‹ La famille dans la société romaine;Chapitre 5 sur 84 · Ou lie classe · texte numérisé non relu

Ou lie classe

2. Les Xaïrs sont, iioius l'avons dit, une classe noble. I-es classes inrérienres les classes pauvres, dans la même région, ])ratiquenl le mariage économiiiu» tel que nous venons de le voir chez les Tliibétains, une seule femme pour ton les frères. Mais le régime polyandriqiic de la haute classe fait l'envie de 1 basse, et dès que les membres de cette dernière se trouvent assez aisés pou imiter les nobles, ils n'y manquent pas. Ce fait confirme riiypollicsc, émise pa nous, sur le caractère instable de la iKilyantIric niono^'yni(|ue cl sursa lendanc à devenir de la polyandrie familiale.

altendent cliez elles, en gouvernant librement leurs biens et leurs enfants. Les polyandres Thihélains ont une femme chez eux, ou plusieurs femmes. Ils sont les maîtres du logis et des enfants. Cette alternative d'aller chez la femme, ou de la prendre chez soi, est capitale. Deux séries considérahli's de conséquences différentes, aboutissant au matriarcat d'un côté, au patriarcat de l'autre, sortent simplement d'une différence matérielle, que les sociologistes ont négligé de considérer attentivement, et que les voyageurs ouhlient môme souvent de noter, précisément à cause de ce caractère matériel qui équivaut pour beaucoup de gens à superficiel. Nous développerons amplement, au moment voulu, l'effet des deux aenres de cohabitinn ; ici nous nous bornons à l'indiquer sommairement.

Nous venons de suivre jusqu'au bout l'une des deux

grandes directions de l'instinct sexuel. Nous en avons fini

avec l'évolution polyandrique, tournons-nous vers l'autre

évolution, la monoandrique. Celle-ci porte beaucoup plus

oin; et cependant elle est plus claire, plus aisée à suivre.

Plus claire, ai-je dit; en effet, on n'aperçoit de ce côté que deux subdivisions à faire: ou bien la femme soumise à un lomme a des compagnes de mariage, des co-épouses : c'est 'état si connu sous le nom de polygamie (pour nous poly-

nic) ; ou bien elle est épouse unique, c'est la monogamie, pour nous monogynie).

Comment est-on sorti de la promiscuité de la polyandrie limitée et passé à la polygynie? ce n'est pas difficile à expliuer, et les causes n'ont rien de mystérieux. On les voit en-

re fort agissantes sur tous les points de la terre.

Chez la plupart des sauvages, le vol des femmes, le rapt,

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est plus OU moins usité. Plus général, plus commun encore que le vol est le trafic de la femme. On l'achète encore beaucoup plus qu'on ne la vole, cette pratique ayant des suites moins dangereuses que l'autre *.

Si la femme n'était qu'un objet de satisfaction pour l'instinct génésique, on la ravirait assurément et on l'achèterait beaucoup moins souvent, surtout on se contenterait plus"^ souvent d'une seule; on serait moins porté à la polygynie. Mais à l'origine des sociétés, dans les tribus peu nombreuses et d'organisation élémentaire, ce n'est pas seulement comme femelle que la femme est appréciée, ni mèrne peut-être principalement, c'est encore et plus que tout comme ménagère. Il faut aller chercher de l'eau, faire du bois, allumer le feu, bâtir la cabane; il faut, dans les migrations alors fréquentes, porteries armes, le gibier, etc. C'est la femme qu'on charge de tous ces soins. Elle est le premier domestique en date, disons plus, le premier esclave^; plus encore, la prennerc bête de somme. On désire naturellement avoir une femme à soi, comme on désire avoir un bœuf ou un cheval. Si on a dfs ressources alimentaires, on va plus loin, on désire en avoir deux, (rois et }ilus.

Les voyageurs l'ont remarqué : dans toutes les tribus adonnées encore à la promiscuité, on se bat beaucoup autoui

1. Je ne crois pas avoir besoin de multiplier les citations sur ces «linpoints, le rapt et l'achat des icmmes. L'immense extension de ces doux usa^ remplit de ses preuves toutes les sociologies, Spencer, W'aitz, Letournc.ii. Lubbock, etc.

