‹ La famille dans la société romaine;Chapitre 58 sur 84 · Pioiicn'C, livre III, t'-it'-/ic l'i · texte numérisé non relu

Pioiicn'C, livre III, t'-it'-/ic l'i

nus OÙ Jiivéïial dépeint les traitements que les maîtresses infligent à leurs femmes de chambre. Il convient à Juvénal de nous donner ces cruautés comme les effets d'un caractère impérieux ou gratuitement méchant. Mais nous serons dans le vrai, je crois, en supposant que ces méchantes furent souvent des malheureuses tourmentées par la jalousie. Aux États-Unis, du temps de l'esclavage, on voyait des scènes rappelant trait pour trait les tableaux de Juvénal ; et la jalousie en était généralement la cause.

On s'est apitoyé, avec raison d'ailleurs, sur l'esclave mille, l'ouvrier des champs, qui peinait sous le soleil, tout le jour, les fers aux pieds, et qu'on mettait pourrir la nuit dans l'ergastule, prison à moitié enterrée, cave ou demi-cave. Mais nul n'a songé que les agréables maisons des villes pouvaient être un abominable enfer pour l'esclave, hélas ! trop belle. Forcée de céder aux désirs furieux d'un maître qui ne lui inspire que crainte et dégoût, la pauvre enfant s'est attirée la haine féroce de la maîtresse ; elle se trouve comme prise entre deux meules impitoyables, qui la broyent avec lenteur. Des souffrances morales, physiques, de chaque instant, la mènent à la mort qui délivre, mais qui n'en lait pas moins horreur.

Notre code pénal, tel qu'il était encore naguère, trahissait une insouciance manifeste pour les infidélités du mari; et toutefois il avait admis le principe que le mari pouvait être adultère, pour son propre compte, dans le cas où il entretenait une concubine au domicile conjugal (C. pén., art. ^30).

A Rome, on n'en était pas là; l'homme pouvait être complice d'un adultère, mais il n'était jamais adultère j^fr se. Il lui était loisible d'entretenir sous les yeux de sa femme un commerce amoureux avec ses esclaves; la loi cerlainement n'intervenait à aucun degré pour l'on empêcher. La loi lui défendait, il est vrai, la concubine; mais, outre que cette

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proliibilion était prubablement dépourvue de sanction sérieuse, la loi ne considéra jamais, comme une concubine du maître, l'esclave qui appartenait à ce maître, quels que fussent leurs ra])ports.

L'indulgence complète de l'opinion ne peut non plus faire l'objet d'un doute. A part l'épouse intéressée, qui s'occupait à Rome d'un fait aussi ordinaire et aussi insignitiant que le commerce amoureux d'un maître avec l'une de ses domestiques? Plutaïque, sur ce point, nous donne un bon témoignage. Dans ses Préceptes conjugaux (16) il exhorte la jeune femme à considérer, d'un œil indifférent, les peccadilles de son mari avec' les servantes.

Plutarque en cela répète la leçon du vulgaire; mais comme finalement il est plus délicat, et mieux doué, quant à l'imagination sympathique, que la moyenne de son temps, cela se retrouve quelques lignes plus loin. Si la femme ne peut prendre sur elle d'avoir tant de philosophie, si elle souffre sérieusement, le bon Plutarque conseille au mari de tâcher de s'abstenir.

vin

La comédie antique où l'esclave mâle tient tant de place, ne nous donne de l'esclave femelle que des profils écourtés. On voit cependant dans Plante de quel ton ces servantes, ces soubrettes parlaient, et surtout comment on leur parlait. A première vue, cela ne ressemble qu'à du Molière, mais tout à coup un mot, un geste arrive, qui laisse loin derrière lui le trait le plus cru de Molière *. Le Câble en contient un bon exemple; il v a là un geste d'un naturalisme indicible. Et ce

1. Plaufc, l'rudens, acte II, scène iv. Meus quaqu»' hic sapimli ornatus quid velitn indicium facit. — Voir aussi la castration simulée du Miles gloriosm, scène dernière.

geste, iiolons-le en passant, était lâché devant des milliers de spectateurs des deux sexes. Mais ne fallait-il pas peindre l'esclave, cet animal obscène, tel qu'il était réellement?

