‹ La famille dans la société romaine;Chapitre 39 sur 84 · I. Et aussi ce semble, dans la société chevaleresque · texte numérisé non relu

I. Et aussi ce semble, dans la société chevaleresque

LES DINERS CHEZ LES ROMAINS. iGU

réitérer le dîner. On trouve cela indiqué dans le festin de Trimalcion.

Il était de règle, ce semble, que les femmes fussent placées les unes auprès des autres. Mais le lit de lable généralement ne contenait pas plus de trois personnes. Dès que le nombre des convives du sexe féminin ne répondait pas exactement à trois ou à l'un de ses multiples, il fallait ou laisser quelque place vide ou qu'un même lit reçut des convives des deux sexes. En ce cas on mettait de préférence le mari auprès de sa femme, mais le mari pouvait être absent, la femme divorcée ou veuve. Il arrivait donc assez souvent qu'une femme fût placée à dîner près d'un liomme étranger à sa famille. Deux passages d'Ovide, celui où il recommande aux femmes de ne pas dormir, et un autre que je citerai tout à l'heure, où il nous dit avoir abusé souvent de sa position à table, prouvent cet usage; on dirait volontiers même qu'ils le prouvent trop.

Quand un homme et une femme occupaient le même lit, celle-ci ordinairement était par rapport à l'homme placée dans une position qu'on appelait inférieure, représentez-vous d'abord l'homme allongé sur le flanc, la tête appuyée sur la main et le bras gauche, ayant la lable devant lui. Ainsi posé, il tournait le dos à quelqu'un; ce quelqu'un était dit placé au-dessus. La femme allongée devant lui, et lui montrant le dos, était dite, au contraire, subjecta.

Voyons un peu la toilette des dames : elles se décolletaient pour aller dans les dîners, comme pour aller au théâtre. Nous les avons donc là, tête nue, bras nus, épaules nues, moins bas peut-être que celles de nos femmes au bal. Toutefois la . robe est attachée sur les épaules d'une manière si libre, qu'elle I peut, par suite d'un geste, d'un mouvement de bras, remonter L d'un côté et descendre de l'autre à mi-sein et même plus bas. Cette robe est sans manches, échancrée sous le bras de telle

sorte (il faut tout dire) qu'on voit, quand le bras se lève, le creux de l'aisselle, toujours épilé en prévision, A l'autre bout de la personne, les pieds sont nus. Romains et Romaines quittaient leurs cliaussurespour dîner; et propreté douteuse! des esclaves, au début du repas, taisaient la toilette de leurs pieds. Point de bas^ les jambes nues. Il est à croire cependant que généralement on n'en voyait rien. Par-dessus sa robe, en effet, la femme portail un manteau, la palla ; une fois couchée à table, elle dégageait son buste de la palla, qu'elle repoussait plus ou moins loin et ramassait à plis nombreux sur la partie inférieure du corps. Une personne de goût devait tirer d'heureux effets de ce vêtement large, jeté comme négligemment sur ses pieds, llélas ! on n'en tirait pas que des effets de goût, nous Talions voir. La robe est encore à co:isidérer de plus près. C'est un fourreau long, fait, les trois quarts de Tannée, en ce pays chaud, d'une étoffe légère. Dans la saison froide, la femme porte deux ou trois fourreaux de cette espèce; lorsqu'elle n'en a qu'un, elle est en réalité habillée d'une chemise. Dans cette enveloppe flexible, qui colle presque, sa personne se laisse assez^deviner. A^è^èHàîïïTmôïïvéments^^ par exemple, elle tend et avance le buste pour saisir un mets sur la petite table placée devant elle, le contour aux endroits saillants du corps s'accuse avec netteté. Le costume antique était en définitive ce que la femme voulait qu'il fût, admirablement chaste ou provoquant à l'excès, au gré de chacune. i\ous avons des statues qui nous montrent cela très bien : enveloppé des pieds à la tète et ayant sur lui comme un