2. Nous apercevons déjà, entre la polygynie et l'esclavage, un rapport t( que le premier terme tend à diminuer quand l'autre augmente. Dans ([uolqui îles polynésiennes, chez les Fidjiens par exemple, où l'on mangeait l'homni le guerrier vaincu (on ne le réservait pas pour la domesticité sorvilc, polygynie a pris un développement vraiment extraordinaire, si l'on lie compte de l'état peu avancé de civilisation, et des besoins de la vie rcla vement limités. Nous reviendrons sur ce sujet, mais nous pouvons dire d ■ maintenant, d'une façon générale, que le ménage humain a toujours été son blement influencé par les formes de la domesticité, dont l'esclavage est première en date.

des femelles, cl pour elles. Or, quoi qu'en puissent penser certains optimistes, l'homme n'aime pas les coups quand il peut s'en dispenser, et jouir tranquillement des choses lui convient parfaitement. Rien de pkis naturel chez lui que de chercher à mettre à part et à se réserver la possession des choses utiles, aussi bien la femme que l'arme ou le canot : L'homme s'élance de tous les côtés vers la propriété privée.

Donc les motifs psychiques qui portent l'homme à s'approprier une femme ou plusieurs sont parfaitement clairs, et on ne rencontre pas sans étonnement une thèse, comme celle de MM. Bachofen et Giraud-Teulon.

Ces sociologistes veulent que tous les groupes humains aient commencé, sans exception, par ce qu'ils appellent le matriarcat : un régime où la femme, demeurant chez elle, aurait reçu l'homme comme un visiteur et un simple géniteur, aurait fait des enfants qui n'auraient été qu'à elle, et gouverne cette famille avec une sorte de majesté incontestée. Puis les peuples seraient passés, les uns plus tôt, les autres plus tard, du matriarcat au patriarcat, au régime où le père a une femme chez lui (ou plusieurs) et des enfants, et où il règne h son tour sur cette famille en maître absolu. Ces sociologistes se donnent un mal infini pour expliquer le passage, effectivement assez difficile dans leur théorie, du matriarcat au patriarcat.

M. Bachofen pense prou ver sa thèse en montrant des traces anciennes de polyandrie, et partant selon lui de matriarcat, chez une multitude de peuples qui cependant ont eu à la fin le mariage polygynique, avec pouvoir marital et pouvoir paternel très bien établis. Il en conclut la généralité de la polyandrie au début et son changement en polygynie à une certaine époque. A notre avis, les conclusions dépassent les prémisses.

Rien, absolument rien, ne prouve que dès l'origine, par

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toute la terre, au sein de chaque peuple, des pratiques différentes n'aient pas coexisté ; certains individus s'accouplant passagèrement avec la femme qui habitait chez ses parents, ce qui a produit fort naturellement la polyandrie; certains autres préférant ravir ou acheter une femme, l'emmener chez eux et en jouir, avec un exclusivisme plus ou moins respecté par leurs compatriotes, ce qui donne non moins naturellement la polygynie, ou même la monogynie, comme chez les Weddahs de Ceylan*.

Nous n'avons pas évidemment de témoignages pour les origines, mais quant aux sauvages actuels dont quelquesuns semblent encore si voisins de l'état originel, la coexistence, la simultanéité des formes diverses du mariage est parfaitement attestée. Il n'est guère de race un pou étendue où l'on ne trouve à la fois de la polygynie, de la polyandrie, el parfois même delà monogynie, et cela apparaîtrait bien plus souvent si on voulait bien y regarder de plus près; nous en donnerons des preuves tout à l'heure. Citons quelques exemples : chez les Todas on trouve côte à côte la polyandrie et la polygynie. 11 en est de même chez les Esquimaux, qui en plus présentent des cas de monogynie. Il en était de même chez les Caraïbesa. La race berbère présente, selon les peuplades, selon les lieux, les deux formes essentiellement divergentes du mariage. Les Kabyles achètent leurs femmes, les possèdent en maîtres absolus; bref appartiennent aux peu]>lede régime patriarcal. Les Touaregs du nord pratiquent l^' matriarcat. Chez eux l'enfant porte le nom de la mère, d'après Duveyrier. Les Guanches, qui étaient probablement des Berbères, pratiquaient la polyandrie. Parmi les Peaux

1. Les Weddalis des bois de Ccylan sont monogames, quoique .î ccil;iiii~ égards ce soient les derniers des homnics, ou si Lon veut, les plus priniilil> Voy. Evol. du mariage, Letourncau, p. :21i.

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