‹ La famille dans la société romaine;Chapitre 26 sur 84 · Voy. Concuhinatvs, loc. cit., p · texte numérisé non relu

Voy. Concuhinatvs, loc. cit., p

le fait. La grande femme propose elle-même l'adjonction d'une petite femme. Mais partout la cause est la même; c'est la pauvreté ou du moins la médiocrité de fortune. Assuré, ment, dès que le ménage est aisé, dès que la femme légitime a des esclaves, des serviteurs, et n'a plus à porter le poids du ménage, ses sentiments sont tout autres. On peut donc supposer qu'à Rome tant que les dots furent médiocres., la femme légitime et son père tolérèrent encore la concubine; mais bientôt il y eut, grâce à la guerre et au pillage, des femmes amplement dotées; il y eut aussi des esclaves en abônÏÏârfce, sur le marché, et qui ne se payaient pas trop cher. Dès ce moment, une influence beaucoup plus forte que celle du législateur lui-même, l'ascendant de la fortune, entra en jeu pour détruire le concubinat primitif. Le mouvement commença par les plus hautes classes et descendit graduellement dans les basses. Il faut convenir que l'homme qui voulait se marier avantageusement devait renoncer à avoir des concubines; elles ne restèrent plus bonnes que pour l'homme qui ne se mariait pas. La monogamie reçut ainsi, grâce à l'intérêt, une très notable extension. Ce fut, il faut le dire, un progrès beaucoup plus apparent que réel. Nous le verrons; si l'homme n'eut plus de concubine avouée, il s'en consola largement avec ses servantes, ses esclaves du sexe féminin. Il fallut bien le tolérer, car comment l'empêcher? Les maris cependant durent garder des ménagements, ne pas trop montrer leur jeu, et la situation delà femme légitime fut, au moins par les dehors, un règne sans collègue et sans compétiteur.

jVvant rinveution jie la dot, si le iils n'enlevait pas une (ille au dehors, le père liii en achetait une à quelque voisin; rappelons ici que le père seul était propriétaire ; que le fils n'avait rien à lui. Évidemment, à Rome, les choses alors se passaient comme aujourd'hui en Chine. Le père achetait pour

son fils celle que bon lui semblait. Le fils était peu ou point consulté. Probablement l'affaire était conclue sans que le futur époux eût entretenu ou mtime vu sa future; le père se décidait un peu sur les rapports d'intermédiaires, beaucoup d'après les biens, le rang de la famille. Le père de la lille faisait de même tmUatis mulandis ; et lajille était, si se peut, encore nioins consultée que le garçon.

L'invention de la dot ne pouvait apporter aucun changement au point de vue qui nous occupe. Le père continua à décider du choix de son gendre et de sa belle-fille. Au lieu de demander celle-ci la bourse en main, il la demanda les mains vides; il reçut au contraire, avec elle, une dot qu'il toucha, dont ilperçutles fruits, comme seul maître et seul gérant du patrimoine familial. D'autre part, il acheta son gendre au lieu d'en être payé, et ce fut tout.

De cette omnipotence du père, en fait de mariage, donnons d'abord quelques exemples historiques, avant d'en venir aux textes plus positifs de la législation.

César fut fiancé de très bonne heure par son père à Cossutia, de simple famille équestre. Pour un Jules, c'était une mésalliance, mais Cossutia devait avoir de grands biens. Suétone qui rapporte le fait laisse en doute si les fiançailles furent suivies du mariage. Peu importe, la volonté de César avait été évidemment forcée, et elle l'eût été jusqu'au bout, si son père avait vécu; mais il mourut, et César, alors dans sa seizième année, reprenant son libre arbitre, rompit immédiatement avec Cossutia, puis s'alla marier avec Cornélia. Et ici, au sujet de cette Cornélia, Suétone nous apprend un fait significatif*. Le dictateur Sylla trouva mauvais que César eût épousé cette Cornélia. Ce qui déplaisait à Sylla, ce n'était assurément pas la femme, mais l'alliance des deux familles.

Page 1