‹ La famille dans la société romaine;Chapitre 12 sur 84 · Journal ofethnol. soc, Loiuloii, 18G9, t. I · texte numérisé non relu

Journal ofethnol. soc, Loiuloii, 18G9, t. I

3. Letourncau, Évolution de la inorale, p. 193. — Spencer, Sociologie, t. II, p. 380.

liaison d'idées, qui ne pouvait manquer de se présenter à notre esprit, ne troublait guère notre moralité. Si, dans les autres parties du monde, la vente des enfants n'a pas pris le même essor, c'est tout simplement que les circonstances ne l'ont pas voulu. Par exemple en Polynésie, la culture est peu de chose, les indigènes n'ont pas grand besoin d'esclaves; et par bonheur l'Europe, l'Amérique industrielles, sont très éloignées. Si les matelots civilisés s'étaient souciés d'acquérir des enfants, que de fois, en Polynésie, les aurait-on vendus, comme ailleurs, pour un petit miroir ou pour un clou ! En Polynésie ce n'est pas l'enfant, c'est la femme qui a payé de sa pudeur les fantaisies du père de famille; il est vrai que le sacrifice coûtait fort peu à la victime.

Heureusement chez un grand nombre dépeuples sauvages, à raison de la latitude, ou à raison du mode d'existence, l'enfant grandit vite ; il parvient de bonne heure à la plénitude des forces physiques. Dès lors, le fils se défend. Rien déplus fréquent que la haine réciproque entre fils et père, chez les sauvages. Dans cette Afrique où l'on trafique tant de l'homme, si le père a attendu trop tard pour vendre son fils, la chose ne va plus sans peine. Il arrive même que les enfants se concertent, s'emparent du vieux tyran, et c'est lui qui est livré au marchand d'esclaves. Ailleurs, dans d'autres climats, le père et le fils se tendent réciproquement des embûches ; ils cherchent à s'assassiner, et c'est assez souvent le fils qui louche le premier au but*.

L'enfant se développe encore, mais cette fois du côté mental. Il prend de l'expérience, tandis que le père pendant ce temps décline comme guerrier, comme chasseur ou cultivateur. Bref, un moment vient où le vieux n'est plus bon à rien. On lui insinue, avec ou sans ménagements, qu'il

1. Spencer, Sociologie, t. II, p. 402 et suiv., d'après Burton.

ferait bien de s'en aller, de débarrasser les siens, de laisser une place vide. L'homme aime certainement partout à prolonger son existence, nulle part il ne la rejette avec insouciance, comme on ferait d'un vieil habit. Il ne faut pas juger sur des apparences trompeuses, et s'imaginer une humanité pittoresque. Et cependant c'est un fait que, dans un grand nombre de pays, les vieillards consentent à se laisser assommer, étrangler, ou môme enterrer vifs par leurs enfants. Ils consentent! oui à présent, parce qu"il ya à ce sujet une coutume séculaire et une opinion publique bien établie. Ce que l'opinion a obtenu en ce genre est à rapprocher du sacrifice des Suttees (veuves qui se brûlent de l'Inde) et n'est pas plus étonnant. Et c'est volontaire dans le même genre; c'est-àdire qu'on plie sous l'impérieux ascendant de la volonté générale. Pour en revenir à nos vieillards, ils demandent euxmêmes souvent, nous dit-on, que leur existence soit abrégée. Ils font, à mon avis, comme un condamné à mort qui, pour avoir le choix de son moment, l'avancerait. Quoi qu'il en soit, il me paraît probable que les mœurs, telles qu'elles sont actuellement, ont été précédées pendant de longs siècles par d'autres mœurs, où la brutalité des enfants était moins masquée, où le père n'avait pas encore pris l'habitude de consentir officiellement, et où il luttait désespérément contre sa famille, ce qui ne le menait à rien*.

