Mercat-, acte H, scène m, vers GO et suiv
productions. Souvent ces artistes n'eurent guère à metire du leur; ce qu'ils avaient devant les yeux étant aussi parfait que leur rêve d'artiste. Le vrai sens de la fable de Pygmalion, le voici, je crois : c'est qu'il existe des femmes aussi belles que de belles statues qui seraient descendues de leur socle, et qui vivraient par la grâce de Vénus et pour son culte.
A l'époque qui nous occupe, l'esclave venue d'Orient ou née à la maison de parents orientaux n'était certainement plus une rareté. Il a pu advenir à plus d'un bourgeois aisé de Rome, contemporain d'Horace de voir se lever sous son toit cette ravissante aurore, la Ténus de Milo en train d'atteindre sa quinzième année ; et celte irrésistible, cette victorieuse était à lui comme une chose, il avait sur elle un pouvoir sans restriction.
Les Romains, à côté de ces femmes grecques, possédèrent des spécimens des races les plus belles de la terre. La Gauloise, la Germaine, l'Espagnole, la Sarmate, d'autres encore, cohabitèrent dans leurs demeures. Celles-ci n'égalaient pas la Grecque pour la pureté exquise des lignes ; mais elles avaient leurs avantages. La preuve au moins qu(; les Gauloises et les Germaines surent plaire aux maris, c'est que les épouses les copièrent; elle voulurent avoir par artifice la chevelure blonde ou rousse de ces captives. En somme, un Rom.ain aisé possédait chez lui, avec ses esclaves, un harem trop bien assorti. Son régime n'était monogamique qu'en apparence, s'il le voulait bien. Le voulait-il souvent, le plus souvent? que chacun, selon le jugement qu'il porte sur la nature humaine, se réponde. En tout cas, je vois pour le maître la tentation très forte et très proche, et je ne vois pas le motif de contrainte, le frein d'une force é([nivalente. Q\iàu[ à l'esclave, songez que parmi nous les servantes séduites ne sont pas précisément très rares, et que, cependant, elles ont des raisons de résister, et un moyen de th'fense simple et
sûr : elles peuvent s'en aller. L'esclave obsédée devait rester quand même et toujours. Ce n'est pas encore assez dire, l'esclave avait des motifs sérieux pour vouloir complaire au maître; éviter d'abord de mauvais traitements; en obtenir, à la place, de bons; aller par ce chemin à la liberté, et quelquefois à mieux encore, au mariage. Une des preuves les plus fortes que ces esclaves détournaient souvent les maris, c'est qu'elles allaient jusqu'à intercepter les amants, comme on le voit dans Ovide . Les poètes latins chantent de temps à autre l'aventure du maître devenu l'esclave par amour d'une esclave achetée la veille. Martial, après son mariage, comme avant, demande aux dieux un peu d'argent poui* acheter une jolie esclave qui le serve et qui l'aime. Et une dernière preuve, c'est que les dames, au témoignage de la littérature, sont jalouses souvent de leurs soubrettes. Cynlhie, maîtresse de Properce, tourmente son esclave Lycina. Properce défend cette pauvre fille, il nie d'avoir maintenant aucun rapport avec elle; et pour en être cru, il avoue que jadis, en effet, Lycina a fait son éducation, doctement. Il finit en contant à sa jalouse l'histoire effrayante de Dircé qui persécutait son esclave Antiope, maîtresse de Jupiter. « Que de fois elle livra aux flammes les cheveux superbes de sa captive! que de fois elle imprima une main cruelle sur ces joues délicates ! que de fois elle lui imposa une tâche impossible ! souvent elle la fit coucher durement sur la terre nue ; souvent elle lui donna pour demeure une prison obscure et infecte ; et elle lui refusa un peu d'eau pour étancher sa soif. Mais à la fin qu'arriva- t-il? Dircé, liée aux cornes d'un taureau, fut traînée dans les campagnes, et souffrit mille morts avant de mourir'. »
On rapprochera certainement ce passage de ceux bien con-