1. Pas toujours cependant; rhiver probablement on perlait des bas. Foitunata, dans le festin de Trinialcion, fait voir des jarrclièrcs d'un grand prix. Montfaucon, constatant l'usage de ces riches jarretières et adnu ttant fort raisonnablement qu'on ne les avait si riches que pour les montrer, ajoute cependant avec naïveté : « Comment les voyait-on avec leurs lon^jnes robes? » (Supplém. Tom. III, p. 50.) Ce que nous avons dit des dincrs répond à cette question.

redoublement d'étoffes, le corps n'en perce pas moins, bien autrement que dans notre costume moderne. Fût-elle vêtue d'une triple robe, une belle dame romaine pouvait, de l'air le plus modeste, pir un mouvement en apparence involontaire, faire brusquement transparaître toute sa beauté. Si elle choisissait pour ce mani'-ge un ceitain moment, celui où l'ascendant de Bacchus commençait à s'exercer avec énergie, l'effet pouvait être grave, et la réaction de l'homme provoqué aller jusqu'à des actes étranges.

Les convives étaient quelquefois, comme il arrive chez nous, un peu trop nombreux, il fallait se serrer sur les lits. Pour nous, assis que nous sommes, nous touchant du coude et au plus du genou, l'inconvénient n'est pas grand; mais avec des convives des deux sexes couchés l'un près de l'autre et se touchant ou s'avoisinant de tout le corps, la presse pouvait avoir des conséquences fâcheuses pour la pudeur. Que de circonstances dangereuses! l'ivresse de quelques-uns, la demi-ivresse de tous, des sujets de conversation scabreux traités avec une hardiesse excessive d'imagination et une entière liberté de paroles, une atmosphère de parfums capiteux ; la vue et, dans une certaine mesure, le contact d'attraits, toutjuste assez couverts pour irriter le désir. p]ncore oublionsnous, en fait d'excitation, les acteurs de toutes sortes appelés à récréer les convives. En chaque maison, les es£lav£s Jes plus beaux des deux sexes étaient réservés pour le ser^ii^e-de la table. On les vêtissait pour cet office d'un costume spécial, riche suivant la fortune du maître, toujours élégant, avenant et court taij|é. Passons, la morale actuelle ne me permet pas ici d'entrer dans certains développements.

Je ne crois pas que la musique exécutée dans ces dîners fût du genre grave*. Ce qu'on y chantait en général n'était pas fait

1. Je parle du dîner de l'espccc la plus commune. 11 y avait, surtout entre hommes, des dîners solennels, d'autres sérieux où tout était grave, où on

pour éveiller les pensées sévères. En tout cas, les mimes et les pantomimes auraient bientôt tourné les esprits au pôle opposé. Les uns, nous le savons déjà, jouaient des farces où tout était fort libre, les situations et le dialogue; les autres peignaient par le geste les tableaux lascifs de la mythologie grecque. Vers la fin du repas, quand l'exaltation des convives était à son comble, les gaditanes faisaient leur entrée dans la salle.

Qu'est-ce qu'elles dansaient, ces Espagnoles aux grands yeux noirs, au teint sombre? une danse figurative comme font encore en Algérie les aimées; dans l'Inde, les bayadères. Ce que cette danse représentait, le lecteur le sait ou le devine, c'était, non pas famour, mais la volupté, l'extase sensuelle, le délire de cet instant, que l'humanité en son enfance jugea en quelque sorte divin et sacré. Voyez les sauvages? Presque chez tous, deux crises de l'existence humaine sont en possession d'être figurées par leurs danses : la crise du combat et celle de l'amour physique; presque chez tous il y a une danse guerrière et une danse voluptueuse. Les Grecs et les Romains en étaient encore là; ils avaient la pyrrhique et ils avaient lecordace. Aux dîners que les gens de basse condition se donnaient à Rome, on devait, j'en suis persuadé, danser le cordace, vers la fin, à ce môme instant où, chez les gens riches, apparaissaient les danseuses de Gadès. Ce que ces dernières servaient à leurs spectateurs n'était au fond qu'une variante du thème universel; seulement leur cordace était ou semblait aux Romains mieux réussi que le cordace national. La vogue de ces femmes tenait peut-être à leurs yeux, à leur teint, aux proportions corporelles, ou tout simplement à leur mine d'étrangères et à leur nouveauté. De leur costume, nous ne savons rien avec certitude. Il y a à Pompéï, parmi les

lisait des tragédies, des traites de piiilosophic. Il y en avait inèiiie qui poussaient le sérieux jusqu'à l'ennuyeux.

