IV C
HECTOE PIEERE D'AILLEBOUT DE ST-VILME
Baptisé à Montréal le 26 septembre 1691; troisième enfant de Pierre d'Aillebout d'Argenteuil et de Catherine Denis.
Son unique et véritable snmom est St Vi'lmé. Nous n'ignorons pas que dans l'arrêt du Conseil d'Etat de 1720 qui maintient en noblesse les fils d'Argenteuil, Hector Pierre est dit sieur de Villemer, mais cest évidemment là une erreur de transcription provenant probablement de ce que l'on écrivait quelquefois St. Villemée au lieu de St. Vilmé. Dès 1709, Hector Pierre est appelé St Vilmé dans une lettre de son oncle Denys de Bonaventure, et dans plus de cent lettres inédites de la famille d'Argenteuil que nous avons pu parcourir, couvrant une période de cinquante ans, nous n'avons pas rencontré Hector Pierre désigné d'autre façon que St-Vilmé.
Notons aussi que ce surnom n'appartient qu'à lui seul. L'abbé Tanguay est dans l'erreur (Dictionnaire, III, 224) et M. Régis Roy après lui, (Famille d'Aillehout, p. 7) en faisant un St-Vilmé de Louis d'Aillebout de Coulonge, cousin-germain du présent Hector- Pierre.
Nous trouvons, dans l'Histoire de la Seigneurie de Lauzon, par J. E. Roy, (tome I, p. 96), une intéressante explication de ce surnom de Saint- Vilmé donné au troisième fils de Pierre d'Aillebout d'Argenteuil :
"En même temps que le seigneur de Lauzon agrandissait le domaine de M. d'Aillebout, il l'élevait au rang de fief et lui donnait, sur la réquisition du propriétaire, le nom de "Saint- Vilmé", avec droit de liaute, moyenne et basse justice.
"M'adame d'Aillebout, qui s'appelait Barbe de Boulogne, prétendait descendre de la famille des comtes de Boulogne. Or la femme d'Eustache, deuxième comte de Boulogne-sur-mer et de Lens, en Artois, la bienheureuse Ide, fonda après la mort de son mari le monastère de Saint- Villemer, à Boulogne, dans la ville haute, pour des religieuses de Saint-Augustin.
"Le nom donné au fief Saint-Vilmé rappelle donc la pieuse fondation de l'ancêtre de madame d'Aillebout. Saint- Villemer s'est transformé en Saint-Vilmé puis en Villemay.
"Ce nom ancien s'est perpétué parmi les descendants des d'Aillebonst."
Jl y a là une léf^ère inexactitude: Le monastère de Saint-Villemer, (Monaslervum Sancli Vuhnari), que dota la bienlieureuse Ide en 1108, abritait, non pas des religieuses, mais des religieux de l'ordre de Saint-Augustin. {Gallia Chrvitiana, tome X, p. IGll).
Quoiqu'il en soit, nous ne croyons pas que M. d'Aillebout, en donnant à son fief le nom de Saint-ViLmé, ait voulu rappeler la pieuse fondation de l'ancêtre de sa femme. D'abord rien n'indique que Barbe de Boulogne ait jamais prétendu descendre des comtes de Boulogne, et il est certain qu'elle n'y pouvait pas prétendre. De son mariage avec Eustaehe-aux-Grenons, comte de Boulogne et de Lens, la bienheureuse Ide n'eut que trois enfants: Godefroi de Bouillon, roi de Jérusalem, qui mourut sans enfants, Baudoin de Boulogne qui succéda au précédent sur le trône de Jérusalem et mourut également sans 'postérité, et l'aîné Eustache III, comte de Boulogne, qui ne laissa qu'une fille, Mathilde, mariée à Etienne de Blois, plus tard roi d'Angleterre.
Pourquoi d'ailleurs M. d'Ailleboust serait-il allé chercher à Boulogne-sur-Mer un nom pour son fief nouveau? Lorsqu'il s'agit de baptiser son premier fief en 1652, il prit le nom d'un village de sa Champagne natale, Coulonge; plus tard lorsqu'il fallut nommer son fief de l'Isle d'Orléans, il prit encore le nom d'un village de Champagne, Argentenay. Il a dû faire de même pour St-Vilmé. Précisément à quelques kilomètres d' Argentenay, de Coulonges, et d'Ancyle-Franc, le lieu où naquit M. d'Aillebout, dans le Tonnerois,, il existe ui petit village du nom de St-Vinnemer qui a bien pu être au XVIIe siècle St-Villemer ou St-Vilmé. Il est à noter d'ailleurs que tous les surnoms des d'Aillebout ont une origine champenoise.
Comme son frère Louis > d'Argenteuil, Hector Pierre de St- A^'i^mé fut surtout marin, mais il le resta jusqu'à la fin. Nous avons vu comment, dès 1709, Denys de Bonaventure s'occupait d'apprendie à l'un et à l'autre l'art de la mer.
En décembre 1720, nous le trouvons à la Eochelle, avec son fjère Cuisy. A la grande surprise de leur mère qui était alors en voyage à Paris, ils étaient arrivés tous deux avec une cargaison de (àstors, de martres et de loups-cerviers dont ils chereliaient à dispo- >er.
fS
Au mois d'août 1722, il est de retour de l'Ile Royale et il continue à faire le commerce principalement entre la ^Martinique et l'Acadie. ayant établi son domicile au Port-Lajoie dans l'Ile Saint-Jean. Dans le recensement de l'île Saint-Jean pour 17 3-i, nous rencontrons : "d'Aillebout de Saint- Vilmé, habitant et négociant."
En 1745, il fut victime comme tant d'autres de la chute ae Louisbourg. Voici comment il rac-onte ses tribulations à son frère Cerr}' dans une lettre écrite de Bordeaux le 26 janvier 1746 :
"L'année dernière l'Ile Royale fut prise et ma femme et mes enfants mis sur le pavé à Rochefort, tous nos ir-.'.-uMes pris en venant de rile St-Jean à Louisbourg, les habitations perdues et dix mille livres qui m'y étaient dues. Et moi pris en venant en France sur un brigantin dans lequel j'avais 13000 livres d'intérêt. Cependant, M. l'Amiral m'ayant remis le fond de la prise que j'avais faite, si j'arrive à bon port à la Martinique je me retrouverai à peu près comme ] "étais, et cela veut dire point trop bien. Le pis que j'y trouve est que j'ai ma famille à Bordeaux oii il en coûte des sommes pour vivre."
Parlant de Hector Pierre d'Aillebout, sieur de Villemer (sic), Tabbé Daniel dit: "Peu d'années après son mariage, il fut fait prisonnier par un corsaire anglais, avec sa femme et ses enfants, et conduit à Gênes d'où il ne parvint à Saint-Domingue qu'avec une peine extrême." (Nos gloires nationales, vol. I, pp. 22-23).
