‹ La famille dans la société romaine;Chapitre 46 sur 84 · La Hollande · texte numérisé non relu

La Hollande

3. Voir comment on nourrissait les esclaves dans Caton de re ruslica, lOi, et Sénkquc, épist., SO, 7.

-m LA FAMILLE DANS LA SOCIÉTÉ ROMAINE.

cet esclave un repas copieux et prolongé, ovi il s'enivrait souvent ; double exemple qui n'était pas perdu. L'esclave était plus libertin encore qu'ivrogne, la femme étant pour lui plus à portée que le vin, comme nous le verrons tout à l'heure. Tout homme qui n'a pas la ressource de l'ambition, de l'orgueil, de l'avarice ou de la culture intellectuelle, court invinciblement après les sensations ; il faut du plaisir comme il faut de l'air respirable, et chacun, selon sa condition, respire par où il peut.

L'esclave était beaucoup plus mauvais que notre domestique, nul n'en doute. On l'affirme, avec raison d'ailleurs, d'après cette seule circonstance que sa dépendance était beaucoup plus étroite et plus dure. Mais au-dessous de cette cause générale, si visible, il en existe encore une autre, assez inaperçue, qui a pourtant agi énergiquement, et imprimant aux choses un détestable progrès, a peu à peu rendu l'esclavage et l'esclave pires qu'au début. Tout accessoire et subalterne qu'elle soit, cette cause mérite qu'on s'y arrête.

On a fait sur nos domestiques cette observation : à mesure qu'ils sont plus nombreux dans une maison, ils empirent. Leur émulation à se renvoyer la besogne augmente ; les repas se prolongent à l'office; chacun est plus indiscret, plus enclin au gaspillage, au libertinage età l'insolence. C'est là une sorte de loi, transportable de la domesticité actuelle à l'esclavage antique.

Les Romains avaient au moins quatre fois plus d'escla\'es que nous n'avons de domestiques. Des situations, qui chez nous ne comportent aucun serviteur, n'allaient pas à Rome sans un ou deux esclaves : témoin Horace au temps de sa pauvreté^ Valère Maxime, voulant peindre la fuite précipitée et secrète d'une grande dame, dit ([u'elle partit avec deux

1. Horace, Satires, 1, G, 115. — Voir l'cscLivc ilii inuivro p:iysaii dans Moretum de Virgile, 31.

servants et deux valets seulement (livre, VI, 3). Voyez dans le même auteur le train réputé modeste où se réduisit Galon d'Utique, pendant la guerre civile entre César et Pompée'. Relégué par la force des circonstances loin de son domicile, privé d'une partie de ses revenus, voyageant sans cesse pour les besoins de sa cause, Caton, qui était d'ailleurs une manière de stoïcien, allait d'une ville à l'autre avec une escorte composée encore de douze esclaves.

Scaurus, qui devint prince du Sénat, avait commencé par être pauvre ; c'est toujours Valère Maxime qui nous l'apprend ^ Il avait eu pour tout héritage paternel 35,000 sesterces (8,000 francs) et dix esclaves. Observez ici la proportion entre le chilfre de la fortune et le nombre des esclaves. Je la retrouve à très peu près la même, ce qui est vraiment curieux, dans un passage d'Apulée : Pudentilla, dit-il, possédait quatre millions de sesterces. Elle céda à peu près moitié de sa fortune à ses enfants avec 403 esclaves. Pudentilla avait donc primitivement 800 esclaves avec une fortune d'un million de francs^.

On ne peut pas attribuer moins de dix esclaves à un bourgeois de Piome, jouissant d'une aisance modeste. Un chevalier en avait cent et plus. Une maison sénatoriale en entretenait plusieurs centaines. Il y avait 1,500 à 2,000 esclaves chez l'empereur. Le préfet de Rome, Pedanius Secundus, dont Tacite* raconte l'assassinat, logeait avec lui, dans l'une de ses maisons de ville, 400 esclaves, y compris celui qui le tua.

C'est un ouvrier libre, vivant hors de notre maison, qui confectionne nos chaussures, tisse nos habits, cuit noire pain, nous fait des statues ou peint pour nous des tableaux.

Page 1