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peintures des maisons particulières, un motif assez fréquem- y ment traité, c'est une danseuse qui, en fait d'habillement, dispose d'un voile immense, transparent comme notre gaze. Elle se sert de ce voile en vingt façons, depuis celle qui consiste à tenir le voile déployé au-dessus de la tête et à ne pas s'en servir du tout, jusqu'à celle de s'envelopper des pieds à la tête de plis redoublés, où le corps apparaît comme au sein d'une nuée claire. Que la danseuse soit habillée de son voile ou ne le soit pas, reste qu'elle est toujours aussi parfaitement nue*. Peut-être dans le premier cas l'est-elle un peu plus.

1. Sur le nu antique. — Un troit à méditer, suivant moi, c'est la représentation fréquente de la morte nue, comme une déesse, sur les sarcophages et les urnes funéraires. Et ce sont des maris, des enfants qui élèvent ces monuments. Imaginez dans un de nos cimetières la statue nue de Mme de X ou de Z. Vous vous refusez à concevoir un pareil monument dans le Paris moderne. Par cette impossibilité de concevoir, mesurez la différence des sentiments antiques et des nôtres.

Voici, sur le même sujet, des observations assez délicates à formuler. Pour les anciens, les nudités sculpturales n'étaient pas ce qu'elles étaient pour nous; elles ne suscitaient pas les mêmes idées. Elles étaient moins chastes. Nous faisons nif, nous modernes, par imitation, parce que les anciens l'ont fait ; et sur toutes nos nudités il plane, pour ainsi dire, un air de lointain historique et de classicisme qui les refroidit. Les anciens firent nu spontanément; leurs nudités avaient donc un air de réel et d'actuel, même quand il s'agissait de personnages imaginaires comme les dieux et les déesses, auxquels ils croyaient d'ailleurs, tandis que nous n'y croyons pas. Ce n'est pas tout; et ici je suis un peu embarrassé pour exprimer toute ma pensée. Nos nudités sculpturales sont plus éloignées de la réalité que n'étaient les leurs, en vertu de certaines habitudes différentes chez eux et chez nous. Nous ne nous épiions pas, et nos statues nous transportent tout de suite, par ce qui leur manque, dans un monde fictif. La femme antique se faisait statue, en réalité, autant qu'elle le pouvait. Il n'y avait donc pas alors entre le réel et le sculptural la différence qui rabat notre imagination. Je n'insiste pas davantage.

On a beaucoup trop parlé de la chasteté du nu et en particulier du nu antique. On a dit aussi : Le beau est chaste. Cela est vrai à un certain degré. Fort heureusement pour l'histoire de l'art, il se trouve que les attitudes de la volupté, que les gestes nettement libertins commencent tout de suit; à être inélégants. C'est ce qui a préservé les anciens de verser de ce côté. L'artiste grec a de bonne heure cherché avant tout l'élégant, le gracieux, le beau. Ce fut son point d'honneur, comme les sculpteurs hindous ont le point d'honneur du rendu symbolique. Le point d'honneur, égoïsme de l'artiste ! et ici égoïsme fort heureux. Mais cela n'empêche que dans les limites où le beau est encore LACOMBE. — La famille. 18

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G' tte figure nous rend-elle la gaditane, en train de ses exercices? Gela se pourrait bien.

Il est certain qu'elles produisaient un très grand effet ; en quel genre? voilà le point délicat à expliquer. Martial* , à qui je renvoie le lecteur masculin (celui-là seulement), dit qu'elles auraient fait damner un saint. G'est ainsi que je traduis de loin le poète latin, de fort loin même. En réalité, l'image dont il se sert, pour caractériser l'influence des gaditanes sur les convives, est d'une bien autre énergie.