C'est très probablement à cette même aventure que Hector Pierre de St- Vilmé fait allusion dans sa lettre plus haut citée, lorsqu'il dit qu'il fut pris sur un brigantin en venant en France. En oe cas, le récit de l'abbé Daniel contiendrait quelques inexactitudes. Il y avait près de vinat ans que St-Viîmé était marié lorsque cet accident lui arriva ; il ne fut pas pris avec sa femme et ses enfants qui étaient déjà à Rochefort et il n'eut pas de peine à revenir de Gênes à St-Domingne, puisque c'est de Rochefort qu'il partit pour la Martinique la même année 1746. Ce devait être son dernier voyage aux Antilles françaises. D'après un document publié par O'Callaghan dans ses "Locunvents relative ta the Colonial History of the State of New Yor'r" {.:ol. X, p. 74), M. de St- Vilmé mourut en mer sur un navire quil commandait et qui, parti de St-Pierre de la Martinique le 18 aoilt 1746, arriva au Canada le 25 octobre. Sa famille était encore ea France et n'arriva à Louisbourg que le 14 septembre 1749. '
Il avait épousé, le 31 octobre 1726, à Louisbourg, devant le frèo Benni LeDorz, curé de la place, demoiselle Renée D'Accarette, fille
de Jean D'Accarette, et de Marie Anne Gilbert, de la paroisso ae Notre-Dame des Anges de Plaisance en Terreneuve, mais de pré:ent à Louisbourg. Sa femme, restée veuve avec huit enfants et presque sans ressources, vécut au Port Lajoie quelques années ; elle dut passer en France après le deuxième siège de Louisbourg eiï 1758. Xous verrons plus loin combien étrangement sa famille fut ensuite dispersée.
Nous ignorons quand mourut Mme de St-Vilmé. Dans l'état des sommes à payer par la Trésorerie nationale en février de cette année, sur l'ordre de l'Assemblée nationale, on trouve le nom de Dame Renée D'Accarette, de Bordeaux, pour une pension de 200 livres, mais c'est probablement une nièce de celle qui nous occupe. Après la perte de l'Acadie française, Bordeaux avait été le refuge des Daccarette, les anciens négociants de Louisbourg. C'est là que notamment s'était établi Michel Daccarette, lorsqu'il fut arrêté en 1763 et jeté à la Bastille, avec son beau-frère Jean de Laborde, l'ancien trésorier de la marine à Louisbourg, pour complicité avec Prévost dans de prétendus tripotages à l'Ile Royale. Michel Daccarette était, selon toute apparence, le neveu de Mme de St-A''ilmé.
Reiée Daccarette, femme de M. de St-Vilmé, dut mourir avant 1779, c£.r k 11 janvier de cette même année, dans l'acte de mariage de sa dernière fille Suzanne, à l'Assomption, elle est dite défunte.
Du mariage de Hector Pierre de St-Vilmé avec R^née D'Accarette sont issus les dix enfants suivants:
IV ca — PIERRE-CHAELES D'AILLEBOUT DE ST-VILME
Ni au Port-Lajoie le 4 août 1727 et baptisé à Louisbourg le 6 octobre suivant. Parrain: Charles d'Aillebout; marraine Madame de Vilejoin.
P:erre Charles vivait encore en 1742; dans une lettre de son père, catée du 16 mai 1742, nous lisons: "Mon fils d'Aillebout est arrivé de France; on le trouve trop effronté et moi je le trouve fort ainuble."
Il ne peut être question que de Pierre Charles qui aurait eu qunze ans en 1742; son frère cadet, Jean Baptiste, n'avait pas encoe neuf ans.
Cependant, Pierre Charles dut mourir avant son père, c'est-àdjre avant 1746, car il n'en est point question dans les papiers de Jian d'Aillebout d'Argenteuil concernant la tutelle de ses neveux et nèces de Saint-Vilmé.
IV cb — LOUISE MARGUERITE D'AILLEBOUT DE ST-VILME
Née le 1-i octobre 1T28 au Port Lajoie où elle fut baptisée le 7 .novembre suivant. Parrain: M. de Pensens, chevalier de St-Louis, commandant de l'île Saint- Jean; marraine, Mlle Louise Mar^erite Du Buisson. Peu d'années après la mort de son père, elle était à Québec où elle resta jusqu'à la fin de 1764 alors qu'elle passa en France, avec son oncle d'Aillebout de Cerry pour rejoindre ses frères, Une lettre de son frère d'Aillebout Careyon nous apprend qu'en 1771 elle était à Port-au-Prince, chez une dame de ce pays qui l'avait retirée chez elle dans une relâche qu'elle fit en venant de Gorée d'où elle ramenait le fils de son frère St-Vilmé.
L'Assemblée nationale lui accorde en février 1791 une pension de 200 livres. L'"Etat des pensions à payer par la Trésorerie nationale" la désigne: DUe Marguerite d'Aillebout de St-Vilmé, âgée de 6'd ans, née le 4 novembre 1728, résidant à Loches (Indre et Loire).
Cependant elle dut retourner à St-Domingue après 1791, s'il faut en croire une lettre d'un de ses neveux écrite de New- York, le 15 février 1799 à M. de Lavaltrie: "Ma tante passée en France avec notre oncle Cerry est, je crois, celle qui est à St-Domingue chez mon oncle Périgny. Elle se nomme Mlle de Saint- Vilmé ; elle existe, mais très vieille, car elle était l'aîné de mon père."
Une lettre de M. de Lacorne écrite de Beaulieu (France) le 31 février 1806, nous apprend que Mlle de Saint- Vilmé mourut en 1805 dans l'île de Cuba où elle s'était réfugiée avec le reste de ses parents • pour échapper aux massacres d^, '^lint-Domingue.
IV ce — MAEIE AXXE D'AILLEBOUT DE ST-VIL]\rE
Née et baptisée le 26 octobre 1730 au Port-Lajoie. Parrain, chevalier de Pensens ; marraine, Anne Cormier, femme de Michel Haché- Gallant. Restée célibataire comme sa soeur Louise Marguerite.
Eecueillie d'abord, après la mort de son père, par son onde Charles Joseph d'Aillebout, à Louisbourg, elle passa bientôt, après 1 752, dans la famille de son oncle Cerr}' à Québec. Elle était conn munément appelée Dargenteuille par tous ses parents. \
Après le départ définitif de celui-ci pour la France en 1764, elle entra comme pensionnaire à l'Hôpital général de Québec. Elle y resta jusqu'à la fin de ses jours, mais toujours dans un état de pauvreté presque misérable, touchant assez irrégulièrement une petite rente qui lui j>ermettait à peine de défrayer sa pension.
LA FAMILLE D'AILLEBOL'T g1
En 1769, elle écrit à son oncle et ancien tuteur Jean d' Aillebout d'Argenteuil pour en obtenir conseil au sujet d'un parti qui se présente pour elle, un j\[. Durocher, résidant à Chambly et qui voyage à Québec. Ce rêve de mariage ne se réalisa malheureusement pas, puisque Marianne de St-Vilmé mourut fille à l'Hôpital général de Québec, âgée de 84 ans, le 12 avril 1814.