Si, détournant brusquement les regards de ces peuples trop naturels, on considère les mœurs chinoises, ou celles

1. Spencer, Social igie, t. U, p. 3S7 et suiv. — Garnier, Nouvelle-Calédonie, p. 315. —De l{oc\idii, Nouvelle-Calédonie, p. 237, 238. — Voy. dans Lubbock, Origines de la civilisation, le récit de M. Huiit, p. 373. — Voy. dans Lctourncaii, l'Evolution de la morale, p. 115, la coiitunie des Battas de Sumatra, et p. 116 celle des Boschimans, des Naiiiaquois, des Cafres, des Américains « de lu base d'Uudson à la Piata », des Esquimaux, des Kamtchadales, des Lakoutes, des anciens habitants de la Sardaijtnc, des Massagètes, des habitants de la Bactriane, des Derbices, — Voy., id., \k 11 H, des coutumes contraires chez d'autres peuples.

des anciens Romains, là où le père exerce jusqu'à sa mort un pouvoir excessif, où la vieillesse même de l'étranger est entourée de respects obligatoires, on est extrêmement frappé du changement. On croit arriver parmi des hommes d'une nature différente ; et en fait, beaucoup d'historiens se refuseront àadmettre que les Chinois et les Romains aient jamais pu passer par une époque ou le pater familias, trop décrépit, courait le risque d'être supprimé. 11 n'y a poiu lanl pas deux humanités, et ce que les historiens en question estiment inadmissible, la plupart des sociologistes l'estimeront fort acceptable.

Le problème de cette grande différence dans les procédés des enfants vis-à-vis des pères me paraît comporter deux solutions possibles, en dehors de la fameuse explication par la race elle génie des races, idée si commode, mais si vaine. D'abord il est possible (je dirai même volontiers certain) que nombre de peuples n'aient pas connu l'immolation dos vieillards. C'est en fait une coutume basée sur l'intérêt économique. Pour comprendre comment des peuples se sont préservés de cette affreuse économie, il suffit de leur supposer au début des circonsfeances favorables, un milieu où les ressources alimentaires étaient on rapport avec la population, soit que le sol fût spontanément fécond, soit au contraire que la fécondité des femmes fût médiocre, ce qui se manifeste chez beaucoup de tribus sauvages. 11 est rare que les circonstances favorables maintiennent longtemps la proportion voulue entre les aliments et les consommateurs; mais une fois une coutume établie, elle peutpersister, bien qu'elle ne convienne plus. Deux forces puissantes concourent à la maintenir, d'abord le préjugé favorable au passé, si évident par toute la terre, et secondement l'orgueil de tribu ou de nation. On ne sait pas assez quel rôle immense cet orgueil de soi, qui so confond avec le mépris et la haine du peuple voisin, a join'

dans le maintien obstiné des coutumes distinctes ou opposées. Si Israël garde invinciblement tel article de son credo, ou telle de ses pratiques, ce n'est pas leur supériorité réelle qui en est cause : ce n'est pas même principalement le respect pour la tradition ; c'est que le Philistin fait autrement. Pas de peuple qui n'ait eu ses Philistins, et pour qui contrecarrer les Philistins n'ait été un point d'honneur national.

Maison peut fort bien admettre aussi qu'un même peuple ait changé, qu'il ait connu pendant un temps l'immolation des vieillards , et qu'il soit passé de là à la gérontocratie, telle que nous la voyons en Chine et à Rome. Et si cela a eu lieu, la cause n'en peut être douteuse. Le changement fut un fait gouvernemental. Il s'est produit, quand, à l'ascendant incertain, inconstant du chef (comme celui d'un chef australien par exemple), succéda une principauté bien établie, héréditaire, maintenue par i]c>^ troupes régulières ou à peu près, consacrée par les sorciers ou les prêtres, bref quand un vrai gouvernement fut fondé. Le gouvernement s'est immédiatement rangt' du côté des pères, il leur a prêté sa force ; c'est pour eux qu'il a fait la loi. Il l'a faite excessive cette loi, comme cela arrive toujours quand on réagit contre un régime antérieur, opposé ou très différent, qu'il y a une sorte de revanche à prendre, et aussi des retours offensifs à prévenir. Pour mon compte, je trouve à ces lois chinoises et romaines un air évident de réaction , et leur énorme partialité pour les pères m'est une raison particulière, en sus des raisons générales tirées du train commun à tant de peuples, pour croire que Chinois et Romains ont connu, eux aussi, l'immolation économique des vieux parents.