Imaginez maintenant près de sa femme jeune et belle un mari. Les maris romains étaient, je dois le dire, moins habitués que les nôtres à réserver l'expression de leur tendresse pour le tête à tête. Nous savons nous contraindre devant les domestiques. Ayant toujours autour d'eux une foule d'esclaves qui ne les quittaient guère et qui n'étaient point considérés comme des personnes, les Romains se gênaient peu en présence de leurs serviteurs. Ce trait de mœurs est indiqué par les auteurs et par les monuments figurés. Je n'alléguerai pas ici les peintures de Pompéi où l'esclave cubiculaire est admis à contempler de si étranges scènes. Admettons que ces images peignent un monde particulier sans rapport avec celui des honnêtes femmes. Les monuments du genre le plus chaste, ceux qui sont consacrés aux morts, témoignent d'habitudes singulières. On y voit souvent deux époux dînant en tête à tête, seuls en ce sens qu'aucune personne de condition libre n'assiste à leur repas, mais des esclaves nombreux circulent

possible, l'artiste sculpteur a certainement pour inspiration le goût voluptueux de la beauté corporelle ; et ce qui est avant tout dans son àme est aussi ce qu'il fait passer finalement dans l'àme des autres. Au reste, qu'on ne se méprenne pas sur mes intentions; je ne suis pas du parti de l'ascétisme. J'admels au contraire la légitimité de l'inspiration sculpturale, je proteste seulement contre une illusion due à l'envie, excessive chez les modernes, de mettre partout de la moralité, même là où elle n'a que faire.

1. Martial (liv. I, 71, et VI, 78). Voy. aussi Juvénal, XI, 16"2 et s. — Plutarque, Syttiposiaques, VII, 8,4, 4.

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à l'entour. Visiblement, il fait chaud; l'iiomme s'est mis à l'aise, il est nu. La femme ne va pas aussi loin dans l'abandon; toutefois elle a le buste nu, sa robe est rejetée sur la partie inférieure du corps. Correctement habillés quant à eux, les serviteurs des deux sexes sont là qui se tiennent debout, qui vont, viennent et n'existent pas.

Imaginons, dis-je, l'un de ces maris mal habitués, à ce moment si vif des gaditanes. Une femme sur qui il a des droits illimités, à son avis, est étendue devant lui, à portée de sa main. Notez bien qu'à cette heure, il voit la compagnie au travers d'un brouillard et peut se figurer qu'il en est vu de même. Que fera-t-il, cédera-t-il à la tentation?

Je reprends Ovide à un endroit déjà cité : « Ton mari, écrit-il à sa maîtresse, doit se trouver avec nous à ce dîner... Je ne contemplerai donc ma bien-aimée qu'à titre de convive, un autre se réjouira de la toucher. » La corde de la jalousie commence à frémir. « Je te verrai couchée au-dessous de ton mari, de manière à ce que la chaleu-r de ton corps lui réchauffe la poitrine. » Elle frémit tout à fait. « Cesse de t'étonner du combat qui ensanglanta le repas de noce de la belle Hyppodamie. . » Il adjure sa maîtresse de se conduire avec son mari, comme il va dire : « Quand il sera couché sur le lit, va d'un visage modeste te coucher auprès de lui, mais non sans m'avoir furtivement touché le pied. Regarde-moi, regarde mes signes et mon visage parlant, nous pourrons nous entretenir sans paroles, du sourcil et des doigts... Ne bois pas le vin que ton mari aura mélangé pour toi, dis-lui de le boire lui-même. Fais-toi doucement préparer ta boisson par l'esclave. Quand tu lui auras rendu la coupe, je la prendrai le premier et je boirai juste à l'endroit où tu auras bu. Ne mange pas des mets que ton mari aura goûtés et qu'il t'offrira. Ne souffre pas qu'il entoure ton cou de ses indignes bras, ne va pas reposer ta tête sur sa rude poitrine, ne lui