M. P. G. Roy qui, entre parenthèse, eu a fait à tort une fille de Louis Hector d'Aillebout de Couionge et de Marguerite Le Fournier du Vivier (Bull. Rech. Ilist., vol. 9 (1903), p. 375), nous apprend qu'"elle avait fait son testament devant Me Plante, notaire, le 22 janvier 1814, et qu'elle avait légué tout son avoir à l'Hôpital Général de Québec, en reconnaissance des services que les dames de cette communauté lui avaient rendus." L'avoir que Marianne de St- Vilmé a pu léguer à l'Hôpital Général no devait pas être considérable, car elle fut toujours très pauvre et ne dut souvent sa subsistance qu'à la libéralité de M. de Rigauville, le chapelain de la communauté, et de M. Cngnet. Voici ce qu'elle écrivait à sa cousine de Lavaltrie, le 8 mai 1799:
"Sans vous entretenir de la modique pension que l'on me paye dans cette maison charitable, je puis vous dire que je manque absolument de linge, et d'autres choses nécessaires. J'avais tâché par mon ouvrage de m'amasser de quoi payer mon bois, mais, n'ayant pu réussir, la communauté a eu pitié de ma pauvreté "
Dans un premier testament en date du 18 août 1781, son oncle Jean d'Aillebout d'Argenteuil lui avait légué la moitié de 2,000 livres que lui devait Pierre Paul Margane de la Valtrie, mais à charge de n'exiger le capital que de gré à gré. Mais, trois ans plus tard, le testateur, par un codicille, annula cette clause avec plusieurs autres, en ajoutant cependant que, -pour Marianne d'Aillebout, il se réservait. Il est probable que cette réserve ne fut jamais levée, car Jean d'Aillebout croyait avoir à se plaindre du peu de gratitude de sa nièce Marianne.
IV cd — CATHERINE D'AILLEBOUT DE ST-VILME
Née et baptisée à Louisbourg, le 24 février 1732. Parrain : Claude Elisabeth de Bonaventure, lieutenant; marraine: Catherine Goullon, femme de Michel D'Accarette.
Inhumée à Louisbourg, le 8 novembre 1732, à l'âge d'environ 10 mois
IV ce — JEAX BAPTISTE D'.VILLEBOUT DE ST-VILAEE
î^é et baptisé au Port Lajoye, le 10 octobre 1733. Parrain: Jean D'Accarette; marraine, Marie Anne Potier Du Buisson.
Le 7 avril 1747, sur proposition de son oncle Charles Joseph d'Aillebout, il est fait cadet à l'aiguillette, quoique âgé de 14 ans seulement, et le 13 juin 1750, il est promu enseigne. [Rapp. Archives 1905, vol. I, 6e partie, pp. 91, 138).
M. Régis Roy {Famille d'AiUehout, p. 5), est probablement dans le vrai en écrivant que Jean d'Aillebout de St-Vilmé était à Sainte Domingue en 1761, mais il se trompe certainement en l'appelant Hector Pierre, sieur de Villemer.
Quoiqu'il en soit, St-Vilmé devait être de retour en France en
1763, puisque le 26 décembre, le président du conseil de la marine dans une lettre l'approuve d'aller fonder des établissements à Cayenne. Mais d'après une lettre de son frère Périgny, en décembre
1764, il était encore à Rochefort. Une autre lettre du même nous apprend qu'en novembre 1771 il était "capitaine dans la colonie africaine de Gorée depuis deiLX ans, et qu'il y avait perdu peu après son arrivée sa grand'mère, sa belle-mère, sa femme et sa fille, ne lui restant plus qu'un garçon qu'il doit faire repasser en France avec sa soeur pour leur éviter le même sort." Nous avons vu en effet que Louise de St-Vilmé quitta Gorée avec son neveu vers ce temps, mais qu'au lieu d'arriver en France, elle s'arrêta à Port au Prince.
En février 1775, d'Aillebout de St-Vilmé devait être remarié, car nous lisons dans une lettre de son frère d'Aillebout Careyon écrite à cette date : "St-Vilmé était dernièrement en France, avec sa femme à Loches chez sa mère pour y faire ses couches." En mars 1776, il est de nouveau en France, mais repart pour Gorée avec sa femme une augmentation de 600 livres et la lieutenance de sa compagnie pour son fils.
Dans une lettre d'Elizabeth de Laeorne écrite de Loches à sa soeur en Canada, Mme de Lavaltrie, le 14 mai 1795, nous lisons ce qui suit: "Je t'ai mandé la mort du cousin de Saint- Vilmé, gendre de M. de Noyelle." Il s'agit très probablement ici de l'aîné des fils Saint-Vilmé, Jean Baptiste. Nous venons de voir qu'en 1775 il avait mené sa seconde femme chez sa mère à Loches. Des deux frères de Xoyelle qui étaient au Canada lieutenants avant 1761, l'un, Pierre Philippe de Noyelle Fleurimont, le plus jeune, resta au pays, et Tautre, Charles Joseph de Noyelle, repassa en France pour aller ré-
sider en Touraine comme les autres officiers canadiens. C'est sans doute une des filles de ce dernier qu'épousa Jean Baptiste de Saint- Vilmé.
Un de ses fils. Louis d'Aillebout de Saint- Vilmé, habita New- York de 1795 à 1799. Il avait été chassé de .St-Domin,2:ue par la révolution et il se trouvait dans le plus g-rand embarras financier. Durant cette période, il engagea une correspondance suivie avec M. de La Valtrie et M. de Lacorne, en Canada. L'objet de cette correspondance était de rentrer en possession de la succession de son grand'père St-Vilmé. Il s'y montre de la plus rare délicatesse, et, malgré sa profonde misère, du plus généreux désintéressement. M. de Lavaltrie lui avait offert l'hospitalité de sa propre maison, mais il ne crut pas devoir accepter. Voici ce qu'il écrit dans une de ses dernières lettres à son cousin du Canada :
"Si par hasard, il me revenait encore quelque chose de mes oncles ou tantes qui sont à Saint-Domingne et que cette somme pût être utile à mes tantes d'Argenteuil de St-Vilmé et Suzanne de St- Vilmé, je vous prie de la leur passer comme si vous ne m'aviez pas connu. Un peu plus de misère, c'est bon pour les jeunes. Ne vous inquiétez pas de moi, si le sort de ma tante d'Argenteuil peut être adouci. Je crois que mon oncle Périgny et ma tante St-Vilmé seront de mon avis ; ils sont Canadiens, c'est vous en dire assez."
A ses dernières nouvelles, le 24 mai 1799, il partait pour la Jamaïque où il comptait toucher demi-paye, c'est-à-dire cinquante gourdes par mois du gouvernement anglais, comme ancien capitaine de cavalerie dans la Légion britannique du baron de Montalembert.
