‹ La famille dans la société romaine;Chapitre 13 sur 84 · Spencer, Sociologie, t. II, p · texte numérisé non relu

Spencer, Sociologie, t. II, p

2. L'antique Sparte est un des pays où ce conilit a ctc le plus évident et le mieux remarqué. Voy. Fustel de Coulangcs, Du droit de propriété à Sparte. Journal des savants, février 1880, p. 110.

Par fonction, il songe à ce qu'il veut que les autres soient, et cela suffit pour qu'il se montre aussi moral que ceux de ses contemporains qui le sont le plus. A toutes les époques, l'opinion publique n'est pas si homogène qu'on s'imagine. Même chez les vieux Ilomains, quand les pères pouvaient tuer ou vendre leurs fils, n'allons pas croire que l'opinion publique ne s'émut pas quelquefois contre ce pouvoir. Dans les courants divers d'opinion, qui coexistent toujours, le législateur, quand il est désintéressé, et il l'est tant que la question ne louche pas sa propre stabilité, le légistateur tend à choisir le courant formé par la sympathie. D'autres fois c'est une vue d'intérêt général qui le détermine, ou encore l'idée, qui a bien son influence dans l'histoire, l'idée de l'égalité des hommes, du moins l'égalité des sujets entre eux : sympathie, intérêt général, sentiment égalitaire (sous réserve de sa propre supériorité), tous ces mobiles font agir aisément le législateur, bien qu'en lui ils soient faibles, et cela par une raison simple : cest qu'il n'en coûte rien de commander. — Quand il doit lui en coûter, le législateur ne commande pas, voilà tout. — Après cela, la chose, ordonnée à si peu de frais, est pratiquée avec plus ou moins de peine })ar les autres hommes chargés d'obéir; mais quand les injonctions du législateur ne contrarient pas trop la nature humaine, elles restent, soutenues qu'elles sont par la force coercilive du pouvoir gouvernemental. En résumé, les progrès, par voie législative, ne doivent pas nous émerveiller, car ils ne furent pas pénibles, pour qui les voulut; et ceux pour qui ils furent pénibles, les subirent, sans les avoir voulus.

Nous ne pouvons ici faire la revue de tous les peuples; il faut nous borner à des exemples. Il y a deux époques où l'intervention du législateur, dans la catégorie des faits qui nous occupe, s'est manifestée d'une l'aron particulièrement saisissante; c'est à Rome sous les empereurs, à partir du pre-

mier siècle de notre ère, et en France au moment de la Révolution française. Le rapprochement de ces deux époques est d'autant plus légitime, que l'une est l'héritière de l'autre, et a n'L'llement parachevé l'ouvrage que l'autre avait commencé. En dépit de laditïérence des nationalités, des gouvernements, nous avons affaire ici à une seule et même évolution.

Les Romains, c'est de l'histoire vulgaire, ont débuté par un régime des plus aisés à définir. Le père était propriétaire de son fils, aussi bien que de son esclave ou de son bœuf^ 11 pouvait le vendre, le tuer, à plus forte raison le mutiler ou le rouer de coups. Bien lentement, bien timidement, le législateur intervint, quand, la république étant décidément morte, il se trouva à peu près indépendant de l'opinion du public, et investi de pouvoirs absolus. Le droit de vendre, de tuer, le droit de châtier cruellement, furent enlevés aux pères par des hommes qui gardaient devers eux le pouvoir discrétionnaire d'exiler, de ruiner et de tuer leurs sujets, et trop souvent usèrent de ce pouvoir dans toute sa plénitude. Je ne crois pas que ces empereurs aient été, en général, disposés à faire un sacrifice sérieux de leurs intérêts spéciaux ; et je ne vois pas, qu'en réduisant les pères à la raison, ils aient eu rien à sacrifier. Ils purent, sans grand effort, écouter les conseils de la philosophie grecque, et ceux de leurs jurisprudents, qui n'étaient, après tout, que des suggestions de la sympathie et d'une sorte de bon sens équitable. Là où la sympathie était moins excitée, où l'équité ne commandait pas avec évidence, empereurs et jurisprudentsse montrèrent bien peu novateurs. Ils n'allèrent pas jusqu'à permettre le mariage aux enfants, sans le consentement des parents. Ils n'allèrent pas non plus jusqu'à cette idée, qui nous paraît cependant d'une justice bien élémentaire, d'attribuer au fils la propriété des biens acquis par lui, grâce à son travail, à son

1. Le rapprochement est de Momiuscii, p. 80, tratl. Alexandre.

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industrie particulière — sauf les réserves dont nous parlerons longuement plus tard.

Ainsi, des trois points principaux, dont le pouvoir paternel se composait, d'après notre analyse*, un seul fut modifié à fond, et d'une manière qu'on peut dire complète. Les deux autres ne furent que bien imparfaitement réformés.

Durant tout le moyen âge, et jusqu'à la Révolution française, dans les pays de droit écrit, c'est-à-dire ceux où la tradition romaine dominait de son ascendant les influences contradictoires du droit germanique, dont nous parlerons tout à l'heure, le pouvoir paternel subsista à peu près tel que l'empire romain, en tombant, l'avait légué aux contrées occidentales. Treize cents ans sans progrès, dans un sujet où les vrais rapports à établir ne demandaient pas une grande puissance d'invention morale!

Les hommes de la Révolution arrivèrent à la possession du pouvoir législatif avec une sorte d'irritation, d'exaltation maladive du sens égalitaire, si longtemps et si durement froissé chez eux. Ne les imaginons pas plus désintéressés qu'ils ne le furent en réalité ; dans une foule de choses et les plus importantes, s'ils réclamaient l'égalité, elle leur était avantageuse. Ils devaient trouver, dans l'établissement de lois égales pour tous, une notable amélioration de leur situation personnelle. Après cela, entraînés par la logique, emportés par la haine et la réaction de la colère contre tout l'ordre existant, émus aussi d'une sorte de pitié générale pour toutes les victimes du passé, au nombre desquelles ils comptaient, ils songèrent à la situation du fils de famille, comme à tant d'autres abus; et la loi du 28 août 1792 vint mettre fm à la tutelle perpétuelle du fils, à rex})loitation perpétuelle du père, sous le rapport économique. Les enfants purent désor-

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