‹ La famille dans la société romaine;Chapitre 41 sur 84 · Sur'tiMIO. Cilliijulil · texte numérisé non relu

Sur'tiMIO. Cilliijulil

séparément, ne dit pas grand'cliose; confrontés, leurs propos prennent une valeur étrange.

Les conditions du repas étaient donc très mal entendues pour le maintien de la décence. Elles offraient au mari des tentations trop fortes, à l'amant secret des facilités trop grandes. Que dis-je ? il fallait que ces conditions constituassent un milieu bien ardent et qu'il |s'en dégageât une influence bien pernicieuse ! La femme, même à côté d'un homme qu'elle connaissait à peine, n'était pas à l'abri d'une tentative et d'un outrage; méditez cet avis donné par Ovide aux femmes qui vont dans le monde : « Ne vous laissez pas griser, ne vous endormez pas surtout. Beaucoup de choses indécentes arrivent habituellement à celles qui dorment. » Ce conseil est sûrement donné pour les femmes honnêtes. Adressé à celles qui ne le sont pas il serait ridicule et attirerait à Ovide une réponse dérisoire. « Ce danger contre lequel vous voulez nous prémunir, mais c'est précisément ce que nous cherchons. »

Ce qui fait d'Ovide un témoin précieux, c'est qu'il est témoin sans s'en douter et sans l'avoir voulu; il ne ressemble pas à Tacite, à Juvénal, à Sénèque; on n'aperçoit en lui aucun dessein de déposer pour ou contre son temps. Ses poésies sont comme ces lettres, écrites au cours des événements, dont l'auteur n'a pu prévoir l'impression définitive sur la postérité. Quoi d'étonnant si Ovide est confirmé par tous les autres témoignages et n'est démenti par aucun?

Pline le naturaliste passe à juste titre pour l'un des esprits graves de l'antiquité. N'attendez pas de lui, au sujet des dîners du temps, une description détaillée qui n'est pas de son sujet. Toutefois l'occasion s'étant olTerte, il a dit un jour ce qu'il pensait sur l'indécence de ces dîners. Voici son mot : « Les yeux avides des buveurs y marchandent la matrone (la

matrone, entendez-vous bien!) que ses regards chargés de langueur trahissent devant son mari. » (Pline l'Ancien, loc. cit.) Ce n'est qu'un trait de pinceau, mais du même ton que les tableaux d'Ovide. Et l'on voit bien que si Pline avait, comme Ovide, fait entrer dans ses plans d'exécuter une peinture complète, il ne l'aurait pas faite autrement que lui. Quintilien est aussi un personnage sérieux. Voulez-vous sa déposition? (( On craint, dit-il, pour les mœurs des enfants, la fréquentation de l'école publique; mais c'est la maison paternelle qu'il faut craindre... nos festins, par exemple. Tout îesiin {omne convivium) retentit de chants obscènes* et fait voir des spectacles que je rougirais de dire. » Personne n'a jamais prétendu que VInstitution oratoire fût un traité d'éducation à l'usage des fils de courtisanes. Cette maison paternelle, dont le séjour est redoutable aux mœurs, c'est donc, à coup sûr, une bonne maison bourgeoise ou même un palais sénatoriaP. Plutarque conte sur Mécène l'anecdote suivante : Atticus dînait chez un homme qui était son obligé. A la fin du repas, ce mari paraissant dormir, Mécène fait à la femme une cour pressante. Les choses allaient bon train, quand un esclave, qui voulait, lui aussi, mettre à profit le sommeil du maître, dérobe un flacon de vin. Le mari lui crie : « Maraud, sache que je dors pour Mécène seulement, a {Liber amatorius, 16.) Le dîner le plus longuement compté, le plus circonstancié que nous offre la littérature latine, est le festin de Trimalcion dans Pétrone. Des érudits ont deviné que cet auteur avait voulu peindre Néron et ses débauches. Cette fine découverte est une grosse balourdise. Trimalcion né et élevé dans l'esclavage, affranchi, puis enrichi par des spéculations probablement malhonnêtes, menant dès lors grand train et tenant grande table, fut créé et mis au monde par Pétrone pour

i. Quintilien, Inst. or., I, "2, 8.