Au cours de sa correspondance, il dit avoir laissé à St-Domingue un frère et une soeur sur le sort desquels il est des plus inquiets au milieu des nègres libres déchaînés par la révolte de Toussaint. Sa soeur, Marie, avait été laissée veuve à 24 ans avec un enfant de 4 ans en 1798.
Le d'Aillebout de St-Vihné échoué à New-York en 1795, seraitil l'ancien lieutenant de Gorée et son frère et sa soeur qui étaient à Port au Prince en même temps seraient-ils les enfants issus du second mariage de Jean Baptiste d'Aillebout de St-Vilmé, c'est ce que nous n'avons pu démêler.
M. P. G. Roy nous apprend que Nicolas Charles Etienne Le Qardeur de Tilly. enseigne de vaisseau, chevalier de Saint-Louis, fik d'Etienne Simon Ijc Gardeur de TiUy et de Rose-Agnès Lominé, épousa en 180t Madeleine Hélène d'Aillebout de St-Vilmé. Il est
ipossible que cette Miadeleine Hélène soit la fiUe de Jean Baptiste d'Aillebout de St-Vilmé, l'ancien capitaine de Gorée. ISTic-olas Cha/rles Etienne Le Oardeur de Tilly était comme elle établi à Saint-Domingue.
IV cf — ANTOINE D'AILLEBOUT DE CARILLON
Né le 6 janvier 1735, baptisé le lendemain au Port Lajoye. Parrain: Antoine de La Fitte, enseigne; marraine, Mlle Louise d'Aillebout de St-Vilmé.
Quoiqu'il signât Careyon, par un de ces caprices orthographiques assez fréquents dans sa famille, nous avons vu que c'est correctement Carillon qu'il faut écrire. Il avait relevé le titre de Carillon laissé vacant par la mort de son oncle Claude Daniel d'Aillebout de Carillon en 1723. Que l'épellation vraie soit Carillon, nous n'en voulons d'autre preuve qu'un innocent jeu de mots du père, écrivant à son frère, le 2 mai 1737 :
"Elevez vos enfants de même, si vous en avez; sinon, je vous en prêterai, surtout si vous aimez le carillon. J'en ai nommé un de même et j'ai jusqu'ici prophétisé."
D'Aillebout Carillon servit plusieurs années en Acadie et passa en France avec ses frères, probablement aussitôt après la perte de l'Ile Royale. Mais une lettre du ministre à M. Daubenton, écrite le 4 juillet 1762, nous apprend qu'il a été désigné pour servir à Saint-Domingue. {Cf. Rapp. Archives 1905, vol. I, 6e partie, p. 327).
C'est dans la seconde moitié de l'année 1762 qu'il partit ae Rochefort pour St-Domingue, avec des troupes en destination de cette colonie. Mais, au cours de la traversée, le vaisseau qui le portait fut pris par les Anglais. C'est du moins ce qu'implique une lettre du 31 décembre 1762 où le président du conseil de marine dit au chevalier de Fabry avoir reçu "la liste des soldats sous les ordres de M. d'Aillebout de St-Vilmé, ci-devant officier du Canada, pris par les Anglais." Mais l'aventure est racontée plus en détail dans une lettre du chevalier de la Houssaye à M. de Surlaville, datée du 10 août 1763 et publiée par M. Dubosq de Beaumont, sou^ forme d'appendice â ses "Derniers Jours de V Acadie" (p. 293).
Après avoir écrit qu'il avait reçu ordre de partir pour St- Domingue avec le chevalier du Chambon de Mesiliac, Chabot de Brion et une demi-compagnie commandée par Saint- Vilmé, lieutenant de Louisbourg, il nous apprend que le départ s'effectuera le 1er
LA FAMILLE D'AILLEBOUT g5
septembre 1762 sur des senaulx marchands qui n'étaient pas escortés. Ije vaisseau qui portait La Houssaye et probablement 8t-Vilmé fut pris par le navire anglais "Le Rochester'. Les prisonniers furent débarqués à Antigoa, mis en prison 24 heures, puis relâchés, mais bans aucune facilité de rapatriement.
D'Aillebout Careyon était à St-Domingue en 1T64, d'après une lettre de son frère Périgny à sa soeur d'Argenteuil, mais il nous apprend lui-même en 1771 qu'il est revenu de St-Domingue en France depuis quatre ans, c'est-à-dire depuis 1767 et qu'il y a déjà trois ans qu'il est capitaine sans être plus riche. Dans l'intervalle, il était entré dans le régiment de Quercy, et jusqu'en 1778 il tient successivement garnison en Corse et en Alsace. D'après une lettre de son neveu d'Aillebout, écrite de New- York en février 1799, il était mort quelque temps avant cette date.
IV cg — M.\E,GUERITE D'AILLEBOUT DE ST-VILME
Xée le 11 octobre 1736 et baptisée du même mois au Port-La joye. Parrain : le sieur Robert Du Haget, lieutenant, commandant de l'Ile Saint-Jean; marraine, Louise ^Marguerite de St-Vilmé, représentant Dlle Marguerite Potier du Buisson.
Elle épousa au Port-Lajoye. le 4 novembre 1757, René Gédéon Potier de Pommeroy, fils de Guillaume Potier, sieur de Pommeroy et de Jeanne Philippe de Catalogne, qui. après avoir été lieutenant d'infanterie en Acadie depuis 1755, était en 1764 capitaine dans les troupes nationales de la Guyane.
Mme de Pommeroy est morte en couches vers la fin de 1764 ou au commencement de 1765, d'après une lettre que nous possédons de sa soeur Marianne.
Dans une lettre de d'Aillebout Carillon du 15 novembre 177i, nous lisons "que Pommeroy qui s'était remarié, est veuf depuis six mois, avec quatre enfants dont deux de son premier mariage, et qu'il s'est retiré à Saintes sur un petit bien qui lui appartient." Du mariage Marguerite de St-Vilmé avec M. de Pommeroy étaient issus un garçon, Jean-Baptiste, et une fille, Marguerite.
D'après une autre lettre de son oncle Careyon, Jean-Baptiste de Pommeroy, le fils, était dans le même régiment que lui à Strasbour«: en mars 1776, et y occupait le grade de lieutenant.
