LWrl (l'aimer, liv. I. v. .505 à OUS
LES DINERS CHEZ LES UOMAINS. 2r<5
dans un léger bégayement, ce que tu feras ou diras alors d'un peu plus libre que de raison sera mis sur le compte du vin », et à ce titre tenu pour excusable. Il n'y a pas moyen de s'y tromper. Si Ovide recommande au jeune homme de boire modérément, ce n'est pas par ce motif qu'il se nuirait autrement dans l'esprit des dames. Il est clair que ni elles, ni personne n'attache à l'ivresse l'idée de grossièreté que nous y mettons; la preuve, c'est qu'Ovide conseille de feindre cet état, en vue d'obtenir une indulgence plus large. Imaginez ici un poète du xix' siècle faisant une leçon du même genre ; il dirait: «Ne vous grisez pas, vous passeriez pour un rustre », tandis quele poète latindit : « Ne te grise pas, mais fais-en le semblant pour mieux conduire tes affaires auprès des dames.» Surtout n'allez pas croire que ces conseils soient donnés en vue d'un repas dans le monde des femmes faciles; Ovide songe incontestablement à une société régulière, au monde des honnêtes gens : ce n'est pas ici le demi-monde, il y a les maris : « ïàclie de plaire à ta belle, dit-il, mais tâche déplaire aussi au mari », et encore un peu plus loin : « Fais des vœux pour la dame, fais-en aussi pour son mari, tout en le maudissant intérieurement. »
Que l'ivresse ne soit point rare dans les dîners de la bonne compagnie, le même auteur va nous en fournir d'autres preuves. II écrit à une femme mariée qui est sa maîtresse, lui dictant la conduite à tenir dans un festin où elle est conviée avec son mari ; il dit : « Fais boire ion mari à outrance, et furtivement, pendant qu'il boit, si tu le peux, ajoute du vin à son mélange. Quand il sera bien enseveli dans l'ivresse et le sommeil, nous agirons selon les occasions et les commodités du lieu. » Qu'est-ce que ce mari capable de se laisser l'nsevelir dans le vin? un homme considérable et à qui on \ rend des devoirs, car le poète dit un peu plus bas : « Quand tu te lèveras pour partir, nous nous lèverons tous. » Il s'agit
évidemment d'une grande dame dont le départ règle celui d«s autres et que la compagnie escorte jusqu'au seuil. On le sait d'autre part, Ovide avait les meilleures relations; il fréquentait très haut, à ce point qu'on a pu lui attribuer les faveurs d'une princesse de sang impérial, de la seconde Julie, petite-fille du divin Auguste.
Je reprends la citation : « Quand tu te lèveras pour sortir, nous nous lèverons tous. Rappelle-toi bien de te placer au milieu de la foule. Tu m'y trouveras ou je t'y trouverai et... » On ne peut ici traduire exactement; le poète veut que cette grande dame profite de l'instant pour des caresses d'un genre très libres.
Il existe dans l'œuvre d'Ovide une autre peinture de ce même sujet qu'on pourrait appeler la sortie du dîner. « Au moment, dit-il à son jeune homme, où les convives quitteront la table, le groupe qu'ils formeront te donnera lieu de te rapprocher de ta belle ; et grâce au pèle-mèle, il te sera possible de presser sa taille de tes doigts, de toucher son pied avec le tien". » Ainsi, Ovide nous afhrme, à deux reprises, que la sortie du dîner a lieu dans des conditions permettant de prendre avec une femme des libertés très grandes. Est-ce une possibilité qui tienne au grand nombre des conviés? Le mot turba est dans le texte, je le reconnais; mais, d'autre part, nous savons que le nombre des commensaux était, sauf exception, très limité. Ici lurba, je pense, ne signifie nullement foule, mais pêle-mêle. Il n'exprime pas le grand nombre des convives, mais le désordre de leurs allures, la poussée de gens ivres ou ensommeillés. \^ - ^,
Sénèque^, en dix endroits, nous apprend que toils les grands