Quoi qu'il en soit, l'induction peu suppléer ce que le théâtre a négligé de nous dire. L'esclave féminin était une cible en butte aux désirs de tout le monde, du maître, des fils du maître, des amis du maître, des esclaves de la maison, des esclaves étrangers. L'attaque venait de tous côtés, et il n'y avait aucune défense, ni extérieure, les parents se souciant fort peu de la chasteté de leur fille, ni intérieure, la fille se souciant aussi peu d'elle que ses parents. Et pourquoi s'en serait-elle souciée? Pour devenir femme et mère, elle n'avait pas besoin du mariage, et par suite de la retenue imposée aux personnes libres; chez elle c'eût été un effort sans but. D'autre part, aucune instruction, aucune étude. Elle n'avait pas, comme l'esclave maie, à exercer des métiers relevés, des arts demandant application et réflexion. Sans projet d'avenir, sans connaissances, sans idées sérieuses d'aucun genre, c'était une créature d'instincl, et d'une parfaite simplicité, la morale ne la tiraillant pas d'un côté, tandis que la nature la sollicitait d'un autre; elle devait aller au plaisir avec l'unité de train et la raideur d'une pierre lancée qui suit son poids. L'intérêt même, si elle voulait l'écouter, la portait dans cette direction. Elle ne pouvait arriver à l'affranchissement qu'en se débarrassant de tout reste incommode de pudeur. De plus elle devait être effrontée et menteuse à un point admirable. Nous savons ce qu'était à cet égard le mâle de l'espèce, le père, le frère. En suivant les exemples de pareils éducateurs, la jeune esclave ne pouvait manquer de devenir très forte.

Une jeune Romaine de bonne maison vivait, non pas avec une de ces créatures, mais avec une escouade. Sa première pclile amie était choisie là-dedans. C'est là qu'elle alhiit

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cheirliiM' kl oonlidente de ses premières iiiqui('ludes, là qu'elle allait s'éclaircir de ses premiers soupçons. Dieu sait si les lumières d'un certain genre abondaient dans ce petit monde dépravé, et s'il faisait difficulté de les communiquer! Devenue lemme, la jeune lille rencontrait dans la maison de son mari un milieu servile, exactement pareil. D'ailleurs, elle avait soin d'emmener de la maison paternelle deux ou trois esclaves favorites. De quelle ressource celles-ci étaient pour leur maîtresse, dans l'en cas d'un adultère, on peut le voir en lisant Ovide. C'étaient des complices toutes prêtes, et hardies, et inventives. Tout en elles se portait à ce genre de service ; une certaine affection pour leur maîtresse, la sympathie pour les plaisirs h favoriser, legoùl et l'aptitude pour riulrii;ue, entin l'intérêt, car elles s'amassaient rapidement par là un pécule que leur honnêteté eût longtemps attendu. Aussi il faut voir dans Ovide* quelles messagères infatigables, intrépides elles font, allant de la maîtresse à l'amant, à travers tout, père, frère, mari, sans que rien puisse les empêcher. Elles ont un art à elles pour cacher dans leur sein, ou sous leur talon, les minuscules tablettes qui portent la correspondance des amants. Les maris soupçonneux arrêtent parfois au passage ces agiles courrières, les font mettre nuescomme la main; peine perdue; elles connaissent le secret d'une encre avec laquelle la maîtresse a tracé sur leur dos, sur leur poitrine des caractères invisibles aux yeux du jaloux, mais que l'amant saura raviver. Ce sont des tablettes vivantes, extrêmement vivantes; l'amant, qui les déchiffre, s'en émeut; et il arrive souvent que la tablette fait tort au texte, dont la lecture est interrompue. Il ne faut pas croire que l'esclave soit devenue la rivale de sa maîtresse parce qu'elle la supplée un moment; la jalousie est chose fort au-

1. Ovido, l'Art d'aimer, livre I, vers 3ril-3"0; id., 386 et suiv.; — livre II, vers 251 et suiv.; — livre III, vers 610 et suiv.

dessus d'une pareille créature; elle continuera à servir ces amours avec la même verve et le même entrain. Des complices si ardentes, si dévouées, faisaient plus que seconder l'adultère ; par les facilités offertes, elles l'engendraient.

