kri d'aimer, loc. cit
3. Voir notamment Sénèquc, Lettres, 47, l,ct Cousid. ad. Uelr., IX, JO, l'dil. Lemairc.
LES DINKUS (;Hi:Z LES HOMAINS. âf)?
dîners donnenl lion à des accidents malpropres, tant on y boit, Quintilien est moins explicite, les sujets qu'il traite ne le menant pas à s'étendre comme Sénèque sur les vices du temps; il altirmc cependant qu'en tout repas on dit et on fait des obscénités. C'est attester d'une façon irrécusable, bien qu'indirecte, l'ivresse générale des convives. Pline l'ancien, traitant de la vigne et du vin, est conduit à parler des habitudes d'intempérance de son époque.
Les quelques pages qu'il a écrites à ce sujet, trop longues pour être citées ici confirment pleinement Quintilien et Sénèque. Ce qu'il voitautour de lui le porte à dire que boire est pour la plupart des hommes le principal mobile de la vie. Il n'y a pas jusqu'à Columelle, l'innocent Columelle, auteur d'un ouvrage purement agricole, qui ne vienne déposer dans le même sens. « Nous passons nos nuits dans l'ivresse », ditil comme par mégarde. Ainsi les philosophes, les savants, les historiens rendent le même témoignage que l'art*. Et à propos de ce dernier je n'ai pas produit, tant s'en faut, toutes les preuves qu'il offre. Quanta ce que j'appellerai des indices, il en présente partout. De ces indices, veut-on un exemple pour finir : dans Apulée il n'existe à ma connaissance qu'un seul récit de dîner^ dans la bonne compagnie : c'est chez Birrhène, grande dame d'Hypate, qui réunit à sa table la meilleure société de la ville. Et le héros du livre, Lucius, s'y grise, comme si c'était chose de règle et d'obligation {Métamorphoses, liv. II, m fine).
Une observation, qu'on a faite en tous les temps, et qu'on peut faire encore aujourd'hui : quand le sexe masculin, à
1. Voy. Quintilien, liv. 1, iv. — CohimcUc prrefatlo. — Pline l'Ancien, liv. XIV, 28.
2. Quand on voit ce qu'était le dîner des Romains on comprend mieux le mot (le Caton, que César seul marcha sans être ivre au renversement de la Kcpubliquc. Et réciproquement le mot de Caton confirme les habitudes d'ivresse qui résultaient, suivant nous, du régime du dîner. Suétone, César, 53.
LACOMBE. — La famille. 17
25S LA FAMILLE DANS I-A SOCIÉTÉ llOMAlINE.
une époque et dans une classe donnée, est sujet à s'enivrer communément, le sexe féminin se ressent toujours quelque peu du même vice Voyez par exemple nos classes populaires, et en particulier nos ouvriers de manufacture. Et réciproquement de ce fait que quelques femmes s'adonnent à l'ivresse, on peut toujours conclure qu'en même lieu la chose est fortcommune parmi les hommes. Or, chez les Romains, il arrivait aux femmes, soyons net, il arrivait aux dames de s'enivrer. Laissons ahsolumentde côté, quoique ce soit certes un parti extrême, le témoignage de Juvénal. « Les femmes, nous dit Sénèque, veillent et boivent comme les hommes. » Et encore. « Elles luttent avec les hommes au vin, comme h l'huiles »
N'admettons pas l'assertion au pied de la lettre, elle excède évidemment la vérité. Impossible cependant de la rejeter tout à fait. Récuser complètement Sénèque après Juvénal, autant vaudrait tout de suite renon-er à l'histoire des mœurs. D'autant que les poètes viennent ici en confirmalion. 11 serait facile de relever chez eux, chez Martial notamment, nombre de passages où il est daubé sur des contemporaines ayant l'habitude de boire. Mais il vaut mieux revenir tout droit à Ovide qui, sur ce sujet, donne certainement Li note la plus juste. Dans son Arl cVaimer, il ne se propose rien de moins que de fournir les belles dames de conseils, applicables h toutes les conjonctures de la vie mondaine. Il n'avait garde, d'oublier le dîner-. « Vous vous attendez bien assurément que je vous conduirai au festin... Voici mes leçons. Venez-y tard quand les flambeaux sont
1. L'iiuile f.iit allusion à celles qui apprennent la lutte et l'escrime. V. Senèque, lettres 95, 20. « Non minus i)crvigilant, non minus potant; et olco et mero viros provocant. Aequc iavitis iiigesta visceribus os rciUUint et vinum omnc vumitu renietiuntur. »