‹ La famille dans la société romaine;Chapitre 59 sur 84 · Voir plus Iniii · texte numérisé non relu

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pieux office à son père, à sa mère, n'ayant que quinze ans ou moins encore. C'était entrer en scène de bonne heure. Les élections, qui revenaient tous les ans pour des magistratures nombreuses, donnaient à quantité de gens, candidats, preneurs, souteneurs, adversaires, agents électoraux, l'occasion de pérorer publiquement. Aussi dans les écoles n'apprenait-on qu'à discourir. Les adolescents, tout le long du jour, y plaidaient des procès fictifs devant leurs camarades, ou les écoutaient plaider.

Ne fùt-il rien, ne fît-il rien, l'homme d'une certaine fortune vivait constamment sous les regards d'un public plus ou moins nombreux. Il recevait le matin les hommages de ses clients. Avant déjeuner, il se promenait au forum; après le déjeuner, au champ de mars, toujours avec une escorte. Il allait ensuite prendre son bain devant quelques centaines de personnes. Il ne d'nait presque jamais seul ou en famille. Remarquons ici en passant l'influence du climat. En permettant au Romain d'accomplir sous le ciel une foule d'actes, que l'Anglais doit renfermer chez soi, il favorisait le penchant à la vanité qu'il contrarie en Angleterre, et qui y restera toujours par là plus faible, à moins qu'il n'y trouve d'autre part un excitant particulier d'effet égal.

Beaucoup contractaient dans ces habitudes l'horreur de l'obscurité, le désir d'être connu à toute force. II ya des- institutions qui trahissent l'esprit de tout un peuple, c'est le cas du triomphe pour les Romains. Quand on a le sentiment moderne, cette exhibition d'une personne, isolée sur un char, qui la traîne tout un jour dans les rues, au milieu d'un concours immense, d'une pompe étourdissante, recevant à brùle-pourpoint l'hommage délirant de la foule, paraît plus pénible qu'enviable. C'est la brutalité introduite dans la gloire. Evidemment le triomphe fut inventé comme moyen de stimulation, mais ce moyen était démesuré. Il devait

LA DOMESTICITÉ SERYILE. 337

susciter au liéros de cette fête vertigineuse quantité d'imitateurs maniaques et d'envieux irréconciliables. Quant à lui, il fallait qu'il rentrât le soir dans sa maison désabusé comme un ascète, ou persuadé d'être Dieu comme un fou. Un tel peuple était voué à la royauté de l'histrion.

Ce roi ordinairement sortait des rangs de l'esclavage, c'était un affranchi ; parfois même il était encore à affranchir. N'importe, il faut voir l'étrange empire qu'il exerçait, si grand que l'histoire, en dépit de ses dédains, a dû le constater. Tacite raconte que sous Tibère on se passionnait pour ou contre les acteurs en vogue, à ce point qu'il en résultait souvent de vraies batailles. Un de ces combats, livré en l'an 1 5, coûta la vie à plusieurs hommes du peuple, à quelques soldats chargés de rétablir l'ordre ; même un centurion qui commandait ces derniersypérit(Awwa/es,liv. I, LXXVii).Pour prévenir le retour de pareils désordres, le sénat prit des mesures; elles sont des plus significatives pour nous. D'abord il est défendu aux sénateurs de se rendre chez les pantomimes. — Ils y allaient faire leur cour comme des clients chez le patron — aux chevaliers de les escorter dans les rues. L'histrion régnait, on le voit, sur les hautes classes aussi bien que sur la populace. Il vaut la peine de noter que Tibère était en ce moment l'empereur officiel. Esprit aristocratique conservateur, réactionnaire même (son pouvoir nouveau, bien entendu, étant mis à part), Tibère n'aimait pas les histrions comme firent un Néron, un Commode ; il ne leur était pas même indulgent comme Auguste ; il n'inlluençait pas le public en leur faveur, bien au contraire. Par ce qui se passait sous lui, en dépit de lui, jugez de la force que dut avoir ce courant sous d'autres princes.

Et les femmes? échappaient-elles à cette domination de l'histrion? On pourrait, d'après certaines vérités générales, répondre déjà négativement. Les femmes furent de tous

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