Sociologie, t. II, \). 3U
dans l'histoire une si grande place. Il y aurait vraiment lieu de s'étonner si les mêmes parents, qui vendaient leurs filles pour le mariage, qui les aliénaient définitivement comme épouse ou comme esclave (deux choses qui se ressemblaient beaucoup au début) n'avaient pas songé à en tirer parti autrement; si en place de les vendre, ils n'avaient pas eu l'idée de les louer temporairement pour le service sexuel. Aussi n'avons-nous pas à signaler cette lacune étonnante ; le:^ parents en tout pays ont largement pratiqué la prostitution des filles. En certaines contrées, ils la pratiquent encore. Chez tous les sauvages, en Australie, en Polynésie, en Afrique, en Amérique, une mère, un père, un frère, livrent sans difliculté, au trafiquant européen, leur fille ou leur sœur, en échange d'un objet qui leur fait envie. L'opinion publique de leurs pareils ne proteste pas du tout contre ce commerce. Au Japon, une honnête famille du peuple, voire même de la bourgeoisie, impose à sa lille la prostitution temporaire, sans que personne y trouve à redire ^
Les parents reçoivent une part des bénéfices; l'autre reste entre les mains de la fille, et lui forme une dot qui lui sert à se marier, quand la lassitude et l'âge arrivent. Plus la dcil est élevée, plus la fille se marie avec facilité. Aucun préjui^V' ne refroidit les épouseurs. On voit que la prostitulion et le mariage ont au moins UMJjidû£Çpmmune.
Que les Japonais soient uneMception, ce n'est pas soutenable. Les prostituées de Tlnde, les Bayadères, vivent à l'abri des temples, et leur métier n'encourt aucune réprobation. Les Hétaïres, chez les Grecs, n'étaient pas non plus méprisées, tant s'en faut. Chez les Babyloniens, à Chypre et ailleurs encore, certaines formes de prostitution n'étaient pas honnies ; au contraire, elles étaient recommandées ; elles étaient