NICOLAS D AILLEBOUT DE MANTHET
Sixième enfant de Charles d"Aiilebout des Musseaux et de Catherine Le Gardeur, baptisé à Montréal le 2 avril 1663.
M. l'abbé Desmazures. dans son ouvrage: le ChevaUer cFIberviUe (p. 36), le compte au nombre des enfants destinés à un brillant avenir qui firent leur première communion vers 1674 en même temps que Le Moyne d'Iberville, et il ajoute en note : "D'Aillebout de Manthet parcourut le Nord-Ouest et, dans un mémoire remarquable, fit connaître les richesses de la Louisiane." Nous avouons n'avoir pu découvrir aucune trace de ce mémoire, au sujet duquel M. Desmazures ne nous apprend rien de plus.
M. de Manthet ne fut pas seulement un des plus intrépides guerriers des temps héroïques de la Nouvelle France; il en fut aussi l'un des plus hardis explorateurs, digne d'être rangé à côté des Duluth, des Cadillac et des Tonty. Dès 1684, il accompagne Du Luth dans les pays d'en haut. (Cf. Wiconsm Hist. Coll. t. XVI, p. 110). Lieutenant dans les troupes en 1687, il prit part à presque toutes les expéditions organisées peu après par M. de Denonville et par le comte de Frontenac.
Les habitants de la colonie, abattus par l'affreux massacre de Lachine en 1689 et par l'insuccès relatif de plusieurs entreprises de défense, lui durent en grande partie de reprendre courage et confiance. "Personne, écrit l'abbé Ferland, n'osa s'opposer aux Iroquois jusqu'au mois d'octobre (1689) et le premier succès contre eux fut (lu à 28 coureurs des bois canadiens conduits par les Sieurs du Luth et Mantet." (Ferland, Cours dniistoire, II, p. 186).
Voici comment l'événement est raconté par un 'conteonporain, ]\I. de Belmont, dans son Histoire du Canada (p. 30).
"16 octobre 1689. — MM. Du Luth et Mantet donnèrent le plus beau comliat qui se soit donné dans cette guerre. Vingt-sept Tsonnontouans contre environ aut-ant de Français s'étant rencontrés et découverts dans le lac des Deux-Montagnes, M. Du Luth fit mettre ses
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canots à la queue l'un de l'autre, et eut l'adresse de mettre le soleil aux yeux des Iroquois et commanda à ses gens d'essuyer le feu ennemi. Ils ne blessèrent personne; alors M. Du Luth commanda de prendre chacun le sien, se mettant en travers et en flanc, — ce qui s'exécuta si heureusement que tous tombèrent dans le lac blessés, hors deux, dont un fut brûlé sur le champ par les Alonquins, et l'autre à la Montagne par ordre de M. Denonville."
L'année suivante, en 1690, il commande une des trois expéditions dirigées par M de Frontenac contre la Nouvelle Angleterre. Son contingent se composait de 210 hommes, dont 80 Iroquois, 16 Algonquins et le reste Français. "Ils étaient commandés, dit une chronique du temps, par les Sieurs Lemoyne (de Sainte-Hélène) et d'Aillebout, lieutenants, qui sont tous deux Canadiens. Les Sieurs Lemoyne d'Ibervlile et Repentigny deMontesson commandaient sous eux.' (Relation de ce qui s'est passé de novembre 1689 à novembre 1690, da-ns Collection de Manuscrits, I, p. 488).
L'attaque dirigée contre Corlar (aujourd'hui Schenectady) réussit pleinement; la place fut enlevée en deux heures.
"Mantet, écrit Bacqueville de la Potherie, à la tête d'un détachement, attaqua un petit fort où la garnison se trouva sous les armes, il fit mettre le feu à la porte, y entra et fit passer au fil de l'épée toute la garnison." (Histoire de l'Amérique Septentrionale, III, p. 68).
Deux ans plus tard, en 1692, ^I. de Mantliet était, avec LaNoue et Courtemanche, un des commandants du grand parti organisé contre les Iroquois par M. de CaDières. (Charlevoix, édition Shea, IV, p. 234).
