‹ La famille dans la société romaine;Chapitre 11 sur 84 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

La longueur des précédents chapitres nous permettra de faire celui-ci plus court. Observation banale, mais utile : les enfants sont des deux sexes, or nous avons beaucoup parlé déjà des enfants du sexe féminin; nous pourrons presque nous réduire à exposer la situation des enfants du sexe mâle.

Nous aurons, d'autre part, peu ou même presque rien à dire des enfants dans le monde polyandrique. La polyandrie c'est, nous le répétons, l'évolution courte et qui n'a pas abouti. La polyandrie n'a pas d'avenir. Elle a presque disparu d'entre les peuples, où elle fut jadis aussi commune probablement que la forme parallèle. Elle n'existe plus que sur quelques points du globe, d'où certainement elle disparaîtra encore dans un avenir assez prochain. Tout ce que nous allons exposer se rapportera donc au régime polygynique, et le lecteur devra, tant qu'il ne sera pas averti du contraire, entendre, avec cette restriction, ce qui sera dit.

Chez les peuples du plus bas degré, qui ont peu de masse, et n'ont presque pas de pouvoir social, le père a, sur son fils, purement et simplement la puissance que donnent la supériorité do force physique et la supériorité mentale. Dans les premières années de l'enfant, cette supériorité est évidem-

ment écrasante, et en effet on peut bien dire que l'enfant en est souvent écrasé, comme nous le verrons. Mais l'énorme distance diminue avec le temps. Le temps accroît les forces physiques et mentales de l'enfant, retranche de celles du père. . Un moment vient, pour l'enfant màlc, où la nature le lait l'égal de son père, et quelques tours de plus de la roue du temps, il deviendra môme son supérieur. Il en est assez (litïi'remiiient de l'enfant féminin : son sexe lui inflige toujours une infériorité, dont la quantité, si l'on peut ainsi dire, est d'ailleurs très variable. Rien, je le répète, n'opère ici que la nature. Il n'existe pas de pouvoir social qui puisse prendre parti et faire pencher la balance, soit du côté du père, soit du côté du fils, ainsi que cela se présentera aux époques plus civilisées. Sans doute il y a déjà une opinion publique, dont la force est en général assez coactive; mais dans le cas qui nous occupe, l'opinion publique est divisée naturellement. Les vieux sont pour le père, mais les jeunes sont pour le fils; en sorte que cette force, s'exerçant en deux directions contraires, s'annule elle-même la plupart du temps.

Durant ses premières années, l'enfant est donc tout à fait à la merci de son père. Le caractère de ce père, tel qu'il est déterminé par les circonstances sociales, est le principal ou l'unique facteur de la destinée du fils. Or le trait capital du caractère de l'homme sauvage est l'inconstance, — on dirait volontiers l'inconsistance. Le caractère du sauvage, c'est de n'avoir pas ou presque pas de caractère. Il n'est pas du tout dénué de cette faculté sympathique, qui fait qu'on souffre et qu'on jouit dans les autres, surtout dans le cercle borné de ces autres qui vivent avec vous, dont l'existence est mêlée entièrement à la vôtre. Le sauvage montre donc de l'aficction pour ses petits, et quelquefois même une aflection tendre et vive. Il est capable di' pIciiivilaMiortdc l'enfant cl de pleurer

sur ses souffrances. Il le vengera avec fureur, si on le tue. D'ordinaire il joue avec lui, le taquine, le corrige peu, lui laisse beaucoup de liberté, même il lui laisse prendre des libertés; il rit quand son enfant dépité l'insulle ou essaye do le battre*. Vienne un moment de colère, et cet enfant qu'il semble adorer, il lui cassera un membre, ou lui écrasera la tète contre une pierre.

Les enfants ont encore autre chose à craindre que l'emportement du père : c'est son intérêt. Le sauvage, dès qu'il a le plus mince intérêt en vue, sacrifie son fils, si ce sacrifice est un moyen pour atteindre l'objet désiré. Les Cafres, qui sont pourtant une race distinguée à certains égards, vigoureuse, guerrière, intelligente, prennent les lions dans des trappes-. Ils amorcent très bien les trappes, en y mettant leurs enfants dont les cris attirent le lion. Il est à croire que les pères font ce qu'ils peuvent, ne fût-ce que par économie, pour tuer le lion avant qu'il n'ait dévoré l'enfant; mais souvent le lion est tué trop tard. Quand il n'y aurait d'ailleurs que la peur atroce, et sans doute parfois mortelle, qui est infligée au pauvre enfant, ce serait encore horrible. Dans toute l'Afrique, de peuple à peuple, le grand commerce est celui des esclaves. Mauvaise, très mauvaise condition, pour l'homme, en tant que père. Il n'y a pas résisté. Partout en Afrique les pères vendent leurs enfants^ On en est arrivé h se marier, à procréer, rien que dans ce but. Ne nous indignons pas trop contre la race nègre. Nous avons été assez longtemps complices de ses méfaits. En allant acheter chez elle, nous la sollicitions à vendre, nous animions l'affreux trafic; et cette

1. Salvado, Mémoires sur V Australie, p. 275 et suiv. — H. Spencer, Sociologie, t. II, p. 385, 386 et 391. "— Letournegu, Sociologie, p. 133 c suiv.; — l'Évolution de la morale, p. 120 et suiv.

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