I. — Portrait de l'épouse chrétienne
C'est un métier austère que celui de l'épouse.
Les filles à tête légère, sœurs des vierges folles de l'Evangile, ne veulent voir dans le mariage que liberté et volupté; elles se préparent d'amères déceptions. Malheur à celles qui, dans la
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vie, envisagent autre chose que le devoir ! Le devoir est rude, répugnant parfois; mais il nous procure les seules joies vraies, durables, et nous assure le paradis.
Vous connaissez toutes, je suppose, le portrait de la femme forte buriné par Salomon au livre des Proverbes. Il durera autant que le monde; écoutez :
« Qui peut trouver une femme forte ? Elle a bien plus de prix que les perles. Le cœur de son mari a confiance en elle et les profits ne lui feront pas défaut. Elle lui fait du bien et non du mal tous les jours de sa vie. Elle se procure de la laine et du lin, et travaille de sa main joyeuse. Elle est comme le vaisseau du marchand, elle apporte son pain de loin. Elle se lève lorsqu'il est encore nuit, et elle donne la nourriture à sa maison et la tâche à ses servantes. Elle considère un champ, et elle l'achète; du fruit de ses mains, elle plante une vigne. Elle ceint de force ses reins, et elle affermit ses bras. Elle sent que son gain est bon; sa lampe ne s'éteint pas pendant la nuit. Elle met la main à la quenouille, et ses doigts prennent le fuseau. Elle tend la main au malheureux, elle ouvre la main à l'indigent. Elle ne craint pas la neige pour sa maison, car toute sa maison est vêtue de cramoisi. Elle se fait des couvertures. Elle a des vêtements de byssus et de pourpre. Son mari est bien connu aux portes de la ville, lorsqu'il siège avec les anciens du pays. Elle fait des chemises et les vend, et elle livre des ceintures au mar-
chand. Elle est revêtue de force et de grâce, et elle se rit de l'avenir. Elle ouvre la bouche avec sagesse, et les bonnes paroles sont sur sa langue. Elle surveille les sentiers de sa maison, et elle ne mange pas le pain d'oisiveté. Ses fils se lèvent et la proclament heureuse; son époux se lève et lui donne des éloges»....
« Trompeuse est la grâce et vaine est la beauté; la femme qui craint le Seigneur est celle qui sera louée. » (Prou, xxxi.)
Ce portrait admirable est offert en imitation à toutes les femmes, aux grandes dames aussi bien qu'à la compagne du plus pauvre ouvrier. Mais il a besoin d'être commenté et appliqué à notre civilisation contemporaine, plus raffinée.
Vous vous rappelez sans doute, mes sœurs, l'allusion que je faisais tout à l'heure au sujet d'un foyer sans amour. Un foyer sans amour, en effet, est quelque chose d'indiciblement cruel. J'en prends à témoins quelques-unes des femmes qui nr écoutent. Vivre perpétuellement rivée à un homme qu'on n'aime pas, ou, ce qui est pire, qui n'aime pas, n'est-ce pas là un long et douloureux martyre ?
Toutefois, il faut s'entendre et bien s'expliquer sur le sens du mot : un foyer sans amour.
L'amour, dont il s'agit, n'est point cette flamme ardente qui s'empare d'un cœur inopinémont, sans cause apparente, le remplit d'une ivresse semblable à celle du vin. lui fait goûter des joies intenses et troubles, puis ne tarde guère à s'affaiblir et à s'éteindre dans la mono-
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tonie de la jouissance. Non, grâces à Dieu ! Car, s'il en était ainsi, après quelques mois de mariage, tous les foyers seraient désolés. L'amour conjugal subit des phases diverses et passe par des étapes qui n'excluent point le bonheur.
C'est ainsi que le jeune homme qui, sous le coup de foudre d'une rencontre, a épousé une jeune fille sans la véritablement connaître, ce qui arrive fréquemment, pour le malheur de plusieurs, reprend graduellement son sangfroid et se met, non sans inquiétude, à étudier son caractère. Bientôt il découvre avec joie que ce caractère, malgré certains défauts 'car qui n'a pas de défauts?) est foncièrement honnête et bon; et cette joie fait naître en lui, pour sa compagne, un sentiment nouveau, différent du premier amour, mais infiniment plus raisonnable et plus susceptible de durée ,1a bonne et franche amitié.
Un peu plus tard, il s'aperçoit que son épouse possède quelques-uns des dons de la femme forte, l'amour du travail, l'économie, un talent d'administration, des connaissances culinaires, un jugement sain, l'entente des affaires, Tesprit de prévoyance, de la prudence dans le langage et la conduite, autant de choses qui constituent un ensemble des plus précieuses qualités et qui rehaussent singulièrement l'opinion qu'il avait d'elle. Dès lors, son amitié se nuance d*estime et de considération.
Cependant, les jours s'écoulent et les années; et avec les ans viennent fatalement les grandes
douleurs qui n'épargnent personne. Tantôt des revers financiers font crouler en un jour l'échafaudage d'une longue vie de travail; tantôt des haines, des calomnies, des persécutions, politiques ou autres, ternissent une réputation jusqu'alors sans tache; tantôt des enfants ingrats recommencent l'éternelle histoire du fils prodigue; tantôt, et le plus souvent, la maladie s'installe au foyer et la mort y fauche des êtres chéris.
Or. il arrive, alors, que l'homme qui s'attribuait la puissance du chêne, comme le chêne se déracine sous l'effort de l'ouragan, tandis que sa compagne, flexible comme un roseau, mais toute pétrie de charité, d'amour, de grâce, plie et ne rompt pas, se redresse après chaque tempête, toujours plus calme, plus courageuse, plus résignée, plus conforme à la volonté d'en haut. A l'instar de la vigne d'Israël, suspendue d'abord à l'olivier, mais bientôt l'enveloppant de son étreinte, faisant un avec lui. lui donnant l'apparence d'une perpétuelle jeunesse et d'une éternelle fécondité, la véritable épouse chrétienne soutient son mari et conquiert son respect.
Vainement viendra la vieillesse cette voleuse de la beauté des femmes. A la grâce qui passe succède une grâce surnaturelle. Parfois, au printemps, lorsque les bourgeons s'entr'ouvrenf aux premiers souffles de l'air attiédi un coup de soleil trop ardent brûle les tiges délicates. Mais si des nuages atténuent, comme un écran, la vivacité de ses rayons, l'astre du jour, protégé
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contre lui-même, exerce sans danger son influence créatrice et répand la douce chaleur, qui fait jaillir partout la vie du sein fécond de la terre.
De même la femme, dans l'éclat de sa jeunesse, brûle les cœurs, parfois; mais quand elle a vieilli dans la vertu, son âme, éternellement jeune et belle, rayonne à travers les rides de son visage, d'un charme auguste et bienfaisant. On la vénère.
Et lorsque, après cinquante années de vie conjugale, deux vieux époux s'en viennent renouveler au pied de l'autel leurs promesses de support mutuel et d'amour, la couronne d'enfants et de petits-enfants qui les entoure, la joie respectueuse que leur manifestent leurs concitoyens, les consolent des peines passées, et leur permettent d'assister sans amertume au soir de leur longue et pénible journée. Telle est la récompense terrestre de la femme forte. « Ses fils se lèvent et la proclament heureuse; son époux se lève et lui donne des éloges. »