‹ La famille dans la société romaine;Chapitre 55 sur 84 · Voir Juvénal, sat. VI, V · texte numérisé non relu

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sans Narcisse, le prince monstrueux quenous savons, de même quantité de Romains, sans leurs esclaves favoris, n'eussent jamais été des pères de famille et des maris si défectueux.

Je m'abstiens de parler d'une certaine espèce d'esclaves, encore plus odieux à la femme, j'imagine. Il faut voir dans Martial quelle exécution une jeune épouse avait parfois à faire en entrant en ménage. Certes tout indique que le vice auquel je fais allusion fut assez répandu. D'autre part nous savons que l'opinion publique du sexe masculin traitait ce vice avec une indulgence surprenante. Nous savons encore que les jeunes femmes, les jeunes filles connaissaient à peu près l'état des mœurs à cet égard. Ce que nous ignorons, et ce qui serait intéressant à savoir, c'est l'opinion publique de leur sexe. Tout me porte à croire qu'elles pensaient sur ce point autrement que les hommes. Elles ont dû être beaucoup plus sévères, et je ne puis m'empêcher d'en induire qu'une certaine proportion de mésestime pour le sexe mâle pouvait bien leur être suggérée par ce côté de la vie antique. Et si elles ont senti comme je l'imagine, leur moralité s'en est ressentie certainement dans une certaine mesure. Il n'est pas sain que la femme dédaigne, si peu que ce soit, l'être auquel profite sa vertu.

vu

Au temps de Plante, une maison aisée possédait deux servantes, trois au plus. Ces femmes étaient issues des races les plus robustes et les plus rudes de l'Italie. Chacune d'elles dans le ménage faisait un peu de tout; le petit nombre ne permettant pas de pousser bien loin la division du travail. C'étaient donc des natures grossières, sans art ni coquetterie. Jeunes, elles pouvaient avoir un moment de fraîcheur, qui

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probablement passait vite; et toutefois, telles qu'elles étaient, elles tentèrent souvent le maître. Quel homme dans l'antiquité et dans les temps modernes a eu renom d'austérité égal à celui de Caton l'Ancien? Son nom est passé à l'état d'adjectif chez tous les peuples civilisés pour signilîer un homme sévère, surtout aux autres. Caton vivait dans une étroite maison avec son fils et la femme de son fils. Il ne put pas échapper à celle-ci que son beau-père entretenait des relations avec l'une des servantes du logis. Elle ne dit point à son beau-père qu'il manquait peut-être à certains devoirs de bienséance envers elle; il est probable que Caton n'aurait ni accepté ni compris l'observation, elle se tut de ce côté; mais il paraît bien que la servante fut moins ménagée. Celle-ci, sûre de son ascendant sur le père, répondit par des bravades. Un jour, se rendant auprès du vieux Caton, elle passa avec un air de triomphe et d'insolence devant la porte de la chambre où se tenaient Caton fils et sa femme. Le jeune homme lui lança un regard de mépris, rien de plus. Le vieux Caton, instruit du fait par sa maîtresse, n'en souffla mot à ses enfants, mais il fit quelque chose de bien plus grave ; il se remariai— Qui ne connaît la continence de Scipion l'Africain respectant en Espagne sa belle captive? C'est le modèle le plus célèbre du genre, c'est le trait de retenue le plus cité, le plus gravé et le plus rimé, depuis que le monde existe, surtout le monde des collèges et des écoles. Scipion avait alors vingt-cinq ans. Il promettait beaucoup plus qu'il ne put tenir dans son âge mûr. Marié à une excellente femme Tertia Eniilia, père de famille, homme consulaire, ayant rempli toutes les magistratures, en possession du surnom d'Africain et d'une gloire sans égale, ce vieux grand homme eut pour maîtresse une de ses sellantes. Leurs rapports étaient si peu

1. l'iutarquc, Calo major, t. I, p. 350. Éilit ilc Francfort, 1590.

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mystérieux que sa femme Tertia s'en aperçut; mais jamais, dit Valère Maxime i, elle ne fit entendre à son mari aucune plainte à cet égard. La fille de Scipion déjà grande dut connaître, elle aussi, le commerce adultère de son père; cette fdle était Cornélie, la future mère des Gracques.

Catonet Scipion valaient bien la moyenne des hommes de leur temps, et même probablement un peu phls^ Plaute, au reste, peut nous édifier sur ce point. « Casina, servante de Stalinon, est arrivée à cet âge où la femme commence à plaire aux hommes. » Rien d'étonnant si Stalinon fils en est amoureux, et ce qui ne l'est guère plus, c'est que Stalinon père est le rival de son fils. Il a dressé des batteries par le moyen desquelles il enlèvera la belle et la mettra en un lieu sûr, où il pourra l'aimer exclusivement. Mais la fortune est pour les jeunes. Stalinon père voit déjouer ses batteries, il est rossé par un esclave, dénoncé à son fils, à sa femme, et passe par les sermons de toute la famille. C'est bien fait, il n'a que ce qu'il mérite, ayant voulu rivaliser avec son fils. C'est là ce qui lui retire l'indulgence de Plaute et celle du public. Car voyez, dans VAsinaire ^ où il y a également un vieillard qui court après les jeunes esclaves, mais d'une débauche simple, sans aggravation, le poète témoigne peu de sévérité; il clôt sa pièce par cette morale débonnaire : « Si ce digne vieillard s'est donné du bon temps, en cache l te de sa femme, il n'y a rien là de nouveau, rien d'étonnant, rien que les autres maris ne fassent. Qui de nous a le cœur assez dur et l'âme assez ferme pour ne pas se divertir un peu quand l'occasion s'en présente? » Faisons notre profit de cette honnête déclaration.

Au temps de Plaute, l'esclave de luxe, l'esclave grecque,

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