Il n'est peut-être pas sans intérêt de raconter ici l'aventure qui survint à Mme de Pommeroy à l'occasion du siège de Québec. Knox
u'y fait qu'une légère allusion clans son TliMoriml Journal [London, 1769, p. 316), mais M. A. G. Doughty en a fait le sujet d'une note assez développée dans la belle édition qu'il a donnée lui-même de cet important ouvrage [Cliampl/Hn Society édition, vol. I, p. 401) :
"On the evening of July 3, the Richmond frigate, captain Henderson". anchored at the Point of Orléans with a French Sloop that had been captured by one of the British vessels several months before at or near Miramichi. On board the sloop were about 25 Acadian women and several \romen of rank, including Madame Pomeray, the wife of a French officer. Madame St. Villemin, Madame Beaumont and others
"Madame Pomeray and the other ladies were returned by the General to their homes, but it appears that the Acadians were willing to place themselves under the protection of the Govemor of Québec. On July 4, Isaac Barré, Adjutant-General, was sent in a boat from the Trent, under a flag of trace, to ascertain •vrether the Marquis of Vaudreuil vrould receive the Acadian ladies
"The French were suspicions of the flag of tnic-e, and when the boat wsLS within gunshot a vessel was sent from the garrison to ask lier errand. In the evening a boat came down the river, carrjing the Bxitish flag in the bow and the French col ours astern. A white flag wag then hoisted on the bow of the French and a French officer, the Chevalier Lemercier came on board. He delivered a polite message from the Marquis of Vaudreuil. thanking the Admirai for bis courteous treatment of the women. . . . Tliis was the first exchange of a flag of truce between the two armies. On the oth the women were returned to the town."
M. Doughty n'indique pas la source de ces renseignements, mais ils concordent dans l'ensemble avec ce que nous lisons dans un document français contemporain, un journal manuscrit et inédit du siège de Québec que possède la Bibliothèque Saint-Sulpice de Montréal.
"4 juillet 1759. — Wolfe demande qu'on lui envoyé le lendemain d?s chaloupes de l'autre côté pour prendre une 20e de femmes françaises qu'ils avaient à leur bord qu'ils remettraient à terre.
"Ije 5 juillet. — A 11 heures du matin 4 de nos bateaux ont traversé de l'autre côté sous le pavillon du parlementaire, les Anglais s'y sont rendus aussi, et ont remis 23 femmes qui avaient été prises ce printemps dans un Batteau en venant de Miramichy, Mad. Pommeroy et !Mme de St-Vilmé sont du nombre, et les autres sont des Acadiennes."
LA FAMILLE D'AILLEBOUT g^
IV ch — MICHEL D'AILLEBOUT DE PERIGNY
Xé le 12 novembre 1T38 et baptisé le lendemain au Port-La joye. Parrain : Louis Dupont du Cbambou ; marrainne, Jeanne d'Entremont, épouse de sieur du Chambon.
Enseigne en pied de l'Ile Royale, avant 1761, il était à Rochefort en 1764. Capitaine dans les troupes de Cayenne, il fut, d'après une lettre de son frère Carillon, réformé eu 1771 par la suppression de 4 compagnies et replacé dans la Légion de St-Domingue. En 1776, il était encore à St-Domingue, capitaine dans le régiment de Port au Pnnce. Nous n'en entendons plus parler après 1799, alors qu'il est menacé d'être déporté avec tous les habitants qui, pendant l'occupation de Hle par les Anglais, avaient servi sou5 eux dans les emplois cinls ou militaires.
IV ci — LOUIS D'AILLEBOUT DE ST-VILME
Né et baptisé le 29 octobre 1740 au Port-Lajoye. Parrain : Louis Dupont du Chambon, commandant de l'île Saint- Jean; marraine, Dlle Anne Henriette du Chambon.
Connu sous le nom de chevalier d'Aillebout. Enseigne en pied de l'Ile Royale avant 1761, il était à Cayenne en 1764. Il fut ensuite à St-Domingue, car nous lisons dans une lettre de son frère Carillon écrite de Toulon le 15 novembre 1771: ''Mon frère le chevalier est de retour de St-Domingue où il s'est marié et il est en ce moment a Paris pour rétablir sa santé."
En 1776, il sert de nouveau à Cayenne.
Pendant les troubles de St-Domingue, en 1798, nous apprennent les lettres de son neveu, il était réfugié à Boston et en proie à la plus affreuse misère.
Il dut retourner à Saint-Domingue et c'est probablement de lui qu'il s'agit dans le passage suivant d'une lettre de M. de Lacome «•rite de Beaulieu (France), le 21 février 1806:
"Le chevalier de Ligneris (Marchand) a été massacré il y a deux ans à Saint-Domingue par les nègres et M. d'Aillebout l'a ét€ aussi en juillet dernier.
'Tl/es Saint-Yilmé, ainsi que Mme de Saint- Vilmé, sa fille et Mlle de St- Vilmé se sont sauvés; ils sont dans l'île de Cuba."
IV cj — SUZANNE D'AILLEBOUT DE ST-VIL>LE
Nous n'avons trouvé son acte de baptême ni dans les registres de Port-Lajoye, ni dans ceux de Louisbourg. Elle naquit probablement en 1742. C'est le dernier enfant de Hector Pierre d'Aillebour de St-Vilmé et de Renée D'Accarette. En 1752, elle fut recueillie par sa tante Mme de Lavaltrie. Après la mort de cett^ dernière, en 1764, elle demeura à L'Assomption, chez sa cousine Mlle Louise de la Valtrie avec son oncle Jean d'Aillebout d'Argenteuil, son tuteur, qui lui avait voué une affection particulière.
Le 11 janvier 1779, elle épousa, à L'Assomption, Joseph Chapur, habitant du Grand Saint-Esprit, fils de Jacques Chaput et de Geneviève Senécal. Par son testament daté du 18 aoiit 1781, son oncle, Jean d'Aillebout d'Argenteuil lui avait légué 600 livres ou chelins.
Elle décéda avant 1806, car le 4 août de cette même année, son mari, Joseph Chaput, devenu veuf, se remaria avec Elizabeth Méthor, veuve de Jean Ethier.
IV d JEAK D'AILLEBOUT D'ARGENTEUIL
Xé à Québec le 8 mai 1694 et baptisée le lendemain. Parrain: Bochart de Champigny, intendant de la Nouvelle-France; marraine, Marie Angélique Denys, femme de Charles Aubert de la Chesnaye.
Quatrième enfant de Pierre d'Aillebout d'Argenteuil et de Catherine Denis, il est connu sous le nom de chevalier d'Aillebout.
En 1709, il est avec ses trois frères en Acadie, et Denys de Bonaventure écrit à sa mère que M. de Subercase en prend le plus grand ftoin.
Quatre ou cinq ans après, cependant, nous le rencontrons officier dans les troupes du Canada. Le 27 août 1714, le commandant ies troupes, le marquis d'Alogny de 'la Groix lui écrit de Québec à Montréal pour lui apprendre qu'il "a été remplacé dans la compagnie de M. de Chalus qui hyverne à Québec" et pour lui enjoindre de prendre son poste. Cette lettre fut une des dernières du marquis d'Aloigny qui, un mois ou deux plus tard, périssait dans le naufrage du ''Saint-Jérôme" sur l'île de Sable. Le chevalier d'Aillebout perdait dans le même naufrage le capitaine de sa compagnie, M. Lechtier de Chalus.
