Amours, liv. I, élégie IV, 45 et s
duire : ce mari chatouille à sa femme les boutons du sein. Il faut avouer que la possibilité de manières pareilles, dans la bonne société romaine, marque une énorme distance entre le ton de cette société et celui de la nôtre.
A présent, là où un mari se permet ostensiblement des privautés de cette force, je ne trouve pas du tout invraisemblable qu'il essaye d'en prendre à la dérobée d'autres, encore plus intimes, sous le couvert très sûr, paraît-il, de la palla. Reste un dernier point à débattre; Ovide dit : ce que je crains de la part de ton mari, je le crains, hélas! parce que moi-même je l'ai fait avec ma maîtresse. Celte maîtresse, je ne vois pourquoi ce ne serait pas celle-là même à qui Ovide s'adresse dans le moment; pourquoi c'en serait une autre, et surtout une autre appartenant nécessairement au monde des courtisanes. Quand un amant en titre se trouvait par un hasard favorable placé à table au-dessus de sa maîtresse, il faut admettre sans doute qu'il agissait autrement que le mari; certes il se refusait les caresses manifestes, — mais qu'il s'abstînt absolument des autres, si à portée, j'ai bien de la peine à le croire.
Suétone* raconte de Caligula qu'il aimait Drusilla, une de ses sœurs; il la traitait publiquement en épouse, dit-il; et la preuve, c'est qu'on la vit placée à table au-dessous de lui. Pour Suétone et pour ses contemporains autant aurait valu que Caligula proclamât ses rapports incestueux avec sa sœur. Est-ce seulement parce que la place assignée à Drusilla était régulièrement celle de l'épouse? c'est aussi, à mon avis, parce que cette place exposait trop une femme aux privautés de son voisin. De sœur à frère cette position était indécente, presque incestueuse déjà. Voilà comment Ovide et Suétone s'éclairent l'un l'autre. En bien des endroits chacun d'eux, lu