Mais pourquoi le gouvernement a-t-il pris parti contre les enfants? Je ne sais s'il est besoin de le dire, tant les motifs sont évidents. Chez tous les peuples primitifs, on se marie de bonne heure, et jamais gouvernant ne gouverna effectivement, que

lorsqu'il était déjà père de famille. A côté du prince, il y a toujours au début une assemblée, et cette assemblée la plupart du temps était formée exclusivement des anciens ; car les sauvages eux-mêmes pensent tous que l'âge donne la supériorité d'intelligence et d'expérience. Tous ils diraient volontiers : le diable n'est si malin que parce qu'il est vieux. D'ailleurs, que veut le gouvernant? Qu'on s'habitue à obéir. Par une association d'idées, qui n'a rien de bien profond, il se sent l'allié naturel des pères, qui réclament aussi l'obéissance. Et ceux-ci sont pour lui à leur tour des espèces d'auxiliaires, des sous-gouvernants qui font une partie de la besogne.

D'autres causes ont agi dans le même sens. Les peuples chez qui les pères et les enfants sont dans des situations respectives qui se renversent avec l'Age, vivent sous un régime économique fort peu avancé. Ce sont des chasseurs, des pécheurs, tout au plus des pasteurs. Dès que l'agriculture prend de l'importance, l'influence de ce régime se fait sentir. On l'a dit et nous devons le répéter ici, l'agriculture commence non par la culture d'un champ particulier, mais par celle d'un champ commun à tout un village ou à une famille, ce qui est d'ailleurs souvent la même chose. Ordès qu'un travail se faità plusieurs, il faut qu'on se concerte, et se concerter, c'est convenir que quelqu'un commandera ou dirigera. La première cause qui ait constitué au père un pouvoir autre que celui des muscles, un pouvoir régulier, consenti par l'esprit des enfants eux-mêmes, c'est la nécessité économique de se donner un chef — toujours, on le voit, l'ascendant capital des phénomènes de l'ordre économique! • — Si nous n'avons pas allégué en premier lieu cette cause, qui précéda l'action même du gouvernement, c'est que nous tenions à nommer d'abord la cause la plus influente. Or certainement le gouverment, venu après l'agriculture, a anipliiié étonnammonl et consolidé l'ouvrage que celle-ci avait ébauché.

L'ÉVOLUTION bll MAllIAOfc; VERS L'INDÉPENDANCE DES ENFANTS. 123

La dépendance des enfants vis-à-vis des pères doit être observée sous trois aspects principaux qu'elle présente. Il faut voir : 1° jusqu'à quel point l'enfant a la vie et l'intégrité de ses membres garanties, par la loi ou la coutume, contre les excès du pouvoir paternel ; 2" jusqu'à quel point il est libre de se choisir une femme et de gouverner ses propres enfants; 3" enfin, jusqu'à quel point, dans la sphère de l'activité économique, il est maître de travailler à sa guise, et surtout maître et propriétaire des bénéfices réalisés par son travail.

Au début la coutume (ou la loi) est probablement bien vague, sinon muette, quant aux droits de l'enfant. On pourrait même, je pense, conjecturer qu'elle ne s'en occupe pas. Ce que le législateur édicté avec précision, avec force, est d'un tout autre genre : « Enfant, tu ne toucheras pas à tonpère, je ne dis pas pour le tuer, mais même pour le maltraiter, ou bien je te ferai mourir dans les plus affreux supplices que je pourrai imaginer. » Et effectivement nous voyons chez beaucoup de peuples le parricide puni par des peines raffinées. Nous y voyons aussi la mort infligée à l'enfant coupable de mauvais traitements, ou même seulement d'injures, à l'égard de son père. Je citerai comme exemple les dispositions du code pénal de la Chine.