LA FAMILLE D'AILLEBOUT g9
Quoiqu'il en soit, Jean d'Argenteuil était encore enseigne de la garnison de Montréal en décembre 1714, lorsqu'il lui arriva une tragique aventure qui faillit ruiner sa carrière. Il eut le malheur de tuer d'un coup d'épée en duel un de ses camarades officiers, le sieur de la Mollerie, et, s'étant enfui, après avoir été conséquemment accusé d'homicide, il fut condamné par contumace à la décapitation.
Voici ce qu'en écrivent Mj\I. de Ramezay et Begon au ministre, le 15 novembre 1715:
"Le sieur chevalier d'Argenteuil et le sieur de Lamolleric, enseignes en garnison à Montréal, ayant eu querelle le 15 du mois de décembre dernier, ce premier a donné un coup d'épée au sieur de la Mollerie qui en est mort le lendemain, et ledit Sieur d'Argenteuil »,'est évadé sur le champ et a passé en la Xouvelle- Angleterre. Comme :1 n'y a point de portée contre ledit Sieur d'Argenteuil, le major de la place a informé le même jour de ce crime en conséquence de l'ordonnance de 1689, livre 4, titre 1er, art. 21, portant que les officiers de marine connaîtront des crimes qui seront commis entre les officiers, matelots et soldats. Les officiers du siège royal de Montréal en ont informé de leur côté à la requête du Procureur du Roy et en ont instruit le procès par contumace jusques au jugement définitif, à cause de la contention entre les officiers de guerre et eux sur laquelle le Conseil Supérieur a rendu son arrêt le 25 février dernier par lequel, ayant égard au réquisitoire du major et à celui du procureur général, il a ordonné que 'les officiers de la juridictçion de Montréal se désisteraient de la connaissance de cette affaire et que la procédure par eux faite serait remise au major. Et, en conséquence do cet arrêt, ce procès a été jugé et instruit par le Conseil de guerre. Nous avons l'honneur de vous envoyer copie du jugement qui a été rendu par lequel le dit Sieur d'Argenteuil a été condamné à avoir la tête tranchée."
[Correspondance générale, Canada, voL 35, ('.11),
Le 3 5 août 1715, Jean Bouillet de la Chassaigne, major de Montréal, faisant fonction de procureur du roi, requérait au nom du roi que la coutumace fut déclaré instruite contre Jean d'Aillebout dArgenteuil, qu'il fût déclaré atteint et convaincu du crime d'homicide, et qu'il fût condamné à avoir la tête tranchée, ce qui sera exécuté en effigie vu son absence du pays. Quant à Hector d'Aillebout de Coulonge (voir: III b), accusé de complicité, comme il est actuellement dans une expédition contre les Renards, son procès devra être instruit dans trois mois.
Le Conseil de guerre rendait le même jour sa décision conformément aux conclusions La Chassaigne. Il était composé des capitaines Le Verrier, d'Esgly, de "Vaudreuil, de Beaujeu, Du Vivier, Du Buisson, et il était présidé par le baron de Longueuil, qui remplaçait le gouverneur, M. de Eamezay, oncle de l'accusé.
En janvier 1719, Jean d'Aillebout d'Argenteuil obtint des lettres de pardon. Ces lettres ont été publiées dans le Bulletin des Recherches Historiques de juillet 1901. En voici le texte conforme à la copie authentique et officielle qui se trouve dans les papiers d'Aillebout de la collection Baby:
Lettres de pardon accordées à Jean d'AiUehout d'Argenteuil,
Louis par la grâce de Dieu Eoy de France et de Navarre à tous presens et à venir, salut. Nous avons reçu l'humble suplication de Jean Dailleboust Dargenteuil, enseigne dans nos troupes, entretenues pour fîotre service en Canada, faisant profession de la religion catholique, apostolique et romaine, contenant, qu'étant pour lors^ âgé de vingt un ans, il aurait apris que le sieur de l'Amollerie, aussy enseigne dans nos mêmes troupes, aurait tenue contre luy des discours railleurs et très pisquants en présence de plusieurs officiers de la ville de Montréal, où ils tenaient garnison, il crut que son honneur l'engageait à le prier de ne plus récidiver, c'est ce qu'il fit le quinze décembre mil sept cent quatorze, en accompagnant de la Molerie, jusque» à la maison de la dame de la Pipardierre. chez laquelle il mangeoit et lorsque de la Molerie entrait dans l'allée de cette maison le supliant lui dit: il m'est revenu que tu tenais de mauvais discours de moy, je te prie de les cesser, ce qu'ayant dit, il suivit son chemin pour s'en aller, mais ayant entendu que de la Molerie l'insultait de nouveau, et publiquement, en luy criant à haute voix, estant sur le pas de la porte de la d. allée: ce sera pas un petit visage comme toy, qui me feras peur, le supliant revint et aurait rejoint le d. de la Molerie, dans la d. allée, et luy aurait dit : Je te prie ne te sert pas de pareils termes, sur quoy de la Molerie se srait retourné.et luy aurait donné un coup de poing par le menton, luy disant : va au diable, laisse moy en repos et subitement se seroit retiré vers le fond de l'allée ce qui aurait fait croire au d. supliant qu'il prenait du terrain pour soutenir l'épée à la main l'affront qu'il venait de lui faire, et comme il était animé par le coup de poing il aurait mis aussy l'épée à la main pour on tirer vengeance, il poursuivit son aggresseur jusques au fond de la d. allée fort obscure, et le supliant ne pouvant résister à son premier
LA FAMILLE D'AILLKBOLT i)l
mouvement, il luy aurait porté un coup d'épée, clans le côté droit, lorsqu'il entrait en reculant dans la chambre de la d. maison, dont il avait ouvert la porte avec la main gauche, duquel il serait décédé dans THôtel-Dieu de ^Montréal, le chirurgien major de la mesme ville, qui j 'aurait pensé, ayant fait son rapport et donné son certificat portant que le coup d'épée, qu'avait reçu le d. de la Molerie, lui avait apparu avoir été reçu, par un homme qui estait en garde, de mesme que le prestre missionnaire qui l'aurait assisté à la mort, et la supérieure de l'Hôtel-Dieu de Montréal et quatre des principales religieuses attestent que le d. de la Molerie leur aurait dit qu'il avait tort, et qu'il s'était attiré son malheur, les d. trois certificats attachez sous le contrescel de nostre chancellerie, après cet accident le supliant s'étant embarqué, serait revenu en France, mais désirant retourner en Canada, il aurait été conseillé d'avoir recours à nos lettres de grâces, remissions et pardons qu'il nous a très humblement fait suplier de luy vouloir accorder. A ces causes desirans préférer miséricorde à rigueur de justice, de l'avis de nostre très cher et très aimé oncle, le duc d'Orléans Régent, nous avons au d. suppliant quitté, remis, et j)ardonné et par ces présentes signé de notre main quittons remettons et pardonnons le fait, et cas, tel et tout ainsy qu'il y est cy dessus exprimé avec toute peine et amande corporelle, criminelle et civile enquoy et pour raison de ce, il pourrait estre encouru envers nous et justice en metant an néant, tous appeaux de banc, deffaults, contumaces, sentences, jugements et arrêts si aucun sont intervenus, le remetant en sa bone famé et renommé au pays et en ses biens non d'ailleurs confisqués satisfaction préalablement faite à partie civile, si faite n'a esté, et y échet, imposant sur ce silence perpétuel à notre procureur général, ses substituts présents, et à venir et tous autres. Si donnons en mandement à nos amez et féaux con'''"^ les gens tenants notre Conseil Supérieur de Canada, au ressort duquel le fait cy dessus est arrivé que ces présentes ayant à entheriner, et de leur contenu, jouir et user, le d. supliant, pleinement et paisiblement et perpétuellement, cessant et faisant cesser, tous troubles, et empescnements, au contraire à la charge qu'elles vous seront présentées dans un an du jour, et datte de l'arrivée du vaisseau, où il se sera embarqué, à peine d'être déchu de l'effet d'icelles car tel est notre bon plaisir, et afin que ce soit chose ferme et stable, a toujours nous avons fait mettre notre scel à ces présentes. Donné à Paris au mois de janvier l'an de grâ<?e mil sept cent dix-neuf et de notre règne le quatrième. (Signé) Louis."
