‹ La famille dans la société romaine;Chapitre 48 sur 84 · Plutarque. - Calo major · texte numérisé non relu

Plutarque. - Calo major

consacré; mais un idéal pareil ne pouvait se former dans l'esprit de l'esclave. Toute sa règle morale était dans la volonté du maître, et variait comme elle. L'esclave voyait bien qu'on lui enjoignait tantôt la continence, tantôt le contraire. Nous avons parlé de l'intérêt du maître et nous n avons pas compté avec ses passions.

La loi put bien, sous les Antonins, défendre au maître de séparer ceux qu'il avait joints, de vendre un époux sans l'autre, ou les parents sans les enfants; mais jamais elle n'essaya de mettre une limite à ses exigences dans l'intérieur de sa maison; une loi pareille eût été d'ailleurs impraticable.

Le maître usa toujours, comme il voulut, de sa propriété servile pour ses plaisirs, pour ceux de ses amis et de ses hôtes. On voit, dans Plutarque^ , jusqu'où Vibius poussa la prévenance à l'égard de Crassus qui était caché chez lui, et que, grâce à l'esclavage, il put ne le laisser manquer de rien.

On prend en patience ce qui est inévitable. Le mari esclave, sans droit contre son maître, ne pouvait pas être jaloux de lui; il ne l'était guère plus des amis du maître, et tout cela l'inclinait aune grande philosophie vis-à-vis même des camarades. Trompé par l'un de ceux-ci, il ne lui était permis de se venger énergiquement ni de sa femme ni de son complice; tuer ou blesser l'un ou l'autre, c'eût été diminuer la propriété du maître, chose inadmissible.

Se plaindre au maître? Le pauvre mari n'avait pas grande chance d'en être écouté sérieusement. Celarbitreconsidérait l'affaire d'un tout autre œil que nous modernes. Pour lui, le point de vue moral n'existait pas; simple question d'intérêt

i. Plutarque, Crassus, I. Rappr. le vers de Plante, Merc, I, i, 101. — Et pour se convaincre que des conditions semlilablcs imposent toujours aux différents peuples des mesures semblables, au moins dans une large mesure, voirSchœlchcr, Des colonies françaises, p. 78.

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économique; et Tertullien^ nous explique très bien ce qui intéressait le maître: c'était que l'esclave mâle n'aimât pas au dehors, parce qu'alors il s'échappait de nuit, se dépensaiten courses le jour, que fatigué, oublieux, distrait, il rendait bien moins de semces, et qu'enfin il augmentait de ses produits une maison étrangère. Mêmes inconvénients, à part le dernier, quand la femme esclave avait des rapports avec l'esclave étranger. Quant au libertinage des esclaves à l'intérieur de la maison, il importait peu. Il y avait même des maîtres qui rencourageaient chez eux, pensant ainsi affectionner l'esclave à la maison et le rendre plus sédentaire.

Une ombre d'autorité maritale retient quelque peu encore la femme esclave, mais la jeune fille esclave est absolument sans frein. Généralement elle n'a pas de père certain. Supposons-lui des parents qui Farinent; ceux-ci n'ont aucun des motifs qui de tous temps excitèrent les parents libres à la surveillance. Ici, point de visée de mariage pour la jeune lille; de projet que son inconduite puisse ruiner. Et, ce qui suffirait à tout changer, la perspective de voir naître un enfant, ici n'a rien qui effraye, au contraire. On ne peut admettre qu'il y eût parmi les esclaves une opinion sévère, si peu que ce soit, au libertinage; ce serait un effet sans cause. Une société d'hommes ne réprouve au fond que ce qui lui nuit. Et puis, quand l'homme est trop réservé par un côté, il faut qu'il se détende par un autre. Trop commandé, l'esclave ne se commande plus à lui-même. On le traite comme un animal domestique; par compensation il reviendra aux libertés, à la dissolution naturelle de l'animal.

On a cité des inscriptions tumulaires paraissant indiquer" qu'il y eut parmi les esclaves des unions stables, de véritables mariages. Assurément il en exista de telles; il y eut

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