‹ La famille dans la société romaine;Chapitre 38 sur 84 · Voy. les riiiquaule fleriiicrs vers de l'Arl d'uhner · texte numérisé non relu

Voy. les riiiquaule fleriiicrs vers de l'Arl d'uhner

contre Martial et y gagnèrent beaucoup en obscénité. Ce n'est pas que celui-ci ne se donne parfois les airs d'un censeur. Il n'y a avec cela recherche de volupté, invention lubrique, habitude honteuse de ce temps-là, et je crois de tous les temps, qui ne soit consigné dans Martial. Et tout y est décrit avec une énergique concision. Le mot propre, pardon ! le mot cru, le mot nature arrive là à chaque instant. Pour achever de rendre le plat dangereux, le sel ne manque pas; il y a beaucoup d'esprit, parfois du meilleur. Les épigrammes de Martial eurent le plus grand succès. Mais croirat-on qu'après Martial, c'est-à-dire plus bas, il ait pu exister encore quelque littérature poétique, au moins par la forme : cela était pourtant. Martial avait au-dessous de lui des confrères dont il rougissait, un Sabellus, par exemple, dont il se déclare révolté. Que pouvaient bien être les ouvrages de ce Sabellus, qui effarouchaient la pudeur d'un Martial? Pas plus effrénésaufondj'imagine, que les vers de ce dernier; seulement ce qui dans l'un était brièvement touché, avec pointe et saillie, devait être dans l'autre platement étendu, dans une lubricité lourde, pure de tout esprit. Sabellus est perdu pour nous; nous ne connaissons de lui que le sujet qu'il a traité ; ce sujet est indicible; le même, au reste, que celui des sonnets de l'Arétin.

Des romans obscènes circulaient, et paraît-il, en assez grand nombre. Il nous est parvenu de cette littérature deux ou trois spécimens qui nous permettent de juger des œuvres perdues, les Métamorphoses d'Apulée, la Luciade et le Salyricon de Pétrone. Assez inégales entre elles sous le rapport de l'esprit et de l'art, ces œuvres ont cela de commun qu'elles ne sont plus présentables au grand public. Les femmes, à Rome, lisaient ces romans, et phénomène littéraire particulier, je crois, à cette époque, elles composaient elles-mêmes, sinon des ouvrages de cette espèce, au moins des poésies erotiques.

Une contemporaine de Martial, Sulpicia, jeune femme honnête en ce sens qu'elle était, paraît-il, fidèle à son mari, publia des vers, dont Martial fait le plus grand cas : « Rien, dit-il, n'est plus vertueux (le mari étant l'unique objet dos désirs exprimés) et en même temps plus polisson. »

Des imaginations nourries de cette littérature devaient atteindre, après boire, un degré de licence effrayant. Le lecteur, au fait de son xviif siècle, songera peut-être ici à certaines conversations rapportées dans les lettres de Diderot et les mémoires de Mme d'Épinay. 11 ne faut pas assimiler les deux époques. La conversation antique a dû avoir, par plusieurs causes, une crudité toute particulière. C'était, je le rappelle, des Méridionaux que les Romains. A une certaine température, il semblerait que la langue prenne aussi peu souci que le vêtement de couvrir les nudités. Leur religion, leur morale, leur art s'accordaient à accepter la vie toute entière comme la nature nous la donne, et à la consacrer. Les anciens ne réservaient pas leur estime pour ce qui tient à l'âme et à l'esprit; ils ne déniaient pas au côté physique de l'existence sa part de considération; ils n'étaient. pas chrétiens, comme nous le sommes tous h quelque degré. Souvenons-nous encore que Romains et Romaines traitaient familièrement leurs esclaves, conversaient beaucoup avec eux. La langue des maîtres, et plus encore, peut-être, celle des maîtresses, a dû se repentir de cette habitude, et le ton de la causerie en rester notablement plus bas. En tous les temps, les femmes ont eu certainement, dans la conversation, comme dans la conduite, plus de retenue que les hommes. Mais les temps semblent différer beaucoup par un autre côté : il est des époques où les femmes, en compagnie avec les hommes, leur imposent des régies, leur font accepter des freins, maintiennent la bienséance du langage (par exemple, à l'hôtel

de Rambouillet)*. Dans ces réunions de société à Rome, c'est une chose bien frappante que la femme n'apparaît nullement comme une modératrice. On lui attribuerait plutôt le rôle contraire. Qu'elle ait poussé à boire, à s'enivrer, sachant forcément ce qu'il en devait résulter, c'est l'indice certain qu'il y eut chez elle une indélicatesse morale vraiment singulière. Les causes de cet abaissement ne sont pas faciles à apercevoir. En tout cas, cette abdication de la femme doit être pour nous une nouvelle assurance de la licence des festins.

A l'origine, les femmes dînaient assises et, depuis longtemps déjà, les hommes avaient contracté l'habitude de manger couchés qu'elles continuaient cette prudente tradition. Ce furent les courtisanes qui d'abord, vers la fin de la République, se mirent à dîner comme les hommes; puis les femmes honnêtes firent comme les courtisanes. Les premières matrones, qui se couchèrent pour dîner, savaient bien qui elles imitaient. Cela fait venir sur leur compte et sur celui de leurs maris toutes sortes d'idées. Cette nouveauté fit fortune en dépit des inconvénients qu'on ne pût manquer de constater bientôt. La persistance de cet usage s'explique, à mon avis, par la fatigue résultant du bain prisa la fin de chaque journée et d'une journée mal réglée. Voyez comme les coutumes s'enchaînent et s'entretiennent. Le bain fut l'une des causes qui produisirent les repas prolongés. Ceux-ci, en amenant les excès de boissons, maintinrent le bain, qu'on estimait être le meilleur remède contre ce malaise du lendemain qui suit les nuits d'ivresses. Pour se procurer plus tôt le délassement désiré, ils en vinrent à se baigner au sortir de table, en pleine nuit ;^ et enfin, conséquence dernière tout à fait humaine, ce bain excentrique opérant très bien chez quelques-uns, ceuxci en profitèrent pour se remettre à table aussitôt après et

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