disais tout à l'heure, à mesure que croissaient les vertus de la Vierge, ses lumières augmentaient pareillement, et lui fai-
saient mieux comprendre la malice des hommes, la nécessité et le prix terrible de leur rédemption. Son Fils l'entretenait fréquemment sans doute, de sa Passion future et de la part qu'il lui réservait dans ses souffrances. Pourquoi lui eût-il caché ces mystères ? N'était-elle pas capable de les entendre et de les accepter ?
Il me semble voir Jésus adolescent agenouillé aux pieds de sa mère. Ses bras* s'appuient sur ces genoux qui l'ont porté, et Marie plonge ses doigts dans ses longs cheveux. Il la regarde avec des yeux ardents, et celle-ci le contemple avec une tendresse effrayée. Il lui parle, sans doute, des plans miséricordieux du Père céleste, de la nécessité du sacrifice, de l'amour que rien n'arrête, pas même la mort, la mort de la Croix. Marie écoute, approuve, soupire.
Les triomphes même de la vie publique du Sauveur ne furent point sans offrir à son auguste Mère de nouveaux sujets d'angoisse. Vainement une femme d'Israël, témoin des miracles de Jésus, s'écriait : « Bienheureuses les entrailles qui vous ont porté, les mamelles qui vous ont allaité ! » Marie n'était point heureuse. Ou, plutôt, l'unique bonheur qu'elle éprouvait, se trouvait, selon l'expression de son Fils : « dans sa fidélité à la parole de Dieu et dans son obéissance parfaite à sa volonté. »
Entourée de femmes fidèles, elle suivait partout la troupe apostolique, pourvoyait à ses besoins des largesses de ses riches et dévouées compagnes. Elle ne se laissait pas éblouir par
les succès apparents de Jésus; et son instinct maternel l'avertissait des complots qui se tramaient contre lui. Elle ne se faisait point d'illusion sur le résultat final, et sur le sort réservé à son Fils. Un jour même, cédant aux instances de ses neveux, elle eut, paraît-il, l'idée de l'enlever et de le soustraire pour un temps à la rage de ses persécuteurs. Cette idée, elle y renonça, d'ailleurs, sur un signe de Jésus. Elle comprenait bien mieux que les disciples les allusions qu'il faisait fréquemment à sa passion et à sa mort.
Et pourtant, toutes ces douleurs de l'attente n'étaient rien en comparaison des douleurs positives qu'il restait à Marie à endurer.
Pensez donc à ses sentiments pendant qu'elle assistait en esprit cà l'agonie de son Fils au jardin, à sa comparution devant les juges, à sa triple condamnation, à sa flagellation et à son couronnement d'épines. Il faudrait un volume et l'âme d'un Chérubin pour analyser et décrire ce qui se passa alors dans son cœur.
Transportons-nous maintenant sur la voie douloureuse et contemplons le spectacle que donne au monde la ville de Jérusalem. Les carrefours, les rues étroites, les toits plats des maisons, sont couverts d'une foule immense accourue pour voir passer Jésus. Tous ces gens-là ne sont point des ennemis; mais, pendant que les amis tremblent, les méchants se mettent en avant. Soudain on voit les soldats romains précédant l'escorte, cavaliers lance au poing,
légionnaires armés d'épées; puis viennent les larrons condamnés à mort, marchant stoïquement, indifférents à tout, comme des bœufs tirés de l'enclos pour l'abattoir. Enfin voici Jésus. Couronné d'épines, se traînant écrasé sous le poids de la honte autant que de la croix, il trébuche à chaque pas. Mais la tourbe immonde qui le contemple n'en a point pitié. Un délire infernal s'empare de ces hommes, délire de haine. Leur bouche écume et vomit des crachats et des blasphèmes: leurs yeux étincellent. Ils se jetteraient sur leur victime et la mettraient en pièces, si l'escorte ne les écartait brutalement.
Non loin de là, sur une petite place, parmi la foule un groupe de Galiléens s'était formé, que les gens se montraient du doigt non sans pitié. Un jeune homme, des femmes en deuil, entouraient ave une inquiète sollicitude une femme plus âgée dont le visage était voilé.