Il est rare qu'un domestique chez nous soit dangereux pour le repos de sa maîtresse. Il en était de même assurément chez les Romains, pour les esclaves qui travaillaient dans les champs, la chaîne au pied; mais les Romains eurent des serviteurs d'une toute autre espèce.

Les esclaves qui s'acquittaient des offices domestiques dans les maisons de Rome étaient, pour la plupart, tirés de la Grèce, de l'Asie mineure, de l'Egypte; ou descendaient de parents originaires de ces contrées, c'est-à-dire qu'ils appartenaient aux races les plus belles du monde. L'enfant de cette provenance avait des grâces, un babil qui triomphaient de la sévérité des maîtres; il était ce Verna charmant, que le poète nous peint, sur les genoux, dans les bras de sa maîtresse, comme un de ses propres enfants :

Garrulus in dominac ludere venia siiiu.

Aimé quelquefois à ce point que, s'il meurt prématurément, une petite place lui est donnée dans la sépulture de la famille auprès des jeunes maîtres, trop tôt ravis, comme lui.

Adolescent, cet esclave développe les qualités physiques propres à sa race. Il a la taille souple et élancée, les mouvements harmonieux, des cheveux admirablement plantés, des yeux noirs d'une beauté étrange, et qui promettent des passions profondes. Ce favorisé de la nature peut être inculte, il ne sera jamais grossier.

Il ne faudrait pas s'imaginer que l'esclavage les déformAt. Les travaux domestiques dont ils étaient chargés n'avaient rien d'écrasant. Tandis que les esclaves des champs n'avaient pour couvrir leur nudité que des haillons, ceux-ci, objets de luxe et de montre, étaient vêtus avec recherche On leur donnait un costume propre à faire valoir leur jeunesse, leur beauté, ou l'étrangeté de leur physionomie. Ce n'était pas seulement affaire de vanit(^ chez le maître. Les anciens avaient pour les dehors riches et agréables le goût plu s vif que nous, ou bien ils y cédaient avec plus d'abandon. Trop souvent, hélas ! ils paraient ces esclaves par des motifs moins purs. 11 n'est pas permis de fermer absolument les yeux sur une plaie de l'antiquité, beaucoup plus large qu'on ne le croit communément. Lisez les poètes latins, ils chantent le bel enfant, le beau jeune homme, aussi souvent et avec autant de verve que la jeune fille. Ce n'est pa* seulement dans les rêves des poètes, que cet amour monstrueux tient autant de place que l'autre, mais dans les considérations des philosophes et des moralistes. Ils en dissertent avec gravité, comme d'une passion fondamentale dans l'homme. Souvent ils mettent les deux amours en présence, ils les comparent, et quelquefois ils osent préférer celui que nous autres modernes n'osons plus même nommer. On peut voir ce parallèle dans Lucien, dans Plutarque et ailleurs encore.

Il est pour ainsi dire de règle que cette infâme passion ait pour objet un esclave. L'opinion publique, en effet, ne la trouve plus tout à fait innocente, quand elle s'adresse à un enfant libre, et la loi en ce cas la prohibe.

L'esclavage fut donc probablement le milieu où cette passion naquit; il fournit en tout cas l'aliment principal dont elle vécut pendant des siècles; sans lui elle n'aurait jamais eu tant d'extension. A présent cette sensibilité à la beaut(; masculine, que les anciens eurent certainement à l'excès,

fut-elle le partage exclusif du sexe mâle? ce serait déjà invraisemblable, en l'absence de tout renseignement; mais continuons.

Aux qualités du corps ces esclaves joignaient très souvent une intelligence ouverte, une compréhension facile et prompte, des saillies, de l'esprit naturel. Habiles à découvrir les penchants les plus secrets du maître, de la maîtresse, ils étaient incapables de se refuser à aucun. Ils avaient la flatterie effrénée, quelquefois exquise. Quand on voulait bien leur donner de l'instruction, ils s'en saisissaient pour ainsi dire avidement et s'assimilaient toute chose avec aisance.

