Id., LXIX
Le régime pénal de l'adultère était chez les Romains contenu tout entier dans la loi Julia. Chose singulière ! nous ne savons pas avec certitude les peines qu'infligeait cette loi, elles varièrent prohablement au gré des empereurs. Mais ce que nous savons bien, c'est que la loi Julia prévoyait, et même abondamment, l'adultère de la matrone avec l'esclave, et que surpris en flagrant délit, l'esclave courait un risque de plus que l'homme libre. Il était loisible au mari, comme au père, de le tuer sur-le-champ, tandis que, à l'égard del'homme libre, le père avait seul cette licence. L'esclave était donc menacé par deux meurtriers au lieu d'un. Pourquoi cette différence ? Parce que l'esclave était personne plus vile, de moindre prix ? Assurément il y avait ce motif; mais il y entrait aussi une considération analogue à celle qui fait punir plus sévèrement le vol d'un domestique que celui d'un étranger, parce qu'il est plus facile et qu'on y est plus exposé.
La matrone qui, libre des liens du mariage, avait commerce avec un esclave appartenant à autrui (notons bien cette distinction) avait affaire, non plus à la loi Julia, mais, à partir de Claude, au sénatus-consulte Glaudien. La pénalité établie par cet acte paraît, à première vue, d'une sévérité extrême. La matrone est tout simplement confisquée, corps et biens, au profit du maître de l'esclave, pourvu que celui-ci n'ait pas approuvé le commerce et qu'il ait averti trois fois la matrone. Non seulement cette femme devient esclave ; mais l'enfant, né d'elle et de l'esclave,' par une dérogation formelle aux principes du droit, suit la condition du père et devient esclave du même maître. Si le maître a approuvé le commerce, la femme reste libre, mais elle déchoit; elle tombe dans la condition des affranchies.
C'est évidemment une loi de colère et^ d'indignation votée sous le coup des faits environnants. Cette impression nous est confirmée par les singuliers détails que donne Tacite.
LA DOMKSTICITÉ SERVILE. 349
« Le sénat, dit Tacite, délibéra sur la manière de punir les femmes qui auraient eu commerce avec des esclaves; il fut décidé qu'elles seraient tenues elles-mêmes pour esclaves, si elles s'étaient ainsi dégradées à l'insu du maître de l'esclave; pour affranchies, si c'était de son aveu*. » L'empereur Claude révéla ensuite que l'idée de ce règlement appartenait à son affranchi Pallas. C'était le favori du maître. Aussitôt le consul désigné, Baréa Soranus propose de décerner à ce génie législateur les ornements de la préture, plus un cadeau de trois millions de sesterces. Un Cornélius Scipion y ajoute qu'il soit voté des remerciements, au nom de la patrie, à cegrandcœur qui veut bien s'occuper des affaires de l'empire. Est-ce assez? non, un autre flatteur invente que le sénatus-consulte de remerciement soit gravé sur une table d'airain, et affiché dans tous les lieux publics. Tout est voté ! Bassesse, adulation, aplatissement, tous ces noms conviennent ici; mais encore laut-il à la flagornerie la plus déterminée un à-propos apparent, un prétexte. Pour que ce drôle effronté de Pallas ait prétendu jouer au Solon, au Lycurgue, pour qu'on l'ait publié à tous les carrefours de Rome comme un sauveur de la morale publique, un père de la patrie, il faut qu'il y ait eu une situation particulière ; je ne sais si je me trompe, mais j'entrevois là les désordres des femmes multipliés depuis un temps ; le public ému de quelques grands scandales; l'opinion réclamant des mesures. Tacite n'en dit rien, naturellement; son dessein est d'indigner son lecteur contre la bassesse politique de l'époque; en artiste qu'il est, il élimine tout ce qui, en expliquant cette bassesse, nuirait à l'eilet voulu.
Le sénatuS'Consulte Claudien est vraiment curieux à étudier de prés ; il manifeste deux intentions assez distinctes :