permets pas de promener ses doigts sur ton sein, habites ve papillae (détail intraduisible), surtout refuse-lui tout baiser. Si tu lui donnes des baisers, je me déclare tonamant,jem'écrie: ils sont à moi, et j'avance la main. » Décidément, le personnage d'un amant dans ces festins n'était pas toujours agréable; ils avaient des épreuves à subir, grâce à l'expansion des maris, parfois grâce à l'abandon des femmes. Remarquez, en effet, ce passage : « Ne va pas reposer ta tête sur sa rude poitrine ». Quand la chaleur, le vin, la fatigue, le sommeil, et peut-être quelque autre chose encore, pesaient sur le front d'une jeune femme, un conseil tel que celui d'Ovide risquait d'être mis en oubli, et a dû l'être quelquefois. « Surtout ne lui donne pas de baisers », encore une chose plus facile à conseiller qu'à faire. Notre poète paraît le savoir; ses prévisions l'exaspèrent, une image tragique vient hanter son esprit : « Gesse de t'étonner du combat qui ensanglanta le repas de noces de la belle Hyppodamie. » Et au fait qu'y a-t-il au fond de cette fable du combat des Lapithes avec les Centaures? l'imprudence d'un mari qui fit naître, en caressant sa femme dans un festin, devant les convives, de trop impétueux désirs. Très populaire était cette légende, et très souvent alléguée; c'est que, répondant à un côté réel de la vie, elle renfermait une leçon toujours opportune. Plus d'une fois Ovide a songé à cette fable; elle semble l'avoir préoccupé, si bien qu'il a fini par la mettre en vers.

Je reprends la citation : « Ses caresses, du moins, je les verrai, mais celles que la palla peut cacher, celles-là me causent une véritable terreur. » Maudite soit la pruderie moderne ! je n'ose ici continuer à traduire exactement. « Je ne veux pas que tu mêles tes jambes à celles de ton mari (il y a un peu plus dans le texte), ton pied délicat à ses rudes pieds. Hélas! je redoute beaucoup de choses, parce que j'en ai fait beaucoup; mon propre exemple me met au supplice. Souvent, ma

maîtresse et moi nous avons, sous l'abri de la palla, dérobé des plaisirs rapides, tu ne feras pas cela (l'accent ici manque de conviction), mais pour queje ne te soupçonne pas de l'avoir fait, rejette au loin cette palla perfide. » Effectivement ce sera plus sûr ainsi.

On a souvent affirmé qu'Ovide avait écrit ses vers d'après le monde des courtisanes, des affranchies, et à l'intention exclusive de ce monde. — Il est certain que l'auteur lui-même a fait cette déclaration au début de VArt cV aimer ; mais il y a vraiment trop de naïveté à accepter cette déclaralion comme sincère. Elle est démentie par de nombreux passages (et nous en avons cité quelques-uns) qui sont évidemment inapplicables aux courtisanes. — Au moment où Ovide écrivit VArt d'aimer, Auguste s'efforçait d'améliorer les mœurs par des lois combinées dans ce dessein. Ovide sentit très bien qu'il allait à la traverse et que quelque danger en pouvait résulter pour lui. 11 crut les prévenir par la déclaration placée en tête de son livre, la suite lui prouva cruellement qu'il s'était trompé. Auguste ne fut pas dupe de la prudente déclaration du poète. Nous ne devrions pas l'être plus que lui*.

En tout cas, et quoi qu'il en soit de VArt d'aimer, le passage d'Ovide, que nous venons de citer et qui appartient à un autre ouvrage ^ est, à notre avis, un témoignage irrécusable de la licence des dîners. « Après tout, peut-on dire, ce n'est qu'un mari qui caresse sa femme. » Sans doute, mais examinons de près.

Ovide parle des caresses visibles, et d'autres dérobées aux yeux des convives. Quant aux premières, je les trouve déjà bien- fortes, même venant d'un mari. Décidons-nous à tra

1. Fricdlaender, lui au moins, n'est pas dupe. V. notamment t. I, p. 311 et s. de la traduction française.

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