Les maîtres trouvaient leur compte à les faire instruire; car si l'esclave commun était à Rome d'un bon marché surprenant, l'esclave instruit coûtait fort cher; un grammairien se vendait plus de 20 000 francs; tout autant ou plus valait un musicien, un ciseleur, un pantomime de quelque talent. Former de tels sujets était une spéculation presque toujours avantageuse; et si l'on tombait sur des aptitudes exceptionnelles, c'était une excellente alTaire; on obtenait alors ces prix de fantaisie, ces prix énormes dont parle Pline l'Ancien. Les moyens de fortune permis à un homme libre des hautes classes étaient peu nombreux; tout indique que beaucoup de sénateurs, de chevaliers s'adonnèrent à l'élève de l'esclave et y firent leur fortune ou l'y rétablirent. Il en résulta (|ue l'esclavage compta en ses rangs quantité d'hommes distingués dans tous les genres. Le génie même n'y a pas manqué. Livius Andronicus qui créa la comédie latine avait été esclave et de même Plante, de même Térence et Phèdre. L'homme qui dans le monde romain fut un moment le messie de certaines classes, et en disputa la direction en messie oriental, Epictète, avait passé une grande partie de sa vie dans l'esclavage.

La domesticité romaine a de ce côté une face brillante.

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sans analogue dans noire domesticité. Il y avait un préjugé contre resclavage assurément, et nous en parlerons tout à l'heure; mais devant l'esclave d'élite ce préjugé devait faiblir beaucoup. Celui qui a de l'estime pour le savoir ne s'empêchera jamais d'en reporter quelque chose sur le savant; dès qu'on aime l'art, il est difficile de ne pas éprouver une certaine bienveillance pour l'artiste.

Les anciens étaient bien plus dilettanti que nous dans tous les genres. Ils avaient bien moins que nous de ce que nous appelons confortable; mais il fallait que tous les objets dont ils se servaient, jusqu'aux moindres ustensiles de ménage, portassent l'empreinte d'une main d'artiste. Ils ne savrient pas dîner sans musique, non plus que sans couronnes de fleurs. Ils n'aimaient pas uniquement les grands arts, la poésie, l'éloquence, la sculpture, la musique, la ciselure, la déclamation, la pantomime; toute opération admettant de l'art excitait leur intérêt, voire même leur admiration. Les cochers, les gladiateurs, les gymnastes les passionnaient aussi bien que les orateurs les plus éloquents. Ces goûts si vifs amenaient fréquemment dans cette société un résultai étrange : c'est que l'homme dont telle maison riche et puissante s'occupait le plus, de qui elle prononçait le nom avec un engouementsans égal, était un esclave, ou, ce qui revient au même, un affranchi de la veille.

Tout amateur passionné porte en soi une tendance, c'est de passer artiste, et de s'essayer à son tour. Avec quelle passion les Romains aimèrent la musique, le chant, l'équitalion, l'escrime, nous en avons une preuve décisive; cette société oITre un trait qu'on ne retrouve nulle part ailleurs : Tacite, Suétone nous apprennent que nombre d'hommes des deux aristocraties, la sénatoriale et l'équestre, parurent volontairement sur la scène pour y chanter et même y danser; d'autres descendirent dans l'arène en cochers ou en gla-

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diateurs. Tout le monde sait que Néron chanta publiquement, que Commode se battit de même (il est vrai qu'il prenait ses avantages, mais peu importe pour notre sujet). Tous deux s'estimèrent, l'un comme chanteur, l'autre comme gladiateur, bien plus que comme empereurs, maîtres du monde civilisé*. On a tort de croire qu'ils manifestèrent par là une sorte de folie qu'aurait engendrée en eux l'exercice du pouvoir absolu. Ils manifestèrent seulement avec plus d'éclat un goût très répandu chez leurs sujets, tellement que les moralistes s'en désolaient, que les législateurs prenaient contre cette manie des mesures d'ailleurs impuissantes.

