‹ La famille dans la société romaine;Chapitre 52 sur 84 · Tacite. Annal, WU · texte numérisé non relu

Tacite. Annal, WU

venger son maître des dédains de Pontia. » Voilà donc deux esclaves mêlés et de très près à une action qui chez nous n'aurait jamais eu de témoins.

Ce sans gêne des maîtres démoralisait évidemment le serviteur et le maître. Cet esclave qui recevait à bout portant l'exemple du libertinage, n'était pas de pierre, mais de chair, et même d'une chair très fragile. D'autre part, cette omniprésence de l'esclave abolissait la pudeur, ou plus exactement, entravait ses progrès, car les sentiments progressent comme le reste. C'était le sexe le plus apte à la pudeur qui, naturellement, y perdait le plus. La femme, habituée à se laisser voir, entendre ou deviner de ses esflaves dans ses actions les plus secrètes, contractait en un point de son être moral une sorte d'endurcissement et d'insensibilité, dont l'effet se faisait sentir en dehors même de ses relations avec les esclaves.

On peut dire sans exagérer que l'influence de l'esclavage agissait sur l'homme libre dès le berceau. Peu de mères aisées allaitaient elles-mêmes ; l'enfant était donc confié à une nourrice, et celle-ci était infailliblement une esclave. Presque toujours elle provenait de la Grèce, parce qu'on attendait d'elle, avec l'allaitement, un service plus relevé.

La langue grecque était pour les latins à peu près ce que le latin est pour nous : la pièce capitale de l'enseignement des enfants de la classe aisée. Chose notable pour nous ! on obtenait en général des enfants ce qu'on leur demandait, ils arrivaient à parler et à écrire convenablement en grec. C'est à l'esclavage certainement qu'on dut ce résultat. Les esclaves grecs abondaient à Rome; quand ils ne possédaient pas un

savoir spécial, ils n'étaient pas chers. Sans être riche, un Romain pouvait donc se procurer la nourrice grecque dont nous parlions tout à l'heure, et lui adjoindre deux ou trois serviteurs, grecs également, qu'on attachait au service de l'enfant. Celui-ci croissait ainsi dans un milieu grec. Observons, en passant, quelques conséquences peut-être inaperçues. Les esclaves grecs facilitèrent aux enfants romains l'acquisilion de la langue grecque; ce système d'instruction réussissant pour la plupart des enfants, il prit une vogue universelle et qui dura ; et finalement la littérature latine s'en ressentit. Elle fut moins originale, elle imita d'autant plus la grecque, que le public à qui elle s'adressait pouvait lire les auteurs grecs dans leur langue. L'esclavage se trouva ainsi avoir aidé à imprimer à la littérature latine ce caractère de littérature de copie et de seconde main, que tout le monde lui reconnaît.

Quand l'enfant romain avait atteint ses sept ans, on jugeai! qu'il était temps de le mettre à l'étude théorique du grec. Son père avait alors k se décider entre deux partis, envoyer l'enfant aux écoles publiques, ou lui donner un précepteur à la maison. Lequel valait mieux? question très débattue parmi les pères defamille, comme nousTapprendOuintilien'. Cet illustre pédagogue était du parti de l'école publique. Ce qu'il dit contre le parti adverse est pour nous du plus haut intérêt; maislapudeurdulecteur moderne ne souffrirait peut-être pas des citations nues; il nous faut déguiser un peu, et surtout glisser sur certains passages. On objectait contre l'école publique que les enfants y étaient dissolus : Quintilien en convient. « Plût aux dieux que ce fût faux! Il n'est que trop vrai que ces enfants savent tous les vices avant de savoir que ce sont des vices ». Mais cette dissolution n'est

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