Et lorsque Jésus, passant dans ce lieu, s'arrêta malgré lui et leva la tète. Marie écarta son voile et contempla avidement son enfant. Un frisson traversa la multitude. Puis le Sauveur poursuivit sa route.
On se demande qui souffrit davantage, de Jésus ou de Marie. Disons seulement que leurs deux âmes se compénétrèrent et partagèrent pleinement leurs mutuelles douleurs.
Contemplons enfin Marie au pied de la Croix, et pénétrons-nous, autant que faire se peut, des sentiments qui l'animèrent.
Pour bien comprendre ces sentiments, il ne faut pas perdre de vue le rôle que le plan divin réservait à la Sainte Vierge dans l'œuvre de notre salut.
Marie, mère de Dieu, s'unit à son Fils parfaitement, dans sa vie spirituelle comme dans sa vie physique. Elle voulut ce qu'il voulut, souffrit ce qu'il souffrit, autant du moins que le permettent les distances qui la séparent de Dieu.
Associée d'abord au Père pour l'Incarnation, elle s'associa ensuite au Fils pour racheter les hommes; et, dans l'œuvre de la Rédemption, elle fut réellement, théologiquement corédemptrice.
Lorsque Jésus, au témoignage de saint Paul, s'offrit en sacrifice au Père céleste, Marie consentit à son offrande et y ajouta son propre cœur. Lorsque Jésus, non content de donner sa vie, voulut subir tous les tourments et toutes les hontes, Marie partagea tous ses tourments. Soit de ses yeux propres, soit en esprit, elle assista aux moindres scènes de la Passion. et y collabora.
Rien ne lui fut épargné, pas même les détresses de la pauvre humanité abandonnée à ses propres forces. Par trois fois, comme son Fils, elle repoussa l'amer calice; et de son cœur, comme un reproche, jaillit ce cri : « Père Saint, jusqu'à quand délaisserez-vous votre Enfant?»
Mais si le cœur de Marie partagea l'angoisse de celui de Jésus, il était trop semblable au Sacré Cœur pour ne réagir point aussitôt contre
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la faiblesse humaine. Aussi ne tarda-t-elle pas à s'écrier : « Que votre volonté, Seigneur, soit faite et non la nôtre ! »
Lorsque, enfin, le Sauveur, dans une crise de ce que nous serions tentés d'appeler du désespoir, si la seule supposition de la chose n'était un blasphème, s'écria : EU ! EU ! Lama Shbacthani? Mon Père, nravez-vous donc abandonné ? la femme forte qu'était Marie reçut sans broncher le choc; et lorsque Jésus, renonçant à chercher plus longtemps du secours dans le ciel fermé, laissa tomber sa tête, à ses pieds, mais debout, mais courageuse, et lançant de ses yeux des rayons d'une grâce infinie, il vit encore sa mère.
Alors il se sentit consolé, il fit son testament il reprit assez de forces pour lancer son : « Consummatum est! » Puis apaisé, pénétré de confiance filiale, il remit son âme auguste entre les mains de son Père : « In manus tuas. Domine, commendo spîritutn meum. »
Chose plus surnaturelle encore que tout ce que nos venons de dire, Marie, dans ces extrémités de l'agonie, ne perdit point un instant la joie que lui causait la contemplation de Dieu et son union avec Lui. Comme son Fils et avec son Fils, elle se trouvait parfaitement heureuse. Cachée et repliée dans le Sacré Cœur de Jésus, elle y reposait en paix.
Tel un voyageur, parvenu aa sommet rayonnant d'un mont, contemple l'orage qui gronde en bas sur ses flancs; ainsi Marie, les parties
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inférieures de son âme en proie à d'indicibles tortures, demeurait, par en haut, en possession de ce calme imperturbable que procure le contact avec la Divinité.
Et voilà comment la douleur, une douleur inexprimable, vint s'unir aux joies de l'union la plus intime avec Dieu, de la conformité la plus parfaite avec les sentiments et l'esprit de Jésus, pour fortifier dans l'âme de Marie l'amour dont elle était embrasée.
Que vous dirai-je maintenant que je n'aie déjà dit?
Il me semble que la source de mes paroles, de mes sentiments, de mes pensées soit épuisée. Je serai donc très bref.