L'amour des beaux arts et des exercices pour eux-mêmes ne fit pas tout ici; il s'y joignait l'envie d'être célèbre, la passion de la gloire, sous sa forme la plus sensible : l'approbation immédiate du peuple assemblé. Si les Romains por-

1. « Ces empereurs furent au moins follement tyranniques quand ils contraignirent, comme l'histoire nous l'atteste, des personnes de la haute société, à paraître devant le public. » Tyranniques sans doute, mais pas au point qu'on l'imagine. En général ils n'obligèrent pas à chanter, à danser, à combattre, des gens qui n'y entendaient rien, mais, ce qui est assez différent, des hommes connus pour avoir acquis ces talents et les avoir exercés en petit comité devant des amis ; et ils eurent pour cela des motifs bien moins étranges qu'il ne semble. Us furent curieux de juger par leurs propres yeux ou cédèrent à la curiosité de leur entourage; parfois à celle du public. Ayant paru eux-mêmes sur le théâtre ou projetant d'y paraître, ils désiraient avoir soit des précédents soit des imitateurs. Evidemment la haute société était partagée sur ce sujet, et il est probable que la majorité y tenait encore pour les vieilles idées romaines. Ces idées portaient droit à détester, à mépriser l'empereur comédien. Celui-ci le sentait avec fureur. Mais cette fureur, sur qui la p isser ? qui atteindre ? On n'avait garde de parler en ce temps-là, et quoi qu'on pensât, on allait toujours au théâtre applaudir l'impérial cabotin. Un homme seul parlait, et sans s'en douter, c'était celui qui, ayant l3 talent de mimer, de chanter, n'en faisait montre que devant ses amis, celui-là disait clairement à l'empereur par sa conduite. « Je pourrais monter sur la scène aussi bien que loi, mais moi je respecte mon rang. » Il ne faut pas trop s'étonner que l'empereur répondît : « Tu y monteras. » Surtout il ne faut pas supposer que l'empereur, en forçant un homme à un acte que lui-même faisait par goût et par inclination, eût l'idée d'avilir cet honmie; ce serait passer à côté du vrai, manquer la nuance.

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tèrent cette passion éternelle à un point extraordinaire et presque maladif, il ne faut pas s'en étonner. Voyez d'abord les conditions de leurs théâtres. Tout y était colossal, le lieu, le public, l'applaudissement. Il sortait de là des émotions d'une dangereuse puissance. Chez nous le spectacle est quotidien, mais chacun y va à son tour, de loin en loin, y reste quelques heures et emporte une impression que les affaires ou les plaisirs effacent dès le lendemain. A Rome les théâtres s'ouvraient par périodes; tout le monde y allait; on y demeui'ait du malin jusqu'au soir, pendant des semaines, (juelquefois des mois. Cela constituait vraiment en dehors de la vie ordinaire une autre existence, moindre en durée mais d'une intensité bien plus grande. Et dans cette existence, le roi, le souverain, c'était l'acteur en vogue. Beaucoup en venaient à penser que sa couronne valait celle de l'empereur, sinon mieux ^

La vie antique était, en dehors du théâtre, fort théâtrale. A chaque instant l'homme d'une certaine classe était tenu de jouer un rôle devant le public. Patron, il devait défendre ses clients, plaider leurs procès auprès des tribunaux. Naturellement il y plaidait les siens propres, et jamais aucun peuple ne fut aussi processif que le Romain. Appelé comme simple témoin, il lui fallait batailler contre les avocats qui, selon l'usage du temps, vous interrogeaient eux-mêmes et cherchaient à vous confondre. Un autre jour, on le requérait d'être juge, ofiice momentané comme celui de juré chez nous, mais qui revenait plus souvent. La tribune aux harangues était là à côté des tribunaux, le magistrat y montait pour expliquer ses actes au peuple. Le simple particulier, s'il était de noble rang, y montait pour prononcer l'oraison funèbre d'un parent. Tel, nous disent les auteurs, rendit ce

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