‹ La famille dans la société romaine;Chapitre 27 sur 84 · Suétone, César, I · texte numérisé non relu

Suétone, César, I

Il voulut contraindre César à divorcer. vLa tyrannie poussée à ce point nous paraît étrange; mais prenons garde que nous ne tenons pas compte du milieu et des habitudes romainesJ Sylla voulut simplement s'arroger à l'égard de César le pouvoir du père, du chef de famille. Il faut rapprocher ce trait de celui d'Auguste. Auguste contraignit Tibère à répudier sa femme Agrippine qu'il aimait, dont il avait un fils et qui était enceinte d'un second enfant, et Tibère dut épouser Julie. f( Voilà un acte d'abominable despotisme! » A y bien regarder, il n'a pas cette couleur, et à coi^) sûr, Auguste ne se croyait pas si despote. L'empereur n'était-il pas le chef de famille universel? Auguste ne fit là que ce que les simples chefs de famille se permettaient chaque jour. Voyez encore le même Auguste. Il avait marié sa fille Julie, en premières noces, à Marcellus, fils de sa sœur Octavie. Marcellus à ce moment était encore un enfant. Son consentement lui fut-il demandé? En tout cas, vu l'âge de l'époux, ce fut une pure formalité. Marcellus mourut à vingt ans. Octavie et Auguste s'entendirent pour faire divorcer Agrippa, déjà marié dans leur famille, et le donnèrent à Julie en secondes noces. Mariages de princes, dira-t-on, ou au moins de grands seigneurs, comme étaient les Jules; mais voici un exemple tiré d'une bien modeste famille équestre. Ovide ayant par hasard occasion de nous conter les mariages successifs (trois mariages), qu'il a faits dans sa vie, comme tout le monde, nous dit du premier : « Je n'étais presque qu'un enfant quand une épouse me fut donnée, qui n'était ni méritante, ni riche, nec cligna, nec utilis. » (Tristes, livr. V, élégie 10, vers 69 et s.),

II était tellement connu que les mariages se faisaient et se défaisaient au gré des parents, suivant leurs intérêts du s moment, suivant qu'il leur convenait de s'allier avec telle / famille, ou de rompre avec telle autre, que les tiers mêmes.

les partisans, les amis, se mêlaient d'imposer des mariages et des divorces.

Ainsi Octave, étant entré en pourparlers de paix avec Antoine, les soldats- des deux côtés exigèrent comme gage de cette conciliation qu'il y eût im mariage. Octave, fiancé avec la fille de Servilius Isauricus, dut renoncer à cette alliance et épouser Claudia, belle-fille d'Antoine*. Cette Claudia était une enfant. Le mariage ne fut pas consommé. Auguste, dès qu'il fut plus libre de ses allures, la répudia pour épouser Scribonia. Cette intervention des soldats est, à mon sens, un fait bien caractéristique !

MaisjLman avis la preuve irrécusable de l'absolutisme des jgarents en fait de mariage^ c'eslT âge auqueHes enfants sont communément mariés.

Jusque sous Justinien. l'â^e légalement exigé pour le niariag;e^tj^qviant à la jeune fille, douze ans; quant au garçon^j quator^eans- Ces dispositions étonnent un moderne. On a quelquefois prétendu que les anciens étaient en tout plus précoces; supposition purement gratuite; rien n'indique que la nature fût alors autre que de nos jours. Sans doute en Italie les filles sont assez fréquemment nubiles à douze ans. Mais il en est de môme chez nous en Provence, en Languedoc. On s'y garde cependant de marier les filles avant dix-hui[^ ans, seize ans au moins. On craindrait de compromettre leur santé, la viabilité des enfants et enfin la solidité de la race. On croit qu'il en résulterait en outre des inconvénients moraux.

Est-ce que les Romains ne se doutèrent jamais de ces inconvénients, qui pour nous sont très clairs? La supposition est en soi invraisemblable. Les historiens d'ailleurs nous disent souvent, en parlant d'un mariage, que la fiancée n'était pas

1. Le fait est signalé par Suétone, Auguste, 62, et par Plutarqne, Vie d'Antoine, 20.

encore nubile. Voilà donc des mariages prématurés, accomplis en pleine connaissance.. A- un certain moment, après de longs siècles de laisser aller, nous voyons le législateur exiger dans les époux un âge minimum. Certainement pour que le législateur, étant données les idées romaines, ait touché au pouvoir du père de famille, il faut qu'il ait été frappé de quelques résultats fâcheux. Il n'exige que douze ans pour les filles, cela est vrai, mais c'est qu'il se sent obligé de composer avec des habitudes antérieures.ILll!obUenyTfiême pas toujours, tant s'en faut, qu^Je^père attende douze ans ; il s'en plaint, mais il n'ose pujiir ce père qui méprise ses ordres, il proteste seulement que l'enfant jetée aux bras d'un prétendu mari ne deviendra mariée à ses yeux qu'en atteignant l'âge requis*. On voyait donc très bien les inconvénients, mais on passait outre. Pourquoi? Nous allons le voir.

Il y a une institution connexe au mariage, les sponsalia, les fiançailles, à laquelle on n'a pas assez fait attention; elle révèle la véritable cause de ces mariages prématurés, les mobiles qui faisaient agir le père romain. Ce n'était pas assez pour lui de pouvoir marier la fille à dix ou douze ans, le fils à quatorze; ce père par le moyen des fiançailles précipitait encore l'jinion^desesenfants. Il les engageait dans les liens choisis par lui, il leur fixait leur destinée à un âge où ils ne pouvaient oj^oser aucune résistances. Les vieux Romains fiançaient leurs enfants dès le berceau, ou quand ils parlaient à peine. Mariages précoces, fiançailles au berceau, la cause est la même pour les deux effets : c'est que le père romain est fort jaloux de son omnipotence quand il s'agit du mariage de ses enfants; et qu'il tient à ne pas rencontrer en cette affaire l'ombre même d'une opposition. On dira peut-être qu'il était pressé d'avoir des petits-fils, qui lui rendissent le

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