2. Quintilien ici ne parle pas autrement ijuc Juv(Mial, sat. XIV, 11.

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singer les grands seigneurs, pour trahir à chaque instant dans ce rôle la vilenie du parvenu, et être parfaitement ridicule. Il y a là une inspiration artistique du même genre que le Giraud de Dumas, dans la Question d'argent; mais Giraud nous est montre dans un milieu supérieur, en contact avec des gens honnêtes et distingués. Pétrone a pris un autre parti; il s'est complu à entourer sa marionnette principale de personnages du même acabit, destinés uniquement cà varier le thème fondamental. Pour nous, désireux d'interpréter juste le document fourni par l'art de Pétrone, nous mettons d'abord hors de conteste ce point : la société de Trimai cion n'est de la bonne société que comme les marquis des Précieuses ridicules sont de la noblesse.

Les services succédant sans fm aux services, et chacun d'eux composés d'un grand nombre de plats ; un essaim d'esclaves presque aussi nombreux et plus ennuyeux que les mouches se partageant une besogne infiniment divisée; des intermèdes venant à chaque moment incidenter le repas, ce sont autant de traits par lesquels le festin de Trimalcion ressemble à tous ceux de l'époque. Seulement les esclaves sont ici un peu plus indiscrets, plus mal élevés et plus maladroits qu'ailleurs; il y a dans la chère une abondance outrée ; les divertissements sont grossiers, de mauvais goût ; les surprises ménagées aux convives consistent en inventions saugrenues. Nous notons ces points au passage, car d'ailleurs ils ne nous importent pas en ce moment ; ce qui nous importe, c'est la tenue des convives. Le repas n'est pas à moitié qu'ils sont déjà partis ; on se dispute; on se dit de gros mots; l'un discourt; l'autre chante; chacun raconte ses affaires, son ménage, son passé, avec la candeur de l'ivresse. Trimalcion dit comment, jeune esclave, il a fait pendant dix ans le bonheur de sa maîtresse et même celui de son maître. En parlant il caresse un jeune mignon assis à ses pieds. Fortunata, sa femme, s'en offense;

il faut voir en quels termes cette matrone venge sa digoité d'épouse et comment, à son tour, Trimalcion lui clôt la bouche. Il y a une autre femme jeune, belle, richement parée qui, étendue près de Fortunata, lui offre des consolations. « Son mari à elle n'a-t-il pas aussi son mignon qu'il a même amené à ce festin? elle sait cette conduite et elle la souffre. )) Cette conversation est interrompue par un incident tragi-comique. Un convive d'imagination, le mari de la jeune femme précisément, passe derrière le lit sur lequel ces dames devisent, et empoignant Fortunata par les pieds, il lui fait brusquement faire une culbute, ce qui, étant donné le costume féminin d'alors, a les conséquences visuelles les plus graves. Cette plaisanterie se trouve être du goût de tout le monde, la vieille Fortunata mise à part. Trimalcion se lève de temps à autre pour vaquer à ses besoins, et afin d'ôter à ces sorties tout air d'impolitesse, il prend soin d'en dire le motif. 11 ne conçoit pas d'ailleurs qu'on se retienne sur certaines choses... Assez et trop peut-être, mais je devais indiquer le ton^

Ces gens-là sont nés dans la bassesse; longtemps ils se sont acquittés de besognes viles, ils n'appartiennent pas, c'est chose entendue, à la vraie bonne société; et toutefois j'estime qu'ils témoignent sur le compte de celle-ci.

Le cercle de Trimalcion a beau être composé d'anciens esclaves, on ne s'explique pas suffisamment par là qu'ils ai rivent à dire et à faire tant de choses indécentes. Ces gens-là sont riches, très riches môme. Trimalcion en particulier possède une fortune énorme. Ils ont à cœur, comme les parvenus de tous les temps, de déguiser leurs origines, de se grimer en hommes de bonne compagnie. Mais, direz-vous, ils ne rappellent leurs modèles à aucun

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