« Un enfant ou petit-enfant qui est convaincu d'avoir adressé des paroles injurieuses à son père ou à sa mère, à son grandpère ou à sa grand'mère, une femme qui est convaincue du même fait à l'égard du père ou de la mère, du grand-père ou de la grand'mère de son mari, sont condamnés à la mort par strangulation, à la condition toutefois (lue hi personne injuriée i)orte elle-mèiiK^ plainte devant les magistrats et qu'elle ait entendu elle-même les paroles injurieuses. » (Code pénal cliinoispar Staunton. Édition anglaise de 1810, p. 357.)

« Toute personne convaincue d'avoir frappé son père, sa

mère, son grand-père paternel ou sa grand'mère maternelle, doit être condamnée à la mort parla décapitation. » (P. 346.)

Ainsi le fils qui injurie son père est étranglé; s'il le bat, il est décapité. 11 semble à première vue que les Chinois ne fassent pas entre les deux cas une grande différence, mais à y bien regarder, s'ils n'ont pas mis de gradation sensible dans la peine, ils en ont mis une très importante dans la procédure. Le fils qui a injurié n'est pas poursuivi, si le père ne se plaint pas. Il n'en est pas de même du fils qui a battu. Le magistrat peut, sur le témoignage d'un étranger, lui faire spontanément son procès. Quoi qu'il en soit à cet égard, ce qui nous importe en ceci , c'est que le fils peut être légalement condamné à mort pour simples injures envers son père.

Constatons à présent jusqu'à quel point la réciproque fait défaut.

« Si un père, une mère, un grand-père, ou une grand'mère, châtie un enfant désobéissant d'une façon sévère cl inaccoutumée, tellement que l'enfant en meure, le meurtrier sera puni de cent coups. Si l'un ou l'autre des parents susnommés est convaincu d'avoir tué volontairement l'enfant désobéissant, le châtiment sera augmenté de soixante coups et d'une année de bannissement. » (P. S^T.)

€ Si un fils ou petit-fils injurie ou maltraite son père, sa mère, son grand-père paternel ou grand'mère paternelle, et que ce père ou cette mère en conséquence maltraite et batte à mort le fils ou petit-fils; ou encore si le fils ou le petit-fils étant désobéissant, il arrive qu'un des parents sus-indiqués le châtie d'une façon extraordinaire et que par suite de ce châtiment, l'enfant meure, sans préméditation... la personne coupable d'homicide n'est en pareilles circonstances passible d'aucun châtiment. » (Id., p. 348.)

Résumons ces deux articles : un père peut tuer son fils

exprès sous prétexte de désobéissance et en être quitte pour cent soixante coups, plus une année de bannissement. II peut le tuer impunément s'il ne paraît pas avoir eu l'intention de tuer ; la brutalité la plus leroce, celle qui fait mourir sous les coups, est innocentée!

Le législateur primitif gardant généralement le silence sur les limites du pouvoir paternel, il y a eu non seulement une grande diversité dans les procédés des pères, suivant les pays ; mais on peut même assurer que, dans un pays donné, la plus grande inconstance régnait à cet égard. A défaut de toute loi, certes, il y avait la surveillance de l'opinion pu- Itlique; mais il faut noter que l'opinion était elle-même vouée à l'inconstance. D'abord elle était divisée, par ce fait que le public était partagé en pères et en enfants; sans compter que beaucoup d'hommes étaient à la fois enfants et pères à la fois. On peut, et on doit admettre, que le courant ordinaini de l'opinion était notablement plus fort du côté des pères. Cependant il faut se rappeler que la sympathie de tout homme, ({uand il est personnellement désintéressé dans une affaire, s'émeut aisément pour la partie qui souffre, pour la partie qui meurt, et le rend partial. Quand donc la conduite d'un père à l'égard d'un de ses enfants prenait un aspect tragique, il y avait chance pour que le public eût un premier mouvement hostile au père. Mais, d'autre part, si la sympathie est chose vive, elle est chose légère (c'est, hélas ! trop démontré par toute la sociologie), et des causes bien faibles suffisaient à barrer son cours ou rnème à le retourner. La moindre apparence d'un tort imputable à l'enfant produisait ce phénomène dans le cas qui nous occupe, et le public assistait alors avec indifférence à la fin d'une tragédie, dont le commencement l'avait peut-être fort indigné.