Dans un article traitant du "Duel sous le régime français" (B. R. H., V. 13, p. 13^), M. P. G. E. écrivait:
"En 1715, Jean d'Aillebout d'Argenteuil tuait en duel un officier du détachement des troupes de la marine, Jacques de Malleray, sieur de la Mollerie. Ce dernir, qui était le fils de la duchesse de ia Mollerie, avait mené en France une vie de désordres et de débauches. Il ne fit pas mieux dans la Nouvelle-France. A la suite d'une discussion futile, il tua un homme en plein jour dans une rue de Québec."
Il y a là plusieurs inexactitudes qu'il convient de rectifier.
M. Joseph Marmette n'est guère plus exact lorsque, après avoir rapporté les lettres de grâce du sieur de la Mollerie, meurtrier de Fustel, il ajoute en note (Rajjp. Archives 1886, p. LXIV) : " On verra, en référant plus haut, que le père du sieur de la Mollerie avait été tué d'une manière à peu près semblable par le sieur d'Aillebout d'Argenteuil qui finit aussi par obtenir sa grâce."
Mais voici que M. Désiré Girouard dans son ^^ Supplément au Lake St-Louis' {p. 23), complique encore la situation:
"J'ai mentionné, écrit-il, le nom de Jacques Malleray de Noire, sieur de la Mollerie, enseigne, qui commandait à Lachine en 1690 et ITOl. Il appartenait à une famille illustre, étant le fils de la ducliesse de la Mollerie, et, pour cette raison, eut moins de difficulté à recevoir le pardon de plusieurs homicides qu'il commit tant en France qu'au Canada. Le 10 octobre 1695, il demandait l'enregistrement au Conseil Supérieur de lettres de grâce du Roi pour l'homicide, en France, de Jean Guillot, sieur de La Forest, dans lesquelles Sa Majesté déclare que La Mollerie "s'est distingué aans "toutes les occasions qui se sont présentées contre les Anglais et les "Iroquois, de même que dans le commandement des forts qui lui onr "été confiés." Plus tard, d'un coup d'épée, il tua en plein jour dans une des rues de Québec, le nommé Charles Justel de Soissons, qui ''avait injurié, mais lui avait fait excuse. Il eut son pardon du Conseil Supérieur de Québec. Une vie de crimes, si indigne d'un gentilhomme, devait avoir une fin tragique. En 1715, il fut tué dans un duel par d'Aillebout d'Argenteuil, aussi enseigne, appartenant à une ancien famille noble d'origine allemande."
Là où M. Girouard n'a vu qu'un seul et même personnage, il y en a trois bien distincts.
L'enseigne La Mollerie qui fut tué par Jean d'Argenteuil ne s'appelait pas Jacques, et il n'était pas le fils d'une duchesse. Décédé à
LA FAMILLE D'AILLEBOCT 93
l'Hôtel-Dicu, le 10 décembre 171-1, le lendemain du duel fatal, il fut inhumé à Montréal,»le 17 décembre, sous les noms de Louis Hector de Malleray, sr de la Mollerie. Il était né le 3 juillet 1692, à Montréal, du maria.^e de Jacques de Malleray, 8r de Noire et de la Mollerie et de Françoise Picoté de Belestre.
Louis Hector de la Mollerie, victime de d'Argenteuil, n'est pas davantage celui "qui tua un homme en plein jour dans une rue de Québec." Nous lisons dans le Rapport des Archives pour 1899 {supplément Richard, p. 226) que le Conseil d'Etat, et non pas le Conseil Supérieur de Québec, rendit un arrêt en octobre 1720, accordant rémission de sentence au sieur de la Mollerie, enseigne, condamne le 18 juin 1717, à être décapité pour avoir tué d'un coup d'épée un nommé Fustel à l'auberge du Signe de la Croix, rue Saint-Pierre, à Québec, le dit sieur de la Mollerie ayant été provoqué. Mais ce ne peut être Louis Hector tué par d'Argenteuil; ayant été inhumé en décembre 1714, il ne pouvait être condamné à avoir la tête tranchée en juin 1717. Le meurtrier de Fustel était Jacques de Malleray, le frère aîné de Louis Hector, la victime de d'Argenteuil. L'un et l'autre étaient enseignes, ainsi qu'il est dit dans les pièces de leurs procès respectifs. Jacques de Malleray qui tua Fustel est de plus désigné dans la correspondance officielle, comme un neveu de M. de Tonty. En effet, Alphonse de Tonty avait épousé en premières noces une soeur de sa mère, Marie Anne Picoté de Belestre.
C'est le père des deux précédents, Jacques de Malleray, sieur de Noire et de la Mollerie, qui tua d'un coup d'épée, vers l'an 1683, à Poitiers, le sieur Guillot de la Forest. S'étant enfui au Canada, Il fut condamné par contumace à avoir la tête tranchée. 1\ obtint en avril 1695 des lettres de pardon qui furent enregistrées au Conseil Supérieur de Québec, le 8 octobre de la même année {Jugements et délibérations du Conseil Supérieur, vol. III, p. 1060). Dans l'ordonnance du Conseil Supérieur de 1695, Jacques de Malleray est dit lieutenant et non pas enseigne; il était d'ailleurs lieutenant en 1687, lors de son mariage avec Françoise Picoté de Belestre. D'après une supplique signée par sa veuve en 1723 et adressée à M. de Maurepas en vue d'une pension, il aurait été tué en 1704 sur le vaisseau "la Seine" qui se rendait au Canada. {Catalogue Dufossé, Vile Série, 5. No 47509).
Ajoutons que Jacques Malleray le père, ])as plus que ses fils, n'était né d'une duchesse. Il était lui-même le fils d'Isaac Maleray, seigneur de la Périne et de Marie Tessicr, de Saint-Cibard. évêché de
Poitiers, d'après son acte de mariage. {Tangumj, I, p. 406).
