‹ La famille dans la société romaine;Chapitre 45 sur 84 · CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

CHAPITRE lY

LA DOMESTICITE SERVILE

Nous avons montré que les lois romaines, relatives au mariage et à la paternité, recelaient des influences funestes à la moralité des époux. Nous avons fait voir à peu près comment ces influences s'exercèrent, et jusqu'à quel point elles ao-irent. Nous avons ensuite examiné en détail des causes d'un genre différent, des causes provenant d'une source autre que la loi, etqui, opérant dans la même direction, portèrent l'immoralité bien plus loin qu'elle ne serait allé sans cela. Le chipitre présent continue cette étude.

Les conditions, dont nous allons maintenant parler, relèvent des arrangements domestiques adoptés par les Romains, du régime intérieur de leur maison.

Chacun sait que leur domesticité, en cela fort différente de la nôtre, avait le caractère servilc; ou plus simplement que le domestique, à Rome, était, généralement et presque sans exception, un esclave.

« L'esclavage déprava le maître tout autant que l'esclave

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même, si jamais véritéeutun air banal » c'est celle-là ; tout le monde croit la connaître; et volontiers on vous découragerait de l'approfondir par ce mot à l'usage de bien des ignorants : « Nous savons cela depuis longtemps ». La réalité est qu'en ce sujet il reste et il restera longtemps beaucoup à savoir. La rigoureuse connexion des eiïets à leurs causes, surtout, est loin d'être clairement établie'.

Quand on traite de l'esclavage antique, il n'est pas inutile d'avoir la domesticité moderne toujours présente à l'esprit; elle fournit des inductions précieuses sur l'esclavage. Un spirituel voyageur, de Amicis-, constatait naguère qu'en tout pays les maîtres se plaignent des domestiques, du fléau nécessaire de la domesticité. C'est la première similitude, car à Rome, au dire des maîtres, l'esclave romain avait tous les vices. Les maîtres disaient vrai en général; mais ils ne voyaient pas combien ces vices de l'esclave étaient nécessités. L'esclave était menteur, parce que l'homme n'est pas une machine capable d'une obéissance parfaite et que, sans le mensonge qui dérobait beaucoup de fautes, l'esclavage eût été insupportable. Vivant au milieu de tout sans rien posséder, l'esclave était enclin au vol. Il lui fallait bien d'ailleurs contenter sa gourmandise et son ivrognerie, et comment auraitil fait pour ne pas être gourmand et ivrogne? Même chez un maître riche, on le sustentait de mets grossiers, réduits au minimum ^ possible, parce qu'on avait trop de serviteurs; qu'ayant peu à faire, ces serviteurs n'avaient pas besoin de force, et que le climat permettait d'imposer une excessive sobriété. Cependant le maître faisait tous les soirs devant

1. Le grand ouvrage de M. Wallon traite amplement des résultats économiques de l'esclavage; sur les résultats moraux, il est très bref. Surtout il n'est pas lié

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