Tout ceci n'est pas une déduction en l'air, une hypothèse absolument gratuite. Cette oscillation de l'opinion publique,

ce balancement d'émolions contraires que je me suis efforcé d'exposer, il me semble la voir clairement, comme une cause cachée, sous les dispositions du Code chinois, quand il essaye de fixer des limites aux sévices paternels.

Et cependant le Code chinois, tel que nous l'avons, n'est certainement par le Code primitif. S'il formule contre la cruauté ou la sévérité excessive des pères des peines trop légères à notre avis, s'il stipule trop vaguement des garanties en faveur des fils, et laisse surtout une porte trop largement ouverte aux échappatoires, il faut cependant tenir ce régime imparfait pour un progrès. Et sans nul doute, un temps fut ou le même Code ne formulait et ne stipulait rien.

Nous parlerons assez amplement des Romains dans les chapitres postérieurs à celui-ci, pour nous borner ici à quelques mots. Les Romains, déjà bien civilisés à d'autres égards, au temps où vivaient Cicéron et César, n'avaient cependant dans leur arsenal législatif aucune disposition analogue à celles du Code chinois. La loi, chez eux, en était encore à garder, sur cette question du droit des pères à tuer ou mutiler les enfants, ce que nous avons appelé le silence primitif. Cependant à la sympathie dont nous parlions tout à l'heure, une autre cause favorable à l'enfant est venue d'assez bonne heure ajouter son concours. L'enfant — entendons ici i^eulement l'enfcint du sexe masculin — est un guerrier ; c'est pour les concitoyens un défenseur.

L'intérêt de chacun de ces concitoyens à ce que le nombre des défenseurs soit aussi grand ([ue possible n'est pas difficile à apercevoir, et des sauvages mêmes sont capables de le faire. Un père, qui tuait ou mutilait un enfant déjà avancé en âge, pouvait donc susciter contre lui de la part de ses concitoyens un sentiment autre que la sympathie, le sentiment d'un intérêt blessé. La famille et l'État sont destinés, par la nature même des choses, à se disputer sourdement ou dans une

lutte ouverte, la discipline de l'individu*. C'est évidemment sous la forme de Tintérôt militaire que l'intérêt général, représenté par l'Etat, a engagé tout d'abord, avec la famille représentée alors par le père, celte lutte naturelle, toujours en instance dans les sociétés".

Il ne faut pas toutefois s'exagérer la puissance de l'intérêt général, en tant que sentiment individuel et mobile de conduite. Ce fut de tout temps un mobile faible, intermittent, annulé par d'autres. Cependant le sentiment de l'intérêt général n'en a pas moins opéré dans l'histoire d'assez grandes choses ; et en particulier dans l'ordre des relations qui nous occupent. Il a agi avec efficacité pour la femme, nous l'avons dit ; il a agi aussi en faveur de l'enfant, et toujours par la même main, par la main du législateur. Ce personnage, au nom sonore, et dont le rôle paraît si brillant sur la scène de l'histoire, il faut ici le pénétrer dans son vrai caractère. Il faut faire brièvement la théorie psychologique du législateur, ce ne sera pas un hors-d 'œuvre.

Le législateur peut être un homme ou un groupe d'hommes; il se peut encore que le législateur soit un esprit supérieur à la généralité des esprits de son temps, ou qu'il soit simplement leur égal; cela n'importe pas tant qu'on le croirait. Solon était probablement un esprit supérieur, mais nous avons des lois de progrès édictées par des empereurs romains qui furent des hommes fort ordinaires, sous tous les rapports, depuis Claude jus([u'à .lustinien. Quand le législateur commande un acte moral, c'est avant tout un effet de sa situation, une influence de son office. Le législateur ne songe pas à ce qu'il fera lui-même, ni à ce qu'il est, comme père ou mari.

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