Jacques Leber, le père de la c-élèbre recluse, faisait partie de cette expédition et il en écrivit, à l'intention de son fils qui était alors en France, une relation dont nous extrayons le passage suivant : "Les trois chefs, M. Manthet, ^l. Courtemanche et M. Lanoue, Canadiens, furent fort unis, et toutes les troupes les imitèrent. Dieu fut servi pendant toute cette campagne, comme si c'avait été une communauté de Religieux." (Faillon, Vie de Mlle Le Ber, p. 316).
Enfin en 1693, M. de Manthet envoyé avec il. de Tonty à Michilimackinac, où il était spécialement chargé de voir aux Sauvages et de concilier aux Français leur amitié. Cest une mission qui lui fut souvent confiée. Le 14 naveml)re 1T03, dans une lettre à M. de Pontcbartrain, M. de Vaudreuil dit qu'il envoie de Mantbcî dans les régions d'en haut et il ajoute: "Je puis vous assurer que dans les conjonctures présentes il n'y a peut-être personne dans le pays qui
possède autant d'influence sur les Sauvages et même sur les Français des pays d'en haut." (Cf. ^7i^consm Hist. Coll., t. XVI, p. 221).
A travers ses expéditions, de Manthet ne négligeait pas de faire un peu de commerce. En 1700 nous le voyons figurer parmi les actionnaires de la Compagnie des Habitants pour le commerce du castor. En juin 1706, le ministre informe le gouverneur que "le prix du castor étant réduit à 40 sols la livre, M, de Manthet devra remettre sur ce qu'il a reçu 'le surplus de ce prix", et M. de Manthet doit s'exécuter. {Cf. Bapp. Arcliîves 1899, Snppl. Richard, pp. 97, 201). Ce n'est pas sans peine cependant, car en 1707, Vaudreuil et Eandot écrivent au ministre qu'ils ne peuvent rien tirer de Manthet; mais ils ajoutent "qu'il est pauvre et mérite les égards de Sa Majesté pour mille bonnes et braves actions." {Ibid., p. 208).
L'on dut même se plaindre en haut lieu qu'il donnait à la traite un peu plus d'attention qu'il n'était permis, puisque, en novembre de la même année 1706, dans une lettre au ministre, MM. de Vaudreuil et Randot s'évertuent à le justifier. Ils expliquent que M. de Mantliet ne peut pas se dispenser d'emporter quelques marchandises pour subvenir à ses besoins dans 'la route. (Ihid., p. 205).
En 1702, M. de Manthet fut promu capitaine et obtint la com.pagnie de Michel Godefroy de Linctôt, nommé major aux Trois- Eivières. (Rapp. Archives 1895, Siipp. Richard, p. 346).
Envoyé à la Baie d'Hudson par M. de Vaudreuil en 1709, pour combattre les Anglais, il y fut tué à l'attaque du fort Sainte-Anne. A^oici ce qu'en écrit Charlevoix dans son Histoire de la Nouvelle France. [Edition in-Mo, II, p. 340) :
"La joie qu'on avait ressentie de voir les grands projets du Sieur Vesche déconcertés, fut un peu troublée par la nouvelle qu'on reçut du mauvais succès d'une entreprise du sieur de Manthet sur le fort Sainte-Anne dans la Baie d'Hudson. Cet officier y fut tué et ce fut une perte pour la colonie. Il paraît que le gouverneur général essuya quelques reproches à cette occasion; car voici comment il s'exprime dans une lettre qu'il écrivit l'année suivante à ]\I. de Pontchartrain: "A l'égard de la réussite du parti envoyé dans la Baye "d'Hudson, si cette entreprise n'a pas eu toute celle que j'avais lieu "d'espérer, ce sont des coups du sort dont je ne puis répondre. Les "ordres que j'avais 'donnés étaient très justes; le fort de Quitchit- "chouens (Sainte-Anne) n'est pas imprenable; le sieur de Manthet "avait de bons hommes, des vivres encore pour quatre mois; il a été "jusqu'à la Palissade sans être découvert, il a échoué où mille autres
"auraient réussi. Ce n'est pas manque de courage ni d'expérience, "mais pour avoir trop compté sur la bravoure de ceux qui étaient avec "lui et pour n'avoir pas assez fait reconnaître le lieu avant de l'atta- "quer."
