Plaute, Mostellaria, scène dernière
voyant l'homme libre dans l'âge de l'inexpérience et des passions accosté d'un tel compagnon, on se demande avec inquiétude : jusqu'où le mènera-l-il? Qu'est-ce qu'il ne lui fera pas faire'?
« Plante, dira-t-on, écrivait plusieurs siècles avant celui qui nous occupe. Il peignait les esclaves romains d'après les esclaves des comédies de la Grèce qu'il copia toujours. » D'abord la servilité de Plante n'est pas si absolue; il y aurait beaucoup à répondre sur ce point, mais n'eùt-il peint que l'esclave grec, il aurait encore fait par là-même un portrait de l'esclave romain d'une ressemblance suffisante. Au temps de Plante, les conditions essentielles de l'esclavage étaient les mêmes à Athènes et à Rome; et l'homme soumis à ces conditions différait peu dans les deux pays. Je conviens qu'au siècle, qui nous occupe plus spécialement, l'esclavage différait notablement à Rome de ce qu'il avait été au temps d(^ Plante. Mais les esclaves n'étaient pas devenus meilleurs ; tout au contraire.
YI
Le fils de bonne famille se mariait jeune ou, plus exactement, ses parents le mariaient jeune; ils prétendaient par ce moyen le réfréner et le ranger. Rome n'était pas un milieu favorable à la solidité du mariage; nombre de causes y rendaient l'accord et la fidélité des époux difficiles à conserver, et parmi ces causes au premier rang nous retrouvons l'esclave, surtout l'esclave particulier du mari, cofnpagnon etpromoteur de ses fredaines de jeunesse. Le mariage de son maître
1. Plante. — Au reste, sans aller jus(|u'à Plante, il n'y a qn"à lire notre Molière. Celui des fourberies de Scapin; c'est liu Plante pur : ses domestiques sont des esclaves. Molière a parfaitement oublié qu'ils sont libres, et peuvent fuir les châtiments du maître. Voir la fin de Scapin.
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l'avait rangé, lui aussi, bien à coiilre-cœiir. On peut ciuire qu'il avait vu d'un mauvais œil celte rélorme qui lui ôtait des dents tant de franches lippées. Contraint maintenant à la vie tranquille, au séjour dans la maison, chose dont il avait le dégoût, il songeait à se libérer. Il visait à amasser le pécule nécessaire pour payer son affranchissement. Le coquin connaissait trop bien les hommes pour ne pas comprendrequ'à servir régulièrement, honnêtement ses maîtres, il y mettrait longtemps. Ce serait bien plutôt lait s'il avait à seconder un amour illégitime, une passion irrégulière. La probité conjugale, la fidélité chez son maître ne faisaient pas du tout son compte. Sachant ce maître par cœur, il épiait en lui les premiers signes d'indiiférence pour sa jeune épouse. Après cela, c'était chose facile pour lui de cultiver ces germes, de les accroître, de les amener à un plein épanouissement ; jamais homme ne s'entendit mieux à faire fleurir une mauvaise plante. Entremetteur effronté, il avait bientôt trouvé la femme esclave ou libre avec qui son maître aurait le plus de commodité pour nouer une intrigue. Quant aux moyens et aux machines à inventer pour rapprocher les deux amants, nous savons qu'il avait un esprit d'une fertilité déplorable. D'après Juvénab,les femmes exécraient généralement ces esclaves particuliers de leur mari. Elles avaient bien raison; et elles ne sentaient que trop juste. Quiconque a lu Tacite et Suétone a remarqué que tous les mauvais empereurs furent adonnés à quehjuc esclave ou affranchi qui les inspirait fort mal, et sans qui ils n'eussent jamais été aussi méchants. 11 n'y avait rien dans la condition d'empereur qui inclinât particulièrement le maître à cette faiblesse; elle dut être assez commune parmi les pi^rsonnes de moindre rang. Et de même que Néron n'eût jamais été tout à fait,