Nous ne cro3'ons pas d'ailleurs qu'il ait jamais existé en France de duché de la Mollerie. C'est évidemment à la duchesse de la MeiDeraie que l'on a aussi gratuitement prêté la maternité de nos Malleray, ces Atrides de la Nouvelle-France.
Les lettres de pardon de Jean d'Argenteuil nous disent qu'après son accident il se serait embarqué pour revenir en France, mais tout indique qu'entre 1717 et 1719 il fit un assez long détour par les Antilles. L'ordonnance du Conseil d'Etat maintenant dans leur noblesse les fils d'Argenteuil, en date du 11 juin 1720, désigne Jean d'Aillebout comme lieutenant dans les Iles d'Amérique.
Vers le milieu de 1720, M. de Pas-Feuquières, lieutenant-général pour les Iles, lui octroie la permission de repasser au Canada.
"Le sieur Chevalier d'Alibourg, cy-devant enseigne de la compagnie de Chalus en Canada et depuis Lieutenant de celle de Duclos en l'Isle de Ste Lucie dont tout l'état-major a été retiré par ordre du Conseil de marine, nous ayant demandé la permission de passer en Canada, nous la luy avons accordée et celle de passer à Québec, sur quel bastiment français il luy plaira, pour y attendre sous les ordres de Mr le marquis de Vaudreuil, gouverneur et lieutenant-général pour sa majesté en Canada, ceux qu'il plaira au Conseil luy envoyer sur sa destination.
'^"Donné au Fort Eoyal de la Martinique, le 11 de juin 1720
De pas-Feu quières"
Jean d'Argenteuil ne fut pas long à se servir de cette permission, car son oncle M. de Ramezay, en arrivant de France, le trouve à Québec le 18 octobre 1720 et il l'annonce aussitôt par lettre à Mme d'Argenteuil qui était encore à Paris.
C'est probablement de Montréal, et un peu après 1720, que Jean d'Aillebout adressa au comte de Maurepas, ministre et secrétaire d'Etat, la requête non datée dont nous publions les quelques extraits qui suivent d'après une copie autographe qu'il a gardée dans ses papiers :
''Jean d'Ailleboust, chevalier d'Argenteuil, a l'honneur de vous représenter qu'il a servy le Eoy en qualité de cadet pendant dix ans, ëoubs les ordres de M. de Subercase, à Plaisance et à l'Acadie, il s'est trouvé aux trois sièges -de Port-Eoyal; qu'après que les Anglais eurent pris cette province, il obtint une enseigne en pied en Canada, son
pays natal où il a servy trois ans, qu'étant ensuitte passé en France, il obtint une lieutenance pour l'isle Ste Lucie. Il y a servy en cette qualité jusqu'en 1720. Il plut à Sa Majesté faire retirer tout l'établissement de icette isle à la sollicitation des Anglais; il espéroit, eu égard à ses services, qu'il obtiendrait la grâce d'estre envoyé en la mesme qualité de lieutenant dans une autre colonie, mais estant resté sans emploi, il prend la liberté de vous représenter ses services et ceux de ses ancêtres.
. . . "Sur toutes ces considérations le suppliant ose espérer, Monseigneur, que vous voudrez 'bien lui accorder l'une des lieutenances vacantes, soit en Canada, soit aux Isles de l'Amérique."
En 1730, M. de Beauharnois recommande Jean d'Aillebout d'Argenteuil pour une lieutenance d'artillerie à Montréal.
En juin 1732, il était encore à Montréal parrain d'un enfant de son frère de Cuisy, mais peu après il dut entreprendre un voyage des plus mouvementés, à en juger par la lettre suivante que lui écrivait le 19 janvier 1753 sa jeune tante de LaRonde, née Chartier de Lotbinière.
"Rien ne m'a plus flatté que le petit résit que tu me fais de ton voiage; on norois pu le prendre pour un roman. Je t'avoiie que je ne pensois pas quant sy peut de tems il pu ariver de sy belles avanture. Au reste tu est de figure à en avoir de toute fasson. ..."
Il est regrettable que le récit de ce romanesque voyage qui tant amusa Mme de la Eonde ne nous ait pas été conservé.
Le 6 octobre 1736, MM. de Beauharnois et Hocquart concèdent à Jean d'Aillebout d'Argenteuil un terrain d'une lieue et demie de front sur quatre de profondeur derrière la seigneurie de Lanoraie, avec droit de haute, moyenne et basse justice, de pêche dans la rivière de l'Assomption et de chasse et traite avec les sauvages. Le 27 février 1756, le chevalier d'Aillebout vend ce même fief au sieur Joseph Gaultier, demeurant à Varennes (Doc. Faillon, v. 10, S. S.)
Sur la pressante sollicitation de son frère Charles Jos. d'Aillebout, lieutenant de roi à Louisbourg, Jean accepte une lieutenance d'infanterie à l'Ile Royale, avec la promesse d'une compagnie. Le 3 octobre 1750, M. de la Jonquière signe un ordre pour faire passer le chevalier d'Aillebout à Louisbourg sur le senault '^e St-Jean", mais ce n'est qu'en 1751 qu'il vient prendre son poste dans la garnison de Port-La joye (Ile St-Jean), après avoir passé par les Iles. En 1754, il était h Montréal en eongé, sans avoir encore obtenu sa commission
de capitaine, et nous ne croyons pas qu'il soit retourné ensuite en Acadie.
Sur la liste des officiers restés au Canada après la cession, il figure comme lieutenant réformé.
Resté célibataire, il passa les dix-huit ou vingt dernières années de sa vie à l'Assomption, chez sa nièce, Mlle Louise de la Valtrie.
Le 18 août 1781, à l'âge de 87 ans, il fait son testament et établit sa légataire universelle sa nièce Louise Margane de la Valtrie, "n'aj-ant eu, écrit-il, d'autre demeure que chez elle et elle n'ayant exigé de moi que ce que j'ai bien voulu lui donner." Il vécut encore au moins deux ans, puisque nous avons de lui un codicille à son testament daté du 2 août 1784.
Par le même testament, il léguait:
lo. — A sa nièce Suzanne de St-Vilmé, 600 livres ou chelins.
2o. — A sa nièce Marianne de St-Vilmé, la moitié de 2,000 livres que lui devait son neveu Pierre Paul Margane de La Valtrie, à charge de n'exiger le capital que de gré à gré.
3o. — A son neveu Lavaltrie la moitié de ce qui lui était dû par Joseph Boucher.
4o. — A chacun de ses frères vivants une portugaise de 40 livres.
Deux ans après cependant, le 2 août 1784, ''les affaires étant changées", il annulait par un codicille les clauses intéressant Marianne de Saint-Vilmé et Pierre Paul de La Valtrie.
Des lettres de famille nous laissent croire qu'il vivait encore en 1787, à l'âge de près de 93 ans.
IV e