M. de Vaudreuil fut en effet blâmé de cette expédition. Le 5 avril 1700, probablement même avant d'en connaître le résultat, M. de Pontchartrain lui écrivait qu'il avait "eu tort d'envo3-er M. de Manthet avec un parti de 100 hommes à la Baie d'Hudson. C'était priver la colonie de ces homnici en un tennis où une attaque étaii: à redouter."
D'après M. P. G. Roy, (Noriis géographiques, p. 165), le "Tort Coulonge" dans le comté de Pontiac "a été ainsi nommé en souvenir d'un officier français, Nicolas d'Aillebout, sieur de Coulonge, qui hiverna dans ces parages en 1691:-1695." Il ne peut s'agir ici que de Nicolas d'Aillebout de Manthet qui, sans porter le surnom de Coulonge, était un petit-fils des seigneurs de Coulonges en Champagne.
Nicolas d'Aillebout de Manthet avait épousé à Québec, le 9 juin 1696, Françoise Denis, fille de Pierre Denys de la Eonde et de Catherine LeNeuf, et veuve en premières noces de Guillaume Bouthier,
L'abbé Tanguay [Dictionnaire I, p. 82) dit que Françoise Denis avait été filleule de Frontenac. Elle était née le 3 juillet 166-t, longtemps avant la venue du célèbre gouverneur en la Nouvelle France. Ce qui est vrai, c'est que le comte de Frontenac fut parrain, le 23 décembre 1690, d'une des filles de Guillaume Bouthier et de Francise Denis, Louise Angélique qui devint la 12e supérieure de l'Hôtel- Dieu de Montréal, de 1745 à 1751 et qui y mourut le 17 août 1756, âgée de 65 ans, après 50 ans de vie religieuse, et, le 2 juillet 1697, d'une fille de Nicolas d'Aillebout de Manthet et de la même Françoise Denis, à savoir, Louise Catherine.
Après être devenue veuve en dernières noces de M. de Manthet en 1711, Françoise Denys mourut à Montréal 1 13 janvier 1738, âgée de 75 ans, et fut inhumée au même endroit le 15 du même mois.
De son mariage avec Françoise Denys, Nicolas d'Aillebout de Manthet n'eut que des filles. L'abbé Tanguay {Dictionnaire, I, 153; III, 223) n'en mentionne que six, dont cinq seulement auraient survécu à leur père. Comment concilier cela avec la lettre de Vaudreuil au ministre où il dit, en 1710. que M. de Manthet à sa mort a laissé six filles? Il y aurait donc un septième enfant dont nous ne pouvons retrouver la trace. Cela paraît également ressortir d'un acte de vente du 11 janvier 1727, auquel est partie Françoise Denys qui agit
"en son nom et comme tutrice des enfants mineurs issus du mariage qui a été entre elle et le feu sieur de Mantret, et qui est assistée, entre autres, de ses deux filles Catherine et Madeleine et de leurs maris respectifs, M]\I. Charly et de Yerchères". D'après la liste Tangua}', Mme de Manthet ne pouvait guère avoir qu'un seul enfant non marié de moins de 25 ans, à savoir Charlotte, née en 1706. Puisqu'il est question d'enfants mineurs, et non pas d'un mineur, l'on peut conclure qu'il y avait une septième fille plus jeune que Charlotte, et, l'une des 7 étant morte en 1704, cela ferait le compte des six invoquées par M. de Vaudreuil en 1710 nour obtenir à la veuve de Manthet une pension bien méritée.
Les six enfants de M. de Manthet